• Les espèces de licornes dans l'Histoire

    Liste des espèces par ordre chronologique

    -2250 : Zhi (Chine)

    -2000 : Licorne de Persepolis

    âge de bronze : Qilin, kirin, ki-lin (Asie)

    -800 : Rheem ou reem (Asie mineure)

    -400 : Ane indique (Indes)

    23 - 79 : Eale (Afrique)

    23 à 79 : Monocéros, carcazonon, kardandan, karkadan… (Indes, Perse)

    23 à 79 : Oryx, oryge, orix, capricerva, fliris (Afrique)

    807 : Narval, narwal, licorne de mer, rohart (zone boréale)

    1200 : Rhinocéros (Afrique, Indes)

    1224 : Chirù, sérou, tchirou, seru, tsopo à une corne, kéré, tou-kio-cheou (Tibet)

    1523 : Bœuf unicorne, dagorne (Afrique sub-saharienne)

    1523 : Licorne de la Mecque, capricorne, églisseron, chèvre unicorne, arvocharis (La Mecque, Éthiopie…)

    1542 : Licorne de Rabelais (Europe)

    1564 : Licorne américaine (Souanamma)

    1566 : Cheraffe, girafe, giraffe, caméléopard, camelopard, chamois (Constantinople, Indes)

    1573 : Licorne du Prêtre Jean (Egypte)

    1575 : Rangifère

    1580 : Camphur (Afrique)

    1580 : Caspilly (Golfe d'Arabie)

    1580 : Cochon de mer (océan)

    1580 : Pirassoipi (Arabie, Brésil)

    1580 : Vletif, Uletif (côte Ouest de l'Afrique)

    1591 : Dante, beori, impanguazza, empacasse, pacasse (Amérique du Nord, Congo)

    1600 : Licorne du cap de Bonne-Espérance, couagga, hippotrague, antilope pygmée (cap de Bonne-Espérance)

    1600 : Licorne héraldique (Europe)

    1655 : Toré Bina (Afrique)

    1659 : Bœuf Indien (Indes)

    1663 : Licorne de Leibnitz (Allemagne)

    1700 : Avocharis (Ethiopie)

    1700 : Licorne du Cap Vert, cheval unicorne (Cap Vert)

    1749 : Badas, bada, abada, nillekma, ndzoo-dzoo (Angola et Namibie)

    1755 : Brehis, brehi, breh, bret (Madagascar)

    1759 : Gnou (Afrique)

    1759 : Harish, harshan, arwe harish, auraris (Afrique)

    1760 : Vache (Chine)

    1901 : atti

    Autres espèces en vrac

  • Licornes de Persépolis

    licorne de persépolis - Bruno Faidutti 1996

    Les premières représentations de la licorne sont observables à Persépolis dans les représentations du Zend-Avesta. Ces licornes ont deux visages, comme Janus. Certaines écoles symboliques disent qu'elles représentent l'unité divine et que le monde tournerait sur leur corne. D'autres disent qu'elles représentent la pureté du monde car elles sont composées de tous les animaux les plus utiles et les plus puissants aux yeux des gens de l'époque. Pour d'autres encore elles représenteraient le pouvoir royal. L'explication la plus simple est que la licorne a deux cornes et que représentée de profil, elle n'en a plus qu'une. Celle licorne perse serait à rapprocher du rem juif. [Commission royale d'histoire, 1845]

    licorne de Persépolis - Caroutch 1997

    Des tribus africaines manipulent les cornes du mâle dominant dans leur bétail pour qu'il n'en ait qu'une seule au milieu du front. C'est une pratique répandue dans le sud du Nil Blanc, entre autres. Cet animal a une valeur particulière et est un emblème de souveraineté dans les peuplades pastorales de l'Ethiopie – pays où Élian, parmi d'autres, a décrit des créatures unicornes. Il s'agit dans le Talmud de la possession la plus précieuse d'Adam que celui-ci sacrifie à Dieu.

    À Persépolis se trouve un bas-relief dans les ruines du palais aux Quarante Colonnes, montrant une créature unicorne combattant un lion. Son espèce est indéterminée parmi les espèces élevées par les gens de l'époque : chèvre, bœuf, âne, antilope…

    Cette créature est également utilisée sur des sceaux des citées de Perse, Assyrie, Babylone, Chaldée, et Élam. Ces sceaux répandus par le commerce ont ensemencé les esprits quant à l'existence de créatures unicornes quelque part en Moyen-Orient. [Odell Shepard, 1930]

     

    Pourtant, des expériences faites sur du bétail afin de manipuler les cornes pour qu'elles n'en forment plus qu'une, tendent à montrer que c'est le fait de n'avoir qu'une corne frontale qui donne à l'animal plus de leadership. En effet une corne frontale, rend l'animal qui charge beaucoup plus redoutable que s'il en avait deux. Il peut s'en servir pour soulever des barrières et s'imposer au reste du troupeau. C'est la corne unique qui fait qu'il devient le chef, et pas l'inverse. [Chris Lavers, 2009]

    Alexandre le Grand décrit une licorne similaire à celle de Persépolis, en forme de cheval.[Commission royale d'histoire, 1845]

    Un mythe de Mésopotamie parle d'un âne à trois pattes qui se trouve dans la mer et purifie les eaux. Il a six yeux, neuf bouches, deux oreilles et une seule corne d'or. Son corps est blanc. [Odell Shepard, 1930]

    Cette licorne de Persépolis est issue entre autre de croyances liées à la lune en son croissant, représentée sur les sceaux accompagnée de créatures unicornes. [Odell Shepard, 1930]


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  • âge de Bronze : Qilin, kirin, ki-lin (Asie de l'Est)

    qilin - Odell Shepard - 1930

    Les Chinois ont différents noms pour la licorne : King, Kioh Twan, Poh, Hiai Chai, Too Jon Sheu, Ki-lin. [Odell Shepard, 1930] Le ki-lin est nommé ainsi par la construction chinoise des noms. La femelle est le lin et le mâle est le ki. C'est une sorte de gros cerf. [Charles Gould, 1886]

     

    « Les Chinois vantent beaucoup la licorne dans leurs discours et dans leurs écrits. Ils la regardent comme un augure de prospérité : ils la représentent fort belle, et leurs auteurs assurent qu'elle a le ventre fait comme celui d'un daim, le pied comme un pied de cheval, et la queue semblable à celle de la vache. Ils lui attribuent cinq couleurs différentes. Elle a, disent-ils, le ventre jaune ; sa corne est haute de deux pieds et couverte de chair. C'est un animal fort doux et l'emblème de la félicité. » nous dit un dictionnaire de 1759 [François-Alexandre Aubert de La Chesnaye-Desbois, 1759].

    La qilin est vantée dans toute l'Asie. La femelle a une corne recouverte de chair tandis que le mâle a des bois de cerf. Ses cornes ne sont pas des armes mais lui servent à séparer les bons des mauvais ; elle combat en rugissant et en crachant des flammes. Sa voix est mélodieuse. Elle ne détruit rien en marchant et ne mange rien qui ne soit parfait. Elle peut marcher sur l'eau. Elle vit mille ou deux mille ans, suivant les sources. Elle est née du croisement entre une vache et un dragon. Elle règne sur tous les animaux à poils et est liée à la terre. Elle apporte les enfants et annonce félicité paix et prospérité.

    Les Chinois racontent qu'elle s'est agenouillée pour écouter le premier sermon du Bouddha à Benares [Charles W. Pratt, 1979].

    C'est une qilin qui est apparue, dit la légende, à l'empereur Fu Hsi vers -3000. Marchant sur le bord de la rivière, le fait de toucher l'eau la purifiait de la boue en suspension et changeait les galets en émeraudes. Son dos était couvert de signes étranges ; c'est ainsi que naquit l'écriture chinoise. Le successeur de son successeur rencontra lui aussi une qilin. [Nancy Hathaway, 1980]

    C'est aussi une qilin qui est apparue à la mère de Confucius. Elle lui a accroché un fil rouge dans les cornes, puis la qilin a tourné trois fois autour d'elle. Un an plus tard naissait Confucius. C'est cette même qilin qui l'emporta sur son dos à sa mort : il put la reconnaître grâce au fil rouge accroché par sa mère dans les cornes de la créature. [Nancy Hathaway, 1980]

    En 1414, l'explorateur Zheng He rapporta une girafe et l'empereur de Chine décréta que c'était la qilin.

     

    Des recherches effectuées en 2007 concluent que la qilin est à la base une créature purement mythologique, mais qu'elle s'est assimilée à la zhi et au rhinocéros, lui donnant sa forme actuelle. À l'époque de la Chine de l'Âge de Bronze, les gens savaient faire la différence entre la zhi aux cornes droites, mythique, et le rhinocéros à corne courbe, créature encore commune. Mais avec le temps et la disparition des rhinocéros, les représentations de ce dernier se sont mises à évoluer vers quelque chose de plus mythique et de moins anatomique. Dès le quatrième siècle avant JC, les éléments du rhinocéros et de la zhi se sont mis à se mélanger avec des détails liés à la qi comme les nuages et les ailes. Le nombre et l'emplacement des cornes commence à devenir fantaisiste (exemple au troisième siècle, une corne entre les épaules ; vers le 5è - 6è siècle cinq cornes sur le dos) et le corps de façonne en suivant celui d'animaux domestiques plus familiers comme le bœuf ou le cochon. [Jeannie Thomas Parker, 2007]

     


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  • -2250 : Zhi (Chine)

    zhi, rotarian, 1979

    La première licorne chinoise n'est PAS le qilin mais la zhi, une sorte de chèvre, nous dit Jeannie Thomas Parker en 2007. Les plus anciennes licornes chinoises ressemblent à une antilope la tête repliée sur le poitrail, les cornes pointées en avant, et la queue perpendiculaire.

    Les premières représentations datent du règne de l'empereur Shun (2250-2205 BC). Son conseiller, Gao Yao, utilisait une chèvre unicorne de l'espèce xiezhi (une femelle, donc une zhi) pour empaler les coupables de sa corne. Ainsi la licorne zhi est devenue symbole de justice.

    Les caractères utilisés pour décrire la zhi datend d'un oracle divinatoire à base d'os gravés (les os oraculaires). Le caractère représente une sorte de bovidé brun-jaune avec eux très longues cornes et qui servait de sacrifice et de gibier durant l'époque Shang (16è au 11è siècle avant JC) en des occasions spéciales, en offrande à l'Est. C'était une créature pouvant tirer des chariots et être apprivoisée, qui se nourrissait d'herbe longue et flexible et qui, au vu des conditions climatiques de l'époque (plus chaudes que maintenant), pouvait être tropicale.

    Différentes espèces ont été suggérées pour expliquer la zhi comme le goral, le saola. Le saola semble être un bon candidat car l'adulte peut faire 1,5m de long, 90cm au garrot et peser 100kg, a de longues cornes, et la femelle est très docile avec les humains. De plus, le saola a la particularité, lorsqu'il est inquiété, de replier sa tête contre son poitrail et de pointer ses cornes vers l'avant pour se protéger. Lesdites cornes sont très proches l'une de l'autre pouvant donner l'illusion d'une créature unicorne quand le saola est vu de profil. De plus, une seule corne sur un saola, c'est une malformation. Et, nous dit Jeannie Parker, la naissance d'un animal malformé annonce un changement sociétal important. Néanmoins la disparition du saola de la Chine date de mille ans avant les premières représentations de la zhi légendaire.

    Ainsi les pictogrammes des os oraculaires montrent le dessin d'un bovidé à deux cornes dessé sur ses pattes arrières ; évoluant peu à peu en une créature à trois cornes. Ces trois cornes se retrouvent plus tard sur la coiffe des juges. Ce caractère de la zhi est utilisé sur les os oraculaires en combinaison avec d'autres pour décrire l'idée de justice durant la période Zhou (11è au 2è siècle BC)

    La zhi était également utilisée lors des ordalies en Chine d'où son utilisation comme symbole de la justice. L'utilisation d'un animal lors d'une ordalie pour faire la différence entre le coupable et l'innocent n'est pas propre à la Chine : l'ordalie animale est utilisée dans de nombreuses cultures. Des traces documentées indiquent que le juge légendaire Gao Yao du peuple Qiang (2852 avant JC à 2070 avant JC) utilisait une chèvre magique comme ordalie.

    L'utilisation de la chèvre ou saola comme ordalie remonterait à aussi loin que le 21è siècle avant Jésus-Christ et les peuples des frontières de la Chine les auraient encore utilisés pendant près de deux mille ans.

    Au Tibet, la licorne est le chiru ou encore, orongo (Pantholops hodgsoni). Le commerce du Tibet avec l'Europe a mené les Européens à croire qu'au Tibet se trouvent des licornes. La vente de cornes de chiru a pu participer à la diffusion de légende de la licorne. Il est intéressant de noter qu'au Tibet il n'y a aucune croyance à la licorne avant l'arrivée des Qiang, utilisateurs de l'ordalie de la zhi, dans la région. La légende de la licorne de justice est bien originaire de Chine.

    Durant la dynastie Shang (16è au 11è siècle avant JC), la tradition est devenue de mettre une paire de sculptures de zhi à l'entrée des tribunaux afin d'annoncer l'idée de justice et de séparer les coupables des innocents, ainsi que le symbole de la vertu et de l'incorruptibilité des juges. Des représentations de zhi sont également prisées par l'élite de la dynastie Shang, pour garder les bâtiments importants, puis sur les murs des palais de justice vers 500BC puis en grande taille vers 200BC.

    Les premières représentatons dont il nous reste des traces autres qu'écrites de la zhi datent de 500 B.C.E. et représentent une sorte de saola chargeant, cornes en avant ; la représentation de profil donne l'illusion d'une corne unique. Néanmoins, le dessin date d'après la disparition du saola de la zone, et a peut-être été inspiré par les pictogrammes des os oraculaires.

    Dans le contexte de la représentation étudiée par l'auteur, la zhi occupe une position d'importance dans un rituel diplomatique.

    Vers 500 avant JC apparaît le phénomène des auspices ; le plus positifs d'entre eux est l'apparition d'une lin, une créature femelle ressemblant à un cerf. Les plus anciennes et plus célèbres référence à cette créature datent de Confucius (550-480 avant JC). Comme c'était parmis les derniers mots écrits par le sage, confusion a été faite entre la lin de l'ouest, et la licorne chinoise ou zhi séparatrices des coupables et des innocents, qui était une légende déjà ancienne à son époque.

    Le caractère décrivant la lin vient de l'assemblages des caractères cerf et rayé ou raffiné, faisant de la lin le cerf à jolie fourrure rayée. Là encore cela rappelle la zhi et le saola. Pourtant, le texte d'origine explique bien que la lin n'est pas chinoise mais vient de l'Ouest ! Contrairement à la zhi locale et basée sur le saola, la lin vient d'un autre monde, en-dehors de la Chine, et elle est imaginaire. La zhi est l'incarnation de la justice locale et la lin, de la sagesse d'un roi.

    La lin, contrairement à la zhi, n'a habituellement pas de cornes. La lin date de quelques siècles avant JC alors que la zhi a déjà mille cinq cent ans.

    Mais comme les deux créatures ont un pictogramme similaire et une jolie fourrure à motifs, elles ont été confondues.

    Durant la période Han (200 avant JC - 200 après JC), l'un des animaux auspicieux est une licorne tigrée, tête repliée, corne en avant. La zhi apparaît également dans les bas-reliefs de tombes. Dans tous les cas la position de charge est unique : tête contre le poitrail, cornes en avant. Cette posture est liée à celle du saola et des pictogrammes pour le zhi datant des temps de l'oracle des os. Des fois, la corne de la zhi possède un ou deux andouillets sur sa corne unique. Beaucoup ont des ailes héritées de l'art sibérien et traduisant le voyage chamanique. La licorne s'entoure de nuages, symbolisant qu'elle est un esprit, une créature d'origine divine, et non un animal terrestre.

