• Monde otherkin

    Sommaire

    Définitions et informations générales pour non-otherkins

    Résumé de l'histoire des communautés alter-humaines

    Définitions

    La nature de l'identité otherkin

    Et alors ?

    Manuel de la non-humanité à l'usage des psys

    Les otherkin sont sain-e-s d'esprit

    Croyances sur les causes de l'otherkisme

    Les expériences des otherkins

    Le terme-parapluie « alter-humanité »

    Pourquoi dire aux gens de changer / réprimer / abandonner des kintypes est une forme d'abus psychologique

    12 infos à savoir sur les otherkins

    Guide rapide et sale sur les types de headmate et les termes associés

    Trucs rapides sur les otherkin

    Transitionner en tant que personne alter-humaine

    Étude psychologique : Histoire de vie des thérianthropes

    Parodie de Ylvis : la chanson des trolls

    Quelques idées fausses sur les otherkin comparées à la réalité

    Garde ton incrédulité

    Comprendre les otherkin

    Image corporelle et dissonance corporelle

    Témoignages

    L'autre et l'animal par Zac

    Conseils pour personnes en questionnement et pour les otherkins

    Conseils pour newbies

    Le doute

    Les étapes de l'éveil

    Es-tu dans l'erreur ?

    J'ai une paraphilie, donc je suis otherkin

    J'ai décidé d'être otherkin

    Identité vs identification

    La métamorphose physique est impossible

    Guide de l'otherkin spirituel

    Les différents types de shifts

    Soulbond et otherkin

    Les excuses de l'otherkin au lycée

    Alors tu cherches ton kintype

    Explorer ton kintype

    Alors tu penses être plantekin ?

    L'expérience d'être autre

    Se souvenir d'une autre langue

    Quelques conseils pour les fictionkin récemment « éveillés »

    Ne pas être otherkin, c'est bien aussi

    Alors, qu'est-ce que ça veut dire, être other-hearted ?

    Membres fantômes

    Journée, semaine et mois de fierté thérian et otherkin

    Otherkin ou pas ?

    Comment sortir du placard en tant qu'otherkin

    Questions alchimiques pour introspection

    Réflexions autour de la théorie du multivers, de la réincarnation et des fictionkin

    Quand des newbies font des sites internet

    Trucs irritants que font les thérians

    Le leader charismatique

    Thérian vs Kikoowere

    Symbolisme animal et thérianthropie

    Trucs à faire quand on est kin

    Canonmates et autres personnes de ton passé

    Analyses

    De l'importance du point de vue ésotérique

    Nous sommes tous sur le même bateau

    Mémoire et identité

    Mémoire et identité 2 : oublier l'éveil et être 'kin quand même

    Otherkin = drama queen ?

    D'où provient la conscience otherkin ?

    Mais qu'est-ce que je fais ici ?

    L'otherkin psychologique et la fin du trauma

    J'aime pas la confiture

    Être otherkin

    Le masque de l'animal

    A propos de la culture otherkin

    Pourquoi humanimal ?

    Mais aussi, construction identitaire atypique

    Otherkin, inférieur ou supérieur à l'humain ?

    Otherkin, rarement de la résilience ?

    Otherkin, genderqueer et pression sociale

    Otherkin et zoopathie

    Les forums

    Les humains existent-ils ?

    Otherkin et appropriation culturelle

    Otherkin et appropriation culturelle : les animaux-totems

    Quand l'espèce devient un genre : xénogenre

    Marre de toute cette haine

    La haine des otherkins n'est pas une oppression systémique

    La transethnicité, ce racisme caché

    La vie animale : les Primals

    Tumblr est un monde fascinant, mais…

    Les « fluff bunnies »

    Des otherkins et des trans

    Trans-espèce ou pas ?

    Être physiquement non humain-e

    Otherkin et maladie mentale : prendre soin de soi

    Devenir thérian

    Qui est "je" ?

    La naissance du fictionkin est la mort de l'auteur (ou pas)

    La thérianthropie psychologique

    Prétendre être 'kin

    Otherkin et autiste, le changelin des temps modernes

    Thérianthropie et petplay

    Croyances liées aux otherkin

    Avantages et inconvénients d'un daemon

    Spiritualité, bien-être et nonhumanité

    La chute du Voile

    Les chasseurs de therians

    Croyances otherkines déraisonnables

    La Corruption

    411 Missing, la planète-prison

    Les anales akashiques

     L'ASMR comme support à la méditation et autres pratiques spirituelles 

    Les EMC (états modifiés de la conscience)

    Le leader charismatique

    La spiritualité rationnelle

    Commentaires de lecture

    Autobiographie d'un épouvantail

    Autobiographie d'un épouvantail 2

    Autobiographie d'un épouvantail 3

    Autobiographie d'un épouvantail 4

    Autobiographie d'un épouvantail 5 et fin

    Revue rapide des études réalisées par des pros

    Le bonheur d'être soi

    Mondes alternatifs

    Consommation et spiritualité

    Manuel de la non-humanité à l'usage des psys

    La bête au coeur

    Mes lectures à ce jour

    La limite du "désordre d'identité d'espèce"

    Analyse phénoménologique interprétative de l'identité (1 de 2)

    Analyse phénoménologique interprétative de l'identité thériane (2 de 2)

    Certaines personnes ne sont pas des personnes à l'intérieur

    +Anima

    Au-delà de la critique

    De chair et d'âme

    Folie et paranormal

    Un autre corps peut être perçu comme une extension du nôtre

    Posthum/ain/ité : identité, imagination et Internet – Chapitre 1

    Posthum/ain/ité : identité, imagination et Internet – Chapitre 2

    Posthum/ain/ité : identité, imagination et Internet – Chapitre 3

    Posthum/ain/ité : identité, imagination et Internet – Chapitre 4 et conclusion

    Histoire de vie des thérianthropes

    Furry de A à Z : la connexion entre les furry et les otherkin

    L'aliénation parmi les otherkin

  • Définitions

    Définitions de : otherkin, EMC, membres fantômes, où est le reste de ce journal

    Otherkin, kézaco ?

    Lisez la définition de Wikipédia pour commencer.

    En résumé, on peut dire que :

    OTHERKIN : personne qui s'identifie en tant que créature mythologique. Les premiers otherkins référencés sur Internet étaient les elfes et les dragons. L'identité otherkine est quelque chose de personnel qui vient de l'intérieur, et on ne peut pas décider d'être otherkin. Ce n'est pas une maladie mentale bien que certains aspects de l'identité otherkine sont similaires aux symptômes de maladies comme l'autisme Asperger ou la lycanthropie clinique.

    Les otherkins ont conscience que leur corps est humain. Iels peuvent (mais pas toujours) souffrir de dysphorie d'espèce. Iels peuvent (mais pas toujours) passer par des périodes pendant lesquelles la prédominance de leur identité non-humaine fluctue pour être plus ou moins présente : on appelle ça des shifts (voir cette définition). Iels peuvent (mais pas toujours) ressentir de la nostalgie pour leur « monde d'origine ».

    Des pratiques et croyances répandues parmi les otherkins (mais qui ne sont pas systématiquement pratiquées) incluent mais ne sont pas limitées à : la méditation, le voyage astral, le paganisme, la réincarnation, l'introspection, la tenue d'un journal / d'un blog, la participation à des forums, le port d'une fausse queue et / ou de fausses oreilles.

    Otherkin est également utilisé comme un terme-parapluie rassemblant les otherkins, les thérians et les fictionkins.

    THERIAN : comme otherkin mais avec une espèce animale terrestre, vivante ou disparue.

    FICTIONKIN : comme otherkin mais avec un personnage, ou une espèce, ou un monde d'origine qu'on retrouve dans une oeuvre de fiction. Les fictionkins respectent rarement l'oeuvre d'origine à la lettre et sont souvent issu-e-s d'un « monde alternatif » similaire mais pas identique à l'oeuvre d'origine.

    COPINGKIN : otherkin, therian ou fictionkin dont l'identité non-humaine s'est développée comme mécanisme de coping face à un trauma, ou qui utilise une identité non-humaine préexistante comme mécanisme de coping face à un trauma. (source : http://sirenkuma.tumblr.com/post/122286021235/re-copingkin )

    SHIFT : fluctuation de la prédominance de l'identité non-humaine. Lorsqu'elle fait changer la façon de penser on appelle ça un shift mental ou m-shift. Lorsqu'elle fait changer la proprioception, causant la sensation de membres fantômes surnuméraires, on appelle ça un shift fantôme ou ph-shift. Lorsqu'on rêve qu'on a son identité non-humaine on appelle ça un shift de rêve ou d-shift (pour « dream »). Lorsqu'on effectue un « voyage astral » sous sa forme non-humaine c'est un shift astral ou a-shift. Etc.

    POINT DE VUE SPIRITUEL : certains otherkins expliquent leur identité non-humaine par un phénomène spirituel. En vrac, nous pouvons donner comme exemple : la réincarnation ; l'incarnation ; un lien avec un totem ; la possession par une entité non physique ; un-e ancêtre non-humain-e. Cette liste est non-exhaustive.

    POINT DE VUE PSYCHOLOGIQUE : certains otherkins expliquent leur identité non-humaine par un phénomène psychologique. En vrac nous pouvons donner comme exemple : une neuroatypie similaire mais pas identique à ce que vivent les personnes qui ne sont pas cisgenre ; un syndrome similaire mais pas identique à l'autisme Asperger et / ou la lycanthropie clinique ; un mécanisme de coping face à un trauma. Cette liste est non-exhaustive.

     

    Otherkin, ce n'est pas une secte

    C'est une drôle d'idée que certaines personnes ont, de penser que les otherkins sont une secte. C'est comme dire que les fans des Beatles ou de Claude François étaient une secte. Ou plutôt, non, c'est comme dire que les gens qui croient aux extraterrestres, ou que les personnes transgenre, sont une secte.

    Savez-vous seulement ce que c'est qu'une secte ? C'est un groupe rassemblé autour d'un gourou. Une secte brime les libertés individuelles. Une secte manipule mentalement. Une secte est fermée, impénétrable, et souvent, hostile à la société. Une secte est quelque chose de néfaste.

    Non, je ne fais pas partie d'une secte. Personne ne me dit quoi faire, quoi penser. Les otherkins et trans-espèces partagent leurs ressentis, des conseils, des expériences. Comme des fans de tricot ou de football. Chacun.e suit sa propre voie.

    Nous ne choisissons pas d'être otherkin ou trans-espèce ou therian. Nous le sommes. Parce que c'est ce que la vie a fait de nous. Tout comme on ne choisit pas d'être transgenre ou homosexuel.le ou hétérosexuel.le ou bisexuel.le ou fan de Claude François ou des Beatles ou que sais-je.

    Regardez autour de vous. N'importe qui peut consulter ou s'inscrire sur des forums d'otherkins, de therians, de trans-espèces. Nous partageons nos ressentis. Tout cela est public. Rien n'est dissimulé. Ce n'est pas une secte.

    Accepter que nous sommes comme ça, cela nous fait du bien. Être accepté.e.s tels que nous sommes, cela nous fait encore plus de bien.
    Nous ne partageons pas nos ressentis pour vous forcer à vivre comme nous. Juste pour être compris.e.s et accepté.e.s. Parce que nous sommes comme ça, c'est tout. Pour tant de raisons différentes, aussi variées que d'individus.

    Alors oui, pour nous c'est important. Cela fait partie de notre identité, que diable ! Au même titre que pour vous, être humain.e fait partie de votre identité ! Nous n'allons pas vous forcer à vous ressentir comme étant non-humain.e. Ne nous forcez pas à être humain.e.s.
    Et tout ira bien.
    Ce n'est pas une secte, ce n'est pas un choix, c'est juste une manière d'être.
    Nous ne mordons pas.
    Nous ne prêchons pas.
    Nous expliquons juste ce que nous vivons, ce que nous pensons.

    Bien sûr c'est important pour nous d'être considéré.e.s comme des non-humain.e.s. Comme c'est important pour vous d'être considéré.e.s comme des humain.e.s.

    Mais c'est tout.

    Dites-moi juste "OK, d'accord, t'es une licorne. On va courir dans la forêt alors ?" et ça me suffira amplement.
    Parce que je ne suis pas humaine.
    Mais que vous n'êtes pas forcés de croire que je suis une réincarnation d'une entité Astrale venue sur Terre pour remplir une mission.
    Juste, acceptez que je ne me regarde pas comme une humaine.
    C'est tout.
    Ni plus, ni moins.
    Ce n'est pas une secte, juste mon identité.
    Tout comme vous, vous êtes humain.e.s.

    Membre fantôme, kézako ?

