• Les licornes dans l'Histoire

  • 01 Une histoire de la licorne

    Cette catégorie contient un aperçu des changements du regard des Hommes sur les licornes durant l'Histoire. Mes recherches ne sont pas totalement terminées, mais elles ont bien avancé. Ici vous allez trouver les informations générales et pour les espèces, il vaut ouvrir le sous-menu.

    Michele Bernardo Valentini 1704

    Lorsque tout cela sera terminé, ou avant si je suis motivée, j'entammerai la rédaction de la présentation des animaux réels ayant pu inspirer les différentes versions de la licorne que j'ai pu rencontrer, voire même, soyons fous, des illustrations.

    licorne, baldwin et cradock

    (oui je sais je ne sais pas rédiger les introductions... mais c'est quand même super intéressant ! je vous jure !)

    Ci-dessous, compilation des localisations de la licorne, cartes d'après Bruno Faidutti, 1996.

    répartition des licornes - Bruno Faidutti 1996
    répartition licornes 2 - Bruno Faidutti 1996

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  • Cerf, Christ et licorne

    Un Essai sur les légendes pieuses du Moyen-Âge [Louis Ferdinand Alfred Maury, 1843] nous rappelle qu'une grande confusion s'est établie dans les temps médiévaux entre le symbolisme de la licorne et celui du cerf et de la biche. Cela viendrait du fait que le cerf porte des bois sur son front, pouvant être associés aux instruments de la Passion du Christ, et à une confusion entre la Croix et la corne unique de la licorne. Dans certaines légendes chrétiennes médiévales, le cerf porte d'ailleurs un crucifix entre ses bois. La corne unique de la licorne représenterait également l'unité de la Trinité.

    D'autre part, l'attribution de vertus médicinales aux bois du cerf ainsi qu'à la corne de licorne a pu également entraîner un glissement de sens symbolique et là encore, un symbolisme christique.

    En effet, les cornes de cerf, tout comme la corne de licorne, ont des propriétés contre les serpents et leur venin. Laurens Catelan indique que les créatures cornues se nourrissent de choses empoisonnées, et qu'ainsi leurs cornes deviennent à leur tour empoisonnées. Le poison attirant le poison, les cornes des bêtes cornues permettent de guérir de toute toxine. Mais l'auteur n'indique pas comment il est possible de toucher de ces cornes sans en tomber raide mort, puisqu'elles sont si concentrées en poison… [Odell Shepard, 1930]

    L'Annonciation a parfois été représentée par une licorne prenant refuge dans le giron de Marie, là encore par association symbolique avec le cerf.

    annonciation - Bruno Faidutti 1996

    Un document de 1860 nous dit que Justin, martyr, aurait indiqué que la corne de la licorne est en forme de croix. [William Duckett (fils), 1860]

    Par suite à un glissement de sens entre la fille vierge de la légende et la Vierge Marie, et entre le cerf, la licorne et le Christ, certaines représentations de l'Annonciation ressemblent fort à une classique chasse à la licorne où le Christ-licorne prend refuge et s'incarne dans la Vierge Marie, poursuivit par les chasseurs et les chiens. Les chiens ont alors des noms de vertus, et le chasseur sonne l'Annonciation, remplaçant l'ange.

     

    annonciation, charles cahier, 1867

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  • Comportement de la licorne

    Au Moyen-Âge, on disait que la licorne est si fière qu'une fois prise, elle se laisse mourir de tristesse ou de faim [Louis Pierre F. Adolphe Chesnel, marquis de la Charbouclais, 1856][François-Alexandre Aubert de La Chesnaye-Desbois, 1759]. On ne peut donc la prendre vivante. Lorsqu'elle veut échapper à ses poursuivant, elle se précipite du haut d'une falaise sur sa corne, et en ressort indemne. Car toute sa force réside dans sa corne. [Marc de Vulson de La Combière, 1644][Marc de Vulson de La Combière, 1669][François-Alexandre Aubert de La Chesnaye-Desbois, 1759][John Timbs, 1869] Cosmas en 550 AD a décrit ce comportement pour la première fois. [Odell Shepard, 1930] Cette légende provient des légendes au sujet de l'argali, une chèvre d'Asie centrale. [Chris Lavers, 2009]

    L’argumentation médicale de Laurent Catelan par rapport à la férocité de la licorne est largement tributaire des théories de Marsile Ficin et Paracelse, selon lesquelles le semblable se guérit par le semblable. Désireux d’expliquer comment la corne de licorne peut être un puissant antidote contre tous les poisons, il va jusqu’à supposer que la corne elle-même est « virtuellement » vénéneuse, qu’une vraie corne doit être « fétide et puante », et que « les douleurs et la rage continuelle qui rend [les licornes] extraordinairement sauvages, errantes et furieuses ne procèdent que de la virulence et qualité corrompue des humeurs qui leur causent telle rage, et qui les occasionnent à rechercher l’eau infecte... » [Bruno Faidutti, 1996]

    D'après Hildegarde de Bingen (XIIème siècle), la licorne « se nourrit de plantes pures, et quand elle marche, elle fait des sortes de sauts. Régulièrement, une fois par an, la licorne se rend vers la terre qui contient le suc du paradis, et elle y cherche les meilleures herbes, les foule du pied et les mange ; elle en tire beaucoup de force, et c'est pour cela qu'elle fuit les autres animaux. Sous sa corne se trouve un morceau d'airain brillant comme du verre, si bien que l'homme peut y mirer sa face comme dans un miroir. » [Yvonne Caroutch, 1997]

    La licorne mène une vie pure et peut « servir de symbole à ceux qui ont toujours fuï les vices, qui sont le vray poison de l'ame. (…) On dit aussi que la Licorne aime uniquement les bonnes senteurs, & qu'elle chérit passionnément les personnes chastes & pudiques. ». [Marc de Vulson de La Combière, 1644][Marc de Vulson de La Combière, 1669]

    Comportement de la licorne

    Un auteur, Alkazuin, parle de l'amitié entre la licorne (le monocéros) et le pigeon. D'après lui, la licorne prend plaisir au roucoulement du pigeon et laisse celui-ci se poser sur sa corne. Elle aime à se coucher au pied des arbres où le pigeon a fait son nid. [Jules Berger de Xivrey, 1886][Louis Pierre F. Adolphe Chesnel, marquis de la Charbouclais, 1856] Selon d'autres traductions, il ne s'agit pas de pigeon ni de colombe mais de tourterelle domestique. [Nancy Hathaway, 1980]

     

    La licorne est si sauvage dans son combat contre l'éléphant, que « quand elle se vieult combattre contre le elephant, elle lyme et aguze sa corne contre les pierres, ainsi que feroit ung bouchier son cousteau pour occire quelque beste. » [Jules Berger de Xivrey, 1886] Un dictionnaire de 1783 ajoute que le mugissement de la licorne est semblable à celui du bœuf mais q'il tient un peu de celui du chameau. [Augustin Calmet, 1783]

    On dit que le léopard vient d'une licorne accouplée à un panthère mâle. [François-Alexandre Aubert de La Chesnaye-Desbois, 1759]

    Dès la fin du XVIè siècle, Ambroise Paré soulève le problème posé par le comportement de la licorne, tantôt doux, tantôt féroce, variant d'une source à l'autre. [Ambroise Paré, 1840]

    En 1839, un auteur cite un certain Nisbet : « la licorne est en haute estime, tout autant pour sa vertu que sa force. Dans sa corne les naturalistes voient un antidote puissant contre le poison, et nous disent que les bêtes sauvages attendent pour boire que la licorne ait agité les eaux de sa corne. Il est remarquable pour sa force, mais plus encore pour son esprit, car il préfère mourir que d'être soumis. » [William Newton, 1846]

    En 1860, la férocité de la licorne n'est plus admise, car « en divers endroits des Saintes Écritures le Fils de Dieu est comparé au fils de la licorne ». [William Duckett (fils), 1860] De plus, « La licorne est si peureuse, qu'elle ne va jamais qu'en compagnie de plusieurs animaux capables de la défendre » [Quatremère, 1845]

    D'autres auteurs sont du même avis. Joachim Legrand, de retour du Portugal où il avait été secrétaire de l’ambassadeur du Roi de France, publia en 1728 sous le titre de Relation historique d’Abyssinie une traduction française d’un manuscrit du père Lobo, dont le texte original ne fut jamais imprimé, qu’il avait pu consulter à Lisbonne. Le passage concernant la licorne diffère quelque peu de celui donné par Thévenot, et l’on remarquera que, se trouvant juste après un autre texte concernant le rhinocéros, il exclut toute confusion entre les deux animaux. « On a vu dans la province des Agaus, qui est un pays fourré et plein de bois, cette licorne si fameuse et si peu connue jusqu’à présent. Comme cet animal passe vite d’un bois à un autre, on n’a pas eu le temps de l’examiner; on l’a néanmoins assez bien considéré pour pouvoir le décrire. Il est de la taille d’un beau cheval bien fait et bien proportionné, d’un poil bai, avec la queue et les extrémités noires. Les licornes de Tuaçua ont la queue fort courte, celle de Ninina, qui est un canton de cette province, l’ont au contraire très longue, et leurs crins tombent jusqu’à terre. La licorne est si peureuse qu’elle ne va jamais qu’en compagnie de plusieurs animaux capables de la défendre. Les cerfs, les chevreuils, les gazelles se rangent autour de l’éléphant, qui se contentant de feuilles et de racines, défend tous ces timides animaux contre les bêtes féroces et carnivores qui les voudraient dévorer ». [Bruno Faidutti, 1996]