    Petit à petit, la zhi deviant une gardienne de tombeaux. Elle est d'abord peinte sur les murs d'un tribunal durant la dynastie Han (200 avant JC - 200 après JC), puis gravée dans les portes d'une tombe entre 25 et 220 après JC, toujours chargante tête repliée cornes en avant queue dressée. Ainsi la zhi de la justice s'est retrouvée liée à la mort, au rôle de gardienne et à l'immortalité. Cela est dû à l'évolution culturelle de la dynastie Han où les tombes deviennent similaires à des habitations car le monde des vivants et celui des morts s'entrecroisent. C'est aussi à cette époque qu'apparaît le Wuxing, la roue des cinq éléments, et les cinq animaux gardiens. Plusieurs siècles plus tard, les deux zhi gardiennent deviennent le mâle et la femelle.

    Bien entendu, toute image en deux dimensions de la zhi est suspecte car il est impossible de savoir s'il s'agit d'une seule corne ou de deux vues de profil. Il est donc important détudier les représentations en trois dimensions. La plupart de ces représentations sont en bois et tirées de tombes. La plus célèbre d'entre elles a été découverte près de la porte d'une tombe, confirmant le rôle de gardienne, comme trente-et-une sculptures d'un même site. La façon de faire ces statuettes, en pièces assemblées, existe encore dans le peuple Myanmar, avec toujours les mêmes couleurs pour la zhi ou licorne et font écho à la licorne de Ctésias, blanche à motifs rouges avec une corne noire blanche et rouge qui sont les trois couleurs symboliques des dynasties en Chine. Durant l'époque Han (200 avant JC - 200 après JC), le noir est le yin, le rouge est le yang et le blanc est l'incorruptible et pur. D'où la couleur blanche comme couleur dominante pour la licorne.

    Durant la dynastie Han (200 avant JC - 200 après JC) le système du Wuxing (les cinq éléments) devient plus fort et plus cohérent. Les idées et l'alchimie de l'époque va dans le sens d'augmenter la longévité et les potions sont conservées dans des bouteilles en forme d'animaux. Accumulant le pouvoir de ces différents animaux et oiseaux, se trouve la licorne, adaptant sa forme à la croyance des Han en la transmutation de toute chose, gagnant la capacité de métamorphose, et conservant son symbole de justice impartiale, de bonne fortune, et de protection contre le mal. [Jeannie Thomas Parker, 2007]


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  • -400 : Âne indique (Indes)

    âne indique - Bruno Faidutti 1996

    C'est Ctésias qui, le premier, décrit cette licorne dont ne parlent ni Hérodote ni Aristote. Hérodote parle d'ânes unicornes en Ethiopie, Aristote parle des ânes indiques unicornes « qui ne seraient que dsihiggetai » un quadrupède sans corne (Note : je n'ai pas trouvé d'autres occurrences de ce mot dans quelque ouvrage que ce soit). [Commission royale d'histoire, 1845] Il n'est pas allé lui-même en Inde mais rapporte les récits qu'il a entendus de la bouche des Perses. Ainsi Aristote met en doute sa parole, insistant sur le fait que le récit de seconde main se mélange souvent à la fable. [Rev. W. Haughton, 1862]

    Ctésias n'est pas le seul à décrire des ânes cornus, pourtant. Hérodote parle d'ânes cornus d'Éthiopie – mais les ânes de l'époque regroupaient chevaux, bœufs et gazelles. L'âne d'Aristote serait le dsihiggetai qui n'a pas de cornes. [Commission royale d'histoire, 1845]

    Voyons pour la description de l'animal d'après Ctésias. « Ctésias est l'un des auteurs les plus anciens qui aient parlé de la licorne, et il prétendait qu'elle avait le corps blanc, la tête couleur de pourpre et les yeux bleus […] La corne de cet animal avait une coudée de longueur, ou 0 m. 533, elle était blanche à sa partie inférieure, d'un noir d'ébène à son milieu, et rouge à son extrémité. » [Louis Pierre F. Adolphe Chesnel, marquis de la Charbouclais, 1856]

    Notons par rapport à cette corne, que les cornes de rhinocéros sont utilisées pour faire des coupes à boire et de nombreux autres objets, montrant ainsi une diversité de couleur allant du rougeâtre à l'extérieur, jaunâtre à l'intérieur au noire en son centre. [Selected specimens of natural history, 1740]

    D'autres ouvrages précisent que l'âne indique n'est pas féroce mais, acculé, ou lorsque ses petits sont en danger, il se défend en frappant de sa corne et de ses pieds, et en mordant. Aucun cheval ne peut le rattraper. Lorsqu'il court, il commence par trotter lentement puis accélère progressivement. Sa chair est mauvaise à manger et sa peau est trop épaisse pour être percée. Il possède un os dit « astragale » ou encore « talus », comme les artiodactyles (animaux à sabots avec un nombre pair de doigts), de couleur rouge, malgré le fait qu'il ait un nombre impair de sabots à chaque pied (un seul, plus exactement). [Rev. W. Haughton, 1862][John Timbs, 1869] Ctésias et Elian ont deux points de vue différents sur la couleur de l'os astragale : pour Ctésias il est rouge, pour Elian il est noir. Peut être s'agissait-il d'os teints ou peints afin de servir d'amulette, car le rhinocéros tout entier avait des propriétés magiques. [Odell Shepard, 1930]

     

    âne indique de Ctésias - Bruno Faidutti 1996

    D'autre part, l'âne indique est plus gros que le Monocéros africain de Pline. [M. Malte-Brun, 1829]

    Un Essai sur les légendes pieuses [Louis Ferdinand Alfred Maury, 1843] fait un lien entre l'âne indique de Ctésias et un mythe Perse décrivant l'animal le plus pur du monde (karkadann ?).

    La définition indiquée dans le premier paragraphe se retrouve quasi-identique en 1857 : C'est un « animal qui, selon les écrivains anciens, se rapproche de l'âne et du cheval, et dont la tête, de couleur pourpre, est surmontée d'une seule corne, longhe et aigüe, rouge à sa partie supérieure, blanche inférieurement et noire au milieu. D'après les traditions, la licorne aurait le corps blanc, les yeux bleus ; elle est remarquable par sa force, son agilité et sa fierté. »[Marie Nicolas Bouillet, 1857]

    D'autres détails apparaissent en 1860. Ainsi, l'âne des Indes, redouté pour sa force prodigieuse et ses penchants carnivores, est, avec l'oryx et le monocéros, une des trois espèces de licornes d'après les anciens naturalistes. Sa corne est utilisée pour faire des gobelets à boire afin de guérir l'épilepsie et de protéger du poison.[Rev. W. Haughton, 1862] Mais « il est presque démontré que ce monstrueux animal n'est autre que le rhinocéros; car, ainsi que le remarque Cuvier, tout ce que les anciens ont dit sur les propriétés anti-vénéneuses de la corne de leur âne des Indes est copié textuellement sur des traditions hindoustanies encore existantes, et qui se rapportent à la corne du rhinocéros, tout ce qu'ils ont écrit sur sa férocité, sa force, sa grandeur informe, convient parfaitement au même animal, et la dénomination d'âne des Indes, donnée par les Grecs au rhinocéros, est exactement aussi bien motivée que le nom de bœuf de Lucanie, donné par les Romains à l'éléphant. »[William Duckett (fils), 1860]. Cette suggestion que l'âne de Ctésias est un rhinocéros, fut avancée dès 1796.[Colin Macfarquhar, George Gleig, 1796][John Timbs, 1869] En 1837 il devient également synonyme de cheval et bœuf unicorne.[Franc̜ois Victor Mérat de Vaumartoise, Adrien Jacques de Lens, 1837]

    Les trois couleurs de la corne de la licorne de Ctésias proviennent de la corne de rhinocéros. Manuel Philes raconte qu'un poète grec, Philès, voyant une coupe faite de corne de rhinocéros et peinte des trois couleurs décrites par Ctésias, a demandé en quoi elle était faite, et en a conclut tout seul que la couleur était naturelle. Une autre possibilité est que Ctésias ait pu voir des représentations du rhinocéros dans des couleurs peu réalistes mais ait cru qu'il s'agissait des vraies. Pour la couleur du corps, une possible explication est que l'onagre, rougeâtre dessus, blanc dessous, ait pu voir la répartition de sa coloration modifiée par la répétition pour devenir la tête rouge et le corps blanc de l'âne indique de Ctésias. Mais quand on observe le comportement, l'âne indique qui combat « de la corne et des genoux » et qui accélère en courant, cela indique bien le rhinocéros. [Odell Shepard, 1930]

    Si l’on se souvient que l’hippopotame était pour les Romains un cheval aquatique, et l’éléphant un bœuf de Lucanie, on aura moins de mal à voir un rhinocéros dans la description d’un âne à tête rouge. [Bruno Faidutti, 1996]

    Cet âne indien tient pour moitié du rhinocéros indien pour le comportement, et pour moitié de l'oryx a tête rouge pour l'apparence. Mais il rappelle également le kiang par son aspect, un âne sauvage de grande taille (ce ne peut être l'onagre, que Ctésias connaissait) et le yak pour son comportement. [Chris Lavers, 2009] Il est également intéressant de noter que durant l'Antiquité, manipuler les cornes de jeunes animaux pour par exemple les rassembler au milieu du front n'est pas rare, et que chez les bœufs Ayrshire, la corne est en trois couleurs : blanche en bas, noire au milieu et rouge à la pointe. [Nancy Hathaway, 1980]


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  • -800 : Rheem ou reem biblique (Asie mineure)

    Reem de Bochart - Bruno Faidutti, 1996

     

    Les texte cunéiformes de Mésopotamie font référence à une sorte de bœuf énorme et terrible, le rimu (probablement l'auroch). Il est possible que cela ait eu une influence sur les textes du Talmud. [Chris Lavers, 2009]

    Dans le Talmud, le Rheem est une créature qui n'a qu'une corne ; c'est le premier buffle qu'Adam sacrifie à Dieu. [Odell Shepard, 1930] On retrouve ce nom dans d'autres passages des textes sacrés, où il fut traduit en « licorne ».

    « God brought them out of Egypt ; he hath as it were the strengh of an unicorn. » (Nombres XXIII, 22) ; « God brought him forth out of Egypt ; he hath as it were the strenght of an unicorn : he shall eat up the nations his ennemies, and shall break their bones, and pierce them through with his arrows. » (Nombres XXIV, 8) ; « Will the unicorn be willing to serve thee, or abide by thy crib ? Canst thou bind the unicorn with his band in the furrow ? Or will he harrow the valleys after thee ? Wilt thou trust him, because his strenght is great ? Or wilt thou leave thy labour to him ? Wilt thouh believe him, that he will bring home thy feed, and gather it into thy barn ? » (Job XXXIX, 9-12) ; « He maketh them also to skip like a calf ; Lebanon and Sirion like a young unicorn. » (Psaumes XXIX, 6) ; « But my horn shalt thou exalt like the horn of an unicorn : I shall be nointed with fresh oil. » (Psaumes XCII, 10). [Holy Bible, 1792][C. Whittingham, 1829] Ce passage décrit le Rheem, ou licorne, comme puissant et indomptable, dévorant beaucoup d'herbe ; son petit est comparé à un veau.

     

    rheem + citation - Bruno Faidutti 1996

    Rheem, ou encore Re'em, est un nom hébreu qui fut parfois traduit par « licorne », à tort. Cette créature est citée dans certains psaumes. Pour certains auteurs, il s'agit du rhinocéros.[Charles Huré, 1846] Un Dictionnaire historique de la Bible dit que les Arabes l'appellent « rim ». Le mot arabe « rim » désigne la Gazella leptroceros, également appelée gazelle de Rhim, ou Rheem gazelle, comme le souligne un dénommé Bochart [Antoine Furetière, 1727]. D'autres sources indiquent que la gazelle nommée rim en arabe serait l'oryx d'Arabie, Oryx leucoryx. Rappelons que pour l'Antiquité, les oryx étaient unicornes. [Chris Lavers, 2009]

    D'après la Bible, le rheem est d'une grande force, à laquelle est comparée la force de Dieu délivrant Israël d'Égypte. Isaïe également compare les princes des nations hostiles à des rheems et des taureaux venus dévaster les terres. C'est une créature sauvage et indomptable possédant plusieurs cornes disposées droites sur la tête.

    Ainsi, certaines traductions de la Bible rendent « rheem » par « licorne ». Différentes opinions se succédèrent au sujet du rheem. Certains y voient l'oryx, même si la répartition géographique ne correspond pas, d'autres y voient un boeuf sauvage. Certains y voient une antilope ou un cerf ou un rhinocéros [Colin Macfarquhar, George Gleig, 1796]. Cette hypothèse reprise par un livre d'aventures anglais [Mayne Reid, 1857], bien qu'il ne vive pas dans les environs de la Palestine. Un autre traduction suggère que « rheem » signifie « droit » et suggère tout simplement l'idée du pouvoir ; d'autres y voient le rhinocéros, à cause de la position de sa corne perpendiculaire par rapport à l'os du crâne, permettant de l'utiliser de manière plus puissante que si elle poussait parallèlement à l'os du crâne [Colin Macfarquhar, George Gleig, 1796].

    D'après un ouvrage de 1740, dans l'Ethiopie, le terme de rheem se rapporterait bel et bien rhinocéros. Ainsi, il est faux de dire que le reem est une antilope ; c'est contraire aux Ecritures qui disent qu'il est féroce. Il est donc plus logique de penser qu'il s'agit du rhinocéros. D'autre part, traduire Reem par licorne ou monocéros est une erreur car les Ecritures parlent de plusieurs cornes, et le rhinocéros possède deux cornes. De même, la licorne peut très bien être un rhinocéros. [Selected specimens of natural history, 1740]

    Un dictionnaire de 1783 suggère que rheem, monocéros, rhinocéros et licorne sont la même créature, pour ensuite assurer que le rheem au contraire est l'Urus (sorte de bœuf sauvage), l'oryx, le daim ou le chevreuil et conclure que le rheem biblique est le monocéros, c'est-à-dire, la licorne. [Augustin Calmet, 1783] Tout cela reste très confus.

    Une gazette littéraire de 1823 décrit le crâne d'une créature similaire au rhinocéros mais avec une corne plus longue que la moyenne, qui est plus tard assimilé au rheem [Philip Dixon Hardy, 1835][John Timbs, 1869]. La seconde corne à l'arrière serait une sorte de hameçon maintenant la cible attaquée : « the head they brought had a straight horn projecting three feet from the forehead, about ten inches above the tip of the nose. […] It has a small thick horny substance, eight inches long, immediately behind it, which can hardly be observed on the animal at the distance of a hundred yards, and seems to be designed for keeping fast that which is penetrated by the long horn ; so that this species of rhinoceros must appear really like a unicorn when running in the field. » [Lovell Augustus Reeve et al., 1823] La source continue en indiquant que les indigènes considèrent la créature comme familière. Plus loin, il est affirmé qu'il s'agit bien d'un crâne de rhinocéros : « we are inclined to consider it the cranium of a double-horned rhinoceros » bien que ce spécimen soit d'une taille largement supérieure à la moyenne. Ce n'est pas le seul ouvrage à critiquer cette découverte dans le même sens. [Rev. W. Haughton, 1862]

    Les savants se lancèrent dans un débat afin de savoir si le reem est une sorte de gros bœuf, un oryx, ou un rhinocéros.

    Une étude mythologique de 1842 et une autre de 1845 penchent en faveur du rhinocéros. [John Brand, ‪Sir Henry Ellis, 1842][Commission royale d'histoire, 1845]

    Un journal savant de 1845 penche dans la direction du buffle sauvage. [Quatremère, 1845]

    Une réflexion menée en 1852 rappelle que la licorne du livre de Job est une créature qui n'a qu'une corne, et que la licorne de la Bible n'est en aucun cas la licorne héraldique car le Reem est décrit comme plus puissant et plus musclé que la fine cavale unicorne. L'auteur rappelle que la grammaire hébraïque du passage avec le Reem, montre que ce dernier a plus qu'une corne et qu'il ne peut en aucun cas être une licorne.

    D'autre part, si le rheem-licorne avait existé dans le monde connu de Rome, qui incluait l'Inde, la licorne aurait été amenée aux jeux du cirque. On y a trouvé des tigres, des rhinocéros, des éléphants tous venant d'Inde, mais de licorne, point.

    Un auteur suggère que le reem est le rhinocéros africain, à une époque où il était beaucoup plus répandu et où il vivait assez vieux pour que sa corne atteigne une taille impressionnante.