    Définition Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Membre_fant%C3%B4me

    Quand on aborde la chose du côté otherkin, un membre fantôme est l’expression sensorielle d’un membre qui n’est pas là (car non-humain) mais que l’individu ressent tout de même. Ce membre est lié à l’identité de l’individu et peut être : oreilles, queue, cornes, dents, vibrisses, ailes, ou n’importe quoi d’autre. Dans ce cadre, les membres fantômes peuvent causer des douleurs physiques que la médecine ne parvient pas à apaiser, mais qui se calment si l’individu fait bouger le membre fantôme en question. Exactement comme avec un membre fantôme qui apparaît suite à une amputation (d’où l’utilisation du terme par les otherkins).


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  • Conseils pour newbies

    On ne peut pas choisir d'être otherkin – therian – fictionkin – etc. Cela vient tout seul.

    Lorsque tu as des expériences hors du commun, il est plus important de savoir ce qu'elles veulent dire pour TOI que de chercher à savoir si elles sont « réelles » ou pas. Prend le temps de réfléchir. Ça ne sert à rien de te battre avec d'autres pour savoir qui a les expériences les plus « vraies » car tout est subjectif.

    Ne te lance pas dans un débat « spirituel vs psychologique » car les deux chemins sont aussi valables l'un que l'autre.

    Reste fidèle à toi-même et à tes expériences. Ne les renie pas mais analyse-les à tête reposée. Prend le temps de leur faire de la place et de les vivre dans un espace sécure.

    Tiens un journal de tes expériences. Profite-en pour y stocker toutes les informations utiles avec leur source. On ne sait jamais, ça peut toujours servir.

    On ne peut pas se métamorphoser physiquement. Point barre.

    L'important ce n'est pas quel est ton kintype, mais de trouver le mot qui reflète le mieux tes expériences. Si tu es multiple, c'est pas grave. Si tu as plusieurs kintypes, c'est pas grave. Si tu es other-hearted, c'est pas grave. Si tu est fictionkin, c'est pas grave.

    L'identité n'est pas fixe. Tu peux changer de kintype avec le temps, en « gagner » certains, en « perdre » d'autres. C'est normal.

    Être otherkin – therian – fictionkin – multiple – etc. ne t'empêchera jamais d'avoir une vie humaine normale. Ça sera juste un peu plus difficile.

    Si une étiquette ne te conviens pas, ne l'utilise pas. Si tu veux créer ton propre néologisme pour te décrire, fais-toi plaisir. Par contre, n'essaye pas de changer les définitions qui existent déjà !

    N'essaye pas de te changer pour « coller » à une étiquette ou à un archétype.

    Tu ne t'entendras pas forcément avec tous les otherkins – therians – fictionkins – etc. que tu rencontreras. C'est normal. C'est pas grave.

    Éloigne-toi des trolls et des haters. Ça ne sert à rien de te battre avec ces gens.

    Juge les personnes sur leur comportement, pas sur leur kintype.

    N'hésite pas à intervenir si les croyances d'une personne peuvent la mettre en danger.

    N'utilise JAMAIS ta non-humanité comme excuse pour te comporter comme un trou du cul.

    Tu peux quand même être otherkin – therian – fictionkin – etc. même si tu n'as pas de shifts, pas de membres fantômes, pas de rêves de ton kintype, pas de souvenirs d'avoir été ton kintype… L'important c'est de se ressentir comme non-humain-e.

     

    Combiné d'après http://www.werelist.net/


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  • Le doute

    IMGP2617

    L'éveil prend du temps - pour certains, c'est un processus qui va continuer toute la vie. Et faisant partie du processus d'éveil, il y a le doute.

    Le doute c'est ce moment terrible où on se trouve au bord du gouffre sans oser sauter. On regarde en bas, et on n'ose pas plonger. On se pose des tas de questions. Est-ce qu'on est fou.folle ? Qui est-on ? Comment en être sûr ? Comment mettre des mots sur ce qu'on ressent ? Comment accepter ce qu'on est ?

    Certains font demi-tour à ce moment-là et tentent de tout oublier.

    Certains errent au bord du gouffre sans oser sauter. Ils regardent ce qu'il y a au fond, ils ne voient pas bien, et ils sont frustrés de ne pas voir, mais ils ne sautent pas non plus…
    Cela peut durer des années. Des années de doutes. Des années à s'arracher les cheveux.

    Et puis, il y a ce moment où on saute. Par désespoir. Par espoir. Par curiosité. Parce que cela semble naturel. Et pour plein d'autres raisons encore.
    Sauter fait peur. 
    On ne sait pas où on va atterrir.
    On se retrouve en terre inconnue, sans guide.
    Mais sauter, c'est nécessaire. Par honnêteté envers soi-même. Pour enfin se retrouver. Pour enfin s'accepter.

    Sautez. Osez franchir le pas. Prenez votre temps, mais n'hésitez pas trop non plus.
    Le doute est nécessaire, mais il ne doit pas être éternel.


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  • Les étapes de l'éveil

    Même s'il est possible parfois de mettre une date sur le début de l'éveil, c'est un processus très long qui dure des années.

    L'élément perturbateur

    L'élément perturbateur va déclencher le processus d'éveil, c'est-à-dire, la construction de l'identité non-humaine. Ce peut être un évènement ponctuel traumatisant, tout comme une série d'éléments qui s'accumulent sur des années jusqu'à ce que le déclic se fasse.
    La date varie énormément d'un individu à l'autre.

    Le renforcement de l'identité non-humaine

    Au fur et à mesure du temps, ce sentiment d'identité non-humaine s'accroît. Il en résulte des comportements asociaux (impossibilité ou difficulté de se mêler aux humains) et un malaise (sentiment de ne pas être au bon endroit, dans le bon corps).
    Plus l'élément perturbateur va se répéter, plus l'identité non-humaine va s'éveiller.

    La découverte de l'identité non-humaine

    Celle-ci peut commencer en même temps qu'arrive l'élément perturbateur, tout comme elle peut mettre des années. C'est le moment à partir duquel on met une étiquette non-humaine sur l'identité non-humaine.
    Cette étiquette n'est pas forcément figée ; elle évolue au fur et à mesure qu'on se comprend mieux soi-même. 
    Souvent à ce moment-là on se rue sur une étiquette et on cherche tous ce qui en soi pourrait lui correspondre. Il en résulte des erreurs de jugement qui vont perdurer parfois toute la vie. Il est donc plus prudent de faire l'inverse et de noter toutes ses impressions, toutes ses particularités, tous ses traits de caractères, pour seulement ensuite chercher l'étiquette qui leur correspond le mieux.

    Les visions et souvenirs d'avant

    Visions et souvenirs de la vie d'avant - la vie de laquelle provient l'identité non-humaine - ne commencent en général qu'une fois l'élément perturbateur éloigné. Elles participent largement à la constitution de l'histoire de l'identité non-humaine et à l'étiquetage de celle-ci. 
    Elles tournent par exemple autour de l'idée d'une sorte d'Eden / Paradis, de monde meilleur, où l'élément perturbateur n'existe pas et ne peut pas exister.

    Le doute

    La phase de doute, dont j'ai déjà parlé ailleurs, empêche d'embrasser complètement son identité non-humaine. C'est le point de non-retour.

    L'acceptance

    L'acceptance prend des formes différentes suivant les individus.
    Pour certains, cela va être l'intégration de l'identité non-humaine comme phénomène de défense psychologique contre l'élément perturbateur.
    Pour d'autres, cela va être la conviction d'une réincarnation.
    Pour d'autres encore, cela prendra la forme d'une identification spirituelle.
    Les formes de l'acceptance sont aussi nombreuses et variées que les individus non-humains. Aucune n'est meilleure que l'autre. Chacun a son propre chemin.

    IMGP2732

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  • Et alors ?

    Nous avons une identité non-humaine, ET ALORS ?
    Certains sont convaincus d'être réincarnés, d'autres, d'être des garous, ET ALORS ?
    Qu'est-ce que ça change pour vous qui nous lisez du dehors ?

    Du moment que nous arrivons tant bien que mal à nous fondre dans la société humaine, pourquoi chercher à nous convaincre du contraire ? 
    Et puis, qu'est-ce que ça changera fondamentalement pour vous qui vous identifiez comme des humains à 100%, que nous soyons des rêveurs, des fous, des allumés, des illuminés ou des guides ou des anges ou des je ne sais quoi ? Qu'est-ce que ça change pour vous, fondamentalement, d'essayer de me faire croire que je ne suis pas ce que j'affirme être ? En quoi est-ce si important pour vous ?

    Qui je suis, l'identification que je me donne, cela ne me regarde que moi. Et les personnes avec qui je veux bien le partager. 
    Que je sois convaincue d'être réincarnée, ou que je décide d'aborder mon identité d'un point de vue plus psychologique, tout cela se passe dans ma tête. Cela ne regarde que moi. C'est mon point de vue sur moi-même.

    Je suis la seule à pouvoir décider et juger de la façon dont je me regarde moi-même, de la façon dont je me sens, de mes envies, de mon identité.
    Je ne vais pas venir vous reprocher d'être fan de l'OM, de Lorie ou des Beatles. De vous considérer comme un.e chef.fe d'entreprise, professeur.e, coiffeur.euse, secrétaire, catholique, protestant.e, athée, bouddhiste, et j'en passe.

    Moi, je suis une licorne.
    Et je vais bien.
    Et si ça vous plaît pas, tant pis pour vous.


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  • De l'importance du point de vue ésotérique

    Certains mettent en opposition le "fait" et la "croyance". Or, en ce qui concerne la formation de l'identité, il n'y a jamais de "faits". Que des "croyances" qui en résultent. 
    Ce qui importe quand on se forge son identité, et quand on la poli tout au long de sa vie, ce n'est pas les évènement qu'on vit. C'est la manière dont on les vit. La manière dont on les interprète. La manière dont ils agissent sur notre vie.

    Or le cerveau humain est fait pour croire à un monde abstrait, un monde issu de ses pensées, un monde issu de ses croyance. Ne place-t-on pas la date d'apparition de l'espèce humaine moderne, à la date de découverte des premières tombes ? Ces tombes sont directement liées à la croyance en la survivance de l'âme. Une croyance ésotérique.
    C'est cette croyance qui différencie l'humain de l'animal.

    Parce que nous sommes capables de formuler des croyances ésotériques, nous avons un cerveau humain. Parce que nous sommes capables de dire "je suis [insérez ici votre espèce]", parce que nous le formulons de la manière "j'ai l'âme d'un.e [insérez ici votre espèce]", cela veut dire que notre cerveau est humain.
    Renier ce fait, c'est renier tout ce qui fait que l'être humain est devenu un être humain. C'est renier les fondements mêmes de la structure du cerveau humain.

    D'autre part, la croyance n'est pas forcément une croyance religieuse. "Je réussis dans la vie si j'ai un travail qui paye bien" est une croyance psychologique. "Je suis un blaireau parce que je me comporte de telle ou telle façon" est une autre croyance psychologique.
    Ces croyances psychologiques sont importantes parce que ce sont justement des croyances. Une fois décortiquées et rejetées parce que ce sont "juste des croyances", elles perdent leur intérêt dans la construction de l'identité. C'est un morceau de soi qui s'effondre.

    Ce n'est pas fondamentalement mauvais quand on se débarrasse ainsi de croyances négatives du style "Je suis coupable de l'agression dont j'ai été victime". Mais ça devient dramatique quand la croyance psychologique qu'on repousse ainsi fait partie de l'échafaudage fragile qu'est la construction identitaire. 
    Quand, en prime, c'est une des croyances qui maintient la personne en vie, le résultat est tout bonnement catastrophique.
    Je vais me prendre pour exemple. L'une des croyances psychologiques qui m'ont maintenues en vie c'est "Je suis une licorne venue sur Terre avec une mission à remplir". M'accrocher au but de cette mission, qu'elle soit réelle (point de vue ésotérique) ou une construction de mon esprit (point de vue psychologique), me permet au quotidien de faire abstraction des difficultés pour me concentrer uniquement sur "rester en vie" "rester en bonne santé" "continuer à m'accrocher" "faire face à la difficulté". Retirez-moi cette croyance psychologique, retirez-moi cette mission, et c'est tout mon être qui s'effondre, car ma raison de continuer à vivre s'est construite sur cet élément.

    Revenons à la relation entre le cerveau humain dans sa structure et son fonctionnement, et l'ésotérisme.
    Les pratiques ésotériques auxquelles les otherkins et therians font souvent appel sont du type voyage astral, transe, vision extatique, bref, tout ce qui permet de rentrer en contact avec "son vrai soi" ou "son vrai plan d'origine" ou "ses guides" etc.
    La psychologie explique de mieux ne mieux les mécanismes du cerveau qui sont mis en jeu dans ces moments-là. Est-ce une raison pour repousser ces techniques ésotériques dans la construction de l'identité non-humaine ?
    NON, BIEN AU CONTRAIRE !

