• -800 : Rheem ou reem biblique (Asie mineure)

    -800 : Rheem ou reem biblique (Asie mineure)

    Reem de Bochart - Bruno Faidutti, 1996

     

    Les texte cunéiformes de Mésopotamie font référence à une sorte de bœuf énorme et terrible, le rimu (probablement l'auroch). Il est possible que cela ait eu une influence sur les textes du Talmud. [Chris Lavers, 2009]

    Dans le Talmud, le Rheem est une créature qui n'a qu'une corne ; c'est le premier buffle qu'Adam sacrifie à Dieu. [Odell Shepard, 1930] On retrouve ce nom dans d'autres passages des textes sacrés, où il fut traduit en « licorne ».

    « God brought them out of Egypt ; he hath as it were the strengh of an unicorn. » (Nombres XXIII, 22) ; « God brought him forth out of Egypt ; he hath as it were the strenght of an unicorn : he shall eat up the nations his ennemies, and shall break their bones, and pierce them through with his arrows. » (Nombres XXIV, 8) ; « Will the unicorn be willing to serve thee, or abide by thy crib ? Canst thou bind the unicorn with his band in the furrow ? Or will he harrow the valleys after thee ? Wilt thou trust him, because his strenght is great ? Or wilt thou leave thy labour to him ? Wilt thouh believe him, that he will bring home thy feed, and gather it into thy barn ? » (Job XXXIX, 9-12) ; « He maketh them also to skip like a calf ; Lebanon and Sirion like a young unicorn. » (Psaumes XXIX, 6) ; « But my horn shalt thou exalt like the horn of an unicorn : I shall be nointed with fresh oil. » (Psaumes XCII, 10). [Holy Bible, 1792][C. Whittingham, 1829] Ce passage décrit le Rheem, ou licorne, comme puissant et indomptable, dévorant beaucoup d'herbe ; son petit est comparé à un veau.

     

    rheem + citation - Bruno Faidutti 1996

    Rheem, ou encore Re'em, est un nom hébreu qui fut parfois traduit par « licorne », à tort. Cette créature est citée dans certains psaumes. Pour certains auteurs, il s'agit du rhinocéros.[Charles Huré, 1846] Un Dictionnaire historique de la Bible dit que les Arabes l'appellent « rim ». Le mot arabe « rim » désigne la Gazella leptroceros, également appelée gazelle de Rhim, ou Rheem gazelle, comme le souligne un dénommé Bochart [Antoine Furetière, 1727]. D'autres sources indiquent que la gazelle nommée rim en arabe serait l'oryx d'Arabie, Oryx leucoryx. Rappelons que pour l'Antiquité, les oryx étaient unicornes. [Chris Lavers, 2009]

    D'après la Bible, le rheem est d'une grande force, à laquelle est comparée la force de Dieu délivrant Israël d'Égypte. Isaïe également compare les princes des nations hostiles à des rheems et des taureaux venus dévaster les terres. C'est une créature sauvage et indomptable possédant plusieurs cornes disposées droites sur la tête.

    Ainsi, certaines traductions de la Bible rendent « rheem » par « licorne ». Différentes opinions se succédèrent au sujet du rheem. Certains y voient l'oryx, même si la répartition géographique ne correspond pas, d'autres y voient un boeuf sauvage. Certains y voient une antilope ou un cerf ou un rhinocéros [Colin Macfarquhar, George Gleig, 1796]. Cette hypothèse reprise par un livre d'aventures anglais [Mayne Reid, 1857], bien qu'il ne vive pas dans les environs de la Palestine. Un autre traduction suggère que « rheem » signifie « droit » et suggère tout simplement l'idée du pouvoir ; d'autres y voient le rhinocéros, à cause de la position de sa corne perpendiculaire par rapport à l'os du crâne, permettant de l'utiliser de manière plus puissante que si elle poussait parallèlement à l'os du crâne [Colin Macfarquhar, George Gleig, 1796].

    D'après un ouvrage de 1740, dans l'Ethiopie, le terme de rheem se rapporterait bel et bien rhinocéros. Ainsi, il est faux de dire que le reem est une antilope ; c'est contraire aux Ecritures qui disent qu'il est féroce. Il est donc plus logique de penser qu'il s'agit du rhinocéros. D'autre part, traduire Reem par licorne ou monocéros est une erreur car les Ecritures parlent de plusieurs cornes, et le rhinocéros possède deux cornes. De même, la licorne peut très bien être un rhinocéros. [Selected specimens of natural history, 1740]

    Un dictionnaire de 1783 suggère que rheem, monocéros, rhinocéros et licorne sont la même créature, pour ensuite assurer que le rheem au contraire est l'Urus (sorte de bœuf sauvage), l'oryx, le daim ou le chevreuil et conclure que le rheem biblique est le monocéros, c'est-à-dire, la licorne. [Augustin Calmet, 1783] Tout cela reste très confus.