    John Kitto suggère plutôt que le Rheem est l'oryx leucoryx, car on l'appelle rim ou reem en arabe.[John Kitto, 1852][Chris Lavers, 2009] C'est aussi le nom Assyrien de l'auroch. [Odell Shepard, 1930]

    Un homme religieux de 1862 affirme, lui, que le rheem s'apparente à l'oryx d'Arabie ou à l'auroch, car le rheem a plusieurs cornes, est mentionné parmi les bovins, et attaque cornes en avant. De plus, la description que la Bible donne du rheem est similaire à celle que César donne de l'auroch. [Rev. W. Haughton, 1862] Pourtant, d'autres sources tendent à montrer que la licorne de César était plutôt comme un cerf à un seul bois, car il décrit la corne de la créature comme semblable à un arbre ou à une main. En cela, la description rappelle le renne. [James Cross Giblin, 1991]

    En 1833, un auteur rappelle que dans la Bible on ne trouve mention ni du rhinocéros ni de l'éléphant. Pourtant, il est fait mention d'ivoire, mais pas de la créature dont il provient. Mais les Écritures font profusion mention au reem et au béhémoth. Le premier serait le rhinocéros et le second, l'éléphant, et la licorne, une erreur de traduction. Pour approfondir la réflexion, le reem ne fait pas partie des quadrupèdes « purs » comme l'antilope ; il ne peut donc pas être une sorte de bovidé. Le reem a deux cornes, comme le rhinocéros africain. C'est donc le rhinocéros africain. Et s'il a l'air plus petit que l'éléphant, c'est uniquement à cause de ses pattes plus courtes, le reste de son corps étant dans les mêmes proportions. [William Carpenter, Gorham Dummer Abbot, 1833][Thomas Bingley, 1864]

    Revenons à présent aux origines du nom. Les Arabes appellent cette créature « bakar-elwahschi » c'est-à-dire « bœuf sauvage ». Ce terme désigne les grands bovidés, comme l'oryx ou le gnou, ou encore l'addax. Son petit étant comparé à un veau, il se peut que le rheem soit le gnou noir, Connochaetes taurinus, ou une espèce désormais éteinte comme l'auroch Bos primigenius qui a survécu jusqu'au XVIIième siècle et qui avait les cornes pointées vers l'avant. [Quatremère, 1845] De plus W. Smith indique que le Reem étant un animal qui peut être sacrifié, ce ne peut pas être le rhinocéros car chez les Juifs, seuls les ruminants peuvent être sacrifiés. Le Reem est donc un ruminant. [Charles Gould, 1886]

    Kitto 1852 - oryx leucoryx

     

    Un grand merci à ma collègue Emna E. pour sa contribution à cet article.


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  • 23 à 79 : Éale (Afrique)

    L'éale de Pline, gros comme un hippopotame, est noir ou fauve. Il a la queue de l'éléphant, les mâchoires du sanglier, les cornes d'une coudée de longueur, qui sont mobiles. Il en utilise une à la fois, laissant l'autre au repos sur sa tête. [Pline l'Ancien, 1781]

    L'éale ressemble au cheval avec une queue d'éléphant, le poil noir, les mâchoires d'un sanglier, des cornes de plus d'une coudée de long et s'orientant à la volonté de l'animal. Il en pointe une en avant et garde l'autre en arrière. Tout comme l'hippopotame il aime l'eau des fleuves.D'après Cuvier l'éale serait le rhinocéros bicorne, car Sparmann a dit que ses cornes sont mobiles. [C. Julius Solin, 1847]

    Il s'agit d'après moi du phacochère, dont les canines inférieures, longues d'une trentaine de centimètres, peuvent passer pour des « cornes mobiles » aux yeux d'une personne l'observant de loin. Ou bien de l'antilope saïga, dotée d'une sorte de trompe. Ces « cornes mobiles » se retrouveront chez de nombreuses autres « licornes ».


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  • 23 à 79 : Monocéros, carcazonon, kardandan... (Indes, Perse)

    monocéros de Cosmas - Bruno Faidutti 1996

    Pline l'Ancien est le premier à décrire le monocéros. « Les Indes produisent des bœufs qui ont le pied tout d'une pièce, et qui n'ont qu'une seule corne ». Le commentateur du texte suggère qu'il s'agit du rhinocéros. Puis, plus loin, toujours en Indes : « Ils donnent aussi la chasse à une bête féroce très dangereuse, qui est monocéros, c'est-à-dire qui n'a qu'une corne. Son corps ressemble à celui du cheval, sa tête à celle du cerf, ses pieds à ceux de l'éléphant, sa queue à celle du sanglier. Son mugissement est d'un ton grave. Il lui sort au milieu du front une seule corne de deux coudées d'éminence. Ils assurent qu'on ne peut prendre cette bête en vie. » D'après le commentateur il s'agit là de la « véritable » licorne. [Pline l'Ancien, 1781] Plus que grave, son cri est parfois décrit comme discordant, notamment par Elian. [Chris Lavers, 2009] Le monocéros de Pline est décrit dans de nombreux ouvrages. [François-Alexandre Aubert de La Chesnaye-Desbois, 1759][John Timbs, 1869]

    Le karkadan est une créature féroce, et aucun autre animal ne s'en approche – sauf la tourterelle (souvent improprement traduite en colombe) pour laquelle le karkadan éprouve une forte fascination. Une légende perse raconte qu'un karkadan dormait sous un arbre à camphre lorsqu'un éléphant, attiré lui aussi par la plante, s'est approché à son tour. Les deux créatures s'affrontèrent, et le karkadan empala l'éléphant sur sa corne. Épuisé par le combat, il s'effondra sous la carcasse de son adversaire ; un gigantesque oiseau-roc en profita pour les emporter tous deux, éléphant et karkadan. [Nancy Hathaway, 1980]

    Une autre légende arabe parle d'un chasseur qui se serait retrouvé empalé par le karkadan et promené sur l'animal jusqu'au moment où il pût récupérer son couteau de chasse à l'aide de son frère, et tuer la bête. Cette même légende est racontée au sujet de l'oryx d'Arabie. [Nancy Hathaway, 1980] [Anthony Shephered, 1965]

     

    En 831, un géographe arabe, Wahab, décrit ainsi le Kardandan des Indes : « cette créature a au front une corne marquée d'une tache ronde avec l'image d'hommes, de paons, de poissons… Cet animal est plus petit que l'éléphant, et il ressemble à un buffle depuis le col jusqu'aux extrémités inférieures. Leurs sabots n'ont aucune fente et ils sont tout d'une pièce des pieds à l'épaule. Les cornes ornées se vendent chez les Chinois deux ou trois cent pièces d'or. »[William Desborough Cooley et al., 1841]

    Les observations du monocéros continuent en 1419 lorsque Mirza-Shah-Rokh, roi de Perse, envoie des émissaires en Chine. Dans le désert de Cobi (Gobi) en Mongolie, ils observent des sortes de bœufs, « gau cottah, (qui) sont très-grands et si forts qu'ils peuvent aisément d'un coup de corne lancer en l'air un homme avec son cheval. »[William Desborough Cooley et al., 1841]

    Ambroise Paré rapportant les descriptions de Marco Polo, donne à la « licorne » de ce dernier l'apparence du monocéros de Pline, avec sa corne noire de deux coudées de long, située au milieu du front, et sa taille proche de celle de l'éléphant. La corne de cette créature était très prisée pour en faire des arcs.

    Ulysse Aldrovandi (1522-1607) dans son Histoire naturelle des quadrupèdes fut, semble-t-il, le premier, au début du XVIIème siècle, à soupçonner que Marco Polo décrit le rhinocéros: « Quant au monocéros de Paul de Venise (Marco Polo), je pense que personne ne pourra me reprocher d’y voir un rhinocéros. En effet, ils se ressemblent assez, d’après les marques qu’il en donne: sa taille proche de celle de l’éléphant, bien sûr, mais aussi sa laideur, sa lenteur, et sa tête porcine, caractéristiques qui décrivent bien le rhinocéros. » [Bruno Faidutti, 1996]

    Elian décrit la licorne de cette façon : « la Licorne se trouve en quelques montagnes inaccessibles des Indes, l'on compare sa grandeur à celle d'un cheval, lors qu'il est en sa perfection : son crinfrin & son poil est rougeatre : elle est prompte é legere, & les doigts de ses pieds ne sont point separez de mesme que ceux des Elephants : sa queuë est comme celle d'un sanglier, & elle a une seule corne entre les sourcils, laquelle corne est noirastre & espaisse ayant certaine rayes naturelles : ceste corne finit en une pointe fort aguë. Cest animal est doux à toutes les autres bestes, excepté à sa propre espece contre laquelle on la void combattre perpetuellement soit masle, soit femelle. »[Jacques Doublet, 1625] Cela rappelle le comportement du chiru, chez qui mâles et femelles ne s'associent que lors du rut, saison à laquelle les mâles deviennent agressifs au point de parfois s'entre-tuer. [Chris Lavers, 2009]

    monocéros de Pline - Bruno Faidutti 1996

    Pourtant dès 1727 il est remarqué que le terme « monocéros » « est commun à plusieurs sortes d'animaux qui n'ont qu'une corne. Il y a des poissons, des oiseaux, & même des reptiles, à qui le nom de monocéros appartient. On le donne particulièrement à la licorne. »[Antoine Furetière, 1727]

    La description du monocéros continue de s'embellir en 1779 : « il a la tête d'un cerf, le corps d'un cheval, et le pied d'un éléphant ; son poil est court, et d'une couleur brun sombre ; et il est tellement rapide, que nul ne peut le rattraper ; et si féroce, qu'il est l'ennemi de tous les autres animaux ; il n'a qu'une seule corne, qui pousse au milieu de son front, et qui fait à peu près cinq palmes de long ; cette corne est suffisamment forte pour percer, déchirer, ou éventrer tout ce qu'il attaque ; et le courage et l'audace de cette créature sont telles, que nul ne peut le prendre vivant. » La même source cite ensuite les Arabes : « La femelle, (disent-ils) comme l'éléphant, porte son petit pendant sept ans ; et lorsque le moment de la mise bas approche, le petit sort sa tête pour manger les vertes branches des arbres, et rentre à nouveau la tête dans le ventre de sa mère. Il se nourrit, une fois adulte, comme le bœuf ou le chameau, d'herbe, et il rumine. Il vit jusqu'à un âge prodigieux, et il nourrit une colère noire à l'encontre de l'éléphant et de l'homme. Dans le train arrière de ce dernier il enfonce sa corne avec une violence inconcevable, et l'ayant enfoncée aussi profond que son front le permet, l'éléphant tombe, et la licorne avec, étant incapable de dégager son arme, et tous deux périssent ensemble. Sa vitesse et son courage le préservent de tous les dangers. »[The Lady's Magazine, 1779]

    Un dictionnaire de 1783 suggère que rheem, monocéros, rhinocéros et licorne sont la même créature.[Augustin Calmet, 1783] D'autres en 1829 rétorquent que le Monocéros ayant la tête d'un cerf, il ne peut pas être le rhinocéros. Il ne peut pas non plus être l'âne indique, car ce dernier est plus gros avec une corne rayée.[M. Malte-Brun, 1829] Dès 1837, le Monocéros de Pline est parfois confondu avec le narval.[Franc̜ois Victor Mérat de Vaumartoise, Adrien Jacques de Lens, 1837]

    1845 : Il semblerait qu'une ancienne religion des Perses placerait la licorne à la tête du règne des animaux purs, la manticore étant à la tête du règne des animaux impurs.[Louis Ferdinand Alfred Maury, 1843] Cette information rappelle la kirin, qui dirige les animaux quadrupèdes dans les mythes chinois et japonais.

    1856 : « Le monocéro, avec les allures du cheval, portait une corne de plus d'un mètre de longueur »[Louis Pierre F. Adolphe Chesnel, marquis de la Charbouclais, 1856] Pour cette description, il y a confusion avec le monocéros, les licornes équines, et la défense du narval.

    1860 : Le monocéros est, avec l'oryx et l'âne des Indes, l'une des trois espèces de licornes d'après les anciens naturalistes. « il nous paraît très-probable que le monocéros proprement dit […] n'est qu'un être fictif, créé sur des histoires incomplètes, rapportées tantôt de l'Inde, tantôt d'Égypte, et dans lequel dominent, suivant le caprice du naturaliste, tantôt les caractères zoologiques de l'antilope et tantôt ceux du rhinocéros : voilà pourquoi le monocéros de Pline a la forme générale et la tête d'un cerf, la grandeur d'un cheval, le pied d'un éléphant, la queue d'un sanglier, et une corne droite et longue de deux coudées implantée au milieu de l'os frontal. »[William Duckett (fils), 1860]

    La version d'Elian reportée en 1862 a changé par rapport à celle de 1625. La crinière est de poils laineux et jaunâtres, les mâles tuent les femelles sauf en-dehors de la période de reproduction. « it is the size of a full-grown horse, with a mane and yellow wholly hair, of extreme swiftness, with feet like the elephant and and the tail of a wild boar ; it lives peacably with other animals, but quarrels with those of its own kind, the males even destroying the females, excepting at the breeding-season, at which time the animals are gregarious, but at other times they live in solitude in barren tracts. »[Rev. W. Haughton, 1862]

    Un recueil de 1886 rassemble des textes d'époques antérieures. Là encore on retrouve la même description du monocéros : « La licorne, seigneurs, est une beste tres cruelle qui ha le corps grant et gros, en fasson d'un cheval. Sa deffence est d'une corne grant et longue de demye toise, si pointue et si dure qu'il n'est riens qui par elle n'en soit perce, quand la licorne les ataint à-toute sa vertu. (…) La licorne est grant et grosse comme ung cheval, mais plus courtes jambes. Elle est de coulleur tanee. Il est troy manieres de ces bestes cy nommees licornes. Aucunes ont corps de cheval et teste de cerf et queuhe de sanglier, et si ont cornes noires, plus brunes que les autres. Ceulx-ci ont la corne de deux couldees de long. Aucuns ne nomment pas ces licornes dont nous venons de parler licornes, mais monoceros ou monoceron. »[Jules Berger de Xivrey, 1886]

    Karkadann - Caroutch 1997

    D'un point de vue étymologique, les Perses appellent cette créature « carcazonon » (« kardandan » en Perse moderne ((communication personnelle d'une femme originaire de Perse)) ), c'est à rapprocher de l'arabe « kerkedam » qui signifierait « rhinocéros » (en fait, al-Krkdn d'après Google Translate).[François-Alexandre Aubert de La Chesnaye-Desbois, 1759] Pour Elian, le cartazon perse était le rhinocéros qu'il pouvait voir dans les cirques de Rome. [Odell Shepard, 1930] Kartajan signifie « seigneur du désert » ou « maître des terres sauvages ». [Yvonne Caroutch, 1997] Le monocéros est donc bien un rhinocéros. Ce fait a été suggéré dès 1823 mais à cette époque le Monocéros était toujours décrit comme un âne unicorne.[Bory de Saint-Vincent, 1823]

     

    La description rappelant le rhinocéros préhistorique Elasmotherium, certains avancent que l'espèce ait pu survivre jusqu'à des temps historiques, bien qu'il n'existe aucune preuve matérielle de ce fait. Son aire de répartition était l'Asie. Son comportement, sa corne et sa voix rappellent pourtant le chiru [Chris Lavers, 2009] et certaines légendes se recoupent avec des légendes au sujet de l'oryx d'Arabie. [Nancy Hathaway, 1980][Anthony Shephered, 1965]


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  • 23 à 79 : Oryx, oryge, orix, capricerva, fliris (Afrique)

    licorne du Physiologus - Bruno Faidutti 1996

    Les oryges, ainsi appelées par Pline, sont « les seuls animaux à qui le poil pousse à contre-sens, c'est-à-dire de la queue vers la tête. » Un commentateur de 1781 propose même que les oryx, s'ils existent, sont des sortes de gazelles dont les cornes poussent suffisamment rapprochées pour paraître n'être qu'une. [Pline l'Ancien, 1781] L'orix est aussi appelé capricerva, c'est-à-dire, capricorne. [Bory de Saint-Vincent, 1823]

    Aristote croyait que l'oryx n'avait qu'une seule corne et le sabot solide. [Odell Shepard, 1930]

    1727 : l'orix « est un animal fort cruel & farouche qui est decrit par Appian. Aristote dit qu'il n'a qu'une corne au milieu du front. Pline dit qu'il a tout le poil tourné vers la tête. Albert le Grand dit qu'il a de la barbe au menton. Et le même Appian dit qu'il a assez de force pour battre les lions & les tigres. Il est à présent inconnu. Quelques-uns, et entre autres Belon, le veulent faire passer pou la gazelle ; mais on n'y trouve point toutes les marques précédentes. » [Antoine Furetière, 1727]

    1759 : « (en examinant des gazelles) on n'y a point trouvé les marques qui, selon quelques auteurs, sont particulières de l'oryx, comme d'avoir une seule corne au milieu du front, ainsi que dit Aristote, d'avoir tout le poil tourné vers la tête, comme dit Pline, d'avoir de la barbe au menton, comme dit Albert (de Séville), et l'on sait qu'elle n'a pas assez de force pour battre les lions et les tygres, ainsi que le prétend Oppien. (…) L'on dit aussi que ces animaux ne se mettent point en fureur, si ce n'est quand on touche leurs cornes. »[François-Alexandre Aubert de La Chesnaye-Desbois, 1759] Oppien pourtant avait raison, car l'oryx beïsa (Oryx gazella beisa) n'hésite pas à se défendre contre ses prédateurs.

    On dit qu'il creuse la terre de ses pieds de devant au commencement des nouvelles lunes. [François-Alexandre Aubert de La Chesnaye-Desbois, 1759]

    1845 : l'oryx est confondu avec le chamois, à la fois dans son apparence et dans son comportement. [Quatremère, 1845]

    En 1847, un auteur suggère que l'oryx des Anciens est la licorne moderne, et en prend à témoin les peintures rupestres retrouvées en Afrique du Sud. [C. Julius Solin, 1847]

    1857 : « Quelques voyageurs ont affirmé avoir vu des licornes ; et l'on pense que les anciens ont vu des licornes (…) dans l'Antilope oryx, espèce qui habite les pays où l'on place la licorne, et dans laquelle quelques individus paraissent n'avoir qu'une corne. »[Marie Nicolas Bouillet, 1857] Ce fait est repris la même année dans un roman d'aventure anglais, où on explique la licorne par des sculptures égyptiennes d'oryx vus de profil : « the oryx was supposed to be the fabled « unicorn », derived from Egyptian sculptures […] The supposition of the oryx being the original of the unicorn rested only upon the fact that its horns when seen en profile, appear as but one ; and the unicorn is so figured on the Egyptian sculptures. [The modern unicorn has a straight horn] but this is not correct, ccording to the Egyptian sculpture, where a curve is given – a positive imitation of the curve in the horns of the oryx ! » [Mayne Reid, 1857]

    1860 : l'oryx est, avec l'âne indique et le monocéros, l'une des trois sortes de licornes d'après les anciens naturalistes. Les modernes par contre ont sur le sujet un avis tout différent. « Oppien lui attribue des cornes en nombre variable, et Élien lui en assigne positivement quatre; or, Pallas a parfaitement observé que chez les antilopes le nombre des cornes est loin d'être constant, et que quelques individus en portent trois, tandis que d'autres sont réduits à une corne unique. […] Comme l'oryx de Pline, l'antilope de Pallas habite les plaines sablonneuses de l'Afrique et s'avance jusqu'aux confins de l'Égypte; sa taille égale celle du bœuf; ses formes sont celles du cerf; son poil dorsal se dirige vers la tête; ses cornes forment des armes terribles, droites et acérées comme des lances, dures comme du fer; et son pelage, d'un blanc fauve, est strié, à la face, de bandes noires. » [William Duckett (fils), 1860]

    Il y a donc au bout de quelques siècles confusion totale entre l'oryge au poil qui pousse à l'envers, la gazelle oryx, et la licorne.

    L'antilope oryx, commune alors en Afrique, a souvent été prise pour une licorne, ou décrite en tant que telle ; les cornes de cette espèce ont également tendance à se briser facilement, et elles poussent droites et rapprochées. [John Timbs, 1869] L'oryx est bien la licorne pour Cuvier. [Georges Cuvier, 1827-35]

    L'oryx arabe est presque entièrement blanc. Il vit dans des lieux désertiques très difficiles à atteindre, au point que la préservation de cette espèce de l'extinction fut une mission extrêmement complexe. Des légendes arabes font état de la férocité de cet animal et de sa capacité à tuer un être humain. [Anthony Shephered, 1965]

    Kitto 1852 - oryx leucoryx

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  • 807 : Narval, narwal, licorne de mer, rohart (zone boréale)

    narval, wiliam jardine, 1837

    « Narval » signifie « baleine du Nord » en anglais, « baleine-cadavre » en irlandais [Marie Nicolas Bouillet, 1857][Simon Shaw, 1823], et « baleine à bec » en gothique [John George Wood, 1865]. Le narval fut aussi appelé « unicorne », « licorne » [Frédéric Cuvier, 1828][Fortunato Bartolomeo De Felice, 1773] ou encore « monocéros ».

    On pensait, à cause de la signification du mot « narval », que ce dernier se nourrissait de cadavres. [Antoine Furetière, 1727] Le nom vient en fait de sa façon de se reposer, aussi immobile que s'il était mort.

    Certains expliquent l'unique défense du narval par la perte d'une seconde [Académie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon, 1829] laquelle existerait toujours chez les sujets les plus jeunes. [C. Whittingham, 1829]

    Le Moyen-Âge voulait que le narval se serve de sa défense pour percer la coque des navires [Sir Thomas Browne, 1658] ou attaquer les baleines dont il était l'ennemi mortel [Par une société de gens de lettres, de savants et d'artistes, 1782]. Le fait que la pointe de la défense de narval est toujours polie sous l'effet des combats entre mâles a pu renforcer ce mythe. Un auteur de 1829 considère encore que la défense du narval lui sert à attaquer, éventrant ses ennemis et harponnant les poissons. Ce même auteur, apparemment ignorant la physiologie de cet animal, avance que le narval évacue ses déchets organiques (urine et selles) par la peau, comme de la transpiration. La respiration aérienne n'est pas encore totalement admise, l'évent servant « à souffler de l'eau » [C. Whittingham, 1829]

    narval, baldwin et cradock

    Au début du19ème siècle, on reconnaît que la défense du narval est bien une dent, mais on ignore que ce n'est pas la seule qu'il porte. Le narval est décrit comme un cétacé, mammifère et respirant de l'air, de trente à quarante pieds et plus de longueur, c'est-à-dire, neuf à douze mètres et plus. La défense transperce la lèvre supérieure, par le côté gauche de la mâchoire, et est faite d'une sorte d'ivoire plus dense et plus solide que l'ivoire d'éléphant et qui, contrairement à celui-ci, ne jaunit pas Il arrive que certains narvals aient deux défenses, une de chaque côté. Contrairement à ce qui est connu aujourd'hui, ce siècle attribuait aux narvals femelles une défense et à cette défense la fonction de briser la glace pour aller respirer. Quant à la nourriture du narval, elle est dite être constituée d' « insectes de mer » que le narval est censé « sucer » pour s'en nourrir. La croyance en l'attaque de navires et de baleines par les narvals persiste. [Valmont-Bomare, 1800]

    Ce même ouvrage nous rapporte qu'une Histoire naturelle des Antilles liste, parmi les créatures des Indes, une espèce de narval qui aurait la corne au milieu du front, et des dents aux deux mâchoires. Cela peut être rapporté d'une part aux premières gravures représentant le narval comme un poisson à tête de licorne, d'autre part à la tradition médiévale selon laquelle toute espèce terrestre se retrouve dans la mer avec une queue de poisson en guise de train arrière. Ou encore, à la confusion entre cétacé et poisson.

    La puissance de nage des narvals est reconnue et amplifiée dès 1823, car la croyance selon laquelle les narvals empalent les navires est encore présente [Simon Shaw, 1823][M. Malte-Brun, 1829]. Déjà il est reconnu, par l'étude du contenu stomacal d'un narval, que ces cétacés se nourrissent de poisson, certains étant avalés entiers.

    En 1837, un naturaliste prétend que le narval ou licorne de mer, est trouvable dans n'importe quel océan alors qu'en réalité ce n'est pas le cas. Néanmoins cette baleine fait déjà partie du groupe des baleines à deux dents, ce qui montre l'avancée dans l'étude de cette créature.

    narval et licorne de mer - Odell Shepard - 1930

    Pour l'auteur il n'existe qu'une seule véritable espèce de narvals, les deux autres dont on parlait à l'époque n'étant que des fantasmes. Exit donc la créature monstrueuse harponnant navires et autres baleines, en guerre perpétuelle contre le monde. Il ne reste que le mystère de cette défense unique, sur un animal très-réel.

    Mais les connaissances sur cet animal restent partielles voire fausses. Pour certains, le narval s'enterre dans la boue lorsqu'il est échoué pour attendre le retour de la marée. Pour d'autres, il est recouvert d'écailles d'un pouce d'épaisseur, comme une tortue.

    L'existence d'individus avec deux défenses au lieu d'une est attestée, ainsi que celle de femelles portant une ou deux défenses. La question se pose néanmoins de savoir si les défenses sont plus fréquentes pour un sexe que pour l'autre.

    Comme l'extrémité de la défense est toujours arrondie et polie par rapport au reste, suggestion est faite que cette dernière serve d'outil pour par exemple percer la glace. Suite à l'observation du contenu stomacal d'un narval, incluant des poissons très gros par rapport à la bouche du narval, suggestion est faite que la défense puisse jouer un rôle dans la chasse.

    Encore à l'époque de la rédaction du livre, la défense de narval est vendue comme étant la "vraie corne de licorne" par les apothicaires et les charlatans. Il demeure que l'ivoire de narval est plus dense et de meilleure qualité que celui de l'éléphant. [William Jardine, 1837]

    narval, john george wood, 1865

    En 1857, un dictionnaire continue d'appuyer que les narvals se nourrissent de mollusques et de poissons, non de cadavres, qu'ils n'attaquent pas les baleines et que ce sont des cétacés souffleurs, pas des poissons. [Marie Nicolas Bouillet, 1857] Il faut attendre les années 1860 pour que le rôle attribué à cette défense soit discuté par rapport à son absence chez les femelles, et par rapport à l'observation de combats rituels entre mâles. Mais persiste encore et toujours la croyance suivant laquelle le narval harponne les bateaux. [John George Wood, 1865]

    À cause d'une tradition médiévale suivant laquelle toute créature existe à la fois dans les mers et sur terre, le narval a été vu, à une époque, comme la preuve irréfutable qu'il existe des licornes sur la terre ferme.

    En effet, dès que les défenses du narval se sont répandues en Europe sous l'appellation de « cornes de licornes » ou simplement « licornes », cet animal est devenu populaire sous le nom de « licorne de mer ». Certaines gravures anciennes le représentaient d'ailleurs comme une licorne à queue de poisson, un dauphin ou un poisson à tête de licorne ou encore, comme une sorte d'espadon géant. Le nom de « licorne » lui est parfois attribué et sa défense est alors la seule « véritable » corne de licorne [John George Wood, 1865]. Ambroise Paré dans ses œuvres présente le narval comme étant un poisson à tête de chien, portant sur son front une scie de poisson-scie. Ce qui semble expliquer pourquoi Ambroise Paré réfute l'origine naturelle des défenses de narval, attribuant leur forme et leur apparence d'ivoire en disant que ce sont des défenses d'éléphant qui ont été travaillées.

    Comme toutes les créatures unicornes, le narval fut parfois appelé Monocéros.


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  • 1200 : Rhinocéros (Afrique, Indes)

    Le mythe – ou la légende – de la licorne, dans sa popularité, déplaçait souvent la corne du rhinocéros de son nez à son front dans les récits des voyageurs. L'appellation de « monocéros », attribuée au rhinocéros, contribua sans doute à ces erreurs d'inattention, bien que, nous dit Dalechamp (ce qui est faux), le rhinocéros mâle ne peut être un monocéros, ayant deux cornes, contrairement à sa femelle qui n'en a qu'une. [François-Alexandre Aubert de La Chesnaye-Desbois, 1759]

    Cosmas Indicopleuste (VIème siècle)  indique que la corne du rhinocéros se balance de droite et de gauche quand il marche, pour se raidir quand il veut l'utiliser au point de briser les rochers. [Odell Shepard, 1930]

    Il est intéressant de noter qu'Aristote ne connaissait pas le rhinocéros malgré ses voyages en Inde. [Selected specimens of natural history, 1740]

    Elisan rapporta que dans les montagnes d'Indes vit une licorne qu'il décrit semblable au monocéros de Pline, mais rouge. Le comportement tient à la fois de la gazelle et du rhinocéros. Sans doute y a-t-il eu confusion entre ces deux espèces [Anne-Gabriel Meusnier de Querlon et al., 1779].

    Des légendes disent que la corne du rhinocéros et les défenses de l'éléphant sont des armes qu'ils utilisent afin de s'affronter dans leur quête de nourriture ; car ces deux créatures étaient affrontées lors des jeux du cirque à Rome. D'autres disent que la langue du rhinocéros est assez rugueuse pour arracher la chair des os en la léchant ; en réalité la langue des jeunes rhinocéros est plutôt tendre et celle des adultes n'est pas plus rugueuse que l'écorce des arbres. [Selected specimens of natural history, 1740] C'est Marco Polo qui décrit une créature bien différente de celles de ses prédécesseurs, mais toujours semblable au rhinocéros. Il est le premier à parler de la langue couverte de piquants utilisée pour attaquer. [Commission royale d'histoire, 1845] Quant à la vitesse du rhinocéros, elle n'excède pas celle d'un cheval contrairement à certaines légendes et rumeurs. [Selected specimens of natural history, 1740]

    Ambroise Paré rapporte : « Pausanias escrit, que le Rhinoceros a deux cornes, & non une seule : l'une sur le nez, assez grande, de couleur noire, & de grosseur & longueur de celle d'un buffle, non toutesfois creuse dedans, ny tortue, mais toute solide, & fort pesante : l'autre luy sort en haut de l'espaule, assez petite, mais fort aiguë. Par cela apparoist que ce ne peut estre la Licorne, laquelle n'en doit avoir qu'une, comme certifie son nom Monoceros. On dit qu'il ressemble à l'Elephant, & quasi de la mesme stature, sinon qu'il a les jambes plus courtes, & les ongles des pieds fendus, la teste comme un pourceau, le corps armé d'un cuir escaillé & très dur, comme celuy du crocodile, ressemblant aux bardes d'un cheval guerrier. Festus dit, que quelques-uns pensent que ce soit un bœuf sauvage d'Egypte. » [Ambroise Paré, 1840] Cette erreur vient, nous dit Bruno Faidutti, d'une bavure dans une gravure, augmentée et exagérée au fur et à mesure des recopiages.

    rhinocéros, ambroise paré, 1664

    Isidore de Séville (nous dit un dictionnaire de 1759) décrit la licorne semblable au rhinocéros, sauf pour sa corne qui perce et brise tout ce qu'elle touche. [François-Alexandre Aubert de La Chesnaye-Desbois, 1759]

    Marco Paulo, Vénitien, décrit la licorne moins grande que l'éléphant, les pieds de même forme, et un poil pareil à celui des buffles, la tête d'un sanglier toujours penchée vers la terre, aimant à se vautrer dans la boue et ne ressemblant point à l'espèce de licorne qui se laisse attraper par des jeunes filles. [William Desborough Cooley et al., 1841] Elle n'utilise pas sa corne pour attaquer, mais renverse ses opposants et les piétine. [Jean-François de la Harpe, 1780] Vivant aux Indes, elle a la langue pointue comme un aiguillon, qu'elle utiliser pour piquer tout ce qu'elle trouve. [François-Alexandre Aubert de La Chesnaye-Desbois, 1759][Jean-François de la Harpe, 1780] Ceci fut repris plus tard par Vincent le Blanc décrivant une licorne de Birmanie, possédée par le roi de Pégou [François-Alexandre Aubert de La Chesnaye-Desbois, 1759] ou Pegu [Augustin Calmet, 1783].

    Lors de son voyage en Afrique du Sud dans les années 1770, Thunberg cite le rhinocéros blanc parmi la faune locale, en le nommant licorne. Il dit également que les populations locales fument leurs fientes. [Charles Athanase Walckenaer, 1829] Il s'agit sans doute là encore du rhinocéros, comme le souligne l'auteur.