    La licorne s'agenouille comme les ruminants, c'est-à-dire en pliant d'abord ses antérieurs. Cette particularité était bien sûr connue des encyclopédistes de la Renaissance que sont Gesner et Aldrovandi. Pliant ses pattes avant pour laisser reposer sa tête dans le giron d’une jeune vierge, la licorne était représentée par les miniaturistes du Moyen-Âge dans une position naturelle aux caprins, jamais observée chez un équidé; trempant sa corne dans l’eau pour la purifier, la licorne est là aussi, le plus souvent, dessinée dans une stature accroupie propre aux fissipèdes. Ces deux scènes sont d’autant plus importantes dans la représentation classique de la licorne qu’elles illustrent toutes deux la symbolique christique de l’animal. Sans que nos naturalistes en soient nécessairement conscients, car cet argument n’est jamais avancé dans leurs ouvrages, ces images de licornes agenouillées sont peut-être en partie responsables de la conviction, assez générale, selon laquelle la licorne a des sabots fendus. [Bruno Faidutti, 1996]


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  • Disparition des licornes

    1749 : un missionnaire de Théatin, en revenant de Goa, rapporta que plusieurs astronomes chinois de sa connaissance avaient calculé que toutes les licornes étaient morte le même jour que Jésus-Christ. [Antoine-François Prévost, 1749]

    Goa en visite aux Indes a rencontré des Chinois prétendant avoir calculé que toutes les licornes étaient mortes le jour de la crucifixion de Jésus. [C.A.Walckenaer, 1828]

    D'après les Mémoires de l'Académie des sciences, arts et belles lettres de Dijon, un certain Jean Hermann de Strasbourg aurait conclu, en voyant la licorne de Leibnitz et sa position acculée, que les licornes ont été emportées par le Déluge et que ce dernier aurait commencé le jour.

    Conrad Gesner est le premier à suggérer que les licornes ont été tuées pendant le Déluge. [Odell Shepard, 1930]

    D'après la tradition hébraique, la bête ne prit point place dans l'Arche de Noé, mais sa vigueur lui permit de nager et de survivre au déluge. Néanmoins les oiseaux perchés en masse sur sa corne auraient provoqué sa noyade. [Yvonne Caroutch, 1997]

    Cet on-dit fut repris dans plusieurs chansons ; dans celles-ci, lorsque les licornes ne se noient pas, elles se changent en narval.


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  • Ennemis de la licorne

    rhinocéris vs éléphant, ambroise paré, 1664

     

    Le rhinocéros souvent livre combat à l'éléphant [Marie Nicolas Bouillet, 1857]; ce comportement a été décrit en premier par Pline l'Ancien, d'après ce que lui en a dit Pompée qui a vu au cirque combattre rhinocéros et éléphant. Par glissement entre le rhinocéros et la licorne, il est ainsi dit que la licorne, dès qu'elle aperçoit l'éléphant, le tue en lui ouvrant le ventre. [Jules Berger de Xivrey, 1886] Le Lady's Magazine [The Lady's Magazine, 1779] précise que lorsque la licorne a éventré l'éléphant, celui-ci lui retombe dessus en mourant et l'écrase. D'autres voyageurs ont rapporté que ce genre d'attaque est portée par le rhinocéros contre l'éléphant utilisé comme monture pour chasser le premier. Le Bestiaire divin (1852) de Guillaume le Clerc de Normandie est plus précis : « Nous allons parler maintenant de la licorne: c'est un animal qui ne possède qu'une seule corne, placée au milieu du front. Cette bête a tant de témérité, elle est si agressive et si hardie, qu'elle s'attaque à l'éléphant: c'est le plus redoutable de tous les animaux qui existent au monde. La licorne a le sabot si dur et si tranchant qu'elle peut parfaitement se battre contre l'éléphant. Et l'ongle de son sabot est si aigu que, quoi que ce soit qu'elle en frappe, il n'est rien qu'elle ne puisse percer ou fendre. L'éléphant n'a aucun moyen de se défendre quand elle l'attaque, car elle le frappe sous le ventre si fort, de son sabot tranchant comme une lame, qu'elle l'éventre entièrement. » [Bruno Faidutti, 1996]

    « Cét animal est l'ennemi des venins & des choses impures » [Marc de Vulson de La Combière, 1669][Marc de Vulson de La Combière, 1644]

    lion et licorne - Bruno Faidutti 1996

    La licorne est également l'ennemi du lion. Le lion, craignant la licorne, nous dit Ambroise Paré [Ambroise Paré, 1840] et George Chapman[Odell Shepard, 1930], s'adosse à un arbre. La licorne voulant le charger fiche sa corne dans le tronc et se retrouve prise. Le lion alors la tue. Cette histoire de l'antagonisme du lion et de la licorne semble venir tout d'abord des supports des armes de l'Angleterre (lorsque James I, écossais, devint roi, il ajouta la licorne écossaise au lion anglais) puis de divers poèmes (Spenser, Shakespeare) et berceuses tirées de cette anecdote. [John Timbs, 1869] La berceuse anglaise traditionnelle dit : « The Lion and the Unicorn / Were fighting for the crown / The Lion beat the Unicorn / All around the town. / Some gave them white bread, / And some gave them brown; : Some gave them plum cake / and drummed them out of town. »

    L'oryx gazelle, longtemps considéré comme étant la licorne, se défend des attaques des prédateurs en abaissant la tête jusqu'à ce que les cornes soient parallèles au sol, et bondit en avant.


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  • La licorne, une mystification ?

    Le fait que le savoir et la science pendant longtemps a consisté en rassembler et trier des informations sans chercher à observer directement soi-même, a permis la réverbération des légendes de la licorne à-travers les siècles. [Odell Shepard, 1930]

    C'est dès le début du XVIème siècle que l'existence des licornes est mise en doute.

    1582 : Ambroise Paré analyse les témoignages concernant la licorne, et constate qu'aucun n'est de première main. D'autre part, ils ne se recoupent pas tous, décrivant la licorne de bien des façons différentes voire diamétralement opposées. Pour finir, bien que soit-disant existant en Afrique, jamais elle ne fut vue au jeux de Rome, durant lesquels furent pourtant exposés des éléphants, girafes, hippopotames, taureaux sauvages, chameaux, lions, rhinocéros… Il en déduit qu'il s'agit là d'un mythe. [Ambroise Paré, 1840]

    1658 : certains auteurs suspectent déjà une imposture. Car si la corne est bien connue de la médecine, la créature en elle-même n'a pas encore été découverte. [Sir Thomas Browne, 1658]

    En 1700, un auteur passe en revue toutes les espèces de licornes existant à son époque afin de tenter de conclure si cet animal existe ou pas. Ainsi, il est difficile de savoir quel animal est la véritable licorne : entre le monocéros, l'unicorne, le taureau de Floride, les ânes et boeufs sauvages, le poisson pirassoipi, l'éléphant marin, le cheval marin, le caspili, l'utelif…Pline la décrit comme un boeuf tacheté de blanc et un seul sabot à chaque patte. Pour Munster c'est un un cerf couleur de belette. Pour Marc Paul Vénitien, c'est un éléphant aux pattes courtes et à tête de cochon. Philostargie la décrit comme le qilin : tête de dragon, barbe au menton, corne en hameçon, pattes de lion, corps de cerf et écailles de serpent. Hésidore dit qu'il est impossible de la prendre. Louirs Paradis, qu'on la nourrit de pois, de lentilles et de fèves et qu'elle a la taille d'un lévrier et le poil d'un castor. Thevert la compare au Rangifère (renne d'Europe) qui a la corne au milieu du front. Pour Louis Barthema, c'est un cheval bai au pied fendu. Volnesse dit que c'est le Rhinocéros qui est la vraie licorne. Garcias dit que c'est le camphur. Jean Corbichon dit que c'est l'églisseron (egliceron). Kircher dit que c'est le cheval marin ou Lamie ou encore Reken. Pour d'autres c'est un Africain avec une corne sur la tête. Suivant les auteurs, la taille et la longueur de la corne de licorne varie. Les légendes sur ses propriétés sont trop fantastiques pour être réelles et en vérité elles ne doivent pas être différentes des propriétés des cornes d'autres animaux. [Pierre Martin de la Martinière, 1700]

    1727 : « Tout ce qui est dit sur la licorne est fabuleux. » [Antoine Furetière, 1727][Antoine Furetière, 1727]

    1773 : « Les cornes de licornes qu'on montre en différents endroits, sont ou des cornes d'autres animaux connus, ou des morceaux d'ivoire tourné, ou des dents de poisson. » [Fortunato Bartolomeo De Felice, 1773]

    1775 : « On ne sait combien de fables les anciens ont débité par ex. d'un animal quadrupède, qui dévoit porter une corne au milieu du front, & qu'ils appeloient pour cela du nom de monocerus, ou Licorne. L'on fait que ces Cornes, que l'on donnoit autrefois pour être d'un animal quadrupède, viennent d'un grand poisson de mer, que l'on nomme Narvhall, qui porte cette Défense non pas sur le crâne comme une corne, mais à la mâchoire supérieure en place d'une dent. L'on sait encore que lorsqu'on trouvoit autrefois dans la terre de semblables Cornes ou leurs fragments pétrifiés ou calcinés, on les prenoit toujours pour des cornes de cette prétendue Licorne. » [George Wolfgang Knorr et Jearn Ernest Emanuel Walch, 1775]

    1783 : « Ou […] la plupart des Relations qui parlent de la licorne sont fausses, ou […] la plupart des Voyageurs ont confondu plusieurs espèces d'animaux en un seul. » [Augustin Calmet, 1783][Augustin Calmet, 1783]

    1785 : « Pline, Elien & quelques autres en ont parlé comme d'un animal réel ; la plupart des naturalistes modernes la regardent comme un animal fabuleux. » [L'esprit des journaux, 1785]

