• -400 : Âne indique (Indes)

    -400 : Âne indique (Indes)

    âne indique - Bruno Faidutti 1996

    C'est Ctésias qui, le premier, décrit cette licorne dont ne parlent ni Hérodote ni Aristote. Hérodote parle d'ânes unicornes en Ethiopie, Aristote parle des ânes indiques unicornes « qui ne seraient que dsihiggetai » un quadrupède sans corne (Note : je n'ai pas trouvé d'autres occurrences de ce mot dans quelque ouvrage que ce soit). [Commission royale d'histoire, 1845] Il n'est pas allé lui-même en Inde mais rapporte les récits qu'il a entendus de la bouche des Perses. Ainsi Aristote met en doute sa parole, insistant sur le fait que le récit de seconde main se mélange souvent à la fable. [Rev. W. Haughton, 1862]

    Ctésias n'est pas le seul à décrire des ânes cornus, pourtant. Hérodote parle d'ânes cornus d'Éthiopie – mais les ânes de l'époque regroupaient chevaux, boeufs et gazelles. L'âne d'Aristote serait le dsihiggetai qui n'a pas de cornes. [Commission royale d'histoire, 1845]

    Voyons pour la description de l'animal d'après Ctésias. « Ctésias est l'un des auteurs les plus anciens qui aient parlé de la licorne, et il prétendait qu'elle avait le corps blanc, la tête couleur de pourpre et les yeux bleus […] La corne de cet animal avait une coudée de longueur, ou 0 m. 533, elle était blanche à sa partie inférieure, d'un noir d'ébène à son milieu, et rouge à son extrémité. »[Louis Pierre F. Adolphe Chesnel, marquis de la Charbouclais, 1856].

    Notons par rapport à cette corne, que les cornes de rhinocéros sont utilisées pour faire des coupes à boire et de nombreux autres objets, montrant ainsi une diversité de couleur allant du rougeâtre à l'extérieur, jaunâtre à l'intérieur au noire en son centre. [Selected specimens of natural history, 1740]

    D'autres ouvrages précisent que l'âne indique n'est pas féroce mais, acculé, ou lorsque ses petits sont en danger, il se défend en frappant de sa corne et de ses pieds, et en mordant. Aucun cheval ne peut le rattraper. Lorsqu'il court, il commence par trotter lentement puis accélère progressivement. Sa chair est mauvaise à manger et sa peau est trop épaisse pour être percée. Il possède un os dit « astragale » ou encore « talus », comme les artiodactyles (animaux à sabots avec un nombre pair de doigts), de couleur rouge, malgré le fait qu'il ait un nombre impair de sabots à chaque pied (un seul, plus exactement). [Rev. W. Haughton, 1862][John Timbs, 1869] Ctésias et Elian ont deux points de vue différents sur la couleur de l'os astragal : pour Ctésias il est rouge, pour Elian il est noir. Peut être s'agissait-il d'os teints ou peints afin de servir d'amulette, car le rhinocéros tout entier avait des propriétés magiques. [Odell Shepard, 1930]

     

    âne indique de Ctésias - Bruno Faidutti 1996

    D'autre part, l'âne indique est plus gros que le Monocéros africain de Pline. [M. Malte-Brun, 1829]

    Un Essai sur les légendes pieuses [Louis Ferdinand Alfred Maury, 1843] fait un lien entre l'âne indique de Ctésias et un mythe Perse décrivant l'animal le plus pur du monde (karkadann ?).

    La définition indiquée dans le premier paragraphe se retrouve quasi-identique en 1857 : C'est un « animal qui, selon les écrivains anciens, se rapproche de l'âne et du cheval, et dont la tête, de couleur pourpre, est surmontée d'une seule corne, longhe et aigüe, rouge à sa partie supérieure, blanche inférieurement et noire au milieu. D'après les traditions, la licorne aurait le corps blanc, les yeux bleus ; elle est remarquable par sa force, son agilité et sa fierté. »[Marie Nicolas Bouillet, 1857]

    D'autres détails apparaissent en 1860. Ainsi, l'âne des Indes, redouté pour sa force prodigieuse et ses penchants carnivores, est, avec l'oryx et le monocéros, une des trois espèces de licornes d'après les anciens naturalistes. Sa corne est utilisée pour faire des gobelets à boire afin de guérir l'épilepsie et de protéger du poison.[Rev. W. Haughton, 1862] Mais « il est presque démontré que ce monstrueux animal n'est autre que le rhinocéros; car, ainsi que le remarque Cuvier, tout ce que les anciens ont dit sur les propriétés anti-vénéneuses de la corne de leur âne des Indes est copié textuellement sur des traditions hindoustanies encore existantes, et qui se rapportent à la corne du rhinocéros, tout ce qu'ils ont écrit sur sa férocité, sa force, sa grandeur informe, convient parfaitement au même animal, et la dénomination d'âne des Indes, donnée par les Grecs au rhinocéros, est exactement aussi bien motivée que le nom de boeuf de Lucanie, donné par les Romains à l'éléphant. »[William Duckett (fils), 1860]. Cette suggestion que l'âne de Ctésias est un rhinocéros, fut avancée dès 1796.[Colin Macfarquhar, George Gleig, 1796][John Timbs, 1869] En 1837 il devient également synonyme de cheval et bœuf unicorne.[Franc̜ois Victor Mérat de Vaumartoise, Adrien Jacques de Lens, 1837]

    Les trois couleurs de la corne de la licorne de Ctésias proviennent de la corne de rhinocéros. Manuel Philes raconte qu'un poète grec, Philès, voyant une coupe faite de corne de rhinocéros et peinte des trois couleurs décrites par Ctésias, a demandé en quoi elle était faite, et en a conclut tout seul que la couleur était naturelle. Une autre possibilité est que Ctésias ait pu voir des représentations du rhinocéros dans des couleurs peu réalistes mais ait cru qu'il s'agissait des vraies. Pour la couleur du corps, une possibilite explication est que l'onagre, rougeâtre dessus, blanc dessous, ait pu voir la répartition de sa coloration modifiée par la répétition pour devenir la tête rouge et le corps blanc de l'âne indique de Ctésias. Mais quand on observe le comportement, l'âne indique qui combat « de la corne et des genoux » et qui accélère en courant, cela indique bien le rhinocéros. [Odell Shepard, 1930]

    Si l’on se souvient que l’hippopotame était pour les Romains un cheval aquatique, et l’éléphant un bœuf de Lucanie, on aura moins de mal à voir un rhinocéros dans la description d’un âne à tête rouge. [Bruno Faidutti, 1996]

    Cet âne indien tient pour moitié du rhinocéros indien pour le comportement, et pour moitié de l'oryx a tête rouge pour l'apparence. Mais il rappelle également le kiang par son aspect, un âne sauvage de grande taille (ce ne peut être l'onagre, que Ctésias connaissait) et le yak pour son comportement. [Chris Lavers, 2009]


    Tags Tags : ,
  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :