• 1749 : Badas, bada, abada, nillekma, ndzoo-dzoo (Angola et Namibie)

    1749 : Badas, bada, abada, nillekma, ndzoo-dzoo (Angola et Namibie)

    « Badas, sorte de licorne » nous indique un petit lexique dans un livre consacré aux voyages (1749). Pourtant, un peu plus loin, il est expliqué qu'il s'agit du rhinocéros. Bada est le nom qu'il porte en Inde. Sa corne est très recherchée notamment dans le Benguela (Angola-Namibie). Une note au texte indique même qu'il n'y a certainement jamais eu d'autre licorne que le rhinocéros. « L'abada ou la licorne du Benguela […] est ordinairement de la grosseur d'un boeuf. Le mâle seulement est armé d'une corne au front. Il a les mêmes propriétés que l'ancienne licorne (i.e. la défense du narval) lorsqu'il est pris jeune, ou qu'in le s'est jamais accouplé. Mais les vieux perdent beaucoup de leur vertu dans l'accouplement. » [Antoine-François Prévost, 1749][Dictionnaire raisonné et universel des animaux, 1759] On voit ici revenir le mythe de la capture par une vierge, appliqué d'une façon différente.  Ou une variante du prix de revente des cornes de jeunes individus, jusqu'à dix fois supérieur au Siam et en Afrique du Sud. [Odell Shepard, 1930]

    D'après Daper l'abada est « un animal de la grosseur d'un Poulain de deux ans. Il a une corne sur le front, une autre sur la nuque ; celle du front est unie, longue de deux, trois ou quatre pieds, épaisse vers la racine comme la jambe d'un homme, mais pointue par le bout et recourbéerecourée en devant ; celle de la nuque est plus plate & plus courte ; la couleur est noire, ou d'un brun foncé, & cependant la limure en est blanche. Sa tête n'est pas si longue que celle d'un Cheval, et est plus plate & plus courte ; son poil est aussi plus épais & plus rude ; sa queue ressemble à celle d'un Boeuf, mais non de la même longueur. Il a du crin comme un Cheval ; ses pieds sont fendus comme ceux d'un Cerf, & beaucoup plus gros. Tandis que l'Abada est encore fort jeune, sa corne du front est droite ; mais à mesure qu'il croît, elle se recourbe, comme les défenses d'un Éléphant. On dit que quand cette bête veut, elle plonge sa corne du front dans l'eau, comme pour chasser le venin qu'il pourroit y avoir. Quoiqu'elle soit fort légère à la course, elle ne peut pas néanmoins éviter toujours les dards & les flèches des Nègres, qui la poursuivent pour avoir sa corne, parce qu'elle passe pour un excellent antidote. Mais il y en a qui font plus d'effet les unes que les autres, selont l'âge qu'on les animaux lorsqu'on les tue. [quand la corne est bonne, une épée ne peut y pénétrer sous l'effet de son propre poids] On fait un cataplasme des os de cet animal, réduits en poudre et mêlés avec de l'eau : on l'applique sur les parties où l'on sent une douleur intérieure. Ce remède, dit-on, atitre en-dehors les impuretés qui causoient la maladie, & ce même onguent referme les ouvertures qu'il a faites quand ce corps est purifié des humeurs peccantes. » [Antoine François Prévost d’Exiles (Abbé), 1755][François-Alexandre Aubert de La Chesnaye-Desbois, 1759][Manuel lexique, 1755]

     

    Étrangement, certains récits attribuent au ndzoondzoo les mêmes propriétés qu'à la licorne de Rabelais : une corne flexible au point de s'enrouler quand l'animal dort, qui ne se dresse que lorsqu'elle doit être utilisée. [Chris Lavers, 2009]