    1800 : « La licorne quadrupède est une mystification. » [Valmont-Bomare, 1800]

    1823 : la seule licorne est le rhinocéros. [Lovell Augustus Reeve et al., 1823]

    1829 : « Si les modernes n'ont point vu la Licorne, c'est qu'elle-même n'a pas été vue par les anciens : il en est d'elle comme du Phénix ; et jusqu'à ce que les partisans de l'existence de la Licorne aient fait voir l'animal vivant, ou sa dépouille, ou son squelette, préparés sans supercherie, il sera raisonnable de reconnaître que la Licorne, telle que la décrivent les anciens, est un animal fabuleux, fondé sur des récits de gens qui ont parlé du Rhinocéros, des Antilopes, etc., sans les avoir vus. En définitive, si on persiste à soutenir l'existence de la Licorne, il faudra aussi admettre celle de l'animal, pris dans une forêt de Guinée, transporté de la Caroline à Londres, et mentionné dans les Annales Européennes […] Mais alors je ferai remarquer que cet animal n'est que la copie de la caricature sanglante, relative à l'Évêque de Saltzbourg, donnée comme un être réel par Lycosthènes. […] Si on veut décidément admettre l'existence de la Licorne, parce que dans les auteurs on en voit des descriptions et des figures […] il faudra admettre comme représentant des êtres réels, toutes les caricatures données par les anciens. […] Il ne doit plus aujourd'hui rester de doutes sur la non-existence de la Licorne. » [Académie des sciences, arts et belles-lettres de Dijon, 1829]

    1829 toujours : la licorne est fille de l'imagination humaine. Sa corne, sa queue sont des anomalies. [C. Whittingham, 1829]

    1833 : un auteur classe la licorne dans les « animaux à l'existence douteuse » aux côtés du béhémoth et du léviathan « the unicorn, as represented by poets and painters, has never been found in nature, and never, perhaps, had an existence but in the imagination of the one, and on the canvass of the other. » [William Carpenter, Gorham Dummer Abbot, 1833]

    1845 : Le Journal des Savants de mai liste de nombreux témoignages pour conclure que nul n'a vue de licorne de ses propres yeux en-dehors de monstres tératologiques, et que si nulle licorne n'a été prise, c'est qu'il n'y a pas de licorne. En effet, des créatures bien plus féroces ont été capturées et amenées aux jeux du cirque à Rome, dans les zoos, dans des ménageries privées... alors que nulle licorne n'a jamais été produite dans ces circonstances, malgré toutes les techniques de chasse et de capture que l'on rapporte dans les légendes. « Si Philostorge dit avoir vu un tableau qui représentait une licorne, ce fait ne prouve rien pour l'existence de cet animal. »

    En 1845 toujours, la Commission royale d'Histoire de Belgique résume assez bien le débat sur l'existence de la licorne : Linné et Camper affirment que la licorne n'existe pas mais certains leur opposent que la giraffe mâle aurait une troisième corne faite d'os (il s'agit en fait d'un renflement osseux et non d'une corne). Bertholinus et Kant de leur côté affirment que la licorne est réelle car des gens du Cap croient en son existence. D'autres licornes sont citées comme le chersu tibétain ou le brehis malgache, tandis que Rupel affirme avoir vu une licorne nommée Nulekmu, décrite comme un rhinocéros avec des pieds de chèvre. Un savant allemand pointe du doigt les antilopes, les gnous, les gazelles nommées éland, les chèvres sauvages, comme autant de licornes. L'auteur de l'article avance qu'entre les gazelles, antilopes, et rhinocéros, il y a assez d'espèces différentes pour correspondre à toutes les licornes du monde, y compris le Rheem biblique. [Commission royale d'histoire, 1845]

    1853 : John Kitto rappelle que ni Pline ni Ctésias n'ont vu de leurs yeux la licorne qu'ils décrivent. La première personne à avoir écrit d'après ce qu'il aurait vu, était Luigi Barthema, qui a vu des églisserons à La Mecque. Au sujet de cette observation, John Kitto suggère que ces créatures avaient en réalité deux cornes mais que pour le reste elles étaient si semblables à la licorne héraldique, que Barthema ne leur a écrit qu'une seule corne au lieu de deux. [John Kitto, 1852]

    1856 : le marquis de la Charbouclais indique dans son Dictionnaire des superstitions [Louis Pierre F. Adolphe Chesnel, marquis de la Charbouclais, 1856] qu'il n'est pas possible de douter de l'existence de cet animal...

    1862 : un révérend remarque que malgré l'affirmation de la non-existence des licornes par les scientifiques, les voyageurs continuent de raconter qu'elles existent. [Rev. W. Haughton, 1862]

    1864 : la licorne n'est qu'imaginaire ; il n'est pas nécessaire de perdre son temps à sa recherche. [Thomas Bingley, 1864]

    1868 : Thomas Bulfinch nous dit que prétendre que le Monocéros ne peut être capturé vivant n'est qu'une excuse dissimulant la non-existence de la créature. D'ailleurs, preuve en est que la description donnée par les livres varie du tout au tout. La corne par exemple est tantôt mobile tantôt immobile, tantôt source de force tantôt arme, que la licorne peut tomber de n'importe quelle hauteur pourvu qu'elle tombe sur sa corne… [Thomas Bulfinch, 1862]

     

    Pourtant, l'autre camp n'est pas en reste.

    Des preuves existent de l'existence de la licorne. Les grottes d'Afrique du Sud (région de Caffrarie) sont couvertes de dessins de licornes, ainsi que les murs de Persépolis. De plus, un rhinocéros avec sa corne au milieu du front a été tué en 1821 à Mashow, dans le territoire des Tamahas. Sa tête mesurait trois pieds de la bouche à l'oreille. Pour les indigènes c'était un animal tout à fait habituel et familier. C'est Campbell qui l'a ramenée en Europe. [M. Malte-Brun, 1829]

    D'après l'auteur d'un article publié en 1832, renier l'existence de la licorne c'est renier les preuves que nous avons de son existence. Mais il ne faut pas non plus oublier, que la plupart des observations peuvent s'expliquer très facilement.

    Il cite le Dictionnaire des Sciences décrivant un hippotrague unicorne : la taille d'un cheval, la corne noire, vivant dans les forêts, le poil brun à noir. La difficulté, nous dit-il, réside dans la forme de cette corne. Mais, nour rappelle-t-il, la défense du narval est elle-même bien moins naturelle semble-t-il que la corne de la licorne.

    Ensuite, il rappelle que les auteurs parlant de la licorne sont nombreux, et que même la Bible (version de Saint James) cite la licorne. Il cite Pline. Il cite Hieronymus Lupus et Balthasar Tellez. Il cite le fossile déterré par Leibnitz.

    Puis il argumente que nous n'avons pas de preuves de la non-existence de la licorne. En effet d'après lui, que les vertus attribuées à la corne de la licorne soient fausses, ne veut pas dire que la licorne elle-même est fausse. En effet pour lui la licorne est aussi réelle que le mammouth ou toute autre créature désormais disparue. Il insiste en expliquant que le bézoar, concrétion calcaire trouvé dans l'estomac d'une chèvre, existe, même s'il n'a pas les vertus que les légendes lui attribuent.

    De plus, nous dit l'auteur, la licorne vit dans des contrées mal explorées comme le centre de l'Afrique ; et comme d'autres espèces, elle reste encore à être découvertes par la science moderne.

    Parce que les alicornes vendues sur les marchés, ne sont que défenses de narval, ne signifie pas que la licorne quadrupède n'existe pas.

    Et au final, puisque, dans la logique de l'auteur, toute créature sur terre existe dans la mer et vice-versa, le fait qu'il existe le narval, signifie qu'il existe forcément la licorne.

    En conclusion, l'absence de preuves n'est pas une preuve d'absence, et la licorne est un animal possible.[J.F. Laterrade, 1832]


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  • La vierge et la licorne

    vierge et licorne, rotarian, 1979

    Capture par une vierge

    Le mythe le plus ancien concernant la licorne est le récit de sa capture par une fille vierge. Il apparaît tout d'abord dans le Physiologus, ouvrage qui sera populaire jusqu'au Moyen-Âge. [Charles W. Pratt, 1979] Parmi les influences possibles de ce récit, on trouve une légende chrétienne qui dit que le démon ne peut être vaincu que par la vertu, la licorne représentant alors le démon. [Chris Lavers, 2009]

    Voici ce qu'en disait, dans les premières années du XIIIème siècle, le Bestiaire de Pierre de Beauvais, le plus proche du Physiologus original: « Il existe une bête appelée en grec monocéros c'est-à-dire en latin unicornis. Physiologue dit que la nature de la licorne est telle qu'elle est de petite taille et qu'elle ressemble à un chevreau. Elle possède une corne au milieu de la tête, et elle est si féroce qu'aucun homme ne peut s'emparer d'elle, si ce n'est de la manière que je vais vous dire: les chasseurs conduisent une jeune fille vierge à l'endroit où demeure la licorne et ils la laissent assise sur un siège, seule dans le bois. Aussitôt que la licorne voit la jeune fille, elle vient s'endormir sur ses genoux. C'est de cette manière que les chasseurs peuvent s'emparer d'elle et la conduire dans les palais des rois. » [Bruno Faidutti, 1996]

    La licorne médiévale doit être capturée par une vierge et amenée devant le roi. Le Bestiaire divin (1852) de Guillaume le Clerc de Normandie dit : « Nous allons parler maintenant de la licorne: c'est un animal qui ne possède qu'une seule corne, placée au milieu du front. […] Cette bête possède une telle vigueur qu'elle ne craint aucun chasseur. Ceux qui veulent tenter de la prendre par ruse et de la lier vont d'abord l'épier tandis qu'elle est en train de jouer sur la montagne ou dans la vallée; une fois qu'ils ont découvert son gîte et relevé avec soin ses traces, ils vont chercher une demoiselle qu'ils savent vierge, puis ils la font s'asseoir au gîte de la bête et attendre là pour la capturer. Lorsque la licorne arrive et qu'elle voit la jeune fille, elle vient aussitôt à elle et se couche sur ses genoux; alors les chasseurs, qui sont en train de l'épier, s'élancent; ils s'emparent d'elle et la lient, puis ils la conduisent devant le roi, de force et aussi vite qu'ils le peuvent. » [Bruno Faidutti, 1996] Il y a là réminiscence de la capture du rhinocéros par la ruse pour être amené aux nobles locaux.  

    capture du rhinocéros - Bruno Faidutti 1996

    La version Syriaque de la capture par une vierge précise même que la licorne tète les seins de la vierge après s'être jetée dans son giron, et en fait une analogie de l'incarnation de Jésus-Christ. La licorne arabe de son côté est capturée en s'enîvrant de lait du sein d'une vierge ou très jolie femme. Cette histoire arabe est très certainement dérivée de l'histoire chrétienne.