    Voici une description faite en 1783 d'un rhinocéros perse : « [Il] avoit une corne sur le nez, de la grosseur & de la forme à peu-près d'un pain de sucre de deux livres. La couleur de cette corne étoit le gris brun, de même que la peau de l'animal au-dessus des narines. Le museau du rhinoceros est rond, tourné comme un bec d'aigle. Il n'a que quatre dents, deux en haut, & deux en bas. Ses yeux sont placés fort bas, presque contre les levres. Sa queue est menue, & composée de neuf ou dix nœuds. Sa peau est couverte par-tout, hormis au dos & à la tête, de petits nœuds ou durillons, fort semblables à ceux d'une écaille de tortue. Ses pieds sont courts & épais, faits de trois fourchons ou argots de corne par le devant, & de durillons sur le derriere. On assure que les Abyssins se servent des rhinoceros, les apprivoisent, & les accoutument au travail, comme ils font des éléphants. » [Augustin Calmet, 1783]

    En 1857, on reconnaît que la corne du rhinocéros est faite de poils agglutinés. [Marie Nicolas Bouillet, 1857]

    Dès 1727, plusieurs auteurs assurent que « le rhinocéros est l'unique licorne quadrupède » [Antoine Furetière, 1727][Thomas Bulfinch, 1862] et un dictionnaire de 1783 suggère que rheem, monocéros, rhinocéros et licorne sont la même créature. [Augustin Calmet, 1783] Pourtant, en 1862, le voyageur Dr. Baikie assure qu'il est bien des licornes différentes du rhinocéros en Afrique Centrale. [Rev. W. Haughton, 1862]

    D'après les voyageurs, il existe plusieurs espèces de rhinocéros, certains avec une seule corne, d'autres avec deux. Certains prétendent que le rhinocéros femelle a une seule corne, ce qui fait d'elle une licorne (ou un monocéros), alors que le mâle, qui a deux cornes, n'est pas un monocéros.

    L'utilisation de la corne de rhinocéros par les peuplades indigènes pour soigner des maladies ou encore l'impuissance masculine a pu encourager la superposition avec le mythe de la licorne. Ainsi un missionnaire de Théatin, de voyage au Bengale, rapporte que seul le rhinocéros mâle porte une corne, et que celle-ci ne peut être utilisée en médecin que si son porteur ne s'est encore jamais accouplé. [Dictionnaire raisonné et universel des animaux, 1759]  Comme les cornes des femelles rhinocéros encore jeunes se vendent dix fois plus chères en Siam et en Afrique du Sud, on a ici une origine possible de la légende. [Odell Shepard, 1930]

    Pour tuer le rhinocéros, il faut utiliser la ruse. Les chasseurs vont dans la province de Goyame, au pied des Montagnes de la Lune, accompagnés d'une guenon entraînée spécialement pour l'occasion. Les tours de la guenon distrayent le rhinocéros, puis elle se met à lui gratter le dos et le ventre jusqu'à ce qu'il s'endorme, permettant aux chasseurs de le tuer. [Odell Shepard, 1930]


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  • 1224 : Chirù, sérou, tchirou, seru, tsopo à une corne, kéré, tou-kio-cheou (Tibet)

    chiru - Bruno Faidutti, 1996

    Le lien entre le chiru du Tibet et la licorne, s'est formé par contact entre des tribus chinoises Qiang (utilisatrices de l'ordalie de la zhi) et tibétaines, puis à-travers le commerce du Tibet avec l'Europe par la vente de cornes de chiru. [Jeannie Thomas Parker, 2007] En effet le Tibet a utilisé des cornes d'antilopes (chiru) dans des rituels. [Odell Shepard, 1930]

    D'après Bruno Faidutti, les peuples de l’Himalaya déforment depuis toujours les cornes de certains de leurs boucs pour les joindre en une seule, des notables hindous firent peut-être de même au XIXème siècle pour satisfaire la curiosité des chercheurs de licornes. Le procédé, déjà attesté par Pline, peut donc aussi avoir été utilisé au Moyen-Orient, mais, faute d’autre source, cette hypothèse reste très fragile. [Bruno Faidutti, 1996]

    Il fut rapporté qu'il existe en Inde un animal nommé chirù, qui serait la licorne, « et qui perd fréquemment une de ses cornes. La couleur de son pelage est d'un bleu grisâtre, passant au rouge sur le dos. Son poil est long d'un pouce et très-fourni. Le cou est très-long; les jambes sont noires, et le ventre est blanc. Les cornes sont très-rapprochées. Les dimensions qu'on en donne furent prises sur une peau. Sa longueur totale est de cinq pieds huit pouces anglais. » [Société pour la propagation des connaissances scientifiques et industrielles, 1827] Cette perte de corne est rapportée dans d'autres ouvrages, certains précisant que le narval lui aussi perd une se ses deux dents. [Académie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon, 1829]

    On raconte au sujet du sérou un fait qui eu lieu « en 1224, quand Tchinggiskhan se préparait à aller attaquer l'Hindoustan. Ce conquérant ayant soumis le Tibet, dit l'histoire mongole, se mit en marche pour pénétrer dans l'Enedkek (l'Inde). Comme il gravissait le mont Djadanaring, il vit venir à sa rencontre une bête fauve, de l'espèce appelée sérou, qui n'a qu'une corne sur le sommet de la tête ; cette bête se mit trois fois à genoux devant le monarque, comme pour lui témoigner son respect. Tout le monde étant étonné de cet événement, le monarque s'écria : l'empire de l'Hindoustan est, ce qu'on assure, le pays où naquirent les majestueux Bouddhas et Bodhisattvas, ainsi que les puissants Bogdas, ou princes de l'antiquité ; qui peut donc signifier que cette bête, privée de parole, me salue comme un homme ? Après ces paroles, il retourna dans sa patrie. » [Louis Pierre F. Adolphe Chesnel, marquis de la Charbouclais, 1856] D'autres indiquent que cela s'est passé en 1206 lors de l'invasion du Tibet par Genghiz Khan [John Timbs, 1869] ou ne donnent simplement aucune précision [Quatremère, 1845].

    Un dictionnaire de 1856 précise:

    « La forme du tchiron est gracieuse, comme celle de tous les autres antilopes ; il a aussi les yeux incomparables des animaux de cette espèce. Sa couleur est rougeâtre comme celle du faon, ) la partie supérieur du corps, et blanche à l'inférieure. Ses caractères distinctifs sont : d'abord, une corne noire, longue et pointue, ayant trois légères courbures, avec des anneaux circulaires vers la base ; ces anneaux sont plus saillants sur le devant que sur le derrière de la corne ; puis deux touffes de crin qui sortent du coté extérieur de chaque narine ; beaucoup de soie entoure le nez et la bouche, et donne à la tête de l'animal une apparence lourde. Le poil du tchiron est dur, et paraît creux comme celui de tous les animaux qui habitent au nord de l'Hymalaya […] Ce poil a environ cinq centimètres de longueur ; il est si touffu qu'il présente au toucher comme une masse solide. Au-dessous du poil, le corps du tchiron est couvert d'un duvet très-fin et très-doux, comme […] les chèvres dites de Kachemir. » [Louis Pierre F. Adolphe Chesnel, marquis de la Charbouclais, 1856]

    Au sujet de cette antilope et de son comportement, d'autres scientifiques et voyageurs rapportent des détails intéressants. D'une part, le lien est fait avec les qilins des temples bouddhistes. D'autre part, l'orientation perpendiculaire de ses cornes par rapport à son front est un détail qu'on retrouve chez la licorne européenne. Comme la licorne, cette antilope est une créature pacifique qui s'entend avec quasiment tous les animaux du Tibet. Similaire à un cerf élancé mais pas grêle, avec des touffes de poils dans les naseaux. Elle a une laine chaude et fine. Elle est très grégaire et vit en très grands troupeaux. Elle fuit les humains avec ne grande vivacité mais affronte bravement ses prédateurs. Même capturée jeune elle reste sauvage et dangereuse. Les narines sont très grandes avec une excroissance à l'arrière propre à l'espèce. Le mâle est plus grand que la femelle et celle-ci n'a pas de cornes. Elle ne supporte pas la chaleur et est gourmande de sel. [Thomas J. Moore, 1856]

    L'année 1862 rapporte le récit du Major Latter (ou Salter, suivant les versions), indiquant qu'au Tibet, près de Lassa, vit une créature rarement prise mais souvent abattue, ressemblant à un cheval avec le pied fourchu, une corne recourbée et la queue d'un sanglier. Son nom est Seru et c'est une sorte de cerf. [Rev. W. Haughton, 1862][John Timbs, 1869]

    Les Européens sont surpris de voir que « Les habitants d'Atdza parlaient de cet animal, sans y attacher une plus grande importance qu'aux autres espèces d'antilopes qui abondent dans leurs montagnes [la corne de cet animal] avait cinquante centimètres de longueur, et onze centimètres de circonférence ; depuis la racine elle allait en diminuant et se terminait en pointe. Elle était presque droite, noire, un peu aplatie des deux côtés ; elle avait quinze anneaux, mais ils n'étaient proéminents que d'un côté [cet animal] se plaisait principalement dans le belle vallée du Tingri, située dans la partie méridionale de la province tibétaine de Tsang, et qui est arrosée par l'Arroun. […] Elle est remplie de couches de sel, autour desquelles les tchirons se rassemblent en troupeaux. On décrit ces animaux comme extrêmement farouches, quand ils sont à l'état sauvage ; ils ne se laissent approcher par personne et s'enfuient au moindre bruit. Si on les attaque, ils résistent courageusement. Le mâle et la femelle ont généralement la même apparence. » [John Timbs, 1869]

     

    Il s'agit en fait d'une antilope, Pantholops hodgsonii.  


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  • 1523 : Bœuf unicorne, dagorne (Afrique sub-saharienne)

    1523 : Boeuf unicorne, dagorne (Afrique sub-saharienne)

    Les vaches unicornes apparaissent dès 1525, dans les récits du voyageur Varthema. Il les situe sur la côte de Zeïla et leur donne des cornes rouges. [Quatremère, 1845]

    D'après une citation de 1767, la dagorne est une vache qui n'a qu'une corne - qu'elle l'ait perdue naturellement ou qu'on la lui ait coupée. [Abbé Prévost, 1767]

    Ainsi est-il décrit en 1836 : « L'autre maniere de licorne est semblable à un beuf et tachee de taches blanches. Ceste-cy a sa corne entre noire et brune comme la premiere maniere de licornes dont nous avons parle (le monocéros). Ceste-cy est furieuze comme ung thoreau, quant elle veoit son ennemy. » [Jules Berger de Xivrey, 1886]

    Le Journal des savants de mai 1845 indique qu'un consul de France, M. Fresnel, a rapporté l'existence d'une espèce de bœuf unicorne, nommé abou-karn par les Arabes et vivant non loin du Darfour.

    Dans un Dictionnaire des superstitions [Louis Pierre F. Adolphe Chesnel, marquis de la Charbouclais, 1856] il est rapporté une espèce de licorne semblable à un bœuf tacheté de blanc. 


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  • 1523 : Licorne de la Mecque, capricorne, églisseron, chèvre unicorne, arvocharis (La Mecque, Éthiopie…)

    licornes de La Mecque, Bruno Faidutti 1996

    L'églisseron a le corps du cheval. Églisseron signifierait « chèvre cornue » et le nom vient du grec pour « capricorne ». C'est Varthema qui parle de ces créatures le premier, dans les récits de ses voyages.

    « Ceste-cy est grant et haulte comme ung grant cheval, et semblable à ung chevreul, et ha sa grant corne tres aguhe. » [Jules Berger de Xivrey, 1886]

    1625 : « Jen Baptiste Utints Flamand, natif d'Anvers, en sa carte universelle dit cecy. La Licorne est de la hauteur d'un jeune cheval de dix mois. Elle a la teste de cerf, & au front une corne pointuë de 3 coudees de long, le col log, le crin dependant de l'un costé, les jambes tendres comme le cheureul, & les pieds fendus à la façon presque de la chevre, les pieds de derriere sont pellus, & est de poil semblable au ceval bayard. Ceste beste à la mine d'estre cruelle & sauvage, neantmoins meslee de certaine douceur » L'ouvrage cite un autre auteur : « Paul Joue (grand et insigne personnage) Evesque de Nouecomensis, fait mention de cest animal ainsi que s'ensuit. La Licorne est un animal de la forme d'un poulain, sa couleur est cendrée, & sa teste est couverte d'une grande criniere, sa barbe est comme celle du bouc, & son front est armé d'une corne, qui a deux coudees de long. » [Jacques Doublet, 1625]

    En 1755, une encyclopédie indique que la licorne a la corne rayée de jaune (défense de narval). Elle vit en Ethiopie principalement mais dans d'autres parties de l'Afrique aussi. [Manuel lexique, 1755]

    1759 : « Louis Barthema, natif de Boulogne, décrit les licornes qu'il a vues de cette manière : à l'un des côtés du Temple de la Mecque il y a des écuries, où l'on entretenoit deux licornes par curiosité. La plus grande étoit comme un poulain de trente mois, et avoit une corne sur le front de trois aunes de long, l'autre n'étoit pas plus grose qu'un poulain d'un an, et sa corne étoit de la longueur de quatre palmes. Cet animal étoit brun, il avoit la tête comme celle d'un cerf, le col court et peu velu, le crin aussi court, qui lui pendoit d'un côté. Il avoit les jambes maigres et minces, comme celles d'une biche, ses pieds un peu fendus avoient des ongles et ressembloient à ceux d'une chêvre. On remarquoit dans cette bête un air sauvage et farouche, et qu'elle aimoit la solitude. » Ces licornes venaient, dit-on, d'Éthiopie. Marmol de son côté écrivait : « (la licorne) est semblable à un poulain de deux ans, excepté qu'elle a une barbe de bouc, au milieu du front une corne de trois pieds, polie, blanche, rayée de raies jaunes : ses pieds ont l'air de ceux de l'éléphant ; sa queue tient quelque chose de celle du sanglier. Cet animal est si fin, et court d'une si grande vitesse, qu'on ne le peut prendre. » [François-Alexandre Aubert de La Chesnaye-Desbois, 1759][Nouveau dictionnaire d'histoire naturelle, 1817][Augustin Calmet, 1783] Marmol s'inspire ici du monocéros de Pline, lui ajoute la défense du narval, et la taille et la barbiche de la chèvre de Louis Barthema.

    1817 : le témoignage de Barthema est indiqué comme corroborant l’existence de la licorne du cap de Bonne-Espérance. [Conrad Maltre-Brun, 1817] D'après une source de 1829, cette licorne viendrait d'Ethiopie. [M. Malte-Brun, 1829]

    1817 toujours, on retrouve à nouveau la description de Barthema, et il est précisé que les licornes étaient un cadeau diplomatique. [Biot et al, 1817]

    En 1823, deux espèces sont suggérées pour le capricorne. L'une est l'oryx (capracorna) et l'autre est la chèvre Pasang, Capra aegargus. [Bory de Saint-Vincent, 1823] (en fait, une chèvre domestique)

    En 1845, un article scientifique met en doute ces licornes, « sans prétendre révoquer en doute l'autorité du voyageur bolonais, on pourrait se demander si les deux animaux représentés ici comme des objets de la plus grande rareté, comme un trésor d'un prix inestimable, appartenaient réellement à une race d'animaux existants d'une manière distincte, ou s'ils constituaient deux êtres produits par le jeu de la nature, et qui, dans cette circonstance, avaient dû être considérés comme un trésor de la plus grande rareté. » [Quatremère, 1845]

    En 1853, il est suggéré que ces créatures avaient en réalité deux cornes mais que pour le reste elles étaient si semblables à la licorne héraldique, que Barthema ne leur a écrit qu'une seule corne au lieu de deux. [John Kitto, 1852]

    1856 : « L'Églisseron, autre licorne, était semblable à un chevreuil ou à un cerf gigantesque et avait une corne aigüe » [Louis Pierre F. Adolphe Chesnel, marquis de la Charbouclais, 1856]

    Un ouvrage de 1862 reporte lui aussi l'existence des licornes de La Mecque. « In the other part of the temple of Mecca are parks or places enclosed, where are seen two Unicorns, and these are shown to the people for a wonder ; the one of them, which is much higher than the other, is not much unlike a colt of two and a half years old ; in the forehead grows one horn, straight forward, of the lenght of 3 cubits. The other is much younger, and like a colt of one year old. The horn of this is of the lenght of four spans. The beast if of the colour of a horse, of a weasel-colour, with ahead like a hart, but no long neck, a thin mane hanging only on one side. The legs of both are thin and slender, like a fawn or hind ; the hoofs of the four feet are divided in two, much like the feet of a goat ; the outer part of the hind feet is very full of hair. They seemed wild and fierce. They are sent to the Sultan of Mecca from the King of Ethiopia ! » [John Timbs, 1869]

    Ludovicus Verramundus décrit les licornes de la Mecque, ou églisserons, comme venant d'Éthiopie. Mais Ulysse Aldrovandus prétend que ces églisserons ne sont que des rhinocéros, là encore. [Commission royale d'histoire, 1845]

     

    Au XVIIème siècle, la licorne héraldique ressemble fort à un églisseron et la longueur des défenses de narval fait dire à certains qu'elle a la taille d'un grand cerf.