    La psychologie nous montre que toutes ces pratiques ésotériques nous permettent de rentrer en contact avec nous-mêmes. D'explorer notre inconscient. De nous parler à nous-même. De nous rassurer nous-même. La médecine nous montre que cela permet de baisser la pression artérielle, de soigner les symptômes dépressifs et dissociatifs. 
    Ce n'est pas très différent de ressentir et bouger ses membres fantômes. Le but de la manoeuvre est de faire du bien au moral, se sentir mieux, s'accrocher à quelque chose de positif, aller à la rencontre de soi-même.

    Alors, d'un point de vue ésotérique, ce "monde intérieur" est à l'extérieur. Parce que le cerveau humain est programmé pour fonctionner dans le sens de cette croyance à l'ésotérisme et à un monde meilleur. Parce que c'est comme ça que le cerveau humain est censé fonctionner. Parce que c'est en s'accrochant à ces croyances que le cerveau humain fait avancer la machine. Parce que cela donne un sens, une direction, à sa vie.
    Alors, d'un point de vue ésotérique, ces parties monstrueuses de nous mêmes que nous affrontons en voyage astral, sont réelles et extérieures à nous. D'un point de vue ésotérique, ces guides que nous rencontrons sont des entités séparées et non des morceaux de notre psyché.
    Ce n'est pas grave d'y croire, du moment qu'on se comporte de manière fonctionnelle dans la société.

    L'important est d'utiliser ces croyances psychologiques comme tremplin pour se sentir mieux, et mieux se connaître soi-même.
    Les balayer sous prétexte que ce ne sont "que des croyances" c'est saper les fondations mêmes du psychisme humain.


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  • Nous sommes tous sur le même bateau

    Nous sommes tous dans le même bateau. Je veux dire, nous avons tous le même socle commun.

    Nous ne nous sentons pas humains. Nous avons des besoins, des désirs, qui ne correspondent pas au fait d'être humain. Nous avons le rêve, l'espoir fou, de pouvoir un jour, un instant, avoir enfin ce corps que nous devrions avoir. Nous ressentons des membres fantômes. Nous faisons des rêves, parfois lucides, parfois éveillés, parfois causés par la méditation, dans lesquels nous sommes enfin "nous", l'être non-humain que nous devrions être.

    Alors, pourquoi nous chamailler ? Au contraire, nous devrions nous serrer les coudes ! Partager plus de conseils sur comment en parler autour de nous, comment se sentir à l'aise malgré la dysphorie, comment réussir à s'intégrer dans une vie humaine tout en conservant notre particularité vivante. Comment se servir de l'identité non-humaine pour dépasser nos problèmes du quotidien, aller mieux, survivre, se dépasser soi-même, en deux mots, aller bien.
    Regardons ce qui nous rassemble et enterrons la hache de guerre.

    Alors oui, certains ont un point de vue 100% psychologique. Ils vivent au jour le jour, se focalisent sur leurs ressentis, n'hésitent pas à se remettre en question et à chercher ce qui leur convient le mieux.
    Apprenons de leur sagesse ! Vivons tous ainsi, à l'écoute de nous-mêmes, de nos besoins, de nos désirs. Osons aller chercher plus loin que le bout de notre museau, osons nous éloigner des sentiers battus pour être au plus près de nous-mêmes.

    Alors oui, certains ont un point de vue plus ésotérique. Ils sont à la recherche du passé et du futur, et pratiquent la méditation, entre autres.
    Tirons-en enseignement ! Osons nous poser nous aussi l'espace d'une demi-heure pour entrer en contact avec notre inconscient, pour nous détendre, pour nous sentir bien. Osons rêver lucidement à un monde parfait, dans lequel nous serions libres, sans artifices. Osons chercher une ligne narrative à ces rêves.

    Serrons-nous les coudes. Ayons la curiosité d'analyser les phénomènes qui se passent dans notre cerveau quand nous rêvons, quand nous nous identifions à un être non-humain. Cherchons en nous l'élément déclencheur, afin de mieux nous comprendre. Ayons la curiosité de nous poser pendant une demi-heure pour apaiser le conscient et laisser s'exprimer lucidement l'inconscient. Ayons la curiosité d'aller à la rencontre des parties cachées de notre esprit.
    Serrons-nous les coudes. Nous avons tant à apprendre les uns des autres, tant de manières d'être à l'écoute de nous-mêmes.

    Tant à partager.

    La vie est trop courte pour se chamailler.


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  • Mémoire et identité

    (note : dans le texte qui suit, le terme « otherkin » est synonyme de « personne à identité non-humaine » qu’elle soit trans-espèce, therian, were, système, ou toute autre étiquette qu’il soit possible d’imaginer)

     (note 2 : ces observations ont été faites sur un faible panel de personnes sur un forum francophone, avec tout ce que cela implique de biais d'observation)

     

    J’ai regardé le film Total Recall il y a pas longtemps, puis j’ai beaucoup réfléchi au sujet de l’importance – ou pas – de la mémoire dans l’identité non-humaine.

    J’ai ainsi identifié trois cas de figure dans lesquels je pense il est possible de « classer » la plupart des individus à identité non-humaine : ceux qui n’ont pas de souvenirs de vie.s antérieure.s, ce qui en ont très peu, et ceux qui en ont à la pelle. Et il se trouve que la quantité de souvenirs d’un.e non-humain.e est en corrélation presque parfaite avec sa manière de se vivre otherkin.

     

    Ceux qui n’ont pas de souvenirs de vie.s antérieure.s pour commencer, se vivent toujours de manière psychologique. Pour eux l’identité non-humaine provient de leur vie actuelle et a été forgée par celle-ci. Ce sont les souvenirs humains de leur vie humaine qui expliquent leur identité, par le proxy de modifications du fonctionnement cérébral. Dans ce lot nous allons trouver des gens souffrant de TOCs, de stress post-traumatisme, d’Asperger, de phobies, dysphorie du genre, et autres troubles du comportement et de l’humeur (bon on en trouve dans les autres groupes mais celui-ci est à ma connaissance constitué à 100% de personnes souffrant d’un trouble clinique). Pour ces personnes, l’identité non-humaine est une façon constructive d’expliquer leurs particularités ou de les relier entre elles, tout en offrant une porte ouverte pour pouvoir les vivre de manière non-traumatique. En effet il est constructif pour la psyché de se dire « j’ai peur des espaces ouverts ; je m’identifie à une créature vivant dans un terrier ; je vais donc me créer un « terrier portatif » pour m’y réfugier en cas de problème et réussir à affronter les espaces ouverts ». Alors que de se dire « j’ai peur des espaces ouverts ; j’ai une phobie ; je suis malade mentalement » est une manière de voir les choses plutôt dé-constructive et dégradante.

    Pour ceux qui vivent leur non-humanité de manière 100% psychologique, il n’y a pas besoin d’avoir des souvenirs de vie.s antérieure.s pour expliquer ou justifier ou renforcer ou maintenir l’identité non-humaine car elle fait partie de leur vie humaine, elle est la conséquence de leurs souvenirs humains. En fait nous pouvons presque dire que pour ces otherkins 100% psychologiques, l’identité est un assemblage de corps et de mental : le corps étant humain, l’identité est nécessairement partiellement humaine, et la formulation finale est « je suis un être humain s’identifiant à X ; je suis une personne-X ».

     

    A l’autre extrême nous trouvons des otherkins 100% spirituels avec beaucoup de souvenirs de vie.s antérieure.s – parfois assez pour remplir des années de journaux intimes sans se répéter. Pour eux, la mémoire est nécessaire à la construction et au maintien de l’identité non-humaine tout comme elle est nécessaire à la construction et au maintien de la part humaine de leur identité (celle avec laquelle ils.elles vont interagir avec le monde). Pour ces personnes, leur identité est strictement mentale ou plutôt *spirituelle*, car ils.elles expliquent ces souvenirs par une ou des vie.s antérieure.s et le principe de réincarnation. C’est une manière particulière de compartimenter l’identité otherkin (identité mentale / spirituelle) par rapport à l’identité humaine (masque de chair).

    Beaucoup diront que ces otherkins 100% spirituels avec des charrettes pleines de souvenirs non-humains, sont victimes du phénomène de « faux souvenirs ». Ce mécanisme est typiquement humain et il sert par exemple à remplir les « trous » de souvenirs réels afin de leur maintenir une cohérence. Ainsi des rêves, des histoires, des peurs, peuvent à force de remobilisation et d’oubli, se retrouver mélangés à la ligne temporelle vécue par le corps, afin de former une cohérence narrative. Mais les otherkins ont la particularité de n’avoir pas une ligne narrative, mais deux ou plus : une pour la vie humaine, et une ou plusieurs pour la ou les vie.s antérieure.s non-humaine.s. Chacune de ces lignes narratives va avoir sa propre cohérence, sa propre logique, et un rôle complémentaire dans la construction et le maintien de l’identité.

    Pour ce groupe d’otherkins, les souvenirs non-humains sont très importants. La perte du moindre d’entre eux va chambouler entièrement l’identité non-humaine et va pouvoir potentiellement entraîner des catastrophes psychologiques dans la vie humaine, physique, actuelle. Il est donc nécessaire et presque vital de conserver des traces écrites de tous ces souvenirs otherkins. Car, peu importe qu’ils soient une construction de l’esprit à partir de peurs, rêves, fantasmes et autres archétypes jungiens, ou bien de vrais souvenirs authentiquement hérités de vie.s antérieure.s. Ils sont, quel que soit leur processus de construction, nécessaires à la construction et au maintien de l’identité personnelle, tout autant voire même plus, que les souvenirs humains.

    Car la particularité d’un.e otherkin est que l’identité étant principalement voire entièrement non-humaine, ce sont tous les souvenirs, tous les sentiments, toutes les impressions non-humain.e.s qui vont être les plus importants pour le maintien de l’identité. Les souvenirs humains sont certes importants pour rester fonctionnel.le dans la société humaine, mais d’un point de vue psychologique, c’est la partie non-humaine de la psyché qui est la plus importante. Le maintien de la cohérence de cette identité non-humaine est vital pour le bien-être psychologique et toutes les méthodes seront bonnes à prendre pour les otherkins afin de maintenir cette cohérence et de renforcer ou d’augmenter les souvenirs non-humains, réels ou construits. Ainsi les otherkins spirituels vont beaucoup pratiquer les différentes techniques d’états modifiés de la conscience afin d’explorer et de « (re)découvrir » la mémoire « perdue ».

    Il est donc extrêmement important pour le bien-être psychologique de ces personnes, que vous ne remettiez pas en doute la véracité de ces souvenirs. Traitez ces données comme de vrais souvenirs, n’hésitez pas à poser des questions sur cette ou ces ligne.s narrative.s comme vous poseriez des questions sur la ligne narrative de la vie humaine. Même si la personne vous dit « je suis humain.e à présent et je dois vivre comme tel.le » surtout ne lui dites jamais que ces souvenirs sont faux ou pire, imaginés. Car ils sont tout aussi vitaux pour l’identité et le bien-être psychologique, que les souvenirs humains.

     

    Au milieu entre les deux, il y a les plus instables psychologiquement : ceux qui se sentent otherkin spirituellement, ou psychologiquement, ils ne sont pas forcément très sûrs mais le plus souvent c’est spirituel, et puis certains jours ils ne se sentent pas otherkin… Parce qu’ils n’ont pas de souvenirs ou presque. Par « instable psychologiquement » je veux dire que comme ils n’ont pas ou très peu de souvenirs d’existence.s non-humaine.s, leur identité personnelle est très fragile. Ce sont des personnes très mal dans leur peau que vous allez, si vous remettez en doute leur identité non-humaine, ou simplement si vous essayez de leur expliquer « pour leur bien » que « c’est juste psychologique », précipiter dans des abysses de désespoir. Car leur mémoire humaine, leur vie humaine, n’est pour eux qu’un passage – mais ils n’ont aucune ligne narrative forte et cohérente pour s’y accrocher en lieu et place de leur ligne narrative humaine ! Leur identité, qui est bien évidemment non-humaine, repose sur des bases très fragiles que le moindre doute va renverser.

    Ces personnes, je les encourage vivement à tenir un journal de leurs ressentis non-humains, de tous ces petits détails qui font que l’identité humaine « cloche » pour eux, et de construire autour une ligne narrative. De reconstruire leur.s vie.s antérieure.s non-humaine autour du moindre petit indice, quitte à corriger le tir au fur et à mesure que d’autres indices s’ajoutent. Tout en conservant bien sûr trace des premières conclusions.

