• -2250 : Zhi (Chine)

    -2250 : Zhi (Chine)

    zhi, rotarian, 1979

    La première licorne chinoise n'est PAS le qilin mais la zhi, une sorte de chèvre, nous dit Jeannie Thomas Parker en 2007. Les plus anciennes licornes chinoises ressemblent à une antilope la tête repliée sur le poitrail, les cornes pointées en avant, et la queue perpendiculaire.

    Les premières représentations datent du règne de l'empereur Shun (2250-2205 BC). Son conseiller, Gao Yao, utilisait une chèvre unicorne de l'espèce xiezhi (une femelle, donc une zhi) pour empaler les coupables de sa corne. Ainsi la licorne zhi est devenue symbole de justice.

    Les caractères utilisés pour décrire la zhi datend d'un oracle divinatoire à base d'os gravés (les os oraculaires). Le caractère représente une sorte de bovidé brun-jaune avec eux très longues cornes et qui servait de sacrifice et de gibier durant l'époque Shang (16è au 11è siècle avant JC) en des occasions spéciales, en offrande à l'Est. C'était une créature pouvant tirer des chariots et être apprivoisée, qui se nourrissait d'herbe longue et flexible et qui, au vu des conditions climatiques de l'époque (plus chaudes que maintenant), pouvait être tropicale.

    Différentes espèces ont été suggérées pour expliquer la zhi comme le goral, le saola. Le saola semble être un bon candidat car l'adulte peut faire 1,5m de long, 90cm au garrot et peser 100kg, a de longues cornes, et la femelle est très docile avec les humains. De plus, le saola a la particularité, lorsqu'il est inquiété, de replier sa tête contre son poitrail et de pointer ses cornes vers l'avant pour se protéger. Lesdites cornes sont très proches l'une de l'autre pouvant donner l'illusion d'une créature unicorne quand le saola est vu de profil. De plus, une seule corne sur un saola, c'est une malformation. Et, nous dit Jeannie Parker, la naissance d'un animal malformé annonce un changement sociétal important. Néanmoins la disparition du saola de la Chine date de mille ans avant les premières représentations de la zhi légendaire.

    Ainsi les pictogrammes des os oraculaires montrent le dessin d'un bovidé à deux cornes dessé sur ses pattes arrières ; évoluant peu à peu en une créature à trois cornes. Ces trois cornes se retrouvent plus tard sur la coiffe des juges. Ce caractère de la zhi est utilisé sur les os oraculaires en combinaison avec d'autres pour décrire l'idée de justice durant la période Zhou (11è au 2è siècle BC)

    La zhi était également utilisée lors des ordalies en Chine d'où son utilisation comme symbole de la justice. L'utilisation d'un animal lors d'une ordalie pour faire la différence entre le coupable et l'innocent n'est pas propre à la Chine : l'ordalie animale est utilisée dans de nombreuses cultures. Des traces documentées indiquent que le juge légendaire Gao Yao du peuple Qiang (2852 avant JC à 2070 avant JC) utilisait une chèvre magique comme ordalie.

    L'utilisation de la chèvre ou saola comme ordalie remonterait à aussi loin que le 21è siècle avant Jésus-Christ et les peuples des frontières de la Chine les auraient encore utilisés pendant près de deux mille ans.

    Au Tibet, la licorne est le chiru ou encore, orongo (Pantholops hodgsoni). Le commerce du Tibet avec l'Europe a mené les Européens à croire qu'au Tibet se trouvent des licornes. La vente de cornes de chiru a pu participer à la diffusion de légende de la licorne. Il est intéressant de noter qu'au Tibet il n'y a aucune croyance à la licorne avant l'arrivée des Qiang, utilisateurs de l'ordalie de la zhi, dans la région. La légende de la licorne de justice est bien originaire de Chine.

    Durant la dynastie Shang (16è au 11è siècle avant JC), la tradition est devenue de mettre une paire de sculptures de zhi à l'entrée des tribunaux afin d'annoncer l'idée de justice et de séparer les coupables des innocents, ainsi que le symbole de la vertu et de l'incorruptibilité des juges. Des représentations de zhi sont également prisées par l'élite de la dynastie Shang, pour garder les bâtiments importants, puis sur les murs des palais de justice vers 500BC puis en grande taille vers 200BC.

    Les premières représentatons dont il nous reste des traces autres qu'écrites de la zhi datent de 500 B.C.E. et représentent une sorte de saola chargeant, cornes en avant ; la représentation de profil donne l'illusion d'une corne unique. Néanmoins, le dessin date d'après la disparition du saola de la zone, et a peut-être été inspiré par les pictogrammes des os oraculaires.