    D'autres versions plus tard ont indiqué qu'un jeune humme déguisé en femme pouvait très bien servir d'appât et qu'il n'était pas nécessaire d'utiliser une jeune vierge. L'abbesse Hidelgarde de Bingen quant à elle considère qu'un groupe de vierges est plus attractif qu'une vierge seule pour la licorne. Il est possible que l'abbesse ait monté cette histoire de toutes pièces pour contrer la légende de la vierge seule et nue sous un arbre, en tant que responsable d'une communauté religieuse. [Odell Shepard, 1930]

    Ainsi partir du Moyen-Âge, il est dit que « Ceste beste est si forte qu'elle ne puist estre prize par la vertu des veneurs, sinon par subtilite. Quant on la vieult prandre, on fait venir une pucelle au lieu où on scet que la beste repais et fait son repaire. Si la licorne la veoyt, et soit pucelle, elle se va coucher en son giron sans aucun mal lui faire, et illec s'endort. Alors viennent les veneurs qui la tuent ou giron de la pucelle. Aussi si elle n'est pucelle, la licorne n'a garde d'y coucher, mais tue la fille corrompue et non pucelle. » L'épisode où la licorne se couche dans le giron, nous dit le commentateur, vient d'Orient, où c'est une scène très populaire. Le commentateur du texte nous rappelle aussi qu'un auteur, Damir, indique que la licorne vient téter la fille, et donc celle-ci n'est pas vierge. [Jules Berger de Xivrey, 1886][Commission royale d'histoire, 1845] La licorne n'est pas la seule créature censée savoir distinguer entre une « vraie » et une « fausse » vierge. [Odell Shepard, 1930]

    Cela n'empêche pas l’iconographie chrétienne de récupérer l'image de la chasse à la licorne comme une allégorie de la Passion du Christ. [Charles W. Pratt, 1979]

    De par son symbolisme, la licorne apparaît dans l’iconographie chrétienne : « la licorne […] était pour le moyen âge un symbole de la force indomptable oubliant sa puissance dans le giron d'une vierge : partant elle était devenue l'emblème de la virginité, mais surtout l'incarnation du Verbe divin dans le sein de Notre-Dame. On en voit un exemple dans [une gravure allemande]. Par une pieuse bizarrerie qui a son charme de naïveté, l'Annonciation y prend la forme d'une battue où le Fils de Dieu, sous l'emblème de la licorne, se jette dans le sein de la Vierge. » De même, « Sainte Justine de Nicodème a été figurée aussi avec la licorne près d'elle, parce que sa virginité fut inexpugnable aux ruses de la magie. » [Charles Cahier, 1867]

    Néanmoins, dans le contexte christique, la scène de la vierge à la licorne donne alors un double sens à la Vierge Marie : à la fois mère du Christ (la licorne allant s'incarner dans son sein) mais aussi traîtresse qui mène à sa perte. [Nancy Hathaway, 1980]

     

    Dès 1624, la vierge « sert d'ameçon, par lequel on prend cet animal ». [Jacques Doublet, 1625]

    Même les traités d'héraldique mentionnent ce mythe : « il est impossible de l'attraper, que par le moyen d'une fille vierge, que les Veeurs font asseoir au lieu où ils savent que la beste s'en va boire et viander ; car la Licorne accourt vers cette pucelle, luy fait mille caresses, se couche auprés d'elle, & pose sa teste sur son giron, puis s'endort d'un profond sommeil : & alors la fille donnant le signal aux chasseurs, ils viennent promptement, & la prennent sans aucune peine ; car d'une autre sorte ils n'en pourroient approcher. » [Marc de Vulson de La Combière, 1669]

    Un magasine de 1779 rapporte l'épisode de la façon suivante : « Il n'y a qu'une façon de le prendre (…) une jeune fille doit s'asseoir où on sait que vit la licorne ; et lui, aussitôt qu'il la voit, il l'approche doucement, et la laisse le caresser, jusqu'à ce que, reposant sa tête sur son sein, ou sur ses genoux, il s'endort » [The Lady's Magazine, 1779]

    Il a été analysé en 1785 que, parfois (rarement), la Vierge du Zodiac est représentée avec une licorne à ses côtés. Ainsi certaines cartes astronomiques donnent à une constellation voisine de la Vierge le nom de Licorne. Cette association ne s'est pas faite chez les Anciens (Grecs et Romains) pourtant habités à l'astrologie et à l'examen des constellations extra-zodiacales en rapport avec le Zodiac. C'est donc que cette association s'est faite au fil du temps et n'est pas héritée de l'Antiquité. C'est ce rapprochement de la virginité et de la licorne qui a fait de cette dernière un symbole de pureté. [L'esprit des journaux, 1785]

    En 1856 le récit est raconté de la sorte : « le moyen le plus sûr de s'en emparer, était de placer auprès de son gîte une jeune fille vierge. Alors la licorne venait et s'endormait dans le giron de la fille. Toutefois, si celle-ci n'avait pas conservé sa virginité, l'animal, au lieu de s'en approcher avec douceur, se jetait dessus avec fureur et la tuait. Mais il est aussi une autre version des Arabes qui contrarie un peu cette première, car elle affirme que la licorne n'accourt auprès de la jeune fille que pour la téter. » [Louis Pierre F. Adolphe Chesnel, marquis de la Charbouclais, 1856] Cette version est confirmée par une revue anglaise de la même année. [Goldthorn Hill, 1856]

    La vierge et la licorne

    En 1857, un dictionnaire rapportait encore « On ne peut (…) la prendre vivante qu'en plaçant auprès de son gîte une jeune fille vierge. » [Marie Nicolas Bouillet, 1857] tandis qu'une gazette de la même époque affirme : « Forte comme le cheval, la licorne est blanche comme une jeune fille : elle en a la grâce et la douceur. Lorsque cette bête intrépide est poursuivie par les veneurs, elle résiste à outrance et sa redoutable corne n'épargne ni les chiens, ni les hommes. Mais lorsqu'elle se voit forcée, parfois une Vierge se rencontre dans le bois qu'elle habite : la licorne, alors, rompt la chasse ; et, s'agenouillant devant la Vierge, elle incline mollement sa tête en son giron. Plus de résistance : elle se laisse prendre à la main par cette Vierge. Seulement, arrivée là, elle trouve un asile inviolable ; et nul gentilhomme n'oserait, en pareil lieu, la saigner et en faire curée. » [La Gazette des Beaux-Arts, 1857]

    Ainsi en 1860 « on admet, en revanche, que la licorne aime la chasteté en telle sorte qu'elle ne se peut prendre qu'en envoyant une jeune vierge aux lieux où elle a coutume d'aller boire et se repaître, à laquelle elle court aussitôt qu'elle l'aperçoit, et, penchant la tête sur ses genoux, s'y endort d'un sommeil si calme qu'il est facile aux chasseurs de la prendre. » [William Duckett (fils), 1860]

    On remarque donc que dans les premières versions de ce récit, il s'agit d'une ruse pour capturer l'animal mais, les siècles aidant, il s'agit ensuite de la tuer. C'est la vertu qui enchante l'animal ; comme il y a « odeur de sainteté » il y a bientôt « odeur de vertu » et c'est au nez que la licorne reconnaît les vierges, à moins que sa lubricité ne la fasse se jeter sur tout ce qui porte une robe et de cheveux longs – même un chasseur déguisé pour l'occasion.

    En effet les Cyranides, (XIVème siècle, texte d'origine hellénistique,) contiennent un bestiaire où . rhinocéros et monocéros sont confondus en un seul animal. Si celui-ci est attiré par l'odeur et l'aspect des jeunes vierges, c'est en raison de sa grande lascivité, que confirment d'ailleurs les propriétés aphrodisiaques d'une boisson concoctée à partir de ses testicules [Bruno Faidutti, 1996]

    Certains auteurs précisent que la fille doit être attachée à un arbre, ou nue, pour attirer la licorne. Ou encore, qu'il faille amener la jeune fille de préférence près du lieu où vit la licorne.