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  • 1542 : Licorne de Rabelais (Europe)

    Rabelais, dans ses livres, exacerbe le symbolisme phallique de la corne de la licorne et en fait un phallus à part entière : tantôt elle pend comme une crête de coq sur le côté de la tête, tantôt elle est élevée, raide et droite, afin d'être utilisée. L'analogie est poussée encore plus loin lorsque Panurge annonce que, à l'instar de la corne de la licorne qui purifie l'eau, son propre phallus a la propriété de guérir les femmes de toutes les maladies vénériennes. Sa description est celle du monocéros de Pline. [François Rabelais, 1823] Quant à la description de la corne elle peut provenir de Cosma Indicopleuste qui indique que la corne du rhinocéros se balance de droite et de gauche quand il marche, pour se raidir quand il veut l'utiliser au point de briser les rochers. [Odell Shepard, 1930]

    1542 : Licorne de Rabelais (Europe)

    La licorne mâle a le poil alezan brûlé et les femelles, gris pommelé. À cause de leur corne, elles ne broutent pas mais mangent dans les arbres, de préférence fruitiers, ou directement dans la main des gens. [François Rabelais, 1546]


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  • 1564 : Licorne américaine (Souanamma)

    licorne américaine - Bruno Faidutti 1996

    Les licornes américaines sont nommées Souanamma et elles partagent la même aire de répartition que l'élan Elles sont grandes comme un boeuf d'après le frère Marcus de Nizza parti au Mexique. [Odell Shepard, 1930]D'après Bruno Faidutti, le seul portrait précis que nous ayons d’une licorne d’Amérique se trouve dans un texte paru en allemand et en hollandais83, aÌ€ la fin du XVIIeÌ€me sieÌ€cle, aÌ€ une date ou l’Amérique du Nord commençait pourtant aÌ€ eÌ‚tre bien connue, « Die unbekannte neue Welt » (Le nouveau monde inconnu) du géographe hollandais Olfert Dapper. On peut reconnaiÌ‚tre dans sa licorne l’aÌ‚ne indique de Ctésias, aux yeux bleus sombres, mais on y retrouve surtout le monocéros de Pline: « On voit souvent preÌ€s de la frontieÌ€re canadienne, nous dit le médecin allemand, des animaux ressemblant aÌ€ des chevaux, mais avec des sabots fendus, le poil dru, une corne longue et droite au milieu du front, la queue d’un porc, les yeux noirs et le cou d’un cerf ». Ailleurs dans le meÌ‚me ouvrage, les licornes d’Amérique du Nord sont décrites comme « des chevaux sauvages au front armé d’une longue corne, avec une teÌ‚te de cerf, ayant le poil de la belette, le cou court, une crinieÌ€re pendant d’un seul coÌ‚té, les pattes fines, des sabots de cheÌ€vres » comme l'églisseron de La Mecque décrit par Barthema. [Bruno Faidutti, 1996]

    En Floride en 1564 l’Anglais John Hawkins dit que « Les Indiens de Floride portent autour du cou des morceaux de corne de licorne... Ils ont chez eux beaucoup de ces licornes, et disent que c’est un animal aÌ€ corne unique, qui trempe sa corne dans l’eau avant de boire... on pense qu’il y a non seulement des licornes, mais aussi des lions... En effet, le lion est l’ennemi de la licorne, car toute beÌ‚te a son ennemi... et laÌ€ ou se trouve l’un, l’autre ne peut eÌ‚tre absent ». Il s'agit en fait de simples dents de requins portées par les indigeÌ€nes, ce qui a mené à l'idée qu'il y a des licornes en Floride et donc en conséquence, des lions, le lion étant l'ennemi naturel de la licorne.[Bruno Faidutti, 1996]

    La croyance en la présence de licornes au nord du nouveau continent semble, avoir été assez répandue jusqu’au milieu du XVIIeÌ€me sieÌ€cle. Les licornes apparaissent en effet treÌ€s régulieÌ€rement dans cette zone sur les cartes et mappemondes ouÌ€ figurent ces terres. Rédigé dans les années 1540, le routier de Jean Alfonse de Saintonge, navigateur portugais, pilote de l’expédition de Roberval au Canada, signale rapidement que « les sauvages [de la coÌ‚te canadienne] disent qu’il s’y trouve des unicornes ». Un curieux passage des mémoires de Pietro della Valle (1586-1652), voyageur italien, nous apprend qu’en 1620 encore, « on croyait communément qu’il se trouvait des licornes en certaines contrées de l’Amérique septentrionale fort peu éloignées de celles de Groenland, de sorte qu’il n’est pas incroyable qu’il ne s’en rencontre dans Groenland meÌ‚me, qui n’est pas éloigné de ces quartiers-laÌ€… ». L’argument est ici utilisé par un navigateur anglais, affirmant l’authenticité de la corne de licorne qu’il a trouvé au Groenland. [Bruno Faidutti, 1996]


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  • 1566 : Cheraffe, girafe, giraffe, caméléopard, camelopard, chamois (Constantinople, Indes)

    La girafe est une créature connue depuis l'Antiquité [Thomas Bingley, 1864] mais à propos de laquelle le Moyen-Âge s'est ensuite perdu en conjectures.

    1566 : Cheraffe, girafe, giraffe, caméléopard, camelopard, chamois (Constantinople, Indes)

    Dans l'Histoire de l'Abbaye de S. Denys [Jacques Doublet, 1625], il est rapporté qu'un explorateur (le Chevalier F. Pierre de Berthaucourt en l'an 1566) observa à Constantinople une créature nommée « cheraff », fauve et tachetée, le col long, les pattes de derrière plus courtes que celles de devant, le mufle d'un cheval, et que cette créature était la femelle de la licorne.

    En 1624 un voyageur rapporte que lors d'une fête à Constantinople, « il fut amené audit Empereur un anumal enme nommé Cheraff de la part du Roy des Indes, lequel il vit & toucha par plusieurs & diverses fois, qui estoit plus grand qu'un cerf, mais plus gresle, de couleur fauve, moucheté de taches blanches et noires de la grandeur d'un double, les jambes de devant longues, & celle de derriere courtes, le mufle comme un Cheval, avec des petits crins sur le col, que l'on disoit que c'estoit la femelle de la Licorne. » Cette girafe a fait escale en Asie, où elle fut confondue avec la Lin (ou Rin), femelle Kirin (ou Qilin).

    En 1759 la girafe prend un nom étrange « C'est le caméléopard (…). Dapper dit (…) qu'il est ainsi nommé parce qu'il a la tête et le col comme les chameaux et qu'il est tacheté comme le léopard, mais de taches blanches sur un fond rouge. » [François-Alexandre Aubert de La Chesnaye-Desbois, 1759] La girafe a entre ses cornes une grosseur osseuse « qui paroissoit comme une troisième corne ». De sa langue la girafe attrape si adroitement sa nourriture que ses dresseurs ne s'en rendent pas compte. [François-Alexandre Aubert de La Chesnaye-Desbois, 1759]

    Le mythe continue en 1788 : on croit la girafe issue de l'union d'une biche et d'un taureau. On la dit de la taille d'un veau, grise, et aussi longue que haute. On la dit très grande, jusqu'à 40 pieds de haut (13,3 m environs). On en fait deux espèces, la girafe et la girafle, et seule la dernière, grosse comme un cheval, a le train arrière plus bas que le train avant. [C. Duboille, 1788]

    Une illustration de 1864 la montre avec des cornes similaires à celles d'un chamois, bien qu'elles ne soient considérées que comme des protubérances de l'os du crâne. [Thomas Bingley, 1864]

    Le plus répandu des dictionnaires allemands, le Brockhaus, dans son édition de 1833, à l’entrée « Einhorn » indique simplement et assez brutalement « s. Giraffe » (voir Girafe). La lecture de l’article « Giraffe » nous apprend en effet que, selon certains, cet animal porterait, entre ses deux petites cornes, une troisième plus petite encore, ce qui rendrait plausible l’existence de quadrupèdes unicornes de la famille des antilopes. [Bruno Faidutti, 1996]

    La girafe réelle a la particularité d'avoir une bosse frontale entre les deux yeux. [John Timbs, 1869] Cette bosse fut, au fur et à mesure des recopiages de gravures, exagérée au point que quelques-unes montrent la girafe portant fièrement sur sa tête une défense de narval.  


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  • 1573 : Licorne du Prêtre Jean (Egypte)

    Ambroise Paré rapporte : « Louys Paradis, Chirurgien natif de Vitry en Partois, à present demerant en ceste ville de Paris, avoit long temps voyagé, le priay me dire s'il n'avoit point veu de Licornes. Il me dit qu'il en avoit veu une en Alexandrie d'Egypte […] que le Prestre-Iean envoyoit au grand Seigneur, de grandeur d'un grand levrier d'attache, non si gresle par le corps. Son poil estoit de couleur de Castor, fort lisse, le col gresle, petites oreilles, une corne entre les deux oreilles fort lissée, de couleur obscure, bazanée, de longueur d'un pied de Roy seulement, la teste courte & seiche, le muffle rond, quasi semblable à celuy d'un veau, les yeux assez grands, ayant un regard fort farouche, les jambes seiches, les pieds fendus comme une biche, la queuë ronde & courte comme celle d'un cerf. Elle estoit toute d'une mesme couleur, sors un pied de devant, qui estoit de couleur jaune. Son manger estoit de lentilles, pois, feves, mais principalement de cannes de succre. Ce fut au mois d'Avril mil cinq cens soixante & treize. » [Ambroise Paré, 1840]

    La version de 1684 est plus courte est indique que la licorne est grande comme un cheval et de couleur bai sombre, crins et corne noirs ou clairs suivant la région. Elle vit dans les bois et bocages. Le poulain est très sensible et meurt rapidement sans sa mère. [Henri Justel et al., 1684]

    1573 : Licorne du Prêtre Jean (Egypte)

    Le lien entre la licorne et l'Egypte, provient du commerce de la corne de rhinocéros effectué par les Chinois le long de la route des épices et de la soie. En effet les premiers commerces entre la Chine et l'Afrique datent de la reine Hatshepsout d'Egypte (vers 1500 avant JC) l'un des plus importants produits importés par l'Egypte étant la cannelle. Pendant des siècles l'origine réelle de la cannelle est restée un mystère et les marchands Arabes prétendaient qu'elle venait d'Afrique.

    Le long de la route de la cannelle, puis de la soie se répandent les légendes de la zhi et du rhinocéros, en passant par l'Afrique et l'Inde, ce qui peut expliquer pourquoi les Européens pensèrent que la licorne était originaire de ces endroits : en effet si la licorne vient du même pays que la cannelle, et que la cannelle vient d'Ethiopie, la licorne doit forcément elle aussi venir d'Ethiopie. C'est également dans ces lieux que le Prêtre Jean prétendait vivre - entouré de licornes. Mais en ces lieux aussi on dit que la licorne vient d'un pays lointain, de montagnes interdites, d'un lieu de féérie : la Montagne de la Lune.

     

    Il s'agissait peut-être d'un spécimen de Gazella cuvieri. Ou toute autre espèce du taxon des antilopes naines.


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  • 1575 : Rangifère

    rangifère - Bruno Faidutti 1996

    « Thevet en sa cosmographie (1575) récite qu’en Finlande il y a une sorte de rangifère demi-cerf et demi-cheval qui est pareillement unicorne et qui est une bête forte et grandement puissante, d’où vient qu’on l’emploie à l’attelage des chariots et des charrettes », écrivait Laurent Catelan en 1614 dans son Histoire de la licorne. Mais si Thevet parlait certes du rangifère à deux reprises, dans son Gentil Traité de la licorne, l’animal était pour lui, comme pour tous les cosmographes et naturalistes du XVIème siècle «une bête portant trois rameaux de cornes». Conrad Gesner nuance quelque peu en précisant, en 1551, dans son traité De Quadrupedibus Viviparis que «le rangifère a habituellement trois cornes, mais il arrive que certains individus n’en aient que deux... Deux de ses cornes, au même emplacement que les cornes du cerf, sont plus grandes que la troisième.» On comprit cependant au XVIIème siècle que le ramifère, bicorne, et le rangifère, tricorne, n’étaient qu’un seul et même animal, le renne, dont les premiers andouillers, longs et aplatis, avaient pu passer, aux yeux d’un observateur inattentif, pour une troisième corne. [Bruno Faidutti, 1996]

    Le livre de Jean de Mandeville (XIVième siècle) fut sans doute le plus lu des récits de voyages de la fin du Moyen-Âge, son succès et sa renommée dépassèrent ceux du Devisement du Monde. Dans le texte princeps, comme dans la plupart des versions françaises, la licorne est absente d’une faune orientale où abondent pourtant griffons, dragons et autres merveilles. L’odenthos ou loerancz tricorne d’Inde, emprunté à Pline, est un dérivé du rhinocéros, peut-être aussi un vague ancêtre ou cousin du Rangifère, cerf à trois cornes des pays septentrionaux. [Bruno Faidutti, 1996]

    Certaines sources décrivent la licorne de César comme ayant un bois de renne au milieu du front. [James Cross Giblin, 1991] Cela est cohérent avec le lieu de rencontre (la forêt Hercynienne, située dans la partie centre-nord de l'Europe) et la répartition des rennes européens.

     


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  • 1580 : Camphur (Afrique)

    camphur, ambroise paré, 1664

    Le camphur, qui vit non plus en Afrique mais dans les îles Moluques, diffère fondamentalement de la licorne classique par ses pieds arrière palmés, sa corne mobile, son habitat amphibie, et son alimentation à base de poissons. [Bruno Faidutti, 1996]

    « André Thevet en sa Cosmographie, de l'authorité & recit d'un Sangiach, Seigneur Turc, fait mention d'une Licorne veuë par ledit Seigneur, grande comme un Taureau de cinq ou six mois, portant une seule corne droit au sommet de sa teste, & non au front, ainsi que l'on dit des autres, ayant les pieds & jambes peu différentes des asnes de nostre Europe, mais le poil long, & les oreilles semblables à celles d'un Rangifere [Note : un renne]. Garcias ab Horto, Medecin fort celebre du Viceroy d'Indie, dit qu'au promontoire du Cap de bonne Esperance, l'on a veu un animal terrestre, lequel aussi se plaisoit d'estre dedans la mer, ayant la teste & la perruque d'un Cheval, & une corne longue de deux palmes, qui est mobile, laquelle il tourne à son plaisir, tantost à dextre, tantost à senestre, en haut & en bas. Cet animal, dit-il, combat contre les Elephans tres-cruellement. La corne d'iceluy est fort recommandée contre les venins. André Thevet en sa Cosmographie, dit qu'il s'en trouve un autre en Æthiopie, presque semblable, nommé Camphur, en l'isle Mouluque, qui est amphibie, c'est à dire vivant en l'eau & en la terre, comme le Crocodile. Ceste beste est de grandeur d'une Biche, ayant une corne au front, mobile, de longueur de trois pieds & demy, de grosseur comme le bras d'un homme, plein de poil autour du col, tirant ) la couleur grisastre. Elle a deux pattes comme celle d'une Oye, qui luy servent à nager, & les autres deux pieds de devant comme ceux d'un Cerf ou Biche : & vit de poisson. Il y en a quelques-uns qui se sont persuadez que c'estoit une espece de Licorne, & que sa corne est fort riche, & excellente contre les venins. » [Ambroise Paré, 1840][Ambroise Paré, 1664]

    Plus tard, le camphur est devenu terrestre et ressemble à un âne. Il n'est plus rien dit de sa corne mobile, de ses pattes palmées ni de son régime de poissons. Cette corne mobile continue d'être citée dans d'autres ouvrages encore [John Timbs, 1869], attribuée par exemple à la licorne du cap de Bonne-Espérance [Conrad Maltre-Brun, 1817].

