• Autres espèces en vrac

    Autres espèces en vrac

    huit licornes - Bruno Faidutti 1996

    L'antholops (antilope) du Physiologus est une sorte de licorne dont les cornes en dents de scie peuvent couper les arbres. Lorsque l'antholops va boire à l'Euphrate, il se prend les cornes dans les vignes, hurle de terreur, et se fait ainsi capturer par le chasseur. [Odell Shepard, 1930]

    Dans la première moitié du XIIIème siècle, le Livre des propriétés des choses du franciscain Barthélémy l’Anglais, conciliait des sources contradictoires en distinguant soigneusement les variétés de licornes: « Certaines ont un corps de cheval, une tête de cerf, une queue de sanglier, et ont une corne noire... On les appelle souvent monocéros ou monoceron. Une autre variété de licornes est appelée églisseron, c’est-à-dire chèvre cornue. Elle est grande et haute comme un cheval, mais semblable à un chevreuil; sa corne est blanche et très pointue... Une autre espèce de licorne est semblable à un bœuf, tachée de taches blanches; sa corne est noire et brune, et elle charge son adversaire comme le fait un taureau. » Le terme d’églisseron, peu courant, est vraisemblablement emprunté à une autre encyclopédie, celle de Thomas de Cantipré. [Bruno Faidutti, 1996]

    Dans son traité De Animalibus, écrit vers le milieu du XIIIème siècle avec une méthode strictement descriptive qui rompt avec les allégories du Physiologus, Maître Albert n’utilise pas moins de dix noms pour désigner des animaux unicornes: monoceros, monoceron, archos, unicornis, rhinoceros, onager indicus, asinus indicus, auxquels il convient d’ajouter bos et taurus, du moins pour leurs variétés orientales [Bruno Faidutti, 1996]

    Dans sa dissertation sur la licorne, publiée en 1628, le médecin danois Caspar Bartholin cite huit variétés d’animaux unicornes: l’oryx, le camphur, l’unicorne des mers boréales, le bœuf unicorne des Indes, l’âne indique, le cheval unicorne d’Inde, le rhinocéros, et enfin le véritable monocéros. L’unicorne arctique, visiblement mal connu, n’est pas décrit, mais c’est de toute évidence du narval qu’il s’agit. [Bruno Faidutti, 1996]

    John Bell en 1713 décrit une licorne qui est un cerf avec un ceul bois sur la tête, droit et terminé en fourche. [Odell Shepard, 1930]

    Un dictionnaire de 1727 rappelle que « Les uns disent qu'elle ressemble à un cheval ou à un poulain, les autres à un âne, les autres à un cerf ou un bouc par la barbe, les autres à un éléphant, les autres à un rhinocéros, les autres à un lévrier. Munsler et Thevet disent que c'est un amphibie vivant dans l'eau et sur terre, et que sa corne est mobile selon la volonté de l'animal. D'autres disent que sa force consiste en sa corne ; et que quand elle est poursuivie par les Chasseurs, elle se précipite du haut des rochers, & tombe sur sa corne, qui soutient tout l'effort de sa chute, en sorte qu'elle ne se fait point de mal. Enfin tous les Auteurs rapportent différemment la figure et la couleur, tant de l'animal que de sa corne & de toutes ses parties. » [Antoine Furetière, 1727]

    Pirassoipi et Camphur - Bruno Faidutti 1996

    Un auteur de 1781 rappelle les planches de Jonston et les commente ainsi : « Enfin l'on voit bien, par toutes ces figures, que cet Auteur a plus travaillé d'imagination que sur les figures de ces animaux qu'il eût sous les yeux. L'on voit ainsi la confiance qu'il mérite dans cette occasion. (…) on ne peut guere passer à cet Ecrivain d'avoir augmenté, par ses figures, un doute qui n'étoit déjà que trop bien fondé. » [Pline l'Ancien, 1781]

    En 1783 un dictionnaire donne un bon résumé de l'état des connaissances en matière de licorne : « Nous savons qu'il y a plusieurs sortes d'animaux dans l'Ethiopie & dans les Indes, qui n'ont qu'une corne, les uns sur le nez, les autres sur le front, & les autres sur la tête. On retrouve des vaches, des taureaux, des chevaux, des ânes, des daims, des chevre & d'autres animaux, qui n'ont qu'une corne. Dalechamp en a remarqué jusqu'à sept espèces. […]On montre plusieurs cornes de licornes, de monoceros ou de rhinoceros, dans les Cabinets des Curieux ; mais elles ne sont ni égales en en grandeur, ni uniformes pour la couleur, la grosseur & la figure. La corne de la licorne est blanche, à ce que l'on prétend, & longue de cinq palmes. Celle du poisson monoceros est à peu-près de même couleur, mais plus longue. Celles du rhinoceros sont brunes, solides, un peu recourbées, un peu moins longues que celles de la licorne. J'en ai vu de plusieurs especes, & de différentes grosseurs & grandeurs, ce qui me persuade qu'elles ne sont pas d'une même espèce d'animal. » [Augustin Calmet, 1783]

    Les légendes des « licornes d'or » seraient une extension de ces légendes autour de licornes jaunes, et à rapprocher des légendes au sujet de cygnes et lions d'or. Ces licornes seraient vraiment faites d'or, et leur corne apparaît dans certaines légendes comme source de fortune. Les licornes d'or de la poésie prennent place au côté de cygnes et de lions d'or. Dans un rêve d'un pèlerin de Nuremberg, un ange apparaît pour lui montrer un arbre près de Bethléem au pied duquel le pèlerin trouve une fine corne d'or, venant d'une licorne d'or, et avec laquelle le pèlerin put se bâtir une maison à Nuremberg. D'ailleurs la licorne était une enseigne d'auberge et de brasserie assez populaire au Pays-Bas et en Allemagne. [Commission royale d'histoire, 1845]

    En 1835, un long article de journal est publié au sujet de la vie sur la Lune, découvertes attribuées au scientifique Herschel sans qu'il ne soit au courant. Publié dans le Sun, l'article a causé grand bruit aux USA et en Europe. Richard Adams Locke en est l'auteur. Parmi les espèces présentes sur la lune, se trouvent des licornes. [The great moon hoax, 1835]

    the great moon hoax

    En 1839 l'auteur d'un livre sur l'héraldique anglaise considère que les origines de la licorne sont le narval, et le monocéros, « un cheval de Mésopotamie ». Il cite également une gazelle empaillée présente au musée de Bristol et originaire de Caffrarie, dont les cornes sont unies et pointées en avant donnant l'illusion d'une licorne, ainsi qu'une espèce de licorne nommée « le cheval de rivière de la mer gelée », qui serait amphibien. [Alexander M. Brunet, 1839]

    En 1856, en plus de l'âne indique de Ctésias, « il y avait une espèce de licorne qui avait, prétendait-on, une tête de cerf et une queue de sanglier ; puis une troisième qui était tachetée de blanc et dont l'apparence était celle d'un bœuf » [Louis Pierre F. Adolphe Chesnel, marquis de la Charbouclais, 1856]

    Certaines licornes, notamment au nord-est de l'Afrique, sont rapprochée des antilopes, lesquelles, disaient les Grecs Anciens, peuvent scier les arbres de leurs cornes. [John Timbs, 1869]

     

    On comprend aisément que bœufs, vaches, rhinocéros, camphur et rangifer soient distingués de la licorne. La corpulence des trois premiers interdit de les assimiler à l’animal représenté sur l’unique gravure de l’ouvrage. Les pattes palmées du camphur en font une espèce bien à part, et l’habitat septentrional du rangifer, proche cousin du renne, le distingue d’une licorne dont il était admis qu’elle vivait dans les pays d’Orient. On est d’autant plus surpris de voir l’appellation de « vraie licorne » refusée aux ânes sylvestres de Ctésias, aux chevaux unicornes d’Élien, à l’oryx d’Aristote, alors que, leur description ne différant guère de l’image habituelle de la licorne, de nombreux auteurs les considéraient comme tels. [Bruno Faidutti, 1996]

    En 1936, un biologiste de l'université du Maine, aux USA, a réalisé une opération sur le front d'un taurillon pour qu'il ne lui pousse qu'une seule corne. [Bull with single horn, 1936]

     

    popular science, 1936

    Doctor Dove a étudié le comportement de cet animal et s'est rendu compte qu'il correspond à celui de la licorne de la légende. Le taureau comme le reste des animaux semblent conscients du danger que pose une corne pointue perpendiculaire à l'os du crâne ; ainsi les autres individus se tiennent à une distance respectueuse du taurillon, et celui-ci évite de se disputer avec ses semblables pour ne pas les blesser. Cela correspond au comportement ambivalent de la licorne, à la fois docile et calme, mais crainte et respectée pour sa force et le danger qu'elle pose. La technique de manipulation des cornes utilisée par Dove se retrouvant un peu partout sur le globe, le chercheur a spéculé que toutes les licornes du passé n'étaient que le fruit de cette manipulation, d'où leur diversité de forme malgré un caractère similaire. Il remarque également que certains lignées de bovidés (les femelles Ayrshire) ont une corne qui est en trois couleurs, blanc, noir et rouge au bout. Comme la licorne de Ctésias. [Nancy Hathaway, 1980][James Cross Giblin, 1991]


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