    Un autre conseil que je leur donnerais serait de s’exprimer extensivement par l’art. En effet, l’art, quel qu’il soit, est une manière d’accéder à des souvenirs et des impressions enfoui.e.s en soi qu’on ne peut pas exprimer par des mots. Une manière de (re)construire sa.ses ligne.s narrative.s non-humaine.s et d’en garder trace. Une manière également de s’en entourer au quotidien, en éparpillant ces expressions artistiques autour de son lieu de vie. De s’entourer de rappels de son identité, c’est-à-dire, d’autant de bouées de sauvetage psychologiques (ou spirituelles) en cas de pépin, crise de doute, panique mentale. Après tout, tout le monde s’entoure de « souvenirs » de sa vie, pourquoi pas vous ? Au lieu de mettre sur votre bureau la photo des dernières vacances, utilisez un petit quelque chose vous rappelant qui vous êtres vraiment.

    N’ayez pas peur de vous y accrocher. C’est bon pour votre bien-être mental.

     

    L’identité est un processus en construction permanente, qui se base énormément sur la mémoire. Il est nécessaire de respecter les otherkins possédant un ou plusieurs narratif.s non-humain.s car ces souvenirs, qu’ils soient vrais ou faux, sont tout aussi vitaux pour le maintien de l’identité personnelle que les souvenirs que les humain.e.s ont de leur propre vie (là encore, qu’ils soient vrais ou faux…). Toutes les actions non-nocives pour la santé qui permettent de découvrir, de construire, reconstruire ou se rappeler des éléments de cette ligne narrative non-humaine, sont bonnes à prendre car très positives pour le bien-être mental et l’équilibre psychologique. Alors, à vos carnets, journaux, blogs, pinceaux, tablettes graphiques et tout ce que vous voulez. C’est bon pour vous.


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  • Otherkin = drama queen ?

    En allant voir de ci de là sur les forums, il y a une phrase qui revient souvent. Une phrase qui dit que tous les otherkins sont des drama queens et qu’ils passent leur temps à chouiner pour attirer l’attention.

    Ce genre de remarque a le don de me hérisser le poil du dos et de me mettre dans tous mes états.

    Que ça soit bien clair, les otherkins ne sont PAS des drama queens. Enfin, il y en a sans doute quelques-uns, comme partout, mais ce n’est PAS une généralité. Et la plupart, si pas tous, les otherkins qui sont accusés d’être des drama queens, sont en fait en dépression, ou ont simplement des vrais problèmes. Alors certes, les otherkins ont beaucoup plus de chances que les non-otherkins d’avoir des problèmes. Certains pensent que le fait d’avoir des problèmes va augmenter les chances de « réveil », d’autres vont plutôt considérer que le  fait d’avoir des problèmes augmente les chances de développer une identification non-humaine par un processus inconscient de sauvegarde psychologique.

    Disons le tout de bon : par rapport au reste de la population, les otherkins ont beaucoup, beaucoup plus de chances d’avoir eu une enfance pourrie, d’avoir des troubles psychologiques, d’être en dépression, ou transgenre ou Asperger ou des TOCs ou un stress post traumatique ou… bref la liste est longue.

    Dire que tous les otherkins sont des drama queens, cela revient à dire que les gens qui sont malades (dépression, TOCs etc) parce qu’ils ont eu une vie pourrie, sont des drama queens. Cela revient à traiter tous les enfants battus, violés, méprisés, insultés, souffrant d’Asperger, de drama queen. C’est un manque total de respect envers les personnes.

    Non, quelqu’un qui annonce qu’il.elle a encore tenté de se suicider n’est PAS un.e drama queen.

    Non, quelqu’un qui soupire parce que le stress post traumatique ou les phobies l’empêchent de vivre, n’est PAS une.e drama queen.

    Non, quelqu’un qui angoisse à cause d’une dysphorie, n’est PAS un.e drama queen.

    Les gens qui ont des problèmes ne sont PAS des drama queen !

    Je ne comprends pas la démarche des personnes qui insultent les gens à problèmes sous prétexte qu’ils ont des problèmes. Ça ne les aidera pas à aller mieux. Ça ne résoudra pas les soucis. Ça ne les soignera pas. Ça n’allègera pas leur fardeau. Au contraire, ça les détruit encore plus.

    Qu’ils n’aient pas envie d’écouter les problèmes des autres, ça se conçoit. Tout le monde n’en est pas capable. Mais que ces personnes pleines de haine n’aillent pas d’une main prêcher je ne sais quel discours d’amour et de tolérance, pour de l’autre insulter les gens qui ont besoin de cet amour et de cette tolérance.

    Mais je crois que le pire, c’est quand ils rajoutent « c’est pas une insulte, c’est la vérité ».


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  • D'où provient la conscience otherkin ?

    Biologiquement parlant il est logique de penser que ma conscience otherkin ne provient que de la configuration de mon cerveau. En effet lorsque le corps déraille, l'esprit déraille avec donc il est logique de penser que c'est le corps qui fait l'être. à ce sujet je vous renvoie vers cet excellent livre qui est un must-read : http://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Homme_qui_prenait_sa_femme_pour_un_chapeau

    Mais quid de la conscience ? Certes, pour cette vie je *suis* un corps humain animé par ma conscience (mon âme etc) mais après la mort du corps, quid de la conscience ?

    Quand on est otherkin type psychologique, on explique les souvenirs de vie.s antérieure.s et le sentiment de dysphorie d'espèce par des mécanismes psychologiques. On peut même aller jusqu'à dire que la conscience apparaît à la naissance et disparaît avec la mort en même temps que le corps, ça ne changera rien aux sentiments et expériences non-humains puisqu'ils s'expliquent psychologiquement.

     

    Quand on est otherkin de type spirituel, il y a nécessairement croyance en la survivance de l'âme et (ré)incarnation de celle-ci dans un corps qui devient maître et dirigeant de l'âme et de la conscience le temps d'une vie (principe de "si je te détruit une partie du cerveau ta conscience, ta personnalité en est affectée donc corps > esprit) même si certains souvenirs d'avant parviennent à imprégner le corps actuel alors qu'ils ne le devraient pas (causant le sentiment de dysphorie et les souvenirs qui ne sont pas issus de l'expérience vécue par le corps humain actuel).

    Donc un otherkin spirituel va avoir pour postulat que les souvenirs non-humains sont bien réels et personnels, issus soit d'une vie principale interrompue le temps d'une "visite dans un corps humain le temps d'une vie", soit d'une vie précédente non-humaine désormais achevée car le cycle continue. (ou n'importe quelle autre explication exotique, je n'ai cité que les deux plus souvent rencontrées)

     

    Nous n'avons aucun moyen de vérifier laquelle des deux hypothèses est la bonne. C'est donc au final une histoire de ressenti personnel.

     

    L'obtention de souvenirs non-humains non-personnels s'explique psychologiquement par les "faux souvenirs" http://fr.wikipedia.org/wiki/Faux_souvenirs ; http://fr.wikipedia.org/wiki/Faux_souvenirs_induits . Mais spirituellement, pourquoi nous retrouverions-nous avec des souvenirs d'évènements qui n'ont pas été vécus (dans des vies antérieures) par la conscience que nous avons ? Comment serait-ce possible ? Pourquoi pourrions-nous dire que ces souvenirs ne sont pas "les nôtres" ? Car si comme le disent certains philosophes asiatiques (bouddhisme zen je crois…) la conscience que nous avons revient à un "grand tout" avant d'aller habiter un autre corps, les souvenirs que cette conscience acquiert en retournant au "grand tout" sont bel et bien les siens puisque ce sont les souvenirs du "grand tout" dont la conscience a fait partie, que la conscience est redevenue, durant un moment.

    Et alors les consciences que nous sommes actuellement, soit-disant indépendantes, ne sont que des "bulles" dans la "rivière" de la "Grande Conscience Universelle" : la bulle n'est qu'une configuration d'entités supérieures, pas une entité en elle-même.

     

    Alors, d'où provient notre conscience ? Est-il vraiment nécessaire de choisir une seule explication ou est-il préférable de toutes les explorer l'une après l'autre sans vraiment choisir autrement que pour soi-même ?


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  • Mémoire et identité 2 : oublier l'éveil et être 'kin quand même 

    (note : cet article traite principalement des copingkin)

    Pour faire suite à mon article sur la mémoire et l'identité, voici un article traitant de ce qui peut arriver quand on perd la mémoire d'évènements qui ne sont pas à priori liés à l'identité non-humaine.

    Prenons le cas d'un personne, n'importe laquelle, qui est consciente de l'évènement traumatisant qui a amené l'éveil à une identité non-humaine. Mettons que cet évènement traumatisant occupe les 3/4 de l'énergie de pensée de cette personne. Bien entendu, le premier souhait qu'on a dans ces conditions, c'est de se débarrasser des souvenirs gênants et encombrants, pour ne garder que l'identité non-humaine. Jeter le pourri pour ne garder que le bon. Vider l'appartement encombré d'une mémoire toxique pour pouvoir enfin respirer et vivre.

    Il se trouve que c'est à la fois une bonne, et une mauvaise idée. C'est une bonne idée car cela va permettre enfin de vivre pour soi, en regardant vers l'avenir, sans plus se tourner vers un passé toxique. C'est une mauvaise idée, parce que quand on jette la partie pourrie d'une pomme qui est abîmée à 75%, ce qui reste n'est pas une pomme avec un morceau en moins, mais un morceau de pomme sain qu'on a enlevé d'une pomme presque complètement pourrie. Ou, pour reprendre la métaphore de l'appartement, l'identité otherkin était une projection des ombres des meubles qu'on vient d'enlever. Il ne reste après coup qu'un appartement vide et des ombres ténues. La grande ombre projetée qu'était l'identité otherkin, a disparu.

    Oui, pour conserver une identité otherkin il est nécessaire d'avoir une raison de se sentir non-humain. Dysphorie physique, dissociations ou shifts, rêves étranges, souvenirs désagréables liés à la nature humaine et poussant à ne pas se sentir humain, justement pour l'être un peu plus, pulsions qui ne sont pas socialement acceptables, sentiment de ne pas être à sa place. Si ces éléments manquent, les raisons d'être de l'identité non-humaine disparaissent et l'identité non-humaine s'effondre car elle n'est plus nécessaire. De même que le reste de la psyché s'effondre quand on retire l'identité non-humaine alors qu'elle est nécessaire.

    Je sais que dit comme ça, cela donne l'impression que l'identité non-humaine est une fuite de la réalité qui se passe à un niveau inconscient et tellement profond qu'elle vient avec tout un cortège de souffrance - ou plutôt, elle est poussée en avant par tout un cortège de souffrance. Ce sont les souffrances et les dysphories qui donnent des indices quant à la formation ou la découverte de l'identité non-humaine ; ce n'est pas le fait d'avoir une identité non-humaine qui cause les souffrances. En effet on parle d'éveil à l'identité non-humaine pour désigner la découverte ou la formation de cette identité en se basant sur les ressentis et les souffrances. Mais jamais on ne dit que se former une identité non-humaine cause des souffrances. C'est : souffrances en premier, déduction de l'identité non-humaine afin d'apaiser ou du moins de trouver un sens commun, une explication, à ces souffrances. L'inverse, formation de l'identité non-humaine, engendrement de souffrances associées, est considéré comme malsain, et ça l'est, car c'est une démarche consciente de marginalisation.

    Pour cette raison je ne ferai jamais confiance à quelqu'un qui m'annoncera qu'il.elle n'a commencé à souffrir de ne pas être humain.e qu'à partir du moment où il.elle s'est éveillé.e à une identité non-humaine.

    Revenons à notre exemple. Retirons les bases de l'éveil à l'identité non-humaine, et c'est tout un pan de l'édifice mental qu'on retire. Il n'y a pas d'effondrement, contrairement à ce qui se passe quand on retire l'identité non-humaine sans s'occuper de « soigner » les raisons de la formation de cette identité, mais il reste quand même un grand vide hébété. C'est quand même l'excision de trois quarts, sinon plus, des souvenirs et de l'identité. Et comme il ne reste aucune autre identité derrière, voilà notre ex-non-humain.e qui n'a plus d'identité du tout.

    Ou pas.

    Revenons à mon article sur la spiritualité en tant que besoin psychologique. Revenons à des concepts comme le totémisme et le daemonisme et le jeu de « à quel animal est-ce que je ressemble le plus ? ». Ces choses-là, demeurent. Ces choses-là existent même quand on retire tous les évènements traumatisants qui ont conduit à l'éveil non-humain.

    Une fois qu'on a retiré les 3/4 pourris de la pomme, ou vidé l'appartement de ses meubles, il reste quand même de la pomme et des murs. Les murs n'ont pas changé. La pomme reste de la pomme. La structure de base reste la même, c'est juste l'échelle qui a changé. C'est bizarre d'avoir un petit bout de pomme sain dans la main quand on avait l'habitude de tenir une énorme boule de pourriture. C'est bizarre de déambuler dans un appartement vide après qu'on ait jeté tous les déchets qu'il y avait dedans. Mais on s'habitue à l'un comme à l'autre. Car dans chacun des deux cas, ce qui reste, c'est l'essentiel. Des murs sains et protecteurs. Un bout de pomme délicieux et sucré. Un besoin d'identification et de spiritualité avec toutes les connaissances que l'on a déjà sur soi-même.