    Dans le contexte de la représentation étudiée par l'auteur, la zhi occupe une position d'importance dans un rituel diplomatique.

    Vers 500 avant JC apparaît le phénomène des auspices ; le plus positifs d'entre eux est l'apparition d'une lin, une créature femelle ressemblant à un cerf. Les plus anciennes et plus célèbres référence à cette créature datent de Confucius (550-480 avant JC). Comme c'était parmis les derniers mots écrits par le sage, confusion a été faite entre la lin de l'ouest, et la licorne chinoise ou zhi séparatrices des coupables et des innocents, qui était une légende déjà ancienne à son époque.

    Le caractère décrivant la lin vient de l'assemblages des caractères cerf et rayé ou raffiné, faisant de la lin le cerf à jolie fourrure rayée. Là encore cela rappelle la zhi et le saola. Pourtant, le texte d'origine explique bien que la lin n'est pas chinoise mais vient de l'Ouest ! Contrairement à la zhi locale et basée sur le saola, la lin vient d'un autre monde, en-dehors de la Chine, et elle est imaginaire. La zhi est l'incarnation de la justice locale et la lin, de la sagesse d'un roi.

    La lin, contrairement à la zhi, n'a habituellement pas de cornes. La lin date de quelques siècles avant JC alors que la zhi a déjà mille cinq cent ans.

    Mais comme les deux créatures ont un pictogramme similaire et une jolie fourrure à motifs, elles ont été confondues.

    Durant la période Han (200 avant JC - 200 après JC), l'un des animaux auspicieux est une licorne tigrée, tête repliée, corne en avant. La zhi apparaît également dans les bas-reliefs de tombes. Dans tous les cas la position de charge est unique : tête contre le poitrail, cornes en avant. Cette posture est liée à celle du saola et des pictogrammes pour le zhi datant des temps de l'oracle des os. Des fois, la corne de la zhi possède un ou deux andouillets sur sa corne unique. Beaucoup ont des ailes héritées de l'art sibérien et traduisant le voyage chamanique. La licorne s'entoure de nuages, symbolisant qu'elle est un esprit, une créature d'origine divine, et non un animal terrestre.

    Petit à petit, la zhi deviant une gardienne de tombeaux. Elle est d'abord peinte sur les murs d'un tribunal durant la dynastie Han (200 avant JC - 200 après JC), puis gravée dans les portes d'une tombe entre 25 et 220 après JC, toujours chargante tête repliée cornes en avant queue dressée. Ainsi la zhi de la justice s'est retrouvée liée à la mort, au rôle de gardienne et à l'immortalité. Cela est dû à l'évolution culturelle de la dynastie Han où les tombes deviennent similaires à des habitations car le monde des vivants et celui des morts s'entrecroisent. C'est aussi à cette époque qu'apparaît le Wuxing, la roue des cinq éléments, et les cinq animaux gardiens. Plusieurs siècles plus tard, les deux zhi gardiennent deviennent le mâle et la femelle.

    Bien entendu, toute image en deux dimensions de la zhi est suspecte car il est impossible de savoir s'il s'agit d'une seule corne ou de deux vues de profil. Il est donc important détudier les représentations en trois dimensions. La plupart de ces représentations sont en bois et tirées de tombes. La plus célèbre d'entre elles a été découverte près de la porte d'une tombe, confirmant le rôle de gardienne, comme trente-et-une sculptures d'un même site. La façon de faire ces statuettes, en pièces assemblées, existe encore dans le peuple Myanmar, avec toujours les mêmes couleurs pour la zhi ou licorne et font écho à la licorne de Ctésias, blanche à motifs rouges avec une corne noire blanche et rouge qui sont les trois couleurs symboliques des dynasties en Chine. Durant l'époque Han (200 avant JC - 200 après JC), le noir est le yin, le rouge est le yang et le blanc est l'incorruptible et pur. D'où la couleur blanche comme couleur dominante pour la licorne.

    Durant la dynastie Han (200 avant JC - 200 après JC) le système du Wuxing (les cinq éléments) devient plus fort et plus cohérent. Les idées et l'alchimie de l'époque va dans le sens d'augmenter la longévité et les potions sont conservées dans des bouteilles en forme d'animaux. Accumulant le pouvoir de ces différents animaux et oiseaux, se trouve la licorne, adaptant sa forme à la croyance des Han en la transmutation de toute chose, gagnant la capacité de métamorphose, et conservant son symbole de justice impartiale, de bonne fortune, et de protection contre le mal. [Jeannie Thomas Parker, 2007]


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