• 2018-02-21 [Témoignage] L'autre et l'animal

    L'autre et l'animal

    Merci à Zac d'autoriser la mise en ligne de ce témoignage.

    Je suis là, allongé contre le matelas mon lit, à cogiter, comme dans mon habitude. Je pense à l'animalité; à ce qu'est l'animalité; mais surtout, à ce qu'est être un humain-blaireau.

    Qu'est ce qui fait de moi une personne blaireau ? Le fait que je sente mes crocs mal longés dans ma bouche trop petite, la fourrure qui caresse le cou, les vibrisses qui chatouillent mes joues ? Ma manière de m'exprimer par des positions de jeux et de peurs ? Mon hypersensibilité sensorielles ? Mon autisme ? Ces mimiques et sons animaux pour traduire mon humeur ? Mon certain mal-être à ne pas avoir cette queue, ces griffes, ces bandes noires ou encore ces oreilles que je devrais posséder ?

     

    En fait, il est vrai qu'il y a un peu de tout ça. Car l'animalité, c'est un château de carte. Chaque carte correspond à une caractéristique, à un critère de l'individu thérian. Et la base du château, c'est identification.

     

    Je pense sincèrement qu'on peut très bien avoir un comportement très bestial, des instincts animaux et des pulsions sauvages sans pour autant se vivre animal. Je pense que c'est ça qui fait toute la différence. Le tronc commun de l'animalité, c'est l'identification. Une identification qui perdure.

     

    Pourquoi qualifier une personne de thérian si son animalité ne se limite qu'a hurler, griffer ou bondir; ou rêver de son soi en animal; ou à vouer un culte à la nature, aux arbres et aux petites fleurs ou je-ne-sais-quoi-encore… le tout sans vivre aucun ressentis.

     

    Etre une personne animale, c'est de se vivre ainsi, tout le temps, comme ça, au quotidien. Ça ne s'arrête pas. Ce n'est pas une envie ou un jeu, mais plus un besoin, un manque qui peut engendrer de la souffrance. Bien sur, il peut y avoir une variation de l'humanité et de l'animalité chez la personne. Des moments où l'on se sent très humain, d'autres où l'on se sent très animal. Mais, de toute manière, l'identification reste réelle et profonde. Elle a un réel sens pour l'individu.

     

    En règle générale, les personnes-animales sont rares. Et, sans vouloir me vanter ou offusquer qui que ce soit, j'ai l'impression que les personnes-animales sérieuses le sont encore plus.

    Combien rencontre-t-ont de personnes qui affirment se sentir un peu animaux et avoue leur ressembler un minimum sur les bords ? Non, moi, je veux rencontrer des personnes-animaux, non parce qu'ils auraient juste une probable âme animale, mais parce qu'ils existent ainsi, comme ça, au quotidien, profondément.

    Qui s'identifient réellement et durablement à/en tant qu'animaux. Qui ont pour la plupart des actes, des besoins, des envies, des manques, de la souffrance etc. liée à leur animalité. Des personnes passionnés, non par orgueil, mais parce qu'ils veulent tout savoir sur leur espèce non-humaine pour mieux se connaître. Ce sont ces personnes là avec qui je veux passer du temps, discuter pendant des heures d'animalité lors d'une balade ou autour d'un bon café.

     

    Je connais des personnes-animales sérieuses, qui SONT leur animal, qui le connaissent sur le bout des doigts et que j’adore, j’aime tant partager mes ressentis avec eux. Hélas, ces individus habitent souvent loin de chez moi, sont que trop rarement connectés sur leur ordinateur ou bien m'intimident trop pour engager la conversation.

     

    Alors je parcours encore et encore les forums, anglophones comme francophones, à la recherche de camarades-animaux réfléchis et captivants. Mais ces personnes sont trop bien cachées, et loups-dragons-tigres noirs aux yeux rouges (qui ne savent souvent rien sur les loups-dragons-tigres) se font bien plus remarquer à mon plus grand déplaisir.

     

    Je veux rencontrer des personnes-wombats, des personnes-chiens viverrins, des personnes-suricates, des personnes-hyènes et non uniquement des grands chats et des loups. Je ne dis pas par là que les grands chats et les loups sont tous des individus peu sérieux, bien au contraire, j'en connais des très consciencieux. Mais les nouveaux "éveillés" se jettent sur ces animaux sans prendre le temps de faire des recherches sur l'animal qui leur ressemble vraiment et de fouiller chez d'autres espèces d'animaux que les félins et les canidés (allez donc regarder les marsupiaux, les mustélidés, les viverridés et j'en passe). Je le sais car j'ai moi même fait cette erreur auparavant, je me suis pensée loup puis renard plus par facilité et envie que par réels ressentis.

     

    Parce que c'est terriblement important pour moi d'être un blaireau et que j'ai besoin d'être compris et entouré de gens qui me ressemblent. Alors oui, je porte une queue en peluche réaliste, du parfum au musc végétal (odeur sécrétée par les glandes du blaireau) ou encore me faire un sweat a bandes noires. Car c’est à ça que je dois ressembler. Je veux rencontrer des gens aussi dingues que moi dans leur animalité.

     

    Parce que je suis un blaireau jusqu’au bout de mes orteils et qu’il m’arrive de me sentir terriblement seul dans ce monde trop humain…


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