    Finalement, c'est juste un temps de réadaptation. Transformer le but de l'identité non-humaine. Passer de la survie, à autre chose. Comme le développement personnel.

    La vie continue, délestée de ses soucis.

    Il faut juste un temps d'adaptation pour apprendre à vivre sans bagages.


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  • Mais qu'est-ce que je fais ici ?

    La grande question des otherkins spirituels c'est : mais qu'est-ce que je fais ici ? Comment ai-je atterri dans ce corps humain, loin de mon monde natal ? Est-ce par accident ? L'ai-je désiré ? Ai-je été envoyé.e ici contre mon gré ? Et plus important : dois-je tenter de contacter mon peuple ou pas ?

    Et si je suis là par accident, est-ce durant le cycle des réincarnations qu'il s'est passé une erreur, ou est-ce une technologie ou magie de mon peuple qui a mal tourné ? Si je suis là à cause d'une erreur dans le cycle de réincarnations, je n'ai après tout pas trop à m'en faire. Mon peuple peut-être sait qu'il y a une erreur et veille sur moi de loin. Si je dois être contacté.e, mon peuple le fera, ou du moins mes ami.e.s proches et les membres de ma famille. Je n'ai pas à m'inquiéter. Et si mon peuple ne sait pas que je suis là, et ne me cherche pas, c'est qu'il considère que c'est normal de ne pas réintégrer de suite ses rangs et je suis en train de profiter de vacances impromptues. Qu'arriverait-il s'ils apprenaient que je suis là ? Peut-être m'arracheraient-ils de force à ce corps à un moment mal choisi, peut-être se contenteraient-ils de me dire bonjour. L'un dans l'autre, il n'y a pas à paniquer, je rentrerai à la maison. Et même si personne ne sait que je suis ici et qu'ils me cherchent sans me trouver, ce corps humain ne vivra pas pour toujours, il finira par mourir et moi, par réintégrer le cycle des réincarnations et via ce cycle, retrouver mon chez-moi. Vraiment, pas de quoi fouetter un chat. Je rentrerai de toute façon. Autant en profiter autant que je suis là.

    Si j'ai désiré me trouver ici, c'est une raison de plus pour bien en profiter. Dans ce cas, mon peuple sait où je suis et je n'ai pas à chercher à les contacter. Même si je m'ennuie ou que la vie a l'air dur, il y a des bons côtés qu'il est important de garder en mémoire. Il est important de tout comprendre et de tout se souvenir car c'est pour ça que je suis ici. J'aurais pu tomber bien pire que dans un endroit où j'ai assez de confort pour avoir un accès internet. Et si j'ai l'impression que cette vie est trop affreuse, je peux me consoler en me disant que ce n'est qu'une page pourrie dans le grand livre de toutes mes incarnations successives. Ça fera des histoires à raconter quand je serai sorti.e de la mouise, comme quand on rate un train ou que les vacances ont l'air ruinées par un imprévu. Sur le coup c'est pénible mais après, quand c'est loin derrière, on en rit, on en plaisante, et avec le temps on oublie. Je finirai bien par rentrer quand ça sera l'heure pour raconter les péripéties de mes nombreuses aventures.

    Et si par hasard je suis là parce que j'ai été envoyé.e, il est important que je reste ici pour mener ma mission à bien et que je me concentre sur cette vie humaine qui est le centre de ma mission ici. Envisageons par-dessus le marché qu'il soit possible, pire cas possible, que je sois là par punition. Est-ce une punition si terrible ? Je veux dire, je vis quand même dans une société où j'ai le confort basique : eau courante, chauffage, un toit sur la tête, de quoi manger. S'il m'arrive d'avoir des ennuis, je suis dans un pays où je peux avoir recours à la justice (bon c'est pas parfait mais ça marche au moins le minimum syndical non ?). J'ai également accès à la médecine, à la connaissance, aux loisirs. Même si mon travail est dur et stressant, j'ai la chance de vivre dans un pays en paix. De ne pas avoir été un enfant-soldat. D'avoir un revenu financier régulier. D'être capable de me soigner. Bref, pour une prison, un corps humain sur Terre c'est pas si mal.

    En définitive, quelle que soit la raison pour la quelle je suis ici, je rentrerai chez moi de toute façon quel que soi le moyen. Autant en profiter et m'amuser au maximum avant de rentrer.


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  • L'otherkin psychologique et la fin du trauma

    (note : cet article traite principalement des copingkins)

    Pour les besoins de ma petite rédaction, mettons qu'il existe deux types d'otherkin psychologique : ceux qui deviennent non-humain suite à un trauma, et ceux qui sont non-humains à cause de dysphories, de dissociations diverses (shifts), de troubles de la personnalité...

    Les seconds vont rester non-humains toute leur vie. En effet, la dysphorie et la dissociation sont des conditions fréquentes chez l'être humain. La plupart du temps il est aisé de vivre avec, dans le sens où il est possible de vivre avec malgré la souffrance que cela cause. Les médicaments peuvent aider, et seuls quelques cas extrêmes, pour lesquels la dysphorie et la dissociation proviennent de troubles plus profonds, vont être pris très lourdement en charge. C'est quelque chose avec quoi on vit, quelque chose qui fait partie de soi, et qui entraîne une identification non-humaine, et comme les troubles restent pour la vie entière, l'identité reste là aussi.

    Reprenons les premiers. Ceux qui sont devenus non-humains d'un jour à l'autre suite à un traumatisme violent. Pour eux, l'identité non-humaine a de fortes chances de prendre une des formes suivantes : "c'est parce que je suis non-humain.e que je souffre" ; "puisque les humains sont comme ça je suis forcément PAS humain.e" ; "je ne suis rien, je suis un animal, je ne suis pas humain.e" ; et autres formes toutes basées sur un dégoût ou un refus de l'humanité, car cette dernière est associée uniquement à des choses désagréables.

    Ces premiers ont besoin d'aide. Non pas parce qu'ils sont non-humains - au contraire, être non-humain est une béquille qui permet de les maintenir debout et en vie et qui allège la dépression et le stress post traumatique (j'ai dit allège, j'ai pas dit empêche ou efface) - mais parce qu'ils ont vécu un évènement traumatisant. Il est nécessaire, vital, que ces personnes soient prises en charge psychologiquement par rapport à l'évènement marquant. Malheureusement c'est très rarement le cas, la tendance des sociétés humaines étant honteusement d'étouffer l'affaire le plus possible, et d'oublier qu'il existe des moyens efficaces de soigner les gens. C'est tellement plus lucratif de vendre des médicaments et des séances de consultation pseudo-thérapeutiques pendant lesquelles on va détruire un peu plus la personne sous prétexte de vouloir l'aider ou la soigner. ça permet des revenus à long terme, peut-être sur toute la durée de vie du.a patient.e (jusqu'à son suicide...), alors que de soigner, si c'est bien fait, ça peut ne durer qu'un an ou deux.

    Mettons qu'un.e otherkin psychologique, après des années à être non-humain.e à cause d'un traumatisme, se mette à se soigner sérieusement, avec des gens compétents ayant pour but son rétablissement et non un gain d'argent. Dans ce cas, qu'arrive-t-il ? Que risque-t-il d'arriver ? Le trauma s'estompe, les dissociations et dysphories qui lui sont liées disparaissent. Toutes les raisons d'avoir une identité non-humaine sont effacées.

    Ne risque-t-on pas d'être à nouveau en phase avec son moi-humain, n'ayant plus besoin du moi-animal ? Ne risque-t-on pas d'oublier l'identité non-humaine, de l'enfermer dans l'album photo de son passé avec les posters des 2B3, d'Aqua et des Spice Girls ?
    Mais, est-ce un mal, vraiment ? De ne plus avoir à fuir son corps, de ne plus avoir à fuir sa vie, de retrouver la paix intérieure et de s'accepter enfin tel.le que l'on est ?
    Ou est-ce perdre un grand pan de son identité, comme le jour où on donne à Emmaüs ses robes lolita, ses sweat-shirts Slipknot et ses sarouels parce qu'on est embauché.e dans une entreprise qui exige un costume-tailleur tous les jours ?

    L'un ou l'autre ? L'autre ou l'un ? Quand on n'a strictement aucun besoin spirituel, il ne reste même pas ça pour vivre sa non-humanité, lorsqu'on est devenu non-humain suite à un trauma, et strictement suite à un trauma, et qu'il est possible de le soigner et de l'effacer. Lorsqu'il ne nous reste plus une once de dysphorie, pas un poil fantôme, pas la plus petite dissociation ni le plus petit shift, et qu'on n'a aucune croyance spirituelle accompagnant l'identité non-humaine, que devient le costume de l'animal ?
    Il va rejoindre les posters des Spices, d'Aqua et des 2B3 dans un des cartons du grenier. Il est là, mais tant qu'on n'en a plus l'utilité, il prend la poussière au grenier.
    C'est rassurant de savoir qu'il est encore là. Parce que, on ne sait jamais...

    ADDENDUM du 12 juin

    Par "trouble mental" j'entends "quelque chose qui est embêtant au quotidien et qui vient de la tête" par opposition à "trouble physique" qui peut être, avoir un pied plus grand que l'autre par exemple.
    Il est vrai que les psy définissent "trouble mental" comme étant un genre de "maladie" mais je fais la différence entre les deux. "Trouble" c'est ce qui dérange. "Maladie" c'est ce qu'il faut soigner. "Folie" c'est quand la personne ne peut plus vivre en société à cause du danger qu'elle représente et que les soins ne permettent pas d'enrayer.

    Une personne sujette à des crises de violence, mais qui est douce comme un agneau quand elle prend ses médicaments, est "malade" puisqu'il lui suffit de se "soigner" pour fonctionner dans la société. Une personne transsexuelle est "troublée" par son fonctionnement mental, mais elle n'est pas "malade" car elle n'a pas besoin de "soins" pour être bien.


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  • J'aime pas la confiture

    La confiture, ça dégouline et ça s'étale jusqu'à prendre plus de place que ça ne devrait. Comme pour remplir un vide. Ce n'est pas comme le thé bouillant qui déborde parce qu'il y en a trop, parce que la tasse ne peut plus le contenir.

    Quand on prend la communauté non-humaine, on peut la classer en trois groupes : les kikookins, les confiturekins, et les autres. Oui, j'aime bien classer dans des cases, même si au final tout le monde ne rentre pas dedans.

    Les kikookins on les repère facilement. C'est ceux qui commencent leur blog par "je suis otherkin lolilolz" pour ensuite s'étaler sur un tout autre sujet pour ensuite abandonner l'idée de non-humanité à brève ou moyenne échéance. Allo, soit tu parles de ton autre sujet, soit tu parles de ta non-humanité, mais utiliser la seconde pour vendre la première c'est aussi débile que si je mettais en avant que j'ai les cheveux auburn pour vendre mes critiques de cinéma. Ce sont deux sujets qui n'ont absolument rien à voir, tu comprends ?

    Comment peut-on se dire non-humain si tout ce qu'on a de non-humain c'est une étiquette, d'abord ? Adolescent.e qui lit ces lignes, sache que se sentir pas à sa place et pas dans le bon corps, quand on est adolescent.e, c'est NORMAL. Et ça ne fait pas de toi un.e otherkin. Il faut bien, bien d'autres choses, plus profondes, plus ancrées, depuis plus longtemps, pour que tu aies le droit d'utiliser l'étiquette de non-humain. Il faut, justement, que tu aies perdu ou qu'on t'ai arraché, ton humanité, au point qu'elle soit remplacée par autre chose.

    Les autres on les repère facilement aussi. Ce sont ceux qui s'étalent sur leurs ressentis et qui s'auto-analysent à tire-larigot. On ne les fais pas taire, et ils harcèlent les autres de questions du genre pourquoi, comment, mais pourquoi, mais comment, mais POURQUOI COMMENT ? (non non je ne vise personne ;) ) Ou alors, variante, ils sont tellement autre, tellement non-humain, qu'on n'en entend pas parler. La honte et/ou l'envie de discrétion, leur cloue le bec. On ne peut rien leur reprocher à part le fait d'être hyperconscient.e.s d'eux.elles-mêmes. Et un peu parfois, collants avec leur POURQUOI COMMENT.

    Et puis il y a les confiturekins. Ceux qui s'étalent. Ceux qui imposent leurs souvenirs, leur vision, aux autres. Ceux qui hurlent sur tous les toits qu'on leur doit respect et adoration parce qu'ils ont été, disent-ils, telle ou telle chose.