    Le lien entre la licorne et l' « odeur de sainteté » ou de chasteté de la Vierge Marie se fait par la cannelle. En effet l'Odor Castitas de la Vierge est la cannelle, parfum rare venu du Paradis, comme l'encens. Cet encens est en Chine l'odeur du qi, le souffle de vie, et est lié au mythe de la zhi, symbole divin d'éternité, d'immortalité et de paradis perdu. Les mythes de la zhi et de la licorne européenne capturée par une Vierge se font écho. [Jeannie Thomas Parker, 2007]

    Une autre possible origine de la légende de la capture par une vierge est l'antholops (antilope) du Physiologus, une sorte de licorne dont les cornes en dents de scie peuvent couper les arbres. Lorsque l'antholops va voire à l'Euphrate, il se prend les cornes dans les vignes, hurle de terreur, et se fait ainsi capturer par le chasseur. Peut-être que les vignes, en devenant « vierge », ont pu donner naissance à la légende de la capture par une vierge. [Odell Shepard, 1930]

    Une autre possible origine est la légende selon laquelle pour tuer le rhinocéros, il faut utiliser la ruse. Les chasseurs vont dans la province de Goyame, au pied des Montagnes de la Lune, accompagnés d'une guenon entraînée spécialement pour l'occasion. Les tours de la guenon distrayent le rhinocéros, puis elle se met à lui gratter le dos et le ventre jusqu'à ce qu'il s'endorme, permettant aux chasseurs de le tuer. [Odell Shepard, 1930]

    Yvonne Caroutch quant à elle rappelle la légende de Enkidou, l'homme sauvage que les dieux créèrent à la demande des hommes désemparés. Il est le fils de la fée Urvasi, qui se transforma en gazelle après s'être baignée dans une fontaine contenant de la semence humaine. Lui aussi sera subjugué par une femme qui le conduira au palais du Roi et en fera un être civilisé, comme dans l'épopée de Gilgamesh. En effet cette histoire est reprise par le Physiologus, transforment l'ascète en chevreau d'où la légende occidentale de la licorne tombat dans le piège d'une jouvencelle. [Yvonne Caroutch, 1997]

    La vierge au miroir

    Jean-Pierre Jossua compile, dans « La licorne, histoire d'un couple » toutes sortes de représentations deu couple vierge / licorne, avec comme accessoire, un miroir. Il semblerait qu'il s'agisse à l'origine d'un appeau de chasse, comme le moiroir aux alouettes. Il pourrait aussi s'agir d'un symbole de la virginité (un miroir qui ne se ternit pas) ou de la fidélité conjugale.

     

    Les représentations au miroir évoluent : tantôt la dame s'y mire, tantôt elle présente le miroir à la licorne. Tendre le miroir à la licorne, c'est demander à celle-ci de juger de la virginité, de la pureté, de la dame. Mais aussi, c'est prouver de la réalité de la licorne, car si elle peut se refléter dans le miroir, c'est qu'elle est bien réelle. Rappelons que ni les fantômes ni les vampires ne se reflètent dans les miroirs ! [Jean-Pierre Jossua, 1985]


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  • Lune et licorne

    La licorne est liée à la lune. En effet la lune dirige les eaux lors des marées, tout comme la licorne purifie les eaux de sa corne unique. Tout comme Artémis la lune est la déesse de la chasse, la licorne et sa vierge représentent elles aussi la chasse. Tout comme Artémis elles sont chastes et vierges, gardiennes de la vertu. Dès l'époque de Babylone, une créature unicorne représente la lune dans des scènes où Bel rencontre Tiamat. Tiamat elle-même est représentée cornue et sur des cylindres babyloniens, des licornes apparaissent en rapport avec la chasse et les arbres, ou en opposition avec des félins (symboles solaires). La licorne à moitié retournée représente les cycles de la lune (qui disparaît puis réapparaît). Elle représente également la déesse lunaire Sin en rapport avec l'Arbre de Vie, ou en opposition avec le dieu solaire. Où on voit un lion dévorant un buffle, il faut comprendre le félin solaire dévorant la licorne lunaire. D'ailleurs les représentations de la licorne font varier son corps entre différentes espèces, chèvre, antilope, vache etc. Cela semble indiquer que c'est la corne unique de l'animal qui importe pour le symbole, et non l'espèce dont il est question.

    Lune et licorne

    Pourtant, dans la plupart des représentations la licorne lunaire qui est représentée est masculine. Cela n'est pas surprenant car pour de nombreux peuples, la lune est un homme et le soleil est sa femme. Suivant la posture de la licorne, c'est une autre phase de la lune qui est représentée. De face, regardant en arrière, dévorée par le lion solaire, accompagnée d'un veau… ces différentes postures indiquent les phases de la lune.

    La déesse Hécate est liée intimement aux phases de la lune et donc, à la licorne. C'est une divinité aryenne qui a survécu au panthéon de l'Olympe et apparaît donc dans la mythologie grecque malgré son origine bien plus ancienne. Il y a là un lien intime entre la déesse de la Lune qu'on trouve dans la vallée de l'Euphrate (Sin), Hécate et la Licorne. Ces entités sont des entités ternaires, à cause des trente jours (à peu près…) du cycle de la lune mais aussi à cause des phases de la lune : croissant, demi et pleine. Parmi ces trois phases, c'est plus particulièreùent le croissant qui est lié à la licorne et à l'Arbre de Vie.

    Une autre déesse lunaire est Inô, qui est aussi une déesse marine et donc liée aux eaux. Nous voyons ici le lien entre la corne unique du croissant de lune, et la plonége dans les eaux – pour les purifier. En rapport avec les eaux toujours, on trouve l'âne à trois pattes du Bundahis. C'est une créature merveilleuse, de couleur blanche, avec trois pattes et une corne et qui vit dans l'océan. On y retrouve le rythme ternaire, la corne lunaire, et l'eau. C'est-à-dire tous les éléments de la licorne moderne. Les yeux de l'âne à trois pattes effrayent les choses viles et mauvaise, sa corne repousse les venins.

    Le couple lune-soleil est dans toutes les cultures un couple ambivalent – tantôt les deux astres sont compagnons, tantôt ils se poursuivent et se chassent comme la licorne-buffle et le lion sur les murs de Babylone. La licorne-lune en poursuivant le lion-soleil plante sa corne dans l'Arbre de Vie et est ainsi dévorée. [Robert Brown, 1881]


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  • Purification de l'eau

    Origines probables

    La légende de la purification de l'eau par la corne de licorne est, pour Jeannie Thomas Parker, d'origine chinoise et date de l'âge de Bronze. Elle est dérivée de l'utilisation de la corne de rhinocéros comme antipoison. Le poison spécifiquement ciblé par la corne de rhinocéros est fait à partir des plumes d'un oiseau nommé zhen ou, en français moderne, serpentaire bacha. Néanmoins la validité du poison de ses plumes, et de l'effet de la corne de rhinocéros sur ce poison, reste inconnu pour le moment. La corne de rhinocéros était aussi utilisée pour faire des cuillers à touiller la boisson pour en détecter le poison : si une écume se forme, c'est empoisonné. Une chanson de la dynastie Song (960-1280 après JC) insiste sur le fait que le zhen (serpentaire) et le rhinocéros boivent aux mêmes points d'eau : le zhen l'empoisonne et le rhinocéros utilise sa corne pour purifier à nouveau les eaux. [Jeannie Thomas Parker, 2007]

    Le récit de la licorne purifiant l'eau peut se retrouver par exemple dans les textes de Pline, où le cerf se baigne dans l'eau pour se débarrasser des serpents mordant son échine. Lorsque le cerf, ayant consommé des serpents, se retrouve plein de poison, il se plonge dans l'eau et pleure des larmes de poison condensé sous forme de pierres rondes, des bézoars. [Odell Shepard, 1930]

    Pour Laurens Catelan, la licorne empoisonne sa corne en buvant à une rivière empoisonnée, et n'a d'autre moyen pour apaiser ses douleurs que de plonger sa corne dans l'eau à nouveau. [Odell Shepard, 1930]

    Le Plhysiologus du Moyen-Âge (XIIème siècle) décrit : « Mais avant qu'ils ne soient rassemblés, le serpent vient et lance son poison dans l'eau. Alors les animaux remarquent bien le poison et n'osent pas boire, et ils attendent la licorne. Elle vient et elle se dirige immédiatement vers le lac et, faisant avec sa corne le signe de la croix, elle rend le poison inoffensif. Et tous les autres animaux boivent alors. » [Bruno Faidutti, 1996]

    Purification de l'eau

    Descriptions des récits

    1489. Jean de Hèse, du diocèse d'Utrecht, a été à Jérusalem au mois de mai, visitant les lieux saints. Voici ce qu'il en écrit : « Du mont Sinaï, on arrive en quatre jours au camp d'Helym, duquel les animaux venimeux ne peuvent approcher. Dans le voisinage est la rivière Marath, dont les eaux ayant été frappées par la baguette de Moïse devinrent douces, de très-amères qu'elles étaient. Et aujourd'hui, tous les matins, après le lever du jour, vient une licorne (unicornus) qui exprime dans l'eau le poison que sa corne contient; ce que j'ai vu moi-même. » [Jacques-Albin-Simon Collin de Plancy, 1846] autre version : « Auprès du champ d'Hélyon, en la Terre Sainte, est le fleuve appelé Marath, Très-amer, sur lequel Moïse frappa de sa verge. Il lui communiqua ainsi la douceur, et les enfants d'Israël en burent. De nos jours encore, dit-on, après le coucher du soleil, les animaux venimeux empoisonnent cette eau, de telle sorte que dès lors on n'en peut plus boire de bonne. Mais le matin, aussitôt après le soleil levé, la licorne vient de la mer ; elle plonge sa corne dans ledit fleuve et en chasse le venin, afin que les autres animaux puissent y boire pendant le reste du jour. J'ai, moi-même, été témoin du fait que je rapporte. » [La Gazette des Beaux-Arts, 1857]

    Sans doute y a-t-il un parallèle à effectuer entre la scène de Moïse frappant les eaux salées pour les rendre potables, et celle où la licorne purifie l'eau en y trempant sa corne, car le lieu et le geste sont les mêmes.