    Un dictionnaire de 1760 confond le camphur avec l'Âne Indique, l'oryx et le rhinocéros, le décrivant comme vivant en Arabie, ayant la forme d'un âne, se battant contre des taureaux, et chassé pour sa corne par les Indiens avides d'en faire des remèdes. [Dictionnaire portatif, 1760]

    Le camphur est « fabuleux » (c'est-à-dire imaginaire), « décrite par les Anciens » d'après un dictionnaire de 1800 qui ferait mieux de vérifier ses sources, étant donné que la créature a été inventée par André Thevet. Le camphur est ici confondu avec l'âne indique de Ctésias. [Valmont-Bomare, 1800]

    D'après Charles S. Sonnini et Jacques Eustache de Sève, le camphur est un âne d'Arabie avec une corne sur le front. [Charles S. Sonnini, Jacques Eustache de Sève, 1816] Cette suggestion a été faite dès 1823. [Bory de Saint-Vincent, 1823]

    Il pourrait s'agir d'un dromadaire mélangé à un rhinocéros, ou d'un grand koudou.  


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  • 1580 : Caspilly (Golfe d'Arabie)

    caspilly, ambroise paré, 1664

    « Il se void au goulfre d'Arabie un poisson nommé Caspilly, armé d'aiquillons, dont il en a un au milieu du front comme une corne, long de quatre pieds, fort aigu. Iceluy voyant venir la Baleine, se cache sous les ondes, & choisist l'endroit plus aisé à blesser, qui est le nombril, & la frappant, il la met en telle necessité, que le plus souvent elle meurt de telle blesseure : & se sentant touchée au vif, commence à faire un grand bruit, se tourmentant, & battant les ondes, escumant comme un verrat, & va d'une si tres-grande fureur & roideur, se sentant pres des abbois de la mort, qu'elle culbute & renverse les navires qu'elle rencontre, & fait tel naufrage, qu'elle les ensevelit au profond de la mer. Ledit poisson est merveilleusement grand & fort, & lors que les Arabes le veulent prendre, ils font comme au Crocodile, sçavoir est avec une longue & forte corde, au bout de laquelle ils attachent une piece de chair de Chameau, ou autre beste : & lors que ce poisson apperçoit la proye, il ne faut à se ietter dessus & l'engloutir. Et estant l'hameçon avallé, & se sentant picqué, il y a plaisir à luy voir faire des saults en l'air, & dedans l'eau puis estant las, les Arabes le tirent à coups de fleches, & luy donnent tant de coups de levier, qu'ils l'assomment : puis le mangent, & gardent sa plus grande corne, pour en user contre les venins, ainsi que les autres font des cornes de Licornes. » [Ambroise Paré, 1840]


    On voit dans ce témoignage une réminiscence des légendes entourant le narval : son combat avec la baleine et les vertus médicinales de sa défense. Concernant sa pêche, elle s'assimile à la pêche au requin.

    Il est possible que cette créature s'inspire du requin-scie, vivant en eau profonde et possédant un rostre orné de dents et de barbillons.


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  • 1580 : Cochon de mer (océan)

    « Gesnerus dit, qu'en la mer Oceane naist un poisson, ayant la teste d'un Porc sanglier, lequel est de merveuilleuse grandeur, couvert d'escailles, mises par grand ordre de Nature, ayant les dents canines fort longues, trenchantes & aiguës, semblables à celles d'un grand Porc sanglier, lesquelles on estime estre bonnes contre les venins, comme la Licorne. » [Ambroise Paré, 1840]

    1580 : Cochon de mer (océan)

    Cette espèce est classée à part du morse, lequel est nommé « éléphant de mer ». Il s'agit peut-être d'une sorte d'otarie, si on s'en réfère à la silhouette globale de l'illustration.


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  • 1580 : Pirassoipi (Arabie, Brésil)

    pirassoipi, ambroise paré, 1664

    « En l'Arabie pres la mer Rouge, il se trouve une autre beste, que les Sauvages appelent Pirassoipu, grande comme un Mulet, & la teste quasi semblable, tout son corps velu en forme d'un Ours, un peu plus coloré, tirant sur le fauveau, ayant les pieds fendus comme un Cerf. Cét animal a deux cornes à la teste fort longues, sans rameures, haut eslevées, qui approchent des Licornes, desquelles se sevent les Sauvages, lors qu'ils sont blessez ou mords des bestes portans venin, les mettans dedans l'eau par l'espace de six ou sept heures, puis apres font boire ladite eau au patient. » [Ambroise Paré, 1840]

    Les cosmographies d’André Thevet ne sont pas toujours bien structurées, prenant parfois l’aspect de suites de digressions plus ou moins originales sur une trame, un voyage mi-vécu, mi-imaginé, qui n’est plus que prétexte. C’est dans sa Description de la France Antarctique, récit d’un voyage aux Amériques, qu’il nous parle des unicornes de Madagascar et d’Afrique du Sud, et c’est dans la Cosmographie universelle, au chapitre consacré aux îles de la Mer Rouge, qu’il décrit le pirassouppi du Brésil, dans lequel, avec un peu d’imagination, et en faisant abstraction de ses cornes, on peut reconnaître un lama. [Bruno Faidutti, 1996]

    Sans doute s'agit-t-il d'une gazelle de Thomson, d'un nyala ou d'un lama.


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  • 1580 : Vletif, Uletif (côte Ouest de l'Afrique)

    vletif, ambroise paré, 1664

    « Il se void au goulfre d'Arabie un poisson nommé Caspilly, armé d'aiquillons, dont il en a un au milieu du front comme une corne, long de quatre pieds, fort aigu. Iceluy voyant venir la Baleine, se cache sous les ondes, & choisist l'endroit plus aisé à blesser, qui est le nombril, & la frappant, il la met en telle necessité, que le plus souvent elle meurt de telle blesseure : & se sentant touchée au vif, commence à faire un grand bruit, se tourmentant, & battant les ondes, escumant comme un verrat, & va d'une si tres-grande fureur & roideur, se sentant pres des abbois de la mort, qu'elle culbute & renverse les navires qu'elle rencontre, & fait tel naufrage, qu'elle les ensevelit au profond de la mer. Ledit poisson est merveilleusement grand & fort, & lors que les Arabes le veulent prendre, ils font comme au Crocodile, sçavoir est avec une longue & forte corde, au bout de laquelle ils attachent une piece de chair de Chameau, ou autre beste : & lors que ce poisson apperçoit la proye, il ne faut à se ietter dessus & l'engloutir. Et estant l'hameçon avallé, & se sentant picqué, il y a plaisir à luy voir faire des saults en l'air, & dedans l'eau puis estant las, les Arabes le tirent à coups de fleches, & luy donnent tant de coups de levier, qu'ils l'assomment : puis le mangent, & gardent sa plus grande corne, pour en user contre les venins, ainsi que les autres font des cornes de Licornes. » [Ambroise Paré, 1840]


    On voit dans ce témoignage une réminiscence des légendes entourant le narval : son combat avec la baleine et les vertus médicinales de sa défense. Concernant sa pêche, elle s'assimile à la pêche au requin.

    Il est possible que cette créature s'inspire du requin-scie, vivant en eau profonde et possédant un rostre orné de dents et de barbillons.


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  • 1591 : Dante, beori, impanguazza, empacasse, pacasse (Amérique du Nord, Congo)

    La première apparition du Dante date des voyages de Lopze publiés en 1591. Le mot Dante s'appliquerait au cuir de ces animaux. Mais c'est bien du Tapir dont il s'agit, même si les Espagnols l'appellent Anta ou Danta par assimilation à l'Élan et à son cuir épais. Les Français utilisent pour cela le mot Buffle pour désigner le cuir, et par glissement de sens le Tapir lui-même a été nommé Buffle. [Académie des sciences (France), 1835]

    Ce glissement de sens a entraîné bien des confusions entre espèces.

    En 1755 le Dante est décrit comme suit : « animal d'Afrique, de la grosseur d'un petit boeuf & fort léger à la course. On mange sa chair ; & les rondaches qu'on fait de sa peau sont impénétrables aux flèches. Il a des oreilles de chèvre, & au milieu de la tête une corne qui se courbe en forme d'anneau. Sa couleur est blanche. » tandis que le béori est un « animal du pays de Verapaz en Amérique, qui a la forme d'un veau, mais les jambes plus courtes. Il a reçu des Espagnols, le nom de Denta. On lui attribue l'instinct de s'ouvrir la veine en se frottant contre une pierre, lorsqu'il a trop de sang. » [Manuel lexique, 1755] Le Verapaz peut faire référence soit au Guatemala, soit au Salvador.

    1759 : « animal à quatre pieds des Indes Occidentales, et qui se trouve dans la province de Vera-Cruz (de nombreuses villes en Amérique du Nord portent ce nom). Il est semblable au mulet, et il a les babines d'un veau ; il élève celle de dessus lorsqu'il est en colère. Tous les membres ressemblent à ceux de différens animaux : mais celui à qui le beori ou le dante ressemble le plus, est le veau : il n'a point de cornes ; sa peau est si dure qu'on ne la peut percer. (…) Il a la tête longue, le front étroit, les yeux petits pour sa grandeur, le museau long d'une palme, et la queue courte. Cet animal se nourrit d'herbes sauvages. Quant il est fâché il se dresse, il montre des dents qui sont comme celles du porc. S'il arrive qu'il soit trop rempli de sang, il s'ouvre les veines. (…) Lerius dit que cet animal compte plus sur sa fuite que sur ses forces et qu'il n'est point à craindre. » Cet animal est également placé en Afrique et dit léger dans sa course. Lerius dit qu'il fuit plutôt que de se défendre. D'autres commentent ses vertus gustatives et l'utilisation de son cuir très dur. [François-Alexandre Aubert de La Chesnaye-Desbois, 1759]D'après l'Abbé Prévost, le beoris vient de Verapaz en Amérique, il ressemble à un veau avec des pattes plus courtes. Les espagnols le nomment Danta et on prétend que quand il a trop de sang, il se saigne lui-même. [Abbé Prévost, 1767]

    En 1769 certains indiquent enfin de quelle espèce il s'agirait.. C'est « un animal étranger, plus grand qu'un âne, noir, velu, féroce, & ennemi des chiens. La forme de ses pieds est singulière ; l'ongle est semblable à un talon. Il a le front large, nud ; sa figure fait peur à voir. Il dévore tout ce qu'il rencontre : les troupeaux font sa meilleure proie. » Il vit danes les Indes Orientales ainsi qu'à Vera-Cruz. Ce sont les Péruviens qui l'appellent Danta tandis qu'au Para il est nommé Auté. Sans corne, il ressemble un peu au veau et se déplace agilement. Il vit dans les bois épais et les fourrés. Il est très commun en Amazonie entre autres. D'autres noms qu'on lui donne sont Vagra, Maypouri, Cappa, et… Tapyra. [‪Jacques Christophe Valmont de Bomare, 1769]

    1788 : « Animal d'Afrique, de la grosseur d'un petit boeuf et fort léger à la course. On mange sa chair ; et les rondaches qu'on fait de sa peau sont impénétrables aux flèches. Il a des oreilles de chèvre et au milieu de la tête une corne qui se courbe en forme d'anneau. Sa couleur est blanchâtre. » [C. Duboille, 1788]

    La description se précise dans une encyclopédie de 1828.

    Au Congo le dante s'appelle impanguazza ou empacasse. Il ressemble au buffle. Il est moins gros que le boeuf mais y ressemble de tête et de poil. Il est rouge avec des cornes de bouc noires. Sa peau est très résistante. Lorsqu'un empacasse se défend contre les chasseurs il les piétine et les frappe du mufle, ne pouvant utiliser ses cornes. Certains Congolais prétendent que l'empacasse a un souffle toxique et qu'il tue toute vache paissant à ses côtés. Carli appelle l'empacasse "pacasse". Il dit qu'ils rugissent comme des lions, blancs avec des taches et raies rouges et noires. Ses oreilles sont très longues et ses cornes sont très droites. [C.A.Walckenaer, 1828] L'empacasse est le gnou. [Georges Cuvier, 1827-35]

     

    Le dante fait penser au rhinocéros pour sa peau impénétrable aux flèches, au zébu et au gnou pour sa forme, au lama pour son comportement, et d'autres indices montrent qu'il y a aussi confusion avec le tapir. Les cornes rappellent les mouflons, mais la répartition ne correspond pas.

    Georges Cuvier - pacasse - 1827-35

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  • 1600 : Licorne du cap de Bonne-Espérance, couagga, hippotrague, antilope pygmée (cap de Bonne-Espérance)

    1600 : Licorne du cap de Bonne-Espérance, couagga, hippotrague, antilope pygmée (cap de Bonne-Espéra

    1759 : « Les cerfs du cap de Bonne-Espérance sont peu différents de ceux d'Europe ; seulement leurs cornes sont sans branches, et leur longueur n'est que d'environ un pied ; elles s'élèvent en forme de spirale dans la moitié de leur étendue. » [François-Alexandre Aubert de La Chesnaye-Desbois, 1759] Il s'agit de l'hippotrague noir, également prise pour un cheval avec une seule corne. La même source nomme l'hippotrague bleu « chèvre bleue des contrées du Cap de Bonne-Espérance » et en donne une description complète et très détaillée, en leur rajoutant une barbe très longue.

    1798 : le Baron de Vollzogen associe la licorne du cap de Bonne-Espérance à l'antilope pygmée. « I was told of such a delicate animal, said to be shaped like the wild buffalo, and to have small horns ; but notwithstanding all my endeavours, I have not been able to see it, nor to procure an accurate description of it. The case is the same with the unicorn, said to have been lately discovered in the inferior parts of Africa. A planter, we are informed, saw there an animal shaped like a horse, which had one horn only in its forehead. It was of grey colour, and had cloven feet ; but this observation extended no farther. » [Letter to the editor from a traveler, 1798]

    1817 : C'est dans la région de Lagoa en Afrique qu'« on a récemment prétendu retrouver […] la licorne, ou le monocéros des anciens. […] Un navigateur estimable du seizième siècle a rapporté que les premiers navigateurs portugais virent, entre le Cap de Bonne-Espérance et le cap Corrientes, un animal qui avait la tête et la crinière d'un cheval, avec une seule corne mobile. » On voit là un mélange avec le camphur. « C'est précisément dans cette même région que deux bons observateurs modernes ont remarqué un grand nombre de dessins d'un animal unicorne ; tous les rochers de Cambedo et de Bambo en sont couverts. » Le bon sens commun veut qu'il s'agisse là de gazelles ou antilopes dessinées de profil. « Les colons hollandais affirment avoir vu de ces animaux vivans, et en avoir tué quelques-uns ; ceux-ci ressemblaient à des quaggas, ou chevaux sauvages ; la corne était seulement adhérente à la peau. » [Conrad Maltre-Brun, 1817]

    1829 : Une Géographie Universelle [M. Malte-Brun, 1829] indique que la licorne est censée exister dans la région africaine de Caffrarie. Elle a été vue entre le Cap de Bonne-Espérance et le Cap Coriente par des Portugais au 16è siècle. Elle a la tête et la crinière d'un cheval avec une corne mobile, comme la licorne de Rabelais qui date elle aussi du XVIième siècle. On les retrouve dans les peintures pariétales de la région. Les Hollandais affirment avoir tué des licornes qui sont d'après eux des couaggas avec une corne qui ne tient qu'à la peau comme celle du rhinocéros.