    Ont été.

    ONT ETE. Hello, c'est parti, salut, y'a plus que l'ombre qui reste mesdames messieurs ! Alors oui, ça fait des jolies histoires intéressantes à conserver et à analyser sous tous leurs angles. Mais, bon sang, ça ne donne aucun droit dans cette vie actuelle. Et certainement pas le droit d'être déplaisant avec les autres sous prétexte que "c'est comme ça, c'est mon kin-type". Sauf si "excuse bidon" est un kin-type, bien entendu.

    L'identité otherkin ne doit, en aucun cas, servir à se faire mousser. Si quelqu'un se fait mousser sous prétexte d'être otherkin, il y a anguille sous roche et ce n'est certainement pas un.e non-humain.e qui parle, mais plutôt un.e humain.e qui, consciemment ou inconsciemment, a endossé un masque luisant à paillettes, une petite étincelles pour faire joli et attirer le chaland.

    Ah mais, très cher.e confiturekin, être otherkin c'est comme un brasier brûlant : ça détruit à l'intérieur, ça dévore, ça fait mal, ça tire dans tous les sens, on ne sait pas trop, humain.e, pas humain.e, comment se comporter, vais-je supporter de jouer à l'humain.e sans me perdre moi-même ? Mais qu'est-ce que ça veut dire se perdre soi-même en faisant l'humain.e quand justement on est dans un corps humain ? Et quelle preuve ai-je pour affirmer que je ne suis pas humain.e à part mon manque d'humanité et des choses que je ressens dans mon corps et dans ma tête ? Et je fais quoi au milieu moi, je suis quoi, je suis un corps humain mais après mon âme mes ressentis mes souvenirs j'en fais quoi ? Je les classe aux archives avec la satisfaction de savoir que ça n'a pas disparu à-travers les réincarnations ? Je m'y accroche par manque d'humanité au risque de tourner en rond dans ma tête et dans mon corps ? Et est-ce que c'était bien moi avant ce dont je me souviens, ce que je ressens ? Je suis qui, je suis quoi, si je ne suis pas humain.e ?

    Petit.e confiturekin, quand on est otherkin, ça tourne encore et encore les questions, toute la vie, tant qu'on a pas réussi à retrouver ou accepter sa part d'humanité, à ranger aux archives ce qu'on n'est plus et qu'on ne sera peut-être plus jamais.

    Petit.e confiturekin qui prétend être en contact avec des êtres supérieurs pour le bien-être des autres, quand tu n'es pas toi-même un être supérieur. Petit.e confiturekin qui t'étales et te fais mousser pour être plus que ce que tu es, grimpant sur des échasses que tu fais passer pour tes jambes en passant sous silence qu'avoir des grandes jambes en vrai, ça fait mal et c'est désagréable. Petit.e confiturekin qui cherche à être le.a prophète de demain et à rassembler les gens autour de ta bonne parole. Petit.e confiturekin qui t'étale et dégouline de mièvrerie, je te gerbe.


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  • Être otherkin

    16 Haunted by one's own self

     

    (note : cet article parle des personnes otherkins qui ne parviennent pas à s'identifier en tant qu'autre chose qu'otherkin)

    Des fois j'ai l'impression que les gens ne comprennent pas ce que ça veut dire, être otherkin. Ils s'imaginent que faire trois rêves bizarres, et mordiller ses stylos, suffit à avoir le "seal of approval". Comme si être otherkin c'était rentrer dans un club cool.

    Ces gens là ne sauraient pas faire la différence entre "avoir un look emo" et "être en dépression". D'accord certaines personnes en dépression ont un look emo, mais le fait d'avoir le look ne signifie pas "être en dépression". Et le look emo ne rendra jamais le fait d'être en dépression, "cool". Être en dépression c'est pas un choix, c'est une vraie maladie, ça nous tombe dessus, on se débat, on veut pas, on sombre, on essaye de se suicider non pas pour "faire cool devant les copains" mais parce qu'on se sent mal. On le cache. La plupart du temps, on le cache. On hésite à reconnaître qu'on a besoin d'aller voir un psy, on refuse de prendre ses médicaments même si on sait que ça peut nous sauver la vie, on veut surtout pas que les gens nous voient dans cet état. On a honte. On a l'impression d'être fou.folle.

    Être otherkin c'est pareil. On ne va pas s'en vanter auprès des copains. On ne va pas en faire un mode de vie public - ou rarement en tout cas. On ne va pas coller sa photo en public sur un profil google+ en mettant à côté "je suis otherkin". Ceux qui font ça, vous pouvez être certain.e à 99% qu'ils ne sont PAS otherkin. En fait à chaque fois que vous voyez le mot "otherkin" quelque part, dans votre tête remplacez-le par une maladie mentale comme la dépression ou la schizophrénie ou Asperger. Et demandez-vous si des gens tiendraient les mêmes propos dans ces conditions. Demandez-vous si quelqu'un ayant Asperger dirait "voilà je suis Mona, fille, 15 ans, Asperger et je vais vous parler de MANGAS parce que les MANGAS c'est KOOL et que à cause d'Asperger je suis fan de mangas surtout ceux qui parlent de malades mentaux c'est trop KOOL !" en ne mentionnant plus nulle part le syndrome Asperger se tout le blog, et en ne parlant jamais des difficultés honteuses que ça entraîne. En ne parlant que des "difficultés" "cools" du genre "je suis trop concentré.e sur mes mangas à cause d'Asperger c'est duuuur j'aime trop les mangas à cause de ça !" ou bien "ouaiche comme j'ai Asperger je suis trop intelligent.e et les autres de ma classe ils me traitent de nerd !".

    Des pseudo-kins se comportent pourtant comme ça sur tout le Web. Et si VOUS vous comportez comme ça, je vais vous retrouver, et je vais vous faire effacer le mot otherkin de votre vocabulaire. Sérieusement. Parce que votre comportement est du plus profond irrespect.

    Il y a un type d'otherkin (therian etc.) qui se base uniquement sur les souvenirs d'au moins une vie antérieure non-humaine pour se définir. Or quand on se base uniquement sur des souvenirs, il faut faire attention à ne pas confondre "otherkin" et "vie antérieure".

    Je m'explique.

    Le phénomène d'avoir des souvenirs d'une vie antérieure, est assez répandu. La plupart du temps on se contente de le repousser comme un vieux vêtement usagé que c'était cool de le porter à un moment mais là, on est passé à autre chose. Et puis, il est difficile de faire la différence d'avec des faux souvenirs.

    Des fois ces souvenirs de vie.s antérieure.s sont tellement nombreux qu'il est possible de retracer toute l'histoire d'une vie entière. Là il devient délicat de dire si on est humain.e avec des souvenirs très complet, ou vraiment otherkin.

    La différence entre les deux est simple : quand on est vraiment otherkin, ces souvenirs sont aussi vivaces que si c'était hier. Toutes les émotions associées remontent, pas seulement la connaissance que les faits sont arrivés. On se souvient vividement de ce qu'on mangeait, du goût de la nourriture. De la fois où on a été tellement malade qu'on se vidait par les deux bouts. Des détails concernant l'hygiène ou les soins  médicaux. Des problèmes personnels qu'on avait.

    Les amis, les parents, la famille du temps d'avant nous manque comme si on venait juste de leur dire au-revoir à tout jamais. Comme s'ils venaient juste de mourir sous nos yeux. On se réveille la nuit au souvenir d'anciennes batailles, comme un vétéran de guerre - pas comme un simple cauchemar. Tout a une logique et les évènements se répètent toujours de la même façon. Si on essaye de changer quelque chose, d'imaginer que ça aurait pu se passer autrement, automatiquement on revient toujours à comment ça s'est passé vraiment. Impossible de modifier ces souvenirs-là, ils ne veulent pas se laisser faire. Comme tous les souvenirs de cette vie terrestre qui nous ont marqués.

    Les souvenirs reviennent par hasard, jamais quand on y réfléchi - ou si rarement ! Ils reviennent par association, comme la madeleine de Proust. On a des "trous" dans l'enchaînement des faits qu'on ne parvient pas à expliquer. On a des évènements qui ne semblent coller nulle part. Et un jour un flash, recolle deux bouts ensemble, comme la madeleine de Proust.

    On en souffre. On a l'impression de ne pas avoir bouclé sa vie d'avant, ou même d'être toujours celui qu'on était avant parce qu'on est sous forme humaine pour une raison. Punition, mission scientifique, les raisons sont nombreuses. On a du mal à s'intégrer parmi les humains à cause du poids des souvenirs. C'est ça, être otherkin. Ne pas réussir à s'intégrer non pas à cause des problèmes de la vie présente mais à cause du poids des souvenirs d'avant.

    Si le poids de vos souvenirs n'est pas assez lourd pour vous empêcher de vivre une vie humaine normale sans devoir vous forcer et en souffrir, alors vous n'êtes pas otherkin. Vous êtes humain.e avec des souvenirs d'une vie antérieure non-humaine. Et c'est tant mieux pour vous, car vous ne souffrez pas.

    Puis il y a ceux qui deviennent otherkin par déshumanisation. Viols, maltraitance, stigmatisation sociale, maladies, les raisons de la déshumanisation sont nombreuses. Le résultat est toujours le même : la personne n'est plus une personne.

    Une victime d'actes barbares est très souvent traitée comme un être inférieur par ses bourreaux. Par la parole, les humiliations, et la répétition d'actes comme l'interdiction de dire non, l'affirmation que la personne victime est mauvaise... la victime va se trouver reléguée au rang d'être inférieur à l'humain, non-humain, animal, objet. L'humanité de la victime, ce qui fait que la victime peut se considérer comme une personne humaine, est arraché. Il ne reste plus que ce que le.s bourreau.x ont décidé de ce que la victime serait. Origine du Mal, objet, animal, outil, esclave, chose qui doit se taire, bestiole soumise, rien du tout. La capacité d'être est enlevée. L'humanité est arrachée.

    Nul besoin pourtant de telles barbaries pour faire disparaître l'humanité de quelqu'un. Simplement pointer cette personne du doigt en disant "anormal" à répétition, tout le temps constamment, suffit pour arracher tout ou une partie de l'humanité. Détruire la personne. Enlever l'étiquette de "personne humaine" dans le sens de "quelqu'un d'humain" pour la remplacer par "personne" dans le sens "pas quelqu'un". Pas humain. Autre chose qu'humain.

    Malade, autiste, TOCs ? Pas humain. Transgenre, homosexuel.le ? Pas humain. Pas la bonne couleur de peau ? Pas humain. Pas le sexe que les parents voulaient avoir ? Pas humain.

    Arracher l'humain laisse la place à autre chose. Réveille une vie antérieure. Appelle à créer une autre identité à tout prix. Et ce simplement pour pouvoir exister, pour pouvoir se regarder dans le miroir et se dire "je suis quelque chose". Arrêter de se dire "je ne suis rien". Mais, cet "autre" n'est pas adapté au corps humain. Pas adapté à la situation sociale humaine. Cet "autre" sauve la vie, permet de tenir debout, mais cet "autre" isole. C'est pour ça qu'il y a les communautés otherkins. C'est pour ça que ces communautés sont diverses et variées. Parce que le seul point commun c'est la perte de l'humanité. Pas un choix idéologique. On ne choisit pas de perdre son humanité.

    Les comportements antisociaux que nous avons, ne sont pas à l'origine de notre non-humanité. Ils en sont la conséquence.

    Alors vous voyez, être non-humain ce n'est pas drôle. C'est beaucoup de souffrances.

    Développer une identité non-humaine, permet de conserver une identité et de résister aux conséquences de la déshumanisation. Cette identité peut servir de tremplin pour permettre une ré-humanisation, même partielle.

    L'un des mécanismes est de favoriser à nouveaux les comportements sociaux. En rassemblant les gens dans des communautés otherkins et en leur permettant de partager leurs ressentis, en favorisant les contacts entre les personnes, en encourageant l'expression artistique et l'expression tout court, en offrant une oreille attentive (dans la limite des stocks disponibles et de la gestion des problèmes personnels de chacun), en permettant de partager des techniques de relaxation, en valorisant les uns les autres, ces communautés participent à la ré-humanisation des non-humains. Même si c'est juste un tout petit peu. Même si c'est juste voir les côtés positifs de l'identité non-humaine et pas que les côtés négatifs. Même si c'est juste utiliser l'identité non-humaine pour se (ré)intégrer dans la société humaine.

    Ces communautés encouragent également les contacts interculturels et la confrontation (on l'espère respectueuse) d'idées, qui est également un mécanisme important de (ré)humanisation. Contrairement aux sectes qui elles vont détruire les personnes en prétendant faire l'inverse.

