• Introduction aux tapisseries

    Les textes qui suivent sont cités directement du livre indiqué en source.

    Définition

    Depuis le Moyen Age, le terme « tapisserie » qualifie plusieurs genres d'ouvrages qui se différencient par leur technique, leur aspect ou leur utilisation. On ne l'emploie ici que pour désigner des travaux de laine et de soie, jadis relevés parfois de fils d'or ou d'argent, dont les fils de chaîne et les fils de trame, entrecroisés à la main, sur un métier, permettent la création d'un tissu relevé de personnages, de paysages ou de motifs décoratifs. La définition […] écarte, notamment, l'extension abusive du mot « tapisserie » à des oeuvres exécutées à l'aiguille ou brodées […].

    Haute lice et basse lice

    […]Il existe deux sortes de tapisseries : les tapisseries de haute lice et les tapisseries de basse lice. Présentant un résultat d'une apparence identique, les deux procédés se différencient toutefois par la disposition de leurs chaînes respectives au moment du tissage. Tendue verticalement pour la tapisserie de haute lice, la chaîne est disposée en nappes horizontales pour la tapisserie de basse lice. Il en résulte que la construction des métiers de haute lice et de basse lice présente des divergences notables ; celles-ci déterminent les opérations effectuées par l'artiste, ou licier, au cours de son travail.

    Le métier de haute lice comprend deux cylindres de bois, ou « ensouples », disposés horizontalement dans le même plan vertical, et supportés par de doubles montants appelés « cotrets » ; ceux-ci reposent sur le sol et sont réunis dans le haut par une traverse. Les fils de chaîne doivent être enroulés et fixés sur les ensouples par une tringle, le « verdillon », engagée dans une rainure occupant toute la longueur des ensouples. L'écartement des ensouples, que l'on peut faire varier au moyen de vis de pression en fer logées dans les cotrets, permet d'obtenir le degré de tension indispensable au tissage. Au fur et à mesure de son avancement, le tissu exécuté s'enroule sur l'ensouple inférieur afin de libérer une nouvelle portion de chaîne.

    La chaîne, qui est unie, se divise en deux nappes, dont l'écartement est maintenu, d'abord par une ficelle, dite « de croisure » et, ensuite, par un tube de verre ou « bâton d'entre-deux ». À chaque fil de la nappe postérieure – par rapport à l'artiste assis devant le métier – est passée une cordelette en coton en forme d'anneau, la « lice ». Ces lices servent particulièrement à ramener la nappe arrière à la partie antérieure, en croisant les fils.

    La préparation de la chaîne, l' « ourdissage », puis le montage du métier achevés, l'exécutant, à l'aide d'un papier transparent, décalque les principaux contours du modèle, ou « carton ». Il ne s'agit, du reste, que de repère ; le carton lui-même restant placé derrière l'artiste, qui doit se retourner constamment au cours de son travail afin de vérifier le dessin et les coloris à transposer.

    Pour le tissage proprement dit, le tapissier, ou licier, prend de la main droite une « broche » ; cet accessoire, une sorte de navette, est chargée de laine teinte destinée à devenir la trame colorée. Puis, glissant la main gauche entre les deux rangs de fils, le licier passe la broche de gauche à droite. La main gauche, saisissant alors les lices, fait revenir par une traction les fils arrière ; l'artiste manoeuvre après sa broche de droite à gauche. Ces deux passées de la broche forment une « duite ». Les duites sont tassées d'abord au moyen de l'extrémité pointue de la broche ; un peigne d'ivoire est utilisé ensuite pour les grandes surfaces unies. La répétition indéfinie des duites constitue la tapisserie. Comme elle s'élabore à l'envers, un miroir mobile facilite au licier le contrôle de son ouvrage.

    Plus proche du métier des tisserands, le métier de basse lice comprend des pédales ; elles servent à mouvoir les fils de chaîne tendus horizontalement. À cette particularité essentielle du métier de basse lice s'ajoute le fait que le carton doit être placé sous la chaîne et que le travail inverse la composition. Aussi doit-elle être disposée de façon que le sens original du dessin soit rétabli par le tissage.

    Les mille-fleurs

    Les tapisseries aux fonds [bleus ou roses] entièrement semés de fleurettes, tissés aux alentours de 1500, existent en nombre assez considérable pour former tout un groupe, celui des mille-fleurs. Leur réalisme attrayant, leur admirable harmonie, l'association de leurs coloris les placent parmi les réussites les plus accomplies du goût français. Avec un sentiment prononcé de la nature, les mille-fleurs multiplient les fleurs des jardins et des champs. Parmi leurs feuilles élancées et leurs fraîches corolles, sous des arbustes chargés de fruits, apparaissent parfois des animaux, des moutons, des chiens, des vols d'oiseaux, la gent menue des prés et des forêts. Ils accompagnent des thèmes qui sont généralement des thèmes profanes consacrés à la vie rustique, à la vie des grands, à leurs divertissements et à leurs délassements.

     

    Source

    Roger-Armand Weigert, La tapisserie et le tapis. Presses universitaires de France : Paris. Editions Le Lys d'Or, 1964, 186 pages.


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