• 2018-06-06 L'aliénation parmi les otherkin

    L'aliénation parmi les otherkin

    Melanie Getzler, Otherking among otherkin : the discursive negociation of the face-threat of exclusionnary othering in a demarginalizing Internet community. Présentation de Master des Arts, présentée en avril 2013, Université de l'Indiana.

    Des personnes marginalisées par la société, comme par exemple les otherkin, peuvent trouver une oreille attentive sur Internet, en se regroupant avec leurs pairs. Néanmoins, l'aliénation est possible dans ces communautés. Souvent, elle est motivée par une recherche de sécurité. En effet, les otherkin sont souvent discriminés par la plupart de leurs relations sociales hors-Internet. Pour éviter de se faire discriminer également sur Internet, certains développent une stratégie de mise à l'écart, afin de rester entre otherkin autant que possible, pour leur propre sécurité et se protéger du harcèlement.

    De plus, rester entre otherkin, permet d'avoir principalement du soutien de la part des autres membres du réseau de communication, ce qui permet de maintenir ou reconstruire une estime de soi qui, autrement, risquerait d'être brisée par un surplus d'interactions négatives.

    La discrimination sociale des otherkin en-dehors d'Internet n'est pas facile à estimer. En effet, l'identité otherkin est quelque chose de facile à dissimuler, permettant à la personne de se mettre socialement à l'abri des discriminations directes. Mais le poids émotionnel de devoir s'auto-surveiller en permanence et de devoir se cacher, reste bien présent, et lourd à porter. La rareté des otherkin dans la population amplifie les sensations de dégoût de soi-même. Pour les otherkin, faire bonne figure est donc très important.

    On pourrait croire que, étant rejetés un peu partout, les otherkin allaient essayer de rejeter le moins possible de personnes de leur communauté. Or, séparer le non-soi du soi est un élément important de la formation identitaire chez les humains. Les otherkin étant biologiquement humains, n'échappent pas au fonctionnement neurologique du cerveau humain. Plus les otherkin vont être rejetés socialement, plus ils vont insister sur ce qui les différencie des autres humains afin de renforcer leur sentiment d'appartenance sociale au groupe des otherkin et ainsi renforcer leur identité.

    La nécessité du sentiment d'appartenance à un groupe et de l'aliénation des non-membres est telle, qu'en séparant des gens aléatoirement en deux groupes, des expérimentateurs ont créé un système où les membres d'un groupe favorisaient systématiquement les autres membres du même groupe, et ce, même si ces personnes ne s'étaient jamais rencontrées en face-à-face et restaient anonymes les unes pour les autres. Le simple fait de savoir que telle peinture a été faite par un membre du même groupe d'expérimentation, menait les « cobayes » à lui donner des critiques plus positives.

    Le même phénomène s'applique à tous les groupes sociaux humains, les otherkin n'y faisant pas exception, bien au contraire.

    De plus, la nécessité sociale humaine de se rapprocher d'autres personnes avec qui on partage des traits communs, et la difficulté de rencontrer d'autres otherkin, renforce le phénomène d'adhésion au groupe et de rejet du non-groupe. Mais également, renforce l'idée d'une nécessité de silence, car le groupe est plus soudé si l'identité partagée est secrète et ne peut être discutée qu'avec les membres du groupe.

    Ce genre de groupe offre l'avantage de présenter beaucoup de soutien moral et psychologique aux individus qui en font partie, ainsi que des ressources mieux recherchées et des retours d'expérience, ce qui peut éviter à certaines personnes des effets négatifs sur leur santé (en rassemblant par exemple des personnes ayant les même handicap et donc, des besoins médicaux particuliers difficiles à explorer par soi-même).

    L'aliénation par rapport à un groupe ne signifie pas nécessairement que les non-membres sont considérés comme inférieurs. C'est simplement un moyen de catégoriser les gens en fonction de points communs. Mais elle peut aussi être dénigrante, comme en rejetant un membre du groupe comme « faux » afin d'assurer que le reste du groupe est « vrai ».

    Il est également noté que les communautés les plus marginalisées ont tendance à affirmer que les insultes ne doivent pas être protégées par la « liberté d'expression » tandis que les groupes les moins marginalisés soutiennent que les insultes sont une « liberté d'expression ».

    Concernant la liberté d'expression, la déclaration des Droits Humains parle d'elle-même : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses » donc, à partir du moment où on insulte ou harcèle une personne à cause de ses opinions, ce n'est plus de la liberté d'expression, mais une entrave à la liberté d'expression. L'insulte est l'exacte contraire de la liberté d'expression.

    Ce qui fait que beaucoup d'otherkin forment une minorité silencieuse, c'est parce que la majorité bruyante les insultes sous couvert de « liberté d'expression ».

    Dans les communautés otherkin étudiées, l'aliénation est faite principalement (à environ la moitié) en évaluant les membres par rapport aux définitions des termes. Si la personne évaluée correspond à la définition, elle est otherkin. Si elle ne correspond pas à la définition, elle ne l'est pas. Les techniques d’aliénation observées durant l'étude n'impliquaient jamais de considérer l' « autre » comme inférieur. Par contre, l'impolitesse est de mise dans la plupart des comportements d'aliénation.

    Une meilleure compréhension des mécanismes d'aliénation pourra, dans le futur, permettre une meilleure inclusivité des différentes communautés.


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