• 2017-06-26 Histoire de vie des thérianthropes

    Histoire de vie des thérianthropes

    Commentaire de lecture de : Bricker, Natalie, "Life Stories of Therianthropes: An Analysis of Nonhuman Identity in a Narrative Identity Model" (2016). Senior Theses. http://publications.lakeforest.edu/seniortheses/63

    Le but de cette étude est d'avoir un regard psychologique sur l'identité thérian, plutôt que le point de vue sociologique qui est habituellement celui développé. Le modèle identitaire utilisé est celui de McAdams, pour qui l'identité n'est pas fixe, mais fluctuante et évoluant tout au long de la vie. L'identité, d'après le modèle d'Erikson, se construit avec le temps, en intégrant les différentes facettes du soi, pour en faire un tout cohérent ; et développer son identité implique d' « essayer » plusieurs identités afin de trouver celle qui convient à un moment donné. Marcia développe le concept de quatre états identitaires : diffusion (ne cherche pas à découvrir son identité) ; forclusion (l'identité a été définie par la société, pas par le soi) ; moratoire (état de recherche d'identité) ; achèvement (l'identité intègre tous les aspects du soi de manière satisfaisante). Ce dernier état ne pouvant être atteint que par le soutien et l'encouragement de l'environnement social. McAdams considère que le mûrissement de l'identité ne se fait pas lors de l'adolescence, contrairement à ses prédécesseurs, mais que c'est un processus qui continue tout le long de la vie.

    Ainsi, la construction identitaire et la narration personnelle de l'histoire personnelle sont remaniées tout au long de la vie afin de former un tout cohérent (note : Boris Cyrulnik en parle dans ses ouvrages). Ce qui influence l'identité, ce sont les significations qui ressortent des expériences que l'on fait.

    D'après McAdams, la période la plus cruciale pour la construction identitaire, est le début de l'âge adulte, soit de 15 à 30 ans. C'est à ce moment, dit-il, qu'on se forge les souvenirs les plus marquants de notre histoire personnelle, et que l'identité mûrit le plus.

    Les précédentes études réalisées sur les thérians sont biaisées, à la fois dans leur manière de récolter les données, dans leur « groupe de contrôle », et dans la manière de décrire les différences identitaires avec des termes pathologisants. C'est encore plus problématique, lorsque l'on sait que les personnes transgenre sont encore souvent étiquetées comme souffrant d'un « désordre de l'identité de genre ». Décrire les thérian comme souffrant d'un « désordre de l'identité d'espèce » est là aussi pathologisant, et complètement faux, dans le sens où les thérians sont tout à fait capables de gérer leur inconfort au quotidien.

    Un autre problème des précédentes études, est que les méthodologies de recherche ne sont pas assez détaillées, et que l'échantillonnage n'est pas réalisé suffisamment rigoureusement.

    Pour finir, aucune étude n'a été réalisée de manière suffisamment rigoureuse pour parvenir à déterminé ce qui est la cause d'une identité thérian. Certaines études sont sociologiques, certaines se focalisent sur un aspect spirituel, mais aucun n'explore réellement la psychologie de la formation identitaire.

    L'étude présente cherche à combler ce vide en recherchant les points communs dans l'histoire de vie des thérians.

    Sept thérians ont été sélectionnés aléatoirement parmi les volontaires, et leurs récits de vie, centrés autour de leur identité thérian, ont été codifiés pour permettre l'analyse des données.

    De manière générale, la définition de la thérianthropie décrit l'identité animale comme le « vrai soi » et l'identité humaine comme une « coquille » autour. L'identité thérian n'est pas une métaphore ou une comparaison ou une passion, mais bien une identité intégrante du soi.

    L'identité non-humaine fait partie intégrante du soi dès l'enfance et apparaît en moyenne vers 5 ans. Puis durant l'enfance, il y a une prépondérance du jeu d'imitation d'un animal, qui est vécu pas comme un jeu d'imitation, mais comme une manière de s'aligner avec soi-même. Les expériences de shift et de membres fantômes commencent à apparaître avant l'âge de 12 ans pour la plupart des personnes interrogées.

    Un manque de connexion avec les humains est également observé dès l'enfance.

    C'est vers le début de l'adolescence qu'on se rend compte qu'être non-humain n'est pas « normal » et que le processus de dissimulation identitaire commence.

    C'est durant la fin de l'adolescence qu'en général les thérian finissent, à force de recherches sur Internet, par découvrir l'existence des communautés otherkin et thérian, qui leurs offrent enfin des réponses et un sentiment d'appartenance. La découverte plus spécifique du thériotype apparaît souvent après la découverte de la thérianthropie, par le biais d'une introspection et de l'étude des expériences faites au quotidien (shifts, membres fantômes, comportements etc.).

    De manière générale, découvrir son thériotype permet d'améliorer le confort identitaire et la confiance en soi des thérians.

    En ce qui est des expériences négatives liées à la thérianthropie, une dysphorie de corps est souvent reportée. Aucune dysphorie sociale n'est reportée.

    Les problèmes sociaux sont liés au fait de ne pas se sentir intégré parmi le reste de l'humanité, et liés au harcèlement que subissent les thérians qui laissent entrevoir leur identité non-humaine. Avoir à « faire semblant d'être humain » est souvent reporté, le comportement animal venant plus naturellement et plus intuitivement que le comportement humain qui, lui, doit être intellectualisé et appris.

    Les shifts mentaux sont souvent associés à des émotions négatives, et les shifts fantômes, à des émotions positives. Certaines situations particulières déclenchent des pulsions de comportement animaux, comme la chasse, ou le besoin d'être en groupe. Ces pulsions sont assimilées à des réflexes et semblent être plus naturelles et intuitives que les comportements humains.

    Dans tous les cas, les thérians ressentent une très forte connexion avec la nature et un besoin d'être régulièrement dans un milieu naturel. L'orientation politique et éthique de ces personnes et aussi en faveur de la protection de la nature et des animaux.

    Les comportements et expériences qui sont attribués à la thérianthropie ne sont pas nécessairement totalement non-humains. Mais, comme le souligne le modèle identitaire de McAdams, c'est la réinterprétation des expériences passées sous la lumière de l'identité présente, qui permet de renforcer et rendre cohérente cette même identité. Ainsi, beaucoup d'expériences qui ne sont pas nécessairement non-humaines (amour de la nature, jouer à être un animal, problèmes de communications) sont réinterprétées à l'aune de l'identité thériane. Une tendance à la simplicité fait partie de ces réinterprétations afin de l'intégrer de manière cohérente à l'identité non-humaine, ainsi qu'une tendance à un point de vue en faveur de l'égalité des droits humains (mariage pour tous, adoption, transition, féminisme…) et de la dépénalisation des drogues récréatives (du moment où elles sont consommées chez soi) et médicales.

    L'étude par contre est biaisée de par son trop petit échantillonnage de la communauté thériane. Aussi, les expériences vécues par les thérians n'ont pas été étudiées dans leur fréquence. Seuls les principaux évènements ont été étudiés, mais pas la vie de tous les jours.


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