    Les communautés otherkins offrent une identité commune, aussi ténue soit-elle, aussi insignifiante pourrait-elle paraître. Simplement savoir qu'on partage cette particularité, "otherkin" ou "therian" ou quoi que ce soit, avec d'autres, soulage et allège la déshumanisation. Découvrir qu'on n'est pas cinglé.e, qu'on n'est pas seul.e, est un grand soulagement et réduit beaucoup les souffrances des personnes otherkins. Cela participe à la (ré)humanisation.

    Cette ré-humanisation est possible. Difficile, mais possible. Et elle ne retire pas tout ce que l'identité non-humaine a d'enrichissant pour la personne. Tout comme elle ne retire pas non plus le souvenir des souffrances associées. C'est un poids avec lequel on vit, comme on vit avec le poids d'avoir survécu à un cancer. (attention ça ne veut pas dire qu'être otherkin est une tare ou un cancer ; je veux dire que ça reste une souffrance et qu'il ne faut pas oublier que c'est avant tout une souffrance)

    En conclusion, être otherkin ce n'est ni cool ni une mode. C'est soit un moyen de survie contre la déshumanisation, soit un problème au niveau de la mémoire entre deux vies (ou au niveau de la formation de faux souvenirs). C'est la source de nombreuses souffrances au quotidien et ça ne doit pas être confondu avec le fait de se souvenir "comme ça en passant" de vie.s antérieure.s.

    Être otherkin, cela implique d'avoir besoin de la présence d'autres otherkins. Pour se sentir moins seul.e et avancer ensemble sur le chemin de l'intégration à l'humanité.

     

    ADDENDUM : cet article explore uniquement les non-humains n'ayant aucune autre identification possible que l'identification non humaine. D'autres addendums viendront sous la forme d'articles complémentaires

    Pour aller plus loin :

    Un exemple de processus de déshumanisation (cas du pervers narcissique)

    La déshumanisation par objectivation sexuelle : Partie 1 - Partie 2


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  • Avantages et inconvénients d'un daemon

    19 For your protection

    Beaucoup de personnes interprètent le daemon ou tulpa comme étant un ami imaginaire créé à l'âge adulte. Ce n'est pas exactement ça. L'ami imaginaire est entièrement contrôlé par la personne, alors que le tulpa ou daemon est plutôt une expression de l'inconscient, d'aspects profonds de la psyché. Il permet de mieux se connaître soi-même alors que l'ami imaginaire exprime plutôt les craintes, angoisses et attentes de la personne.

    Daemons autres tulpae sont mal acceptés dans le monde francophone alors qu'ils sont bien intégrés dans la culture anglo-saxonne. Nombreuses sont les oeuvres anglo-saxonnes à en parler, à aborder ce thème. Combien dans le monde francophone le font ? Non, ici où on parle français, on cache son ami imaginaire, son daemon, son tulpa, cette entité créée dans son esprit afin d'avoir un appui interne face au monde. Afin de ne pas avoir à dépendre des autres. Parce qu'on ne peut pas dépendre des autres.

    Les conversations qu'on a avec son daemon, permettent d'améliorer ses capacités à s'exprimer, permettent de mieux se connaître soi-même. D'être plus sain dans ses rapports avec soi-même. Contrairement à ce que les francophones et leur peur de la folie vous diront, ce n'est ni un trouble psychologique ni une tare. C'est une recherche de soi-même. Et comme toute activité, elle ne devient toxique que si elle empêche le fonctionnement social "normal" - aller à l'école, travailler, avoir des relations sociales avec des personnes physiques, etc.

    De plus, des études menées par des psychologues comme celle de Marjorie Taylor par exemple, montrent qu'un daemon, tulpa, etc. permet de mieux supporter les difficultés de la vie et d'avoir une meilleure résilience. Et ce, malgré la pression sociale qui veut, surtout dans le monde francophone, que ces êtres soient une tare, un enfantillage, quelque chose dont on doit avoir honte. Comme si on devait avoir honte d'être capable de garder la tête haute en cas de difficulté. Comme si on devait avoir honte de faire tout ce qui est en son pouvoir pour conserver un esprit sain dans ce monde de folie. C'est un peu comme si des borgnes moquaient une personne qui a deux yeux.

    Joly et Dupont prétendent que le daemon ou tulpa est créé à cause de carences affectives. Ce n'est pas toujours le cas. Certes les carences affectives peuvent mener à un besoin de discuter avec soi-même pour mieux comprendre ce qui ne va pas, mais ce n'est pas la seule raison. Il y a bien d'autres raisons. On peut être totalement bien intégré dans la société, et exprimer le besoin de forger un daemon ou tulpa afin de discuter avec soi-même dans les moments de doute, de peur, d'hésitation. C'est beaucoup plus logique que de demander conseil à une émanation de son propre esprit, qui par définition nous connaît mieux que personne, plutôt que de demander conseil à quelqu'un d'extérieur dont le point de vue personnel va se mêler aux conseils concernant sa connaissance de nous-même. En d'autres termes : on n'est jamais mieux servi que par soi-même.

    Le daemon ou tulpa n'est pas un délire psychotique. Ce n'est pas un trouble de l'affection. C'est une démarche réfléchie, dont le but est d'apprendre à mieux se connaître soi-même, de s'améliorer, de vaincre ses peurs, d'avancer dans la vie. C'est bien plus qu'un ami imaginaire : le daemon ne tient pas compagnie, il aide, il ordonne de suivre les règles, il pousse en avant dans la direction qu'on sait être la bonne mais qu'on a parfois du mal à aborder. Il offre l'aide qu'on ne demandera jamais parce qu'on ne peut pas demander à une personne physique d'être tout le temps derrière nous pour nous encourager à faire ses devoirs, faire le ménage, manger correctement, tenir tête aux gens qui nous manquent de respect, etc. Ce sont des choses que nous devons faire nous-mêmes. Et pour cela nous avons besoin d'une émanation de nous-même.

    C'est plus facile que de chercher à le faire soi-même, seul.e. Beaucoup plus facile. C'est le remède, pas la maladie. Le daemon permet de se dépasser. De sortir de sa coquille.

    Ecoutez votre daemon. C'est une force, un luxe, d'avoir quelqu'un à ses côtés quand ça va mal.

    Pour aller plus loin :

    http://www.madmoizelle.com/amis-imaginaires-temoignage-212642


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  • Le masque de l'animal

    (note : cet article parle des copingkins et des personnes déshumanisées)

    J'ai lu il y a peu un article de Georges Devereux, et j'ai commencé à me poser des questions sur les raisons qui poussent un.e otherkin à être déshumanisé.e et à réveiller une identité non-humaine pour se protéger, pour se bâtir, pour être - un masque à placer entre soi et le vide. Et j'ai aussi beaucoup réfléchi sur mes relations aux gens, par la même occasion. Sur le fait que j'ai des problèmes à identifier les gens, des problèmes à tisser des liens sociaux.

    L'identité otherkin, le masque animal, est un processus de résistance psychologique. Une résistance contre l'anéantissement. Une résistance contre la déshumanisation. Un moyen d'exister, d'être vivant, d'avoir une identité, d'être quelqu'un enfin, sans avoir à être… quelqu'un d'humain. En effet, quand un évènement nous retire notre identité, à fortiori, notre droit d'exister, il est nécessaire de se raccrocher à quelque chose pour ne pas sombrer. Cette chose, cet élément identitaire, ne peut en aucun cas être cette humanité, cette identité humaine, qu'on nous a retirée : nous adoptons, consciemment ou inconsciemment, le masque de l'animal.

    L'identité, nous dit Georges Devereux, est un enrichissement alors que la déshumanisation est un appauvrissement. Nulle surprise alors de voir des gens auxquels on arrache un morceau d'eux-même, combler ce "trou", consciemment ou inconsciemment, en réveillant quelque chose d'autre, quelque chose de non-humain, en eux. Ce qu'on arrache à quelqu'un, ce qu'une personne perd, ce qui appauvrit quelqu'un, peut être la perte de l'innocence, la perte ou la non-acquisition d'un droit, la mise à l'écart, la stigmatisation, une maladie... Suivant les personnes, ces évènements vont, ou pas, avoir un contrecoup sur a notion d'identité. Tout dépend de l'âge de la personne, de sa culture, de son environnement, et de la manière dont son psychisme se construit.

    L'otherkin n'est plus en phase avec la société à cause de cette perte identitaire ; un masque non-humain est nécessaire pour se sentir le droit d'exister, mais il ne va pas nécessairement permettre d'interactions sociales. En effet, pour pouvoir interagir avec les humains, il est nécessaire de pouvoir se mettre à leur place. Plus l'otherkin est déshumanisé, plus le masque animal sera épais, moins les interactions sociales seront aisées. 

    Ce n'est pas qu'un problème de se mettre à la place des autres - c'est aussi un problème de reconnaître que l'autre est identique à soi-même. Or l'otherkin a été à un moment ou à un autre, suffisamment blessé par les humains pour se considérer autre qu'humain, pour considérer les humains autres que lui.elle. Le masque sert à protéger l'otherkin de ces gens qui sont autres, car blessants. S'ils sont autres, s'ils sont différents de l'otherkin, alors l'otherkin se sent moins concerné.e par les attaques, car décalé.e - mais en même temps les attaques répétées renforcent la déshumanisation otherkin et donc, l'identification non-humaine, puisque l'otherkin ne peut pas être identique à ces humains qui l'attaquent et le repoussent.

    Ce refus otherkin de considérer les humains comme identiques à soi-même, permet à l'otherkin d'être incompréhensible pour les humains, car autre. Corollaire : les humains sont incompréhensibles pour l'otherkin, car autre. Les deux vont de pair. Ainsi les otherkins sont souvent en marge de la société, d'une façon ou d'une autre : phobies sociales, cultures marginales, difficultés à être empathique avec les "gens normaux", ou, ce que je vis, difficultés à se lier avec les gens, à les reconnaître, à se souvenir de leur visages et de leur nom, à comprendre l'importance des liens sociaux, à voir l' "humain" censé encadrer le "technique".

    En effet, si l'otherkin comprenait les humains, cela signifierait que l'otherkin est identique à l'humain, donc, que l'otherkin pourrait être compris par l'humain, et en conséquence, que l'humain pourrait comprendre et connaître les failles et les sensibilités de l'otherkin.

    Et ça, c'est inacceptable.

    En tant qu'otherkin, être déshumanisé auquel on a arraché en partie son coeur humain, être marginal terré dans et appuyé uniquement sur un masque animal lui servant d'unique structure identitaire, être blessé voire traumatisé par les humains, il est inacceptable de laisser à cet ennemi la possibilité d'être compris, il est inacceptable de montrer ses vulnérabilités à cet ennemi. Le masque animal est une forteresse contre les cruautés du monde. Le masque animal est la seule structure qui ait pu tenir l'otherkin debout à-travers les épreuves. Le masque animal est la seule ligne de défense contre l'humanité.

    Non, l'otherkin n'est pas humain, car les humains sont cruels. Non, l'otherkin n'est pas humain, car les humains le repoussent et le disent "autre". Non, l'otherkin n'est pas humain, pour ne pas être vulnérable. Pour ne pas être compris. Pour pouvoir rester à l'abri derrière le masque animal. Pour pouvoir rester soi-même et ne pas être changé par le monde.

    Derrière le masque animal, l'otherkin est à l'abri. Personne ne peut l'atteindre. Personne ne peut comprendre comment il.elle fonctionne et donc, personne ne peut chercher à le.la changer. L'otherkin a enfin la possibilité d'être quelqu'un, d'être un individu complètement indépendant et individuel. Pas le jouet d'un.e agresseur.se. Pas un objet de haine et de dégoût. Pas la compensation narcissique d'un.e partent.e. Pas un morceau de viande. Pas un.e enfant apeuré.e et délaissé.e. Pas une chose. Quelqu'un à part entière. Quelqu'un dont personne ne possède le manuel et que personne ne peut contrôler. Quelqu'un d'indépendant. 

    Payer cette indépendance de son humanité en miettes, de son humanité arrachée et foulée aux pieds, ce n'est pas cher payé, n'est-ce pas ? De toute façon le masque animal est là pour offrir le support, le soutien, l'identification, la ligne de défense nécessaire à conserver l'existence et l'individualité. C'est une base stable pour se construire.

    J'ai pu voir une otherkin incapable de stabiliser son identification plus de quelques semaines. Cette personne souffre de la peur de voir sa vie être contrôlée. Elle refuse même de se comprendre elle-même, afin de ne pas, par mégarde, tendre le bâton pour se faire battre. Elle se cherche, semble se trouver, mais peu de temps après, son identification change. Elle a besoin d'une identification stable, d'un masque solide pour s'y appuyer et se protéger, mais une autre partie d'elle continue de fuir le danger qui lui a fait perdre son humanité. Il ne lui reste que sa non-humanité pour exister, pour être quelqu'un. Si cette non-humanité reste stable suffisamment longtemps pour permettre à d'autres de la comprendre, alors elle perd l'effet salvateur de sa non-humanité. Plus son stress est grand, plus sa non-humanité est instable, complexe, insaisissable.