    1625 : un ouvrage cite un Évêque selon lequel la corne de licorne est excellente contre les venins, c'est pourquoi la licorne « la met dans les ruisseaux où elle va boire, afin d'enchasser le venin que quelque beste venimeuse y pourroit avoir laissé en y beuvant. » [Jacques Doublet, 1625] Ce même ouvrage cite encore l'épisode des bêtes venimeuses empoisonnant l'eau que purifie ensuite la licorne.

    1669 : « Les Naturalistes qui ont parél de cét animal, disent que les autres animaux qui habitent le mesme païs, lorsqu'ils veulent aller boire dans la fontaine où ils ont accoûtumé de se désaltérer, s'y assemblent tous, & de la crainte qu'ils ont que l'eau ne soit infectée de quelque venin, ou autrement corrompuë, ils attendent que la Licorne ait plongé sa corne dans l'eau, & ensuite beû la premiére, aprés quoy ils n'appréhendent aucune corruption, & boivent de bon cœur, aprés que la créance a esté faite de la sorte. » [Marc de Vulson de La Combière, 1669]

    1727 : « Les Anciens ont cru que la corne de licorne sert de contrepoison ; & qu'elle la trempe dans l'eau pour l'épurer, quand elle veut boire. » [Antoine Furetière, 1727]

    1865 : la licorne purifie l'eau de sa corne afin d'y boire « the unicorn [lives] in the desert, among all kinds of loathome beasts and poisonous reptiles, whose touch was death and whose look was contamination. The springs and pools at which such monsters quenched their thirst were saturated with poison by their contact, and would pour a fiery death through the veins of any animal that partook of the same water. But the unicorn, by dipping the tip of its horn into the pool, neutralized the venom, and rendered the deadly waters harmless. » Cette légende est répétée dans d'autres ouvrages encore. [John Timbs, 1869] Le Dictionnaire des la conversation et de la lecture (1860) indique que la licorne trempe sa corne dans l'eau en y buvant.

    Cette légende peut provenir de l'observation d'animaux attendant prudemment après un rhinocéros pour aller boire au point d'eau. Le rhinocéros, ayant sa corne sur le nez, la trempe en buvant. Mais si les animaux ne boivent qu'après le rhinocéros, c'est pour éviter la colère de ce dernier.


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  • Utilisation médicinale de la licorne

    coupe corne rhino - Odell Shepard - 1930

    La « corne de licorne » ou tout simplement « licorne » [Frédéric Cuvier, 1828] est depuis longtemps un antipoison [Goldthorn Hill, 1856], un antidote, un aphrodisiaque... Cela est dû à un glissement de propriété venue de la corne de rhinocéros [Marie Nicolas Bouillet, 1857] d'une manière étudiée par Jeannie Thomas Parker en 2007.

    Huldegarde de Bingen est la première à avoir écrit au sujet des propriétés magiques de la licorne – mais pour cette auteure, c'est tout le corps de la licorne qui est magique, tout comme le rhinocéros en Indes. Odell Shepard suppute que ce sont les Arabes qui ont amené les croyances dans les vertus de la licorne en Europe. [Odell Shepard, 1930]

    Notons que parmi les histoires médiévales sur Alexandre le Grand, certaines font mention d'une licorne, dont la valeur proviendrait de l'escarboucle à la base de sa corne. Ce « rubis de licorne » possède bien entendu des propriétés médicinales mais n'est pas devenu aussi populaire que la corne. Concernant la corne de la licorne, les auteurs ne sont pas d'accord au sujet de sa longueur. Certains vont même jusqu'à dire que la corne de la licorne est si lourde que cette dernière ne peut pas lever la tête. [Odell Shepard, 1930] Nous allons donc avoir plusieurs substances différentes nommées « corne de licorne ».

    D'après Bruno Faidutti, c'est l'identification de la licorne à l'âne des Indes d'Élien qui est à l'origine de la croyance aux vertus médicinales de la corne de licorne, et qui a donné naissance à la légende de la purification des eaux. [Bruno Faidutti, 1996]

    La corne de rhinocéros

    La corne de rhinocéros est utilisée dans la pharmacopée chinoise pour faire baisser la fièvre depuis le 2ième siècle avant JC. Leur forme conique et le trou à leur base fait qu'elles sont utilisées pour faire des tasses pour le vin de riz et ce, jusqu'au 16ième siècle après JC au moins. Des documents historiques font aussi état de dés en corne de rhinocéros. Il y avait un lien symbolique avec la divination.

    Cette chercheuse a démontré que le temps a opéré un mélange entre l'image de la zhi et celle du rhinocéros, autre créature asiatique. Nommé si (femelle) ou xi (mâle) à l'époque des os oraculaires, il était chassé en le faisant tomber dans une fosse, principalement pour son cuir afin d'en faire des armures. Plus tard, cuir et corne de rhinocéros et d'autres animaux sont utilisés pour faire de la colle pour les arcs composites. Petit à petit, le rhinocéros, comme le saola, a migré vers le sud à cause du changement de climat. Comme la corne de rhinocéros avait des propriétés magiques contre les poisons, et que celle de la zhi protégeait des forces du mal, les deux animaux, devenus légendaires, ont fusionné dans l'esprit des gens.

    Mais l'utilisation la plus fascinante de la corne de rhinocéros est en tant qu'antidote à l'époque de la Chine de l'Âge de Bronze (3ième siècle avant JC). Le poison spécifiquement ciblé par la corne de rhinocéros est fait à partir des plumes d'un oiseau nommé zhen ou, en français moderne, serpentaire bacha. Néanmoins la validité du poison de ses plumes, et de l'effet de la corne de rhinocéros sur ce poison, reste inconnu pour le moment. La corne de rhinocéros était aussi utilisée pour faire des cuillers à touiller la boisson pour en détecter le poison : si une écume se forme, c'est empoisonné. Une chanson de la dynastie Song (960-1280 après JC) insiste sur le fait que le zhen (serpentaire) et le rinocéros boivent aux mêmes points d'eau : le zhen l'empoisonne et le rhinocéros utilise sa corne pour purifier à nouveau les eaux.

    Durant la période Han (200 avant JC - 200 après JC), la corne de rhinocéros a commencé à être importée par bateau depuis Sumatra et depuis l'Afrique car elle devenait rare à cause de son utilisation en médecine et comme ornement de luxe. Son prix atteint et dépasse la valeur du jade. Le rhinocéros vivant était aussi demandé par la Chine comme cadeau diplomatique.

    Avec la chute de la dynastie Han durant le 3è siècle après JC, des croyances liées à la magie et à la quête de l'immortalité se répandent dans la population. Éloigner le chaud et le froid, protéger de la poussière, briler dans la nuit, permettre de marcher sur l'eau, soigner tous les poisons… sont des propriétés qui sont accordées à la corne de rhinocéros. En conséquence, la demande en cornes de rhinocéros augmente drastiquement.

    Les différents propriétés de la corne de rhinocéros semblent provenir des écrits d'un certain Ge Hong au début du 4è siècle. D'après lui, certains types de cornes de rhinocéros étaient nommés tongtianxi et elles étaient les plus rares, permettant de communiquer avec le ciel. Une autre propriété était d'éloigner les inondations et des statues en bronze de licorne-rhinocéros ont été créées à l'époque Qing (1640-1910 après JC) au bord des fleuves. Cette propriété est peut être une mauvaise lecture des propriétés légales de la zhi. Le haijxi est un autre type de corne, effrayant les volailles. L'idée est venue durant la période Han que la corne de rhinocéros a une veine rouge à l'intérieur, ce qui peut être l'origine des croyances européennes qu'il y a une escarboucle à la base de la corne de la licorne. Une autre propriété est de ne pas absorber l'eau : la corne de licorne suinte en Chine comme en Europe. Elle brille la nuit, détecte le poison, protège contre la magie noire et la folie. Ainsi la licorne Européen doit beaucoup de ses qualités au zhi-rhinocéros de Chine.

    Une autre point intéressant est les motifs qui apparaissent dans la corne de rhinocéros quand on la coupe et qu'on la polit. Les fibres de kératine forment une sorte de mosaïque avec dans chaque morceau, des cercles concentriques. Quand la corne est fraîche les dessins noirs et blancs sont très contrastés. Suivant les motifs qui apparaissent, la valeur et la signification symbolique changent pour la société chinoise. Les noms des motifs, rappelant des nuages, des fleurs etc. donne naissance à la légende suivant laquelle des motifs d'animaux et de fleurs apparaissent dans la corne de licorne-rhinocéros quand on la coupe.

    Les mythes sur l'origine de ces motifs incluent l'empreinte des choses observées dans le ciel durant la grossesse de la mère licorne-rhinocéros. Le mythe s'est répandu de sorte que tous les rhinocéros se sont mis à pouvoir utiliser leur corne pour communiquer avec le ciel. Dès le 8è siècle le rhinocéros devient une créature du monde des esprits, le lingxi - l'esprit-rhinocéros-licorne étant le xiniu. Ce xiniu a la forme de la zhi, les nuages du qi, et une posture dans laquelle il tourne sa tête en arrière pour regarder la lune par-dessus son dos. Il est lié aux amants. Quant au rhinocéros-licorne, il devient durant la dynastie Ming (1370-1644 après JC), un boeuf magique volant couvert de fourrure et regardant la lune. Voilà tout ce qu'il reste à l'époque Ming du tongtianxi, le rhinocéros qui communique avec le ciel.