    Sobrino dit que c'est le rhinoécros et en donne une bonne description : peau épaisse plissée, ce qui le rend difficile à chasser. Mais Sobrino le décrit capable de décharner un cheval avec l'aide de sa langue, ce qui est inexact zoologiquement parlant. Un dictionnaire espagnol dit que c'est la femelle du rhinocéros. Pedro Pineda et César Oudin, sont du même avis tandis que Dom Joseph Bluteau estime que ces deux espèces sont distinctes en se basant sur la description de Daper, et ce malgré l'avis des naturalistes qui ont tendance à confondre abada et rhinocéros. [François-Alexandre Aubert de La Chesnaye-Desbois, 1759] En 1764, l'Abbé Prévost décrit l'abada comme un « animal du royaume du Benguela sur la côté méridionale d'Afrique, armé de deux cornes, une sur le front l'autre sur la nuque du col. Sa grosseur est celle d'un poulain de deux ans. Il a la queue d'un boeuf, quoique moins longue, & le crin d'un cheval, mais plus épais & plus rude. Il lui ressemble aussi par la tête, qui est seulement plus plate & plus courte. Ses pieds sont fendus comme ceux du cerf & beaucoup plus gros. De ses deux cornes, celle du front est longue de trois ou quatre coudées, mince, de l'épaisseur de la jambe humaine vers la racine, aigue par la pointe, & droite dans la jeunesse de l'animal ; mais à mesure qu'il croît, elle se recourbe en devant. Celle de la nuque est plus courte & plus plate. » Les cornes de l'abada sont utilisées en médecine. [Abbé Prévost, 1767]

    En 1769, il est signalé à nouveau que l'abada est le rhinocéros, plus particulièrement sa femelle. [ ‪Jacques Christophe Valmont de Bomare, 1769]

    1776 : « licorne de l'Angola » ; « Le rhinocéros est connu sous ce nom dans les Indes, à Bengale, à Patane, à Java ». [Valmont de Romare, 1776]

    1788 : C'est un animal vivant dans le Benguela (Angola-Namibie), sur la côte méridionale d'Afrique. Il possède deux cornes, une sur le front et l'autre sur la nuque. Gros comme un poulain de deux ans, il a la queue d'un boeuf et le crin du cheval. Il a la tête du cheval, en plus plat et plus court. Ses sabots sont semblables à ceux d'un cerf mais plus gros. Sa corne frontale est longue et droite et se recourbe vers l'avant au lorsque l'animal vieillit. [C. Duboille, 1788] Il y a ici un hippotrague additionné d'un peu du rhinocéros bicorne (corne sur la nuque) et d'un peu de cobe (les cornes s'incurvent vers l'avant).

    En 1794, l'abada est comme un rhinocéros mais avec une corne sur la tête et une autre sur la nuque. Il est tué pour ses cornes. [Dictionnaire abrégé d'histoire naturelle, 1794]

    En 1823 Cuvier nous apprend que le rhinocéros d'Afrique (ou bicorne) est, aux environs du cap de Bonne-Espérance (Afrique du Sud), nommé « tuabba » ou encore « nabba ». [Frédéric Cuvier, 1828]

    La piste du rhinocéros continue. Dans un ouvrage de 1828 l'auteur rapporte que d'après un missionnaire théatin, l'abada est la licorne du Benguella, de la grosseur d'un boeuf. Le mâle seulement est armé d'une corne au front, et celle ci n'a les vertus de la corne de licorne que s'il est pris jeune avant l'accouplement. La licorne des naturalistes n'existe plus, d'après les autochtones du Benguella : il ne reste que le rhinocéros et l'abada. Au Congo l'abada s'appelle ndemba et il n'a qu'une corne au-dessus des naseaux. D'après Cavazzi il en existe une seconde sorte, comme un cheval avec une corne sur le front et une autre sur le nez.Pour Zuchelli l'abada a une grande corne pleine et une autre plus petite en arrière de la première. Et pour finir, en Inde le rhinocéros s'appelle bada. [C.A.Walckenaer, 1828]

    A cyclopedia of Biblical literature signale que cette créature, pachyderme vivant dans la partie non-encore explorée de l'Afrique, est aussi nommée Abada au Congo, Nillckma ou Arase au Kordofan, Ndzoo-dzoo en Afrique du Sud. La licorne y est alors décrite similaire au monocéros de Pline, et correspond au rhinocéros. Des voyageurs ont parallèlement rapporté la présence de peintures rupestres dans des grottes en Afrique, et représentant des créatures préhistoriques dont l'Elasmotherium. [John Kitto, 1861]

     

    Il s'agirait fort probablement du rhinocéros blanc, ou de la Palanca negra gigante, espèce géante d'antilope hippotrague ne vivant qu'en Angola.


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