• 1224 : Chirù, sérou, tchirou, seru, tsopo à une corne, kéré, tou-kio-cheou (Tibet)

    1224 : Chirù, sérou, tchirou, seru, tsopo à une corne, kéré, tou-kio-cheou (Tibet)

    chiru - Bruno Faidutti, 1996

    Le lien entre le chiru du Tibet et la licorne, s'est formé par contact entre des tribus chinoises Qiang (utilisatrices de l'ordalie de la zhi) et tibétaines, puis à-travers le commerce du Tibet avec l'Europe par la vente de cornes de chiru. [Jeannie Thomas Parker, 2007] En effet le Tibet a utilisé des cornes d'antilopes (chiru) dans des rituels. [Odell Shepard, 1930]

    D'après Bruno Faidutti, les peuples de l’Himalaya déforment depuis toujours les cornes de certains de leurs boucs pour les joindre en une seule, des notables hindous firent peut-être de même au XIXème siècle pour satisfaire la curiosité des chercheurs de licornes. Le procédé, déjà attesté par Pline, peut donc aussi avoir été utilisé au Moyen-Orient, mais, faute d’autre source, cette hypothèse reste très fragile. [Bruno Faidutti, 1996]

    Il fut rapporté qu'il existe en Inde un animal nommé chirù, qui serait la licorne, « et qui perd fréquemment une de ses cornes. La couleur de son pelage est d'un bleu grisâtre, passant au rouge sur le dos. Son poil est long d'un pouce et très-fourni. Le cou est très-long; les jambes sont noires, et le ventre est blanc. Les cornes sont très-rapprochées. Les dimensions qu'on en donne furent prises sur une peau. Sa longueur totale est de cinq pieds huit pouces anglais. » [Société pour la propagation des connaissances scientifiques et industrielles, 1827] Cette perte de corne est rapportée dans d'autres ouvrages, certains précisant que le narval lui aussi perd une se ses deux dents. [Académie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon, 1829]

    On raconte au sujet du sérou un fait qui eu lieu « en 1224, quand Tchinggiskhan se préparait à aller attaquer l'Hindoustan. Ce conquérant ayant soumis le Tibet, dit l'histoire mongole, se mit en marche pour pénétrer dans l'Enedkek (l'Inde). Comme il gravissait le mont Djadanaring, il vit venir à sa rencontre une bête fauve, de l'espèce appelée sérou, qui n'a qu'une corne sur le sommet de la tête ; cette bête se mit trois fois à genoux devant le monarque, comme pour lui témoigner son respect. Tout le monde étant étonné de cet événement, le monarque s'écria : l'empire de l'Hindoustan est, ce qu'on assure, le pays où naquirent les majestueux Bouddhas et Bodhisattvas, ainsi que les puissants Bogdas, ou princes de l'antiquité ; qui peut donc signifier que cette bête, privée de parole, me salue comme un homme ? Après ces paroles, il retourna dans sa patrie. » [Louis Pierre F. Adolphe Chesnel, marquis de la Charbouclais, 1856] D'autres indiquent que cela s'est passé en 1206 lors de l'invasion du Tibet par Genghiz Khan [John Timbs, 1869] ou ne donnent simplement aucune précision [Quatremère, 1845].

    Un dictionnaire de 1856 précise:

    « La forme du tchiron est gracieuse, comme celle de tous les autres antilopes ; il a aussi les yeux incomparables des animaux de cette espèce. Sa couleur est rougeâtre comme celle du faon, ) la partie supérieur du corps, et blanche à l'inférieure. Ses caractères distinctifs sont : d'abord, une corne noire, longue et pointue, ayant trois légères courbures, avec des anneaux circulaires vers la base ; ces anneaux sont plus saillants sur le devant que sur le derrière de la corne ; puis deux touffes de crin qui sortent du coté extérieur de chaque narine ; beaucoup de soie entoure le nez et la bouche, et donne à la tête de l'animal une apparence lourde. Le poil du tchiron est dur, et paraît creux comme celui de tous les animaux qui habitent au nord de l'Hymalaya […] Ce poil a environ cinq centimètres de longueur ; il est si touffu qu'il présente au toucher comme une masse solide. Au-dessous du poil, le corps du tchiron est couvert d'un duvet très-fin et très-doux, comme […] les chèvres dites de Kachemir. » [Louis Pierre F. Adolphe Chesnel, marquis de la Charbouclais, 1856]

    Au sujet de cette antilope et de son comportement, d'autres scientifiques et voyageurs rapportent des détails intéressants. D'une part, le lien est fait avec les qilins des temples bouddhistes. D'autre part, l'orientation perpendiculaire de ses cornes par rapport à son front est un détail qu'on retrouve chez la licorne européenne. Comme la licorne, cette antilope est une créature pacifique qui s'entend avec quasiment tous les animaux du Tibet. Similaire à un cerf élancé mais pas grêle, avec des touffes de poils dans les naseaux. Elle a une laine chaude et fine. Elle est très grégaire et vit en très grands troupeaux. Elle fuit les humains avec ne grande vivacité mais affronte bravement ses prédateurs. Même capturée jeune elle reste sauvage et dangereuse. Les narines sont très grandes avec une excroissance à l'arrière propre à l'espèce. Le mâle est plus grand que la femelle et celle-ci n'a pas de cornes. Elle ne supporte pas la chaleur et est gourmande de sel. [Thomas J. Moore, 1856]

    L'année 1862 rapporte le récit du Major Latter (ou Salter, suivant les versions), indiquant qu'au Tibet, près de Lassa, vit une créature rarement prise mais souvent abattue, ressemblant à un cheval avec le pied fourchu, une corne recourbée et la queue d'un sanglier. Son nom est Seru et c'est une sorte de cerf. [Rev. W. Haughton, 1862][John Timbs, 1869]

    Les Européens sont surpris de voir que « Les habitants d'Atdza parlaient de cet animal, sans y attacher une plus grande importance qu'aux autres espèces d'antilopes qui abondent dans leurs montagnes [la corne de cet animal] avait cinquante centimètres de longueur, et onze centimètres de circonférence ; depuis la racine elle allait en diminuant et se terminait en pointe. Elle était presque droite, noire, un peu aplatie des deux côtés ; elle avait quinze anneaux, mais ils n'étaient proéminents que d'un côté [cet animal] se plaisait principalement dans le belle vallée du Tingri, située dans la partie méridionale de la province tibétaine de Tsang, et qui est arrosée par l'Arroun. […] Elle est remplie de couches de sel, autour desquelles les tchirons se rassemblent en troupeaux. On décrit ces animaux comme extrêmement farouches, quand ils sont à l'état sauvage ; ils ne se laissent approcher par personne et s'enfuient au moindre bruit. Si on les attaque, ils résistent courageusement. Le mâle et la femelle ont généralement la même apparence. » [John Timbs, 1869]

     

    Il s'agit en fait d'une antilope, Pantholops hodgsonii.  


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