    Une gazette littéraire de 1823 décrit le crâne d'une créature similaire au rhinocéros mais avec une corne plus longue que la moyenne, qui est plus tard assimilé au rheem [Philip Dixon Hardy, 1835][John Timbs, 1869]. La seconde corne à l'arrière serait une sorte de hameçon maintenant la cible attaquée : « the head they brought had a straight horn projecting three feet from the forehead, about ten inches above the tip of the nose. […] It has a small thick horny substance, eight inches long, immediately behind it, which can hardly be observed on the animal at the distance of a hundred yards, and seems to be designed for keeping fast that which is penetrated by the long horn ; so that this species of rhinoceros must appear really like a unicorn when running in the field. » [Lovell Augustus Reeve et al., 1823] La source continue en indiquant que les indigènes considèrent la créature comme familière. Plus loin, il est affirmé qu'il s'agit bien d'un crâne de rhinocéros : « we are inclined to consider it the cranium of a double-horned rhinoceros » bien que ce spécimen soit d'une taille largement supérieure à la moyenne. Ce n'est pas le seul ouvrage à critiquer cette découverte dans le même sens. [Rev. W. Haughton, 1862]

    Les savants se lancèrent dans un débat afin de savoir si le reem est une sorte de gros bœuf, un oryx, ou un rhinocéros.

    Une étude mythologique de 1842 et une autre de 1845 penchent en faveur du rhinocéros. [John Brand, ‪Sir Henry Ellis, 1842][Commission royale d'histoire, 1845]

    Un journal savant de 1845 penche dans la direction du buffle sauvage. [Quatremère, 1845]

    Une réflexion menée en 1852 rappelle que la licorne du livre de Job est une créature qui n'a qu'une corne, et que la licorne de la Bible n'est en aucun cas la licorne héraldique car le Reem est décrit comme plus puissant et plus musclé que la fine cavale unicorne. L'auteur rappelle que la grammaire hébraïque du passage avec le Reem, montre que ce dernier a plus qu'une corne et qu'il ne peut en aucun cas être une licorne.

    D'autre part, si le rheem-licorne avait existé dans le monde connu de Rome, qui incluait l'Inde, la licorne aurait été amenée aux jeux du cirque. On y a trouvé des tigres, des rhinocéros, des éléphants tous venant d'Inde, mais de licorne, point.

    Un auteur suggère que le reem est le rhinocéros africain, à une époque où il était beaucoup plus répandu et où il vivait assez vieux pour que sa corne atteigne une taille impressionnante.

    John Kitto suggère plutôt que le Rheem est l'oryx leucoryx, car on l'appelle rim ou reem en arabe.[John Kitto, 1852][Chris Lavers, 2009] C'est aussi le nom Assyrien de l'auroch. [Odell Shepard, 1930]

    Un homme religieux de 1862 affirme, lui, que le rheem s'apparente à l'oryx d'Arabie ou à l'auroch, car le rheem a plusieurs cornes, est mentionné parmi les bovins, et attaque cornes en avant. De plus, la description que la Bible donne du rheem est similaire à celle que César donne de l'auroch. [Rev. W. Haughton, 1862] Pourtant, d'autres sources tendent à montrer que la licorne de César était plutôt comme un cerf à un seul bois, car il décrit la corne de la créature comme semblable à un arbre ou à une main. En cela, la description rappelle le renne. [James Cross Giblin, 1991]

    En 1833, un auteur rappelle que dans la Bible on ne trouve mention ni du rhinocéros ni de l'éléphant. Pourtant, il est fait mention d'ivoire, mais pas de la créature dont il provient. Mais les Écritures font profusion mention au reem et au béhémoth. Le premier serait le rhinocéros et le second, l'éléphant, et la licorne, une erreur de traduction. Pour approfondir la réflexion, le reem ne fait pas partie des quadrupèdes « purs » comme l'antilope ; il ne peut donc pas être une sorte de bovidé. Le reem a deux cornes, comme le rhinocéros africain. C'est donc le rhinocéros africain. Et s'il a l'air plus petit que l'éléphant, c'est uniquement à cause de ses pattes plus courtes, le reste de son corps étant dans les mêmes proportions. [William Carpenter, Gorham Dummer Abbot, 1833][Thomas Bingley, 1864]

    Revenons à présent aux origines du nom. Les Arabes appellent cette créature « bakar-elwahschi » c'est-à-dire « bœuf sauvage ». Ce terme désigne les grands bovidés, comme l'oryx ou le gnou, ou encore l'addax. Son petit étant comparé à un veau, il se peut que le rheem soit le gnou noir, Connochaetes taurinus, ou une espèce désormais éteinte comme l'auroch Bos primigenius qui a survécu jusqu'au XVIIième siècle et qui avait les cornes pointées vers l'avant. [Quatremère, 1845] De plus W. Smith indique que le Reem étant un animal qui peut être sacrifié, ce ne peut pas être le rhinocéros car chez les Juifs, seuls les ruminants peuvent être sacrifiés. Le Reem est donc un ruminant. [Charles Gould, 1886]

    Kitto 1852 - oryx leucoryx

     

    Un grand merci à ma collègue Emna E. pour sa contribution à cet article.


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