• 0807 : Narval, narwal, licorne de mer, rohart (zone boréale)

    807 : Narval, narwal, licorne de mer, rohart (zone boréale)

    narval, wiliam jardine, 1837

    « Narval » signifie « baleine du Nord » en anglais, « baleine-cadavre » en irlandais [Marie Nicolas Bouillet, 1857][Simon Shaw, 1823], et « baleine à bec » en gothique [John George Wood, 1865]. Le narval fut aussi appelé « unicorne », « licorne » [Frédéric Cuvier, 1828][Fortunato Bartolomeo De Felice, 1773] ou encore « monocéros ».

    On pensait, à cause de la signification du mot « narval », que ce dernier se nourrissait de cadavres. [Antoine Furetière, 1727] Le nom vient en fait de sa façon de se reposer, aussi immobile que s'il était mort.

    Certains expliquent l'unique défense du narval par la perte d'une seconde [Académie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon, 1829] laquelle existerait toujours chez les sujets les plus jeunes. [C. Whittingham, 1829]

    Le Moyen-Âge voulait que le narval se serve de sa défense pour percer la coque des navires [Sir Thomas Browne, 1658] ou attaquer les baleines dont il était l'ennemi mortel [Par une société de gens de lettres, de savants et d'artistes, 1782]. Le fait que la pointe de la défense de narval est toujours polie sous l'effet des combats entre mâles a pu renforcer ce mythe. Un auteur de 1829 considère encore que la défense du narval lui sert à attaquer, éventrant ses ennemis et harponnant les poissons. Ce même auteur, apparemment ignorant la physiologie de cet animal, avance que le narval évacue ses déchets organiques (urine et selles) par la peau, comme de la transpiration. La respiration aérienne n'est pas encore totalement admise, l'évent servant « à souffler de l'eau » [C. Whittingham, 1829]

    narval, baldwin et cradock

    Au début du19ème siècle, on reconnaît que la défense du narval est bien une dent, mais on ignore que ce n'est pas la seule qu'il porte. Le narval est décrit comme un cétacé, mammifère et respirant de l'air, de trente à quarante pieds et plus de longueur, c'est-à-dire, neuf à douze mètres et plus. La défense transperce la lèvre supérieure, par le côté gauche de la mâchoire, et est faite d'une sorte d'ivoire plus dense et plus solide que l'ivoire d'éléphant et qui, contrairement à celui-ci, ne jaunit pas Il arrive que certains narvals aient deux défenses, une de chaque côté. Contrairement à ce qui est connu aujourd'hui, ce siècle attribuait aux narvals femelles une défense et à cette défense la fonction de briser la glace pour aller respirer. Quant à la nourriture du narval, elle est dite être constituée d' « insectes de mer » que le narval est censé « sucer » pour s'en nourrir. La croyance en l'attaque de navires et de baleines par les narvals persiste. [Valmont-Bomare, 1800]

    Ce même ouvrage nous rapporte qu'une Histoire naturelle des Antilles liste, parmi les créatures des Indes, une espèce de narval qui aurait la corne au milieu du front, et des dents aux deux mâchoires. Cela peut être rapporté d'une part aux premières gravures représentant le narval comme un poisson à tête de licorne, d'autre part à la tradition médiévale selon laquelle toute espèce terrestre se retrouve dans la mer avec une queue de poisson en guise de train arrière. Ou encore, à la confusion entre cétacé et poisson.

    La puissance de nage des narvals est reconnue et amplifiée dès 1823, car la croyance selon laquelle les narvals empalent les navires est encore présente [Simon Shaw, 1823][M. Malte-Brun, 1829]. Déjà il est reconnu, par l'étude du contenu stomacal d'un narval, que ces cétacés se nourrissent de poisson, certains étant avalés entiers.

    En 1837, un naturaliste prétend que le narval ou licorne de mer, est trouvable dans n'importe quel océan alors qu'en réalité ce n'est pas le cas. Néanmoins cette baleine fait déjà partie du groupe des baleines à deux dents, ce qui montre l'avancée dans l'étude de cette créature.

    narval et licorne de mer - Odell Shepard - 1930

    Pour l'auteur il n'existe qu'une seule véritable espèce de narvals, les deux autres dont on parlait à l'époque n'étant que des fantasmes. Exit donc la créature monstrueuse harponnant navires et autres baleines, en guerre perpétuelle contre le monde. Il ne reste que le mystère de cette défense unique, sur un animal très-réel.

    Mais les connaissances sur cet animal restent partielles voire fausses. Pour certains, le narval s'enterre dans la boue lorsqu'il est échoué pour attendre le retour de la marée. Pour d'autres, il est recouvert d'écailles d'un pouce d'épaisseur, comme une tortue.

    L'existence d'individus avec deux défenses au lieu d'une est attestée, ainsi que celle de femelles portant une ou deux défenses. La question se pose néanmoins de savoir si les défenses sont plus fréquentes pour un sexe que pour l'autre.

    Comme l'extrémité de la défense est toujours arrondie et polie par rapport au reste, suggestion est faite que cette dernière serve d'outil pour par exemple percer la glace. Suite à l'observation du contenu stomacal d'un narval, incluant des poissons très gros par rapport à la bouche du narval, suggestion est faite que la défense puisse jouer un rôle dans la chasse.

    Encore à l'époque de la rédaction du livre, la défense de narval est vendue comme étant la "vraie corne de licorne" par les apothicaires et les charlatans. Il demeure que l'ivoire de narval est plus dense et de meilleure qualité que celui de l'éléphant. [William Jardine, 1837]

    narval, john george wood, 1865

    En 1857, un dictionnaire continue d'appuyer que les narvals se nourrissent de mollusques et de poissons, non de cadavres, qu'ils n'attaquent pas les baleines et que ce sont des cétacés souffleurs, pas des poissons. [Marie Nicolas Bouillet, 1857] Il faut attendre les années 1860 pour que le rôle attribué à cette défense soit discuté par rapport à son absence chez les femelles, et par rapport à l'observation de combats rituels entre mâles. Mais persiste encore et toujours la croyance suivant laquelle le narval harponne les bateaux. [John George Wood, 1865]

    À cause d'une tradition médiévale suivant laquelle toute créature existe à la fois dans les mers et sur terre, le narval a été vu, à une époque, comme la preuve irréfutable qu'il existe des licornes sur la terre ferme.

    En effet, dès que les défenses du narval se sont répandues en Europe sous l'appellation de « cornes de licornes » ou simplement « licornes », cet animal est devenu populaire sous le nom de « licorne de mer ». Certaines gravures anciennes le représentaient d'ailleurs comme une licorne à queue de poisson, un dauphin ou un poisson à tête de licorne ou encore, comme une sorte d'espadon géant. Le nom de « licorne » lui est parfois attribué et sa défense est alors la seule « véritable » corne de licorne [John George Wood, 1865]. Ambroise Paré dans ses œuvres présente le narval comme étant un poisson à tête de chien, portant sur son front une scie de poisson-scie. Ce qui semble expliquer pourquoi Ambroise Paré réfute l'origine naturelle des défenses de narval, attribuant leur forme et leur apparence d'ivoire en disant que ce sont des défenses d'éléphant qui ont été travaillées.

    Comme toutes les créatures unicornes, le narval fut parfois appelé Monocéros.


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