• 2014-08-29 Interview

    Interview

    Cet interview était censé être publiée sur un autre site, mais à cause de mon manque de diplôme assis (diplomatie, haha...) dans ma formulation de certaines remarques (façon "bulldozer veut vous aider avec votre château de cartes") la publication n'a pas eu lieu. Plusieurs semaines se sont écoulées depuis, et comme les 90% c'est moi que je les ai écrits, je me permets de le publier. Si y'a des protestations dans la salle, envoyez-moi un chtit message !

     

    1 - Zamikoniel Zemakoniel, peux-tu te présenter ?

    Je suis Zamikoniel, "celui qui voit", Zemakoniel, "celui qui est aimé". Je suis une licorne d'une espèce proche du quilin chinois et qui s'appelle le xiniu, mais la plupart du temps je me contente de "licorne", c'est plus simple. Je me suis "éveillé" à mon identité non-humaine durant ma petite enfance : ça a commencé à la maternelle et la réalisation m'a vraiment frappé de plein fouet durant la primaire. Depuis, je ne me sens pas bien si j'essaye de mettre cette identité de licorne au placard.

    J'ai longtemps cru que j'étais fou ou une sorte de furry un peu extrême, jusqu'à découvrir la communauté otherkin.

     

    D'un point de vue humain, mon premier quart de siècle a été une longue tragédie dont je suis en train de me remettre petit à petit. Je garde espoir dans le futur, car j'ai réussi à tenir bon jusqu'à présent, grâce à mon identité de licorne.

     

    2 - Pourquoi es-tu sur le forum Howl-of-silver-wings ?

    Je me suis inscrit sur le forum afin de pouvoir être en contact avec d'autres otherkins et me sentir moins seul. J'apprécie l'ambiance "famille" du forum ainsi que les débats philosophiques, scientifiques ou pseudo-scientifiques que nous y avons. Même si nous nous disputons, les gens y sont d'une ouverture d'esprit et d'une tolérance rares. J'apprécie cette communauté.

     

    3 - Pour toi, être Otherkin, ça signifie quoi ? Qu'est-ce que c'est le kintype ?

    Être otherkin, c'est avoir une identité non-humaine, quelle qu'elle soit, et quelle qu'en soit l'origine. Cette identité peut être mythologique ou réelle, d'origine spirituelle ou psychologique, vivante ou non. Elle s'accompagne d'un sentiment de ne pas être dans le bon corps ou dans la bonne vie, avec parfois des souvenirs d'une autre vie. L'important est qu'elle vienne de l'intérieur, qu'elle ne soit pas un rôle qu'on joue, et qu'elle soit sans cesse remise en question ou réexaminée afin de correspondre le mieux possible à soi-même. Dit comme ça, ça a l'air compliqué, mais en fait c'est très simple. C'est comme quand on est amoureux : quand on l'est, on le ressent, on le vit, mais on ne peut pas l'expliquer. L'important est d'être honnête avec soi-même.

     

    Le kintype (on dit aussi thériotype pour les "therians", c'est-à-dire ceux qui s'identifient à un animal terrestre) est l'identité non-humaine. On peut en avoir plusieurs. L'important est d'être honnête avec soi-même et de chercher l'étiquette qui colle le mieux à ce qu'on ressent.

     

    4 - Est-ce que toutes les "licornes-kin" sont pareilles ?

    Est-ce que tous les humains sont pareils ? Est-ce que toutes les feuilles d'un même arbre sont pareilles ?

     

    La réponse à toutes ces questions est : "non".

     

    D'un point de vue psychologique, il n'y a pas deux individus identiques, surtout dans une espèce aussi complexe que l'être humain. Comme tous les otherkins ont un corps humain, ils ont aussi la même complexité cérébrale et sont donc tous aussi uniques que les humains non-otherkins.

    D'un point de vue historique, il y a des dizaines d'espèces de licornes et autres créatures similaires. Rien n'oblige ni ne force deux licorne-kins d'être de la même "espèce".

    D'un point de vue spirituel, les souvenirs que nous gardons de nos vies antérieures, peuvent varier énormément d'un individu à l'autre. Certains ne se souviennent de rien, certains vont se souvenirs de certains détails, certains vont se souvenir d'autres. Et les vies que nous avons vécues sont toutes uniques.

    Donc même si deux licorne-kins appartiennent à la même "espèce", elles n'auront pas la même mentalité dans cette vie, ni les mêmes types de souvenirs, ni la même perception d'elles-mêmes. Elles seront donc différentes.

     

    5 - Tu as dit : « la licorne c'est moi parce que toutes les deux nous n'existons pas ». Mais ce n’est pas une licorne comme on en voit au cinéma, pas vrai ? Peux-tu expliquer à nos lecteurs ce que, toi, tu vois à travers le mot « licorne » ?

    Comme je l'ai dit précédemment, je suis une licorne de type xiniu, un genre de qilin, la "licorne" chinoise - une "espèce" parmi des dizaines d'autres. Alors que la licorne du cinéma, le cheval avec une corne, est apparu simplement parce qu'il est plus facile de dresser un cheval qu'un cerf, une chèvre ou une antilope.