    Un autre dictionnaire de la même année précise que les gravures ont été faites par les Hottentots. [Biot et al, 1817]

    1845 : « On a vu dans la province des Agaus, qui est un pays fourré et plein de bois, cette licorne si fameuse et si peu connue jusqu'à présent. Comme cet animal passe vite d'un bois à un autre, on n'a pas eu le temps de l'examiner ; on l'a néanmoins assez bien considéré pour pouvoir le décrire : il est de la taille d'un beau cheval, bien fait et bien proportionné, d'un poil bai, avec la queue et les extrémités noires. » [Quatremère, 1845]

    1846 : « Les licornes du cap de Bonne-Espérance (Afrique du Sud) sont décrite avec des têtes de cheval, d'autres avec des têtes de cerf. » [Jacques-Albin-Simon Collin de Plancy, 1846]

    Il s'agit certainement d'un mélange entre un couaggas vu de loin et qui remue les oreilles, de gravures d'antilopes vues de profil, et d'un peu de rhinocéros pour la corne.

    L'espèce Equus quagga quagga est actuellement éteinte, exterminé par ces mêmes colons hollandais qui avaient vu en ce zèbre une sorte de licorne.  


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  • 1600 : Licorne héraldique (Europe)

    héraldique, wiliam newton, 1846

    La licorne est un symbole parfait pour les armoiries des chevaliers : solitaire, féroce pour ses ennemis, chaste, mais gentille, et servante des belles dames. La solitude et la chasteté de la licorne en ont également fait le symbole de la vie monastique. [Odell Shepard, 1930]

    L’un des plus anciens blasons à la licorne connu est celui que l’on attribua, à la fin du Moyen-Âge, au chevalier de la Table Ronde Gringalas le Fort, qui aurait porté de sable à la licorne d’argent ancornée d’azur. Redondance classique, mais non obligée, son cimier est une tête de licorne d’argent. [Bruno Faidutti, 1996]

    1669 : « La Licorne est un animal très-beau et très-rare, ressemblant à un cheval bien déchargé, d'autres disent à une chévre, dautant qu'elle a une barbe au dessous du menton, & le poil plus long qu'un cheval, & les pieds fendus comme une vraie chévre, ayant aussi une tres-belle corne, longue & pointuë, au milieu du front, tortillée en sorte qu'on diroit qu'en ayant deux, elles se sont jointes ensemble. » L'auteur ayant observé une défense de narval au trésor de Saint-Denis, qu'on prenait pour une corne de licorne, en déduisit que « la Licorne qui la portoit, devoit estre aussi grande qu'un cerf »

    En 1839 licorne héraldique de l'époque est représentée comme étant un cheval avec une corne droite, des pieds de cerf et la queue d'une chèvre en Angleterre. L'auteur cite un certain Nisbet : « la licorne est en haute estime, tout autant pour sa vertu que sa force. Dans sa corne les naturalistes voient un antidote puissant contre le poison, et nous disent que les bêtes sauvages attendent pour boire que la licorne ait agité les eaux de sa corne. Il est remarquable pour sa force, mais plus encore pour son esprit, car il préfère mourir que d'être soumis. » [William Newton, 1846]

     

    Malgré cette description poétique, une étude du XIXè siècle suppute que la licorne héraldique est « un cheval avec un rostre d'espadon sur la tête ». [John Brand, ‪Sir Henry Ellis, 1842]

     

    En héraldique, la licorne se présente de profil passant. Elle est « accornée » de sa corne, « animée » de ses yeux, « onglée » de l'ongle de ses pieds, lorsqu'ils sont d'émail différent. Elle est « saillante » lorsqu'elle est debout, « en défense » lorsqu'elle a la tête baissée, « accroupie » lorsqu'elle est assise et pose ses genoux de devant par terre, « acculée » lorsqu'elle est assise sur son derrière.

    La licorne, seule ou à plusieurs, apparaît sur diverses armes, de personnes ou de villes, mais elle reste peu commune sans être rare :

     

    Charpentier, d'azur à la bande écuiquetée d'or et de gueules de trois tires, côtoyée de deux licornes au naturel passant.

    Nusdorf en Allemagne, de sable à la licorne saillant ou courant en bande.

    Fay d'Espaisses, d'argent à une bande d'azur, chargée de trois têtes de licorne d'or.

    Casard en Dauphiné, d'azur à la licorne passant d'argent. Devise: Sans venin.

    De Harovis en Bretagne, de gueules à trois bandes d'or, chargées de cinq têtes de licorne du champ.

    Clairaunay dans le Maine, d'argent à la licorne assise de sable, accornée et onglée d'or.

    Crispi à Rome, d'azur à une licorne d'argent, paissant dans un pré de sinople en pointe, et une comète à chevelure d'or au haut du milieu du chef, sa chevelure tirant en bas sur la licorne.

    Saverne en Alsace, d'argent à la bande de gueules chargée d'une licorne d'or.

    Pasquier en Île de France, de gueules au chevron d'or, accompagné en chef de deux croissants d'argent et en pointe d'une tête de licorne du même.

    Bélot de Ferreux en Champagne, d'azur au chevron d'argent accompagné en chef de deux étoiles d'or et en pointe d'un buste de licorne du même.

    Lamare en Île de France, d'azur à la croix d'or, cantonnée au canton dextre du chef d'une licorne d'argent, au canton senestre du chef d'une aiglette d'or, et aux cantons de la pointe de deux lions affrontés d'or.

    Ribier en Île de France, de gueules à une fasce ondée d'argent, accompagnée en pointe d'une tête de licorne de même.

    Bernard de Montebise en Touraine, d'azur à la licorne d'argent.

    Cassard de Bellechambre en Dauphiné, d'azur à la licorne d'argent.

    La Villoays de Bois-Byoer en Bretagne, d'azur à la licorne saillante d'argent.

    Sales de Salèles en Languedoc, d'argent à deux licornes de gueules, au chef d'azur chargé de trois étoiles d'or.

    Valon en Bourgogne, d'azur à la licorne d'argent.

    Roltée en Île de France, d'azur à la licorne saillante d'argent.

    Cabane en Provence, de gueules à la licorne furieuse d'argent.

    Brunelli dans le Comtat Venaissin, parti de gueules et de sinople, à la licorne furieuse d'argent.

    Mayard en Dauphiné, d'azur à la licorne passant d'argent et une étoile d'or au premier quartier.

    Genton en Berry, de gueules à la licorne passante d'or, au chef d'argent chargé d'une molette de sable.

    Saint-Lô en Normandie, de gueules à une licorne courante d'argent, au chef cousu de France.

    Sery en Auvergne, d'azur à la licorne d'argent accompagnée de cinq besants d'or.

    Lambert en Île de France, d'azur à la licorne d'argent naissante de la pointe, au chef d'or chargé de trois merlettes de sable.

    Guillemeau en Île de France, d'azur à la licorne d'argent à mi-corps issante du bas de l'écu surmontée d'une étoile d'or.

    Androdias en Auvergne, d'azur à la licorne d'argent passant sur une terrasse de sinople, au chef cousu de gueules chargé de trois étoiles d'or.

    Rat de Salvert au Poitou, d'argent ondé à une île de sinople chargée d'une licorne d'or entre trois arbres au naturel, au chef de gueules.

    Le Cirier de Neufchelles, d'azur à trois licornes d'or.

    Le Blanc en Normandie, d'azur à trois licornes saillantes d'argent.

    Cornier en Normandie, d'azur à la tête et au cou de licorne d'argent, surmontée de deux molettes d'éperon d'or, percées du second émail.

    Du Val Dampierre en Champagne, de gueules à la tête de licorne d'argent.

    Chevalliers dans l'Orléanais, d'azur à la tête de licorne d'argent, au chef d'or chargé de trois demi-vols de sable.

    Poiresson en Lorraine, d'argent à l'oranger de sinople dans sa caisse de sable, au chef d'azur chargé d'une licorne passant d'argent.

    Douhet en Auvergne et au Limousin, écartelé aux 1 et 4 d'azur à la tour d'argent maçonnée de sable, aux 2 et 3 de gueules à la licorne passante d'argent.

    Anfry en Normandie, d'azur à trois triangles d'or, au chef cousu de gueules chargé de trois têtes de licorne du second émail, accostées de deux croisettes du même.

    Harouyes en Bretagne, d'argent à trois bandes de gueules chargées de trois têtes de licornes d'or chacune.

    Haronys en Île de France, d'or à trois bandes de gueules chargées chacune de trois têtes de licornes en profil d'argent.

    Benaison, d'or à quatre bandes de gueules chargées chacune de trois têtes de licornes d'argent.

    Valencienne en Berry, d'azur à la fasce d'or accompagnée de trois têtes de licornes coupées d'argent, 1 et 2.

     

    armoiries suisses - Caroutch 1997

     

     

    On la voit également en support d'armes :

    Pour le Royaume-Unis un lion et une licorne (époque actuelle). En 1669 c'était l'Écosse qui voyait ses armes portées par un lion d'or à droite et une licorne d'argent à gauche. La licorne est arrivée dans les armes d'Ecosse avec William le Conquérant. Blanche, elle représente James VI d'Ecosse (James I d'Angleterre). C'est lui qui a ajouté la licorne blanche d'Ecosse au lion doré Anglais comme supports pour les armes royales en 1603. La licorne des armes anglaises est blanche (argent) armée d'or avec une couronne autour du cou et une chaîne qui pend à cette couronne. Elle se trouve à gauche pour le spectateur. Pour expliquer comment la licorne s'est retrouvée là, un auteur anglais dit que la Bible cite la licorne comme traduction de « monocéros » expliquant que les Goths sont devenus des pirates dans les mers gelées du Nord avec comme drapeau, des narvals ou licornes marines. Puis ils seraient, d'après l'auteur, devenus les Scandinaves, puis les Ecossais, ce qui expliquerait la présence de la licorne dans les armes de l'Ecosse et par là, dans celles d'Angleterre.

    Pour Messire François de Varoquier, Chevalier de l'Ordre du Roy, son Conseiller et Maître d'Hôtel ordinaire, et Trésorier général de France à Paris, le support est deux licornes d'argent, le cimier une licorne naissante de même.

    George d'Amboise Cardinal a pour cimier une licorne et pour âme, Telis opponit acumen.

    Alinge, maison illustre en Savoie, a deux licornes pour supports et pour cimier une licorne naissante posée de front, les deux pieds reposant sur le timbre.

    Neûville a trois licornes au cimier.

     

    Les têtes de licornes sont fréquentes en armoiries en Angleterre, exprimant les vertues qu'on donne à l'animal. [William Newton, 1846]

    D'argent la licorne passante de gueules, armée et onglée d'or : armes de Stasan

    De gueules la licorne passante d'argent, armée et onglée d'or : armes de Musterton

    D'argent, la fasce vair entre trois licornes trébuchantes gueules : armes de Wilkinson

    De sable, trois licornes courantes d'argent pâle armées d'or : armes de Farrington

    D'argent, une licorne sable séante, armée et onglée d'or : armes de Harling

    D'argent, le chevron hermine entre trois têtes de licorne coupées sable : armes de Head

    D'azur, la fasce entre trois têtes de licorne effacées or : armes de Lear

    D'azur, sur une bande argent trois têtes de licorne effacées du champ : armes de Smith

    De gueules, trois têtes de licorne coupées d'argent : armes de Shelley

     

    Sources non citées dans le texte :

    Marc de Vulson de La Combière. La science héroïque traitant de la noblesse, de l'origine des armes, [...] avec la généalogie succincte de la Maison de Rosmadec en Bretagne. Paris : Sébastien Marbre-Cramoisy et Gabriel Cramoisy, 1644, 992 pages.

    Marc de Vulson de La Combière. La science héroïque traitant de la noblesse et de l'origine des armes. Paris : Sébastien Marbre-Cramoisy, 1669, 540 pages.

    Alexander M. Brunet. The regal armorie of Great Britain from the time of the ancient Britons to the Reign of Her Majesty Queen Victoria. London : Henry Kent Causton, Birchin Lane, 1839, 335 pages.

    William Newton. Display of Heraldry. London : William Pickering, 1846, 415 pages.


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  • 1655 : Toré Bina (Afrique)

    Ainsi de l’unicorne « Toré Bina » d’Afrique, cité par Ole Worm (1655), dont la corne jaune vif, lisse, longue de trois paumes et dont la pointe s'orne d’une touffe de poils rouges, n’a malheureusement jamais été représentée. [Bruno Faidutti, 1996]


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  • 1659 : Bœuf Indien (Indes)

    Un dictionnaire compte le « bœuf Indien » (Indian Ox) parmi les licornes. [Sir Thomas Browne, 1658] Plus tard, il sera assimilé à l'âne indique de Ctésias. [Franc̜ois Victor Mérat de Vaumartoise, Adrien Jacques de Lens, 1837]


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  • 1663 : Licorne de Leibnitz (Allemagne)

    licorne de Leibnitz - Bruno Faidutti 1996

    « C'est un fait rapporté par l'illustre Leibnitz dans sa Protogée ; il dit d'après le témoignage du célèbre Otton Guerike, qu'en 1663, on tira d'une carrière de pierre à chaux de la montagne de Zeunikenberg, dans le territoire de Quedlimbourg, le squelette d'un quadrupède terrestre accroupi sur ses parties de derrière, mais dont la tête étoit élevée, & qui portoit sur son front une corne de cinq aunes, c'est-à-dire d'environ dix pieds de longueur, et grosse comme la jambe d'un homme, mais terminée en pointe. Ce squelette fut brisé par l'ignorance des ouvriers, & tiré par morceaux de la terre ; il ne resta que la corne & la tête qui demeurèrent en entier ainsi que quelques côtes, & l'épine du dos ; ces os furent portés à la princesse abbesse de Quedlimbourg. M. de Leibnitz donne dans ce même ouvrage la représentation de ce squelette. Il dit à ce sujet que […] il se trouve chez les Abyssinsun quadrupède de la taille d'un cheval, dont le front est armé d'une corne. […] Malgré toutes ces autorités, il est fâcheux que le squelette dont parle Leibnitz, n'ait point été plus soigneusement examiné, & il y a tout lieu de croire que cette corne appartenoit réellement à un poisson. » [Fortunato Bartolomeo De Felice, 1773]

    Einhornhohle - Youtube documentary the Quest for the Unicorn

    Ou, tel que décrit dans un autre ouvrage : « Il a été trouvé en 1663 dans la montagne de Zeunik près de Quedlimbourg un Squelette tout à fait extraordinaire d'un animal quadrupède qui portoit au front une corne qui ressembloit précisément à celle que l'on attribuoit autrefois à la Licorne. Ce Squelette étoit d'une grandeur considérable, & la corne avoit cinq aulnes de long. [...] Le célèbre Guerike en a rapporté toute l'histoire et Leibnitz en douta si peu, qu'il le répéta en ajoutant même la copie du Squelette entier. » [George Wolfgang Knorr et Jearn Ernest Emanuel Walch, 1775]

    « On a retrouvé le squelette d'un animal unicorne ayant, comme c'est l'ordinaire chez les brutes, la partie postérieure du corps surbaissée et au contraire la tête élevée et armée d'une corne de près de cinq aunes, de la grosseur de la cuisse d'un homme, mais décroissante par degrés. Ce squelette, par suite de l'ignorance et de l'incurie des fossoyeurs, fut brisé et extrait par morceaux ; mais la corne unie à la tête, et quelques côtes, ainsi que l'épine dorsale et les os, furent apportés à l'abbaye du lieu. » est-il écrit dans l'édition de 1859 de l'ouvrage que Leibnitz a écrit sur le sujet.

    Leibnitz pense que, comme les « cornes de licorne » vendues dans le commerce sont des dents de narval, le squelette de licorne qu'il a mis a jour a forcément la même origine. Néanmoins les ossements extraits des carrières de chaux de Zeunikenberg ont toutes les caractéristiques d'une créature quadrupède. [Leibnitz, 1859] Il s'agit de la première tentative de reconstitution d'un organisme fossile.

    Cette reconstitution fur plus tard vivement critiquée puis tournée en ridicule, tant du point de vue de celui qui a remonté le squelette que de celui qui l'a redessiné.


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  • 1700 : Avocharis (Ethiopie)

    « Jérôme Lobo dit qu'en Ethiopie il y a un animal nommé arvocharis, qui est exrêmement vîte, n'a qu'une corne, & ressemble à un chevreuil. » [Augustin Calmet, 1783]


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