    L'otherkin, bien entendu, paraît normal aux yeux du monde. Les humains voient les problèmes sous-jacents liés à la non-humanité, les humains voient les conséquences de la déshumanisation, les humains voient les causes de la déshumanisation, mais les humains ne voient jamais le masque de l'animal. Sauf les quelques humains suffisamment proches pour perdre aux yeux de l'otherkin le statut d'humain, et gagner un statut à part, un statut différent. Ce ne sont plus des humains. Ce sont toujours des gens, mais plus des humains, ils ne font plus partie de la masse aux yeux de l'otherkin. 

    J'ai beaucoup de mal à cause de ça à appréhender les gens qui ouvertement mettent sur leur page Facebook ou leur profil Google+, leur photo, leur nom complet (pas un pseudo !) et "je suis otherkin" à côté. Vraiment, j'ai du mal à comprendre. Est-ce un moyen de dire à la face du monde "oh regardez, je suis différent.e, vous ne pouvez pas me comprendre, donc vous ne pouvez pas m'atteindre" ? Est-ce une sorte de manière d'être unique et accepté.e tel.le quel.le ? Une tentative de prétendre être normal.e ? Un refus de considérer le centre même du problème, d'affronter en face la raison d'être otherkin, la raison d’existence du masque ? Enfin, je me pose la question surtout parce que les seuls otherkins que je connaisse qui exhibent leur otherkinité au quotidien, le font par appât du gain, que ce soit par gain de position sociale ou par gain d'argent. Je ne connais pour le moment personne qui s'affiche ouvertement otherkin dans son quotidien, comme si c'était aussi anodin que d'afficher sa sexualité ou ses croyances religieuses. Mais peut-être que c'est une question de culture.

    Une autre chose qui peut être intéressante de noter par rapport à ce masque animal, c'est qu'il permet une continuité de l'identité dans le temps. Cela permet donc à l'otherkin de se détacher de tous les éléments non-désirables dans la construction de son identité, tout en conservant une identité et une individualité. Moi par exemple, ça me permet de me définir comme étant "une licorne", "un qilin", "un xiniu", "une Archive", au lieu de la liste à la Prévert de malheurs qui me sont arrivés. Ces traumas, ce n'est pas moi. La licorne, c'est moi. Je peux exister à-travers le temps de manière continue, et abandonner en chemin les pièces pourries.  J'ai la structure, je n'ai pas besoin du remplissage de la vie pseudo-humaine que je mène en arrière-plan. Je suis une licorne, point barre. Tout le reste n'est que remplissage.

    Il y a une dimension de dissociation dans tout ça. De dissociation par rapport à ce qui fait qu'on est humain.e. Ce qui fait que les autres humain.e.s pourraient me comprendre et donc, ce mettre à mon niveau et m'atteindre. Non, je ne suis pas humaine. Les humains font peur. Les humains violent. Les humains frappent. Les humains insultent. Les humains humilient. Les humains terrorisent. Les humains tripotent là où ils faut pas. Les humains me traitent comme un jouet ou un objet. Je ne suis pas un humain, je suis une licorne.

    Parce que c'est aberrant de croire que des humains traiteraient un de leurs semblables de cette manière. Parce que je n'ai jamais eu le droit d'être humain. Et parce que je ne supporte pas l'idée de faire partie de la même espèce que mes bourreaux, que ces êtres qui me terrorisent.

    On ne peut pas avoir la phobie de soi-même, alors, on devient autre.

    Bon, je sais, ce petit texte part un peu dans tous les sens, mais je voulais vous partager quelques réflexions que j'ai eues par rapport à la vulnérabilité causée par le fait de s'identifier à l'autre, ou d'identifier l'autre à soi-même. Après tout, le seul moyen qu'ont trouvé les humains pour se faire la guerre et se tuer les uns les autres, c'est de traiter l'ennemi comme un objet. Pour l'otherkin, l'ennemi a mille visage, l'otherkin n'est pas un objet, donc, l'otherkin est un être non-humain. Le masque d'un animal.


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  • Autobiographie d'un épouvantail

    On m'a offert un livre de Boris Cyrulnik, nommé Autobiographie d'un épouvantail. C'est un livre très intéressant, qui aborde entre autres la nécessité de créer un récit autour de sa vie, autour de ses traumas, pour pouvoir les intégrer et les surmonter. Il parle aussi de la nécessité de se construire une "chimère" de ses souvenirs, pour pouvoir se définir en un instant donné.

    Je pense qu'il y a de ça dans l'éveil d'une identité otherkin, surtout lorsqu'elle s'accompagne de l'éveil d'une vie antérieure. Le besoin de transfigurer les évènements de la vie présente en une sorte de conte pour les apprivoiser. Mais également le besoin de pouvoir exister dans le temps, d'avoir une histoire à raconter sur soi, d'avoir des évènements passés pour expliquer comment on est aujourd'hui. 

    Quand la vie de maintenant est trop douloureuse ou trop vide, quand on n'a pas d'histoire pour nous permettre d'exister, les vies antérieures viennent à notre secours.

    ...Je vous dirai plus tard ce que j'ai pu réfléchir à ce sujet au fur et à mesure de ma lecture.


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  • Autobiographie d'un épouvantail 2

    (note : ma réflexion tourne autour des copingkin)

    Je continue ma réflexion au fil du livre entamé hier.

    L'auteur souligne l'importance de mettre des mots, et des récits, sur les choses de notre vie que nous ne comprenons pas. Il y a de ça dans l'identité non-humaine, je pense. Que ça soient les shifts, les membres fantômes, les souvenirs de vies antérieures, les ressentis "anormaux", tout cela prend sens quand on l'enveloppe du récit de l'identité otherkin. Je sens des choses bizarres sur mes bras : je suis une chauve-souris. Je grogne en bavant et en me balançant quand je suis en stress : je suis un ours. Je sursaute au moindre bruit : je suis une gazelle. Tout prend sens dans le récit.

    Ce récit peut être très élaboré pour certaines personnes, ou une "simple" enveloppe animale pour d'autres. Cela dépend du niveau de ressenti de chacun.e, cela dépend de la vie menée par chacun.e, cela dépend des sensibilités de chacun.e, cela dépend du comportement de l'entourage aussi, ainsi que du niveau auquel se déroule et s'élabore ce récit, conscient ou inconscient ou tout mélange des deux qu'il est possible d'imaginer. Les effets traumatiques ont plus tendance à se développer chez les personnes qui n'ont pas l'occasion de mettre des mots sur leurs maux, soit qu'on leur demande de se taire et que ça va passer, soit que l'entourage soit entièrement exclusif. Laisse-le, il est débile, il est autiste. Regarde, revoilà le pédé. Ta gueule, ce qui se passe à l'école ne m'intéresse pas. Toutes ces exclusions vont préparer le terrain au développement de l'identité non-humaine comme moyen de surmonter l'épreuve.

    Dans les cas les plus extrêmes chez les otherkins spirituels qui développent, réveillent et se rappellent des récits entiers d'une vie trépidante - ou non - mais le plus souvent, une vie dans laquelle ils sont quelqu'un de très spécial, ce récit permet de reprendre en main son existence. De redevenir le héro ou l'héroïne de sa propre histoire. De (re)gagner le contrôle sur son monde. 

    Mais il y a de l'irrationnel dans l'otherkin, de l'irrationnel qui fait écho au trauma vécu. Trauma de la guerre, trauma d'une agression, trauma d'un mensonge, trauma de ne pas être intégré à la société, trauma d'une maladie stigmatisée, trauma de la honte... Il ne faut pas oublier que la réponse de l'esprit n'est pas nécessairement proportionnelle au stimulus. 

    L'irrationnel permet de surmonter la peur au quotidien, permet de surmonter le trauma qui s'étend. Situation familiale instable, stigmatisation sociale, l'identité non-humaine offre tout en même temps un refuge et une explication et un espoir pour le futur également. Tout cela n'a pas d'importance, quand je mourrai je rentrerai au pays des licornes et je ne souffrirai plus. Je vais tenir bon, je suis envoyé par mon peuple pour sonder cette planète, ils vont revenir me chercher. L'angoisse de la mort, la peur de l'agression, la crainte de la stigmatisation, pèsent moins lourd quand on les regarde à-travers les trous du masque d'un animal. On ne se sent plus mal en société parce que la société n'a pas su nous intégrer, mais parce qu'on est un animal, fait pour vivre avec d'autres animaux semblables et pas avec des humains. Tout prend sens.

    Tout prend sens surtout quand on n'a pas pu, pas su, pas eu l'occasion de se reprendre en main après le trauma, l'agression. Tout prend sens quand l'absence d'aide à agir contre le trauma, dépersonnalise et déshumanise. On n'est plus une victime : on est un animal. On n'est plus malade : on est un animal. On n'est plus rejeté de la société : on est autre, on rejette la société, on refuse la société qui nous est refusée. On est acteur.trice de ce qui nous arrive au lieu de subir.

    L'identité non-humaine est là quand il n'y a plus personne. L'identité non-humaine est là quand les gens autour ne savent pas comment réagir, quand ils préfèrent prétendre qu'il n'y a rien, quand ils s'imaginent qu'il suffit d'ordonner d'aller bien pour que tout aille bien, quand les gens s'imagine que le temps guérit tout. C'est pas le temps qui guérit : ce sont les gens autour qui permettent de se reconstruire. En l'absence de gens autour, on se drape dans la peau d'un animal et on réveille des vies antérieures. C'est une carapace mais aussi une prison.

    La pire chose c'est quand même quand la souffrance est infligée par celui ou celle qu'auparavant on considérait comme son semblable, aimable et aimé. Le voisin, le membre de la famille. Qu'est-ce qui a poussé, qu'est-ce qui pousse à l'agression ? Pourquoi un.e humain.e s'en prendrait-il.elle à un.e autre humain.e ? Ca n'a pas de sens. En plus nous savons pertinemment qu'il est impossible de blesser celui ou celle qu'on regarde comme son semblable. Donc, si on a été blessé, c'est qu'on est pas un.e semblable. On est une cible d'agression, insultes ou coups ou autres, on perd son humanité, sa personne humaine, peu à peu, et on s'appuie sur le masque animal. Comme le souligne l'auteur, plus l'évènement est interhumain, intentionnel, persistant dans le temps, et se répète, plus son effet est fort. Pas étonnant de constater que parmi les otherkins que je connais, les spirituels sont ceux qui ont vécu dans la panade familiale durant toute leur vie - et continuent pour certains de vivre dans cette panade - alors que les psychologiques font face à des problèmes plus ponctuels, ou moins intenses pour eux. (il s'agit bien sûr uniquement des quelques observations que j'ai faites ; tout contre-exemple argumenté détaillé sera le bienvenu)

    Parmi les effets d'évènements négatifs marquants on peut noter, la dissociation, et la fragmentation corporelle. C'est-à-dire qu'on ne perçoit plus correctement son propre corps, au point d'avoir l'impression que des morceaux ne sont pas "soi" ou ne sont pas correctement placés.

    Et puis il y a l'explication par les forces occultes, l'attachement à la magie, qui accompagne les survivants d'un trauma. Et devinez quoi ? Plein, plein d'otherkins sont attachés à la magie et la pratiquent. C'est un moyen après tout de reprendre sa vie en mains.

    ~Coïncidence rigolote, mais qui n'en est peut-être pas une~

    L'identité non-humaine serait-elle une forme de résilience ? Ou un autre phénomène, strictement défensif ? C'est à voir, car elle peut commencer comme le second et évoluer vers le premier, suivant la relation que l'on peut avoir avec son identité non-humaine. Tout comme elle peut devenir très perverse aussi. Ca dépend des personnes. Pour certaines personnes j'ai pu observer que ça menait à un élitisme très malsain. Mais enfin, nous verrons ce que l'auteur en dit dans les prochains chapitres...


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  • Autobiographie d'un épouvantail 3

    (note : ma réflexion tourne principalement autour des copingkin)

    Je continue ma lecture du livre de Boris Cyrulnik.

    Le psychisme, nous dit Cyrulnik, a horreur du vide. Il a besoin de donner au monde une forme cohérente, aussi délirante soit-elle. Pour certain.e.s, cette forme est une identification non-humaine, une mission à remplir, un but transcendant à cette existence terrestre. Quelque chose de plus, quelque chose d'autre. Quelque chose pour expliquer le vide et le malheur. Quelque chose pour donner une forme à la maladie. Quelque chose de logique, une sorte de théorie unifiée de l'identