• Comportement de la licorne

    Comportement de la licorne

    Au Moyen-Âge, on disait que la licorne est si fière qu'une fois prise, elle se laisse mourir de tristesse ou de faim [Louis Pierre F. Adolphe Chesnel, marquis de la Charbouclais, 1856][François-Alexandre Aubert de La Chesnaye-Desbois, 1759]. On ne peut donc la prendre vivante. Lorsqu'elle veut échapper à ses poursuivant, elle se précipite du haut d'une falaise sur sa corne, et en ressort indemne. Car toute sa force réside dans sa corne. [Marc de Vulson de La Combière, 1644][Marc de Vulson de La Combière, 1669][François-Alexandre Aubert de La Chesnaye-Desbois, 1759][John Timbs, 1869] Cosmas en 550 AD a décrit ce comportement pour la première fois. [Odell Shepard, 1930] Cette légende provient des légendes au sujet de l'argali, une chèvre d'Asie centrale. [Chris Lavers, 2009]

    L’argumentation médicale de Laurent Catelan par rapport à la férocité de la licorne est largement tributaire des théories de Marsile Ficin et Paracelse, selon lesquelles le semblable se guérit par le semblable. Désireux d’expliquer comment la corne de licorne peut être un puissant antidote contre tous les poisons, il va jusqu’à supposer que la corne elle-même est « virtuellement » vénéneuse, qu’une vraie corne doit être « fétide et puante », et que « les douleurs et la rage continuelle qui rend [les licornes] extraordinairement sauvages, errantes et furieuses ne procèdent que de la virulence et qualité corrompue des humeurs qui leur causent telle rage, et qui les occasionnent à rechercher l’eau infecte... » [Bruno Faidutti, 1996]

    D'après Hildegarde de Bingen (XIIème siècle), la licorne « se nourrit de plantes pures, et quand elle marche, elle fait des sortes de sauts. Régulièrement, une fois par an, la licorne se rend vers la terre qui contient le suc du paradis, et elle y cherche les meilleures herbes, les foule du pied et les mange ; elle en tire beaucoup de force, et c'est pour cela qu'elle fuit les autres animaux. Sous sa corne se trouve un morceau d'airain brillant comme du verre, si bien que l'homme peut y mirer sa face comme dans un miroir. » [Yvonne Caroutch, 1997]

    La licorne mène une vie pure et peut « servir de symbole à ceux qui ont toujours fuï les vices, qui sont le vray poison de l'ame. (…) On dit aussi que la Licorne aime uniquement les bonnes senteurs, & qu'elle chérit passionnément les personnes chastes & pudiques. ». [Marc de Vulson de La Combière, 1644][Marc de Vulson de La Combière, 1669]

    Comportement de la licorne

    Un auteur, Alkazuin, parle de l'amitié entre la licorne (le monocéros) et le pigeon. D'après lui, la licorne prend plaisir au roucoulement du pigeon et laisse celui-ci se poser sur sa corne. Elle aime à se coucher au pied des arbres où le pigeon a fait son nid. [Jules Berger de Xivrey, 1886][Louis Pierre F. Adolphe Chesnel, marquis de la Charbouclais, 1856]

    La licorne est si sauvage dans son combat contre l'éléphant, que « quand elle se vieult combattre contre le elephant, elle lyme et aguze sa corne contre les pierres, ainsi que feroit ung bouchier son cousteau pour occire quelque beste. » [Jules Berger de Xivrey, 1886] Un dictionnaire de 1783 ajoute que le mugissement de la licorne est semblable à celui du bœuf mais q'il tient un peu de celui du chameau. [Augustin Calmet, 1783]

    On dit que le léopard vient d'une licorne accouplée à un panthère mâle. [François-Alexandre Aubert de La Chesnaye-Desbois, 1759]

    Dès la fin du XVIè siècle, Ambroise Paré soulève le problème posé par le comportement de la licorne, tantôt doux, tantôt féroce, variant d'une source à l'autre. [Ambroise Paré, 1840]

    En 1839, un auteur cite un certain Nisbet : « la licorne est en haute estime, tout autant pour sa vertu que sa force. Dans sa corne les naturalistes voient un antidote puissant contre le poison, et nous disent que les bêtes sauvages attendent pour boire que la licorne ait agité les eaux de sa corne. Il est remarquable pour sa force, mais plus encore pour son esprit, car il préfère mourir que d'être soumis. » [William Newton, 1846]

    En 1860, la férocité de la licorne n'est plus admise, car « en divers endroits des Saintes Écritures le Fils de Dieu est comparé au fils de la licorne ». [William Duckett (fils), 1860] De plus, « La licorne est si peureuse, qu'elle ne va jamais qu'en compagnie de plusieurs animaux capables de la défendre » [Quatremère, 1845]

    D'autres auteurs sont du même avis. Joachim Legrand, de retour du Portugal où il avait été secrétaire de l’ambassadeur du Roi de France, publia en 1728 sous le titre de Relation historique d’Abyssinie une traduction française d’un manuscrit du père Lobo, dont le texte original ne fut jamais imprimé, qu’il avait pu consulter à Lisbonne. Le passage concernant la licorne diffère quelque peu de celui donné par Thévenot, et l’on remarquera que, se trouvant juste après un autre texte concernant le rhinocéros, il exclut toute confusion entre les deux animaux. « On a vu dans la province des Agaus, qui est un pays fourré et plein de bois, cette licorne si fameuse et si peu connue jusqu’à présent. Comme cet animal passe vite d’un bois à un autre, on n’a pas eu le temps de l’examiner; on l’a néanmoins assez bien considéré pour pouvoir le décrire. Il est de la taille d’un beau cheval bien fait et bien proportionné, d’un poil bai, avec la queue et les extrémités noires. Les licornes de Tuaçua ont la queue fort courte, celle de Ninina, qui est un canton de cette province, l’ont au contraire très longue, et leurs crins tombent jusqu’à terre. La licorne est si peureuse qu’elle ne va jamais qu’en compagnie de plusieurs animaux capables de la défendre. Les cerfs, les chevreuils, les gazelles se rangent autour de l’éléphant, qui se contentant de feuilles et de racines, défend tous ces timides animaux contre les bêtes féroces et carnivores qui les voudraient dévorer ». [Bruno Faidutti, 1996]

    La licorne s'agenouille comme les ruminants, c'est-à-dire en pliant d'abord ses antérieurs. Cette particularité était bien sûr connue des encyclopédistes de la Renaissance que sont Gesner et Aldrovandi. Pliant ses pattes avant pour laisser reposer sa tête dans le giron d’une jeune vierge, la licorne était représentée par les miniaturistes du Moyen-Âge dans une position naturelle aux caprins, jamais observée chez un équidé; trempant sa corne dans l’eau pour la purifier, la licorne est là aussi, le plus souvent, dessinée dans une stature accroupie propre aux fissipèdes. Ces deux scènes sont d’autant plus importantes dans la représentation classique de la licorne qu’elles illustrent toutes deux la symbolique christique de l’animal. Sans que nos naturalistes en soient nécessairement conscients, car cet argument n’est jamais avancé dans leurs ouvrages, ces images de licornes agenouillées sont peut-être en partie responsables de la conviction, assez générale, selon laquelle la licorne a des sabots fendus. [Bruno Faidutti, 1996]


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