    Les cornes de rhinocéros ont des cercles concentriques dans leur coupe, comme un arbre ; ces cercles sont peut-être l'origine des stries qu'on décrit sur les cornes de licorne. Ces spires, qu'on retrouve sur la défense du narval, ont pu encourager le commerce de ce produit durant la Renaissance européenne. Le commerce des défenses de narval est très ancien et date au moins du 3è siècle après JC bien qu'il ne soit devenu d'importance qu'à partir du 8è avec une apogée au 10è-13è siècle. Ce commerce n'a pas eu lieu qu'en Europe mais également en Asie en passant par l'Europe et la Turquie. Durant cette période, peu de distinction est faite entre l'ivoire de morse et celui de narval. Une deuxième route de commerce existe par le nord-est de la Chine

    Au10è siècle les Arabes se rendent compte qu'il est lucratif de vendre des rostres de narval en Asie ; les Chinois pensent d'abord que ce sont des dents de serpent millénaire. La mode de la corne de rhinocéros comme ornement est en train de se perdre, remplacé par l'or, et la corne de rhino est dévaluée. Petit à petit la pharmacopée se tourne vers un autre type de corne, plus cher et forcément plus efficace : la défense de narval. L'utilisation de cet ivoire se répand rapidement dans toute l'Asie. Les nomades emportent avec eux la défense de narval et les légendes perses sur le karkadan, ainsi les Bulgares du 10è siècle connaissent les deux créatures. Un Arabe de l'époque va plus loin, associant la défense de narval, le karkadan (rhinocéros) et les propriétés légendaires de la corne de licorne. La corne est nommée al-chutww et il n'est pas clair si c'est une corne de rhinocéros ou de narval.

    En Chine, les deux sont interchangeables dans l'esprit des gens dès la fin du 10è siècle et au 12è, c'est en Europe que la défense de narval s'arrache plus chère que l'or.

    L'arrivée des Mongols en Eurasie répand à nouveau les idées d'ordalie des animaux, toujours à base de créatures cornues et chargeantes, existantes ou mythiques tandis qu'elle répand l'idée que les défenses de narval sont des dents de serpent et qu'elles neutralisent les poisons. Au 14è siècle on l'appelle guduxi, gu-poison-corne.

    En mettant côté à côte la zhi et sa corne droite, les représentations arabes des rhinocéros avec une corne droite, puis avec des stries imitant la corne du chiru tibétain, et finalement la défense du narval, le glissement de propriété et d'origine entre la corne de rhinocéros et celle du narval s'explique, avec le commerce comme lien. [Jeannie Thomas Parker, 2007]

    La licorne-rhinocéros, sa corne ne serait efficace en tant que contrepoison que si elle proviendrait d'un mâle ne s'étant pas accouplé. [François-Alexandre Aubert de La Chesnaye-Desbois, 1759][Dictionnaire raisonné et universel des animaux, 1759]

    Le parallèle entre le rhinocéros et la licorne est visible dans la cathédrale Saint Marc de Venise, où deux défenses de narval sont suspendues avec une corne de rhinocéros sous l'appellation de « cornes de licornes ». [Odell Shepard, 1930]

    La défense de narval et ses cousines

    Revenons à l'Europe et au point de vue européen sur les cornes de la licorne à-travers l'Histoire.

    C'est en Angleterre, à la fin du XIIème siècle, que cette corne prit pour la première fois l’aspect que nous lui connaissons aujourd’hui: longue et fine, blanche ou beige, spiralée, semblable en tous points aux défenses de narval. L'influence du modèle anglais, mais aussi sans doute l'apparition en Europe continentale des premières incisives de narval venues de Scandinavie, d'Islande et des îles britanniques, aidèrent cette image à se répandre. [Bruno Faidutti, 1996]

    Les premières cornes de licornes européennes étaient en fait des défenses de narval. « La corne ou plutôt la dent de Narwhal a été prise longtemps pour la corne de la licorne (…) On faisoit autrefois, dans la médecine, un cas singulier de cette corne. (…) Elle étoit donc connue dès les anciens tems dans la matière médicale, sous le nom de vraie licorne (unicornu verum). [Anne-Gabriel Meusnier de Querlon et al., 1779]

    En 1582, le célèbre médecin Ambroise Paré rédigea un ouvrage afin de réfuter les propriétés médicales de la « corne de licorne ». Il commençait ainsi : « Parce que plusieurs s'estiment bien asseurez, & munis contre la peste, & toutes sortes de poisons & venins, par le moyen de la corne de Licorne ou Monoceros, prise en pouldre, ou en infusion : i'ai pensé faire chose agreable & profitable au public, si par ce discours i'examine ceste opinion tant inveterée, & toustefois fort incertaine. ». À l'époque, « [la défense de narval, prise pour corne de licorne] se vendait plus cher que de l'or : il était passé en coutume d'en faire tremper un morceau dans la coupe où le roi buvait, comme antidote de tout poison ; et les médecins les plus hauts placés, bien que convaincus de l'erreur générale, en prescrivaient cependant pour obéir à l'opinion. » La vente de « cornes de licornes » relève donc de l'escroquerie. L'anecdote la plus marquante concernant l'utilisation de la licorne en médecine que Ambroise Paré nous rapporte, est la suivante : une marchande, n'ayant plus d' « eau de licorne » (eau dans la quelle a trempé un morceau de licorne) distribua de la simple eau de rivière, qui eut la même efficacité médicale que l'eau de licorne. [Ambroise Paré, 1840] C'était la découverte de l'effet placébo.

    En réponse à Ambroise Paré, Jacques Doublet rédigea un Discours contre ceux qui nient qu'il y ait eu des Licornes, ny qu'il y en aye, afin de rendre la corne de Licorne qui est garder en l'Eglise de sainct Denys (grandement prisée d'un chacun pour sa rareté) de nulle valleur, prix & estime. [Jacques Doublet, 1625] Il y indique que « cette corne de Licorne sert grandement contre le venin, & pour chasser les mauvaises humeurs beuvant de l'eau où elle aurait trempé : & a une propriété encore, qu'estant mise tremper dans une cruche pleine d'eau par la pointe qui est massive, jusque à peu près de deux pieds, le creux en hault, dedans 24 heures se trouve de l'eau en ce creux qui a monté par les ports d'icelle. Est aussi à remarquer que quand il y a assez bonne espace de temps que ceste corne n'a trempé en l'eau, lors que l'on vient à l'y mettre, elle fait perler l'eau, ainsi que des perles, & bouïllonner. » Ces propriétés indiquent la porosité de la défense de narval dont il est question. D'autre par, la corne de la Licorne « a une merveilleuse force contre le venin & poison. »

    La (défense de narval) corne de licorne possède une propriété que les cornes de chèvres, bœufs… n'ont pas, et qui fut remarquée au XVIIè siècle. En effet, la première est constituée d'ivoire et, au contraire des secondes, ne se ramollit pas dans l'eau, ni dans le feu, ni dans la vapeur. Mais la plupart des cornes de licornes vendues dans le commerce ne sont que des défenses de narval, hélas pour le client, [Sir Thomas Browne, 1658] lorsqu'il ne s'agit pas tout bonnement d'ossements de baleine ou de dents d'hippopotame ou d'éléphant. [Franc̜ois Victor Mérat de Vaumartoise, Adrien Jacques de Lens, 1837]

    Un dictionnaire de 1727 suppose que les vertus attribuées à la corne de licorne viennent de sa rareté. Parmi ces vertus, « Le Conciliateur dit que la licorne suë en présence du rapellus, ou d'une vipere, ou d'un fiel de leopard ; ce qu'elle ne fait point en présence d'autres poisons. » Cet ouvrage précise que « cela est encore fabuleux » mais indique à l'article sur le narval que sa corne est « cordiale, sudorifique, propre pour résister au venin & pour l'épilepsie ». [Antoine Furetière, 1727]

    Plus tard cette tradition fut recueillie dans un dictionnaire : « On se servait de la corne de licorne pour faire l'épreuve des mets dans les repas du Moyen-Âge. On était persuadé que la corne de licorne préservait de tous maléfices. L'écuyer tranchant, qui servait à la table du duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, après avoir coupé le pain, le touchait tout autour avec la licorne d'épreuve. Il en faisait autant pour les divers plats qui étaient placés devant le duc. ». [Adolphe Chéruel, 1855]

    À propos de l'utilisation de la corne de licorne comme antidote aux poisons, un ouvrage de 1781 rapporte « On avoit donné, on le lit dans Wormius, à des chiens, à des chats et à des pigeons de l'arsenic qui n'avoit pas eu d'effet, parce que, disoit-on, l'on avoit fait prendre de la rapure de cette corne à ces animaux. Il sembloit donc que l'on ne pouvoit pas douter de l'existence de la licorne : il résultoit du moins de tout ceci qu'il y avoit un animal armé d'une corne très longue, puisque l'on en connoissoit une d'une longueur considérable, comme devoit être celle de la licorne ; que l'existence de cette corne n'étoit pas équivoque, les cabinets d'un grand nombre de curieux en renfermant quelques-unes : mais il restoit toujours à savoir de quel animal cette corne venoit, s'il étoit terrestre ou aquatique. » [Pline l'Ancien, 1781] Il s'agit ici de défense de narval, comme le découvrit Wormius en se procurant le crâne et la défense de ladite créature.

    Ainsi les puits du palais de Saint-Marc à Venise sont-ils préservés de toutes tentatives d'empoisonnement parce que des cornes de licornes y ont été jetées. [Jacques-Albin-Simon Collin de Plancy, 1846] [Louis Pierre F. Adolphe Chesnel, marquis de la Charbouclais, 1856] Là encore ce sont des défenses de narval.