     

    La licorne que je suis a à la fois de la fourrure et des écailles, une corne unique et des bois de cerf, des ailes de chauve-souris et des flammes aux épaules, des panses de ruminant et un nombre impair (trois) de sabots à chaque pied. C'est un mélange de rhinocéros blanc, d'antilope saola et de cerf élaphe, le tout enroulé dans une esthétique chinoise et saupoudré d'un peu de magie. Ou en tout cas, c'est la perception que j'en ai au moment où j'écris ces lignes. En effet je ne me suis pas toujours perçu de cette façon.

     

    Je me suis perçu tantôt étalon tantôt jument. Je me suis perçu couleur cuivre, cuivre oxydé, bleu roi, ou blanc et or. Je me suis perçu avec des ailes de plumes ou de chauve-souris, une queue de cheval, de lion ou de boeuf. Je me suis perçu avec ou sans bois de cerf, avec ou sans moustache et barbe.

     

    Vous voyez, on ne peut jamais être 100% certain de toutes les caractéristiques de son kin-type. Il faut rester en permanence à l'écoute de soi-même. Et si un jour je ne me sens plus licorne, mais humain, ainsi soit-il, tant que je reste honnête avec moi-même.

     

    6 - Peux-tu nous raconter un expérience ou une émotion de ta vie de licorne ?

    L'hypervigilance est une émotion que j'ai et que j'associe à mon identité de licorne. Le fait d'être toujours sur ses gardes, de toujours vouloir regarder autour de soi. Je ne supporte pas avoir des gens en-dehors de mon champ de vision, cela m'angoisse. En particulier quand ces gens se déplacent silencieusement. De plus, je sursaute au moindre bruit. Certains jours, ma propre ombre m'effraye. C'est très pénible à gérer sans médicaments, très épuisant. Cela m'empêche de me concentrer correctement : mon attention est tout le temps partagée entre la surveillance de mon environnement, et mes tâches quotidienne.

    Des fois, je parviens à baisser ma garde et à me concentrer, mais je le paye le prix fort : la moindre interruption me fait faire un bond et pousser des cris, sans compter les vagues de panique.

     

    Je suis une proie toujours à l'affut du danger. Et le pire, c'est quand la terreur me paralyse. C'est vraiment handicapant au quotidien, professionnellement parlant.

     

    7 - Tu rumines et tu te frottes : pas trop dur à gérer au quotidien ? Comment ça se passe dans ta vie de couple ?

    Les frottements, je les gère plutôt bien. Je considère tout ce que j'aborde en-dehors de chez moi, comme des choses qui ne m'appartiennent pas, donc je ne ressens pas le besoin de m'y frotter. Et depuis que je suis installé dans mon propre appartement, les compulsions sont moins fortes : je suis vraiment chez moi, je n'ai plus besoin de sans cesse réaffirmer ma possession de mes objets personnels. Alors que quand je vivais chez mes parents, je ne me sentais pas chez moi, et je me frottais souvent à mes affaires.

     

    Le plus dur à gérer ce sont les ruminements, car c'est très mauvais pour les articulations des mâchoires. Plus je rumine, plus j'ai mal aux articulations - à terme, cela peut provoquer de l'arthrose et pire encore. Ce n'est pas quelque chose que j'arrive à contrôler - je me contente de porter une gouttière très épaisse, comme les protections pour les dents à la boxe, dès que le besoin se fait sentir.

     

    Cela ne m'a jamais gêné dans ma vie de couple : mon compagnon m'a toujours connu comme ça, avec ma manie de parfois frotter mes joues aux siennes en guise de baisers. Si ça le dérangeait, il ne m'aurait pas épousé

     

    8 - Tu as une technique pour donner une forme physique à tes membres-fantômes ? Pourquoi c'est important pour toi de te rapprocher un peu de ton corps d'avant ?

    Un membre fantôme, par définition, n'a pas de forme physique. On le sent, c'est tout.

     

    Pour éviter d'en souffrir, j'essaye de les visualiser le plus nettement possible, et de les bouger. Cela apaise les douleurs. Aussi, étudier l'anatomie des animaux, m'a aidé à comprendre où sur mon corps humain, j'étais censé sentir telle ou telle portion de tel ou tel membre. Ainsi, je peux effectuer des projections et distorsions mentales, au lieu de paniquer parce que les proportions et les articulations ne correspondent pas.

     

    Je ne sais pas si on peut dire que c'est important ou pas. Ce n'est pas comme si je pouvais contrôler leur apparition ! Mais c'est important de trouver un moyen de se sentir bien malgré la différence entre le corps ressenti, non-humain, et le corps physique, humain. Sans cela, on a du mal à se déplacer dans l'espace, on est maladroit, on a des douleurs, et on se sent mal à l'aise dans son corps.

     

    Pour le moment je n'ai pas besoin de porter des prothèses pour me sentir bien, mais certaines choses me manquent quand même. Je fais avec, ou plutôt sans : de toute façon, je n'ai pas le choix.

     

    9 - Tu as dis aussi : « Nous sommes tous liés. Nous sommes éternels. ». Cela signifie-il que tout les être vivants sont liés par quelque chose et ce de manière infini ? Peux-tu développer ton idée ?

    Lorsque j'avais écrit cette phrase, si j'ai bonne mémoire, je parlais principalement des licornes, mais il est vrai que c'est valable pour tous les êtres vivants.

     

    D'un point de vue social, tout ce que nous faisons agit sur les autres êtres vivants autour de nous, et se répercute ainsi dans l'espace et le temps, éternellement.

    D'un point de vue biologique, sur une même planète, tous les êtres vivants naissent les uns des autres dans une continuité de la vie. La vie ne s'est jamais interrompue depuis la première cellule vivante sur Terre. Avant la naissance de mon corps humain, les cellules de mon embryon étaient vivantes. Et les cellules germinales de mes parents étaient vivantes elles aussi, avant de fusionner. Et le corps de mes parents était vivant, et leurs embryons, et les cellules germinales de leurs propres parents, et ainsi de suite. C'est une vie continue depuis la première cellule vivante, ininterrompue. La même vie qui anime mon chat, mes bonsaï, mon compagnon, les bactéries de mon panaris, ou moi.

    D'un point de vue spirituel, beaucoup de spiritualités insistent sur le fait que toutes les âmes, tous les esprits, sont issus de la même source, et continuent de perdurer au-delà de la mort du corps.

    Psychologiquement, tout cela peut être lié à la quête d'éternité de l'humain. Ne dit-on pas que les humains sont apparus au moment des premières tombes ? Ces tombes sont la transcription de la croyance en une spiritualité, en une vie après la mort. Et à-travers l'Histoire, tous les humains continuent de chercher, d'une certaine façon, l'immortalité. Alchimie, médecine, religion, oeuvre artistique ou politique, tout le monde cherche à continuer d'exister pour toujours. C'est inscrit dans la structure cérébrale humaine. Être une licorne, c'est mon immortalité à moi.

     

    10 - Si tu devais donner un message aux personnes qui se découvre Otherkin, quel serait-il ? Quel conseil donnerais-tu aux personnes qui ne comprennent pas ton existence ?

    Aux gens qui se découvrent otherkin : pas de panique ! C'est tout à fait normal. Il y a des dizaines d'explications possibles, de la spiritualité à la psychologie. Explorez-les toutes, allez à la rencontre de vous-même, et ne prenez pas tout ça trop à coeur ou au sérieux. Les deux seules choses dont on peut vraiment être certain dans la vie, c'est le moment présent, et le fait que notre corps est mortel. Autant en profiter un max et éviter de se ronger les sangs, non ?

     

    Aux personnes qui ne comprennent pas mon existence : vous n'êtes pas obligés d'y croire. Je vous demande juste d'accepter que mon identité, s'est formée différemment de la vôtre. Si je suis comme ça, c'est qu'il y a une bonne raison, même si c'est "juste" ma structure cérébrale qui déraille. Mais j'ai besoin d'y croire, pour mon propre équilibre psychologique. Alors, si ça vous dérange, on peut tout à fait parler d'autre chose !  


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  • Commentaires

    1
    Unautrehumain
    Mardi 10 Octobre 2017 à 09:42
    Mais tu penses pas que faire une sortis astrale pourrais te permettre de voir ton corps astrale dans un miroir et donc d’être aux courant de ton apparence comme tu dis ne pas être sûr à 100 pour cent
      • Mardi 10 Octobre 2017 à 17:53

        Lorsque je fais une sortie astrale, je ne vois pas les choses de manière nette. De plus, le corps que je ressens autour de moi de manière fantôme, change légèrement de forme avec le temps...

        J'ai fini par apprendre à prendre les choses comme elles viennent plutôt que de m'énerver que ce n'est pas comme je le voudrais.

    2
    Unautrehumain
    Mardi 10 Octobre 2017 à 18:45
    Idem pour moi je suis encore aux stades où je vois rien les deux tiers du temps ! Par contre je crois que sa peut s’améliorer quoi ,par contre une fois lors d’une de mes sorties astral j’ai ressentis comme si il y avais plein de gens autour de moi qui m’envoyai plein d’amour et j’entendais une musique avec des paroles incompréhensibles comme si c’était une autres langue et des entités très joyeuses j’ai ressentis que c’était des gens de la même espèce que moi et même si je n’ai pas plus de preuves que cela pour moi c’était assez clair
      • Mardi 10 Octobre 2017 à 20:31

        C'est une expérience remarquable et qui fut certainement très plaisante.

    3
    Unautrehumain
    Mardi 10 Octobre 2017 à 20:44
    Oui mais ce fut très court moins de quelque Minutes
    4
    Dimanche 15 Avril à 23:22

    cette histoire de membre fantôme me fait penser aux problèmes des personnes amputées...

      • Lundi 16 Avril à 12:03

        Oui c'est le même principe : dans les deux cas, le schéma du corps inscrit dans le cerveau, n'est pas le même que le corps physique. Mais les membres fantômes surnuméraires ou qui ne correspondent pas anatomiquement au corps physique d'un humain, sont plus rares.

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