    Laurens Catelan et Conrad Gestner sont d'accord pour dire que l'eau chaude détruit les vertus de la corne de licorne. [Odell Shepard, 1930]

    La corne de licorne formait aussi la main de justice, joyau de la Couronne de France : ce bâton d'or massif, transmis au souverain durant le couronnement, est surmonté d'une main sculptée dans de l'ivoire de licorne [Adolphe Chéruel, 1855] – une défense de narval. Un parallèle est fait entre la Main de Justice chassant les vices hors du royaume, et la corne de licorne chassant le venin. [Marc de Vulson de La Combière, 1669]

    main de justice - Bruno Faidutti 1996

    La licorne fossile connut pourtant une brillante carrière. Elle tient son nom, non de son origine supposée, la plupart des auteurs ne croyant pas qu’il puisse s’agir de restes de licorne, mais de ses propriétés médicinales que l’on pensait équivalentes, voire supérieures, à celle de la véritable corne de licorne. Tout au long du XVIIème siècle, c’est donc ce nom générique de licorne fossile qui désigna les fossiles animaux et végétaux, et parfois plus particulièrement les défenses de mammouths, utilisés en médecine. [Bruno Faidutti, 1996] Des fois il s'agit de défenses de morse, ou de simples morceaux de bois. [Sir Thomas Browne, 1658] Les ossements fossiles de créatures inconnues à l'époque furent désignés comme ceux de licornes (référence à Leibniz peut-être).[Franc̜ois Victor Mérat de Vaumartoise, Adrien Jacques de Lens, 1837] De manière générale, toute « corne de licorne » trouvée sous la terre est une « licorne fossile » [François-Alexandre Aubert de La Chesnaye-Desbois, 1759], même s'il s'agit d'une stalactite.

    Le khutu / chutww / chatuq

    Utilisation médicinale de la licorne

    Le khutu est une matière animale décrite dont on peut remonter la trace jusque vers 1121 chez un auteur musulman. Il s'agirait de l'os frontal d'un boeuf unicorne, de la dent d'un poisson du nord, d'une corne, d'une racine, de la dent d'un serpent… C'est une matière très dure, dont l'aspect ou les motifs rappellent des asticots, ou miroite. Cette matière peut avoir différentes couleurs, et les Chinois disent que cette matière suinte quand on l'approche de poison.

    Il peut s'agir de l'ivoire de morse ou de narval, tous les deux étant vendus à l'époque en morceaux ce qui diminuait les chances de voir la différence de source entre les deux. D'ailleurs les auteurs médiévaux parlent de deux variétés de khutu, l'une courbe (morse) et l'autre droite (narval). L'aspect « en asticot » du khutu rappelle l'ostéodentine de l'intérieur des défenses de morse (qui ressemble à l'aspect d'un gâteau de riz).

    Le khutu comme ivoire d'oiseau, fait penser aux crânes de rhinocéros laineux, abondants dans une des régions d'origine du matériau. En effet cet animal a le museau recourbé vers le bas, comme un bec d'oiseau, et sa corne est parfois nommée « serre d'oiseau ».

    Une autre hypothèse est que le khutu est de l'ivoire fossile de mammouth, car l'ivoire fossile peut avoir de nombreuses couleurs, comme le khutu. Et seules les défenses de mammouth ou d'éléphant peuvent être assez grandes pour donner des « planches » comme indiquées dans certaines sources relatives au khutu.

    Pourtant certaines sources indiquent qu'il y a une différence entre le khutu et l'ivoire de morse, et les revendeurs de khutu insistent que la matière provient du front d'un boeuf. Dans la zone en question, vivent quarante-cinq espèces de bovidés, plus le rhinocéros indien.

    En prenant les espèces locales, seules certaines chèvres peuvent donner un os frontal assez épais pour être du khutu. De toutes ces chèvres, seul le boeuf musqué ressemble à un boeuf, et l'os frontal du mâle peut avoir dix centimètres d'épaisseur. Bien que l'espèce était éteinte dans la zone au Moyen-Âge, elle survivait au Groenland, en Sibérie et aux environs de l'Alaska.

    Pour revenir aux propriétés du khutu, elles sont présentes dans la littérature musulmane mais pas dans les documents chinois. Il pourrait s'agir alors d'une sorte d'arnaque commerciale, le peuple chinois gardant les « vraies » cornes de licornes pour eux (cornes de rhinocéros), et vendant le khutu bien trop cher, avec des promesses de magie qu'il ne possédait pas. [Chris Lavers, 2009]

     

    C'est à partir du XVIème siècle que la différence est faite entre les licornes de terre et les licornes de mer, ou narvals. Avec la reconnaissance de l'existence des narvals commence le doute quant à l'existence des licornes. S'ensuit le début du doute quant aux qualités médicinales de la « corne de licorne ». [Commission royale d'histoire, 1845] Mais entretemps la défense de narval intégra la pharmacopée de la fin du XVIIème siècle, comme la corne de licorne faisait partie de celle du XVIème siècle. Et si les propriétés reconnues au rostre du cétacé nouvellement découvert étaient moindres, et moins merveilleuses, que celles attribuées autrefois à la corne de la fantastique licorne, cela était dû à une évolution générale de la pharmacie, devenue prudente et expérimentale, plus qu'aux révélations sur l'origine de ces ivoires torsadées. ce n'est qu'en 1746 que la « corne de licorne » disparut de la pharmacopée officielle des apothicaires de Londres. [Bruno Faidutti, 1996]

    Distinguer la vraie licorne de la fausse

    La corne de licorne était censée protéger de tous les venins et substances toxiques, ainsi que de la peste. En 1388 est enregistrée la première instance de corne de licorne commandée afin de faire l'épreuve des poisons. [Odell Shepard, 1930]

    On prétendait qu'elle suait en présence de créatures venimeuses, et Ambroise Paré réitéra l'expérience avec une licorne mais aussi toutes sortes d'objets de nature similaire, c'est-à-dire polis et froids, comme les miroirs. Il n'y eut pas de différence entre la licorne et le miroir, la vapeur se déposant pareillement sur les deux. On disait aussi qu'araignées, scorpions, crapauds... mourraient lorsqu'on traçait autour d'elles un cercle de la pointe d'une corne de licorne. Ambroise Paré tenta l'expérience, et les créatures passaient le cercle sans dommage; même après trois jours de trempage dans la même eau, crapaud et licorne étaient tous deux inchangés. [Ambroise Paré, 1840]

    Les Arabes ont sur l'alicorne (la corne de la licorne) des idées étranges. Pour eux, si on la coupe longitudinalement, l'image d'un homme, d'un poisson et d'un paon apparaît en blanc sur fond noir. [Odell Shepard, 1930]

    Une autre expérience pour distinguer la « vraie licorne » est de poser un morceau de soie sur un charbon ardent, et la licorne par-dessus la soie. Si la licorne est vraie, la soie ne se consume pas. [John George Wood, 1865]

    Avec le temps – et la reconnaissance de ce que la « corne de licorne » n'est que défense de narval – l'utilisation médicinale de la corne de licorne fut attribuée à la défense de narval. [Franc̜ois Victor Mérat de Vaumartoise, Adrien Jacques de Lens, 1837] Elle proviendrait à l'origine d'un glissement de sens symbolique entre le cerf et la licorne, entraînant un glissement de propriétés médicinales. [Sir Thomas Browne, 1658][Goldthorn Hill, 1856][Franc̜ois Victor Mérat de Vaumartoise, Adrien Jacques de Lens, 1837] Ainsi c'est sous le nom de « vraie licorne » qu'était connue la dent de narval [John George Wood, 1865], même lorsque l'apothicaire était conscient que ce n'était pas la une corne de licorne.

     

    cerf et licorne, Bruno Faidutti, 1996

    Pour savoir si la corne est bonne, d'après Dapper, « les Portugais mettent le bout de la corne sur le plancher, & suspendent immédiatement au-dessus une épée qui touche la corne par la pointe, & dont la garde est attachée à un fil. Quand la corne est bonne, elle est dure, & l'épée n'y pouvant entrer ne fait que tourner autour de son centre ; mais lorsqu'elle n'est pas bonne, l'épée s'y enfonce. » [Dictionnaire raisonné et universel des animaux, 1759]

    Prix de vente de la licorne

    Pour les cornes de licornes vendues en pharmacies, leur prix surpassait au poids celui de l'or et ce jusqu'au XVIIième siècle. L'exploitation, le partage, le commerce de ces défenses de narval était une affaire sérieuse pour les familles de la noblesse. Nombreux souverains comme Charles Quint ont possédé des « cornes de licorne ». Un certain Casimir en possédait plusieurs lui aussi. Quand il fallait ôter une portion de la corne de Casimir qui se trouvait en pharmacie. Les deux familles à qui elle appartenait déléguaient des commissionnaires pour vérifier que seule la quantité strictement nécessaire était prélevée. Cette corne fut partagée définitivement en 1550. En 1559, une corne de licorne fut vendue pour 30 000 ducats. [Commission royale d'histoire, 1845]

    Les cornes de licorne étaient vendues si chères que même Caspard Bartholomius ne pouvait croire que le Sultant soit assez riche pour en posséder douze en même temps. [Odell Shepard, 1930]

    Croire ou pas en ses vertus

    Notons que des médecins qui ne croyaient pas dans les vertus de la corne de licorne, devaient tout de même la prescrire, car si le patient mourrait, on reprocherait au médecin de n'avoir pas prescrit de licorne.

    Andrea Marini, un auteur de Venise, indique que si les grands de son temps utilisaient une épreuve de licorne, non pas parce qu'ils y croyaient, mais par espoir que d'éventuels empoisonneurs y croient et soient découragés. [Odell Shepard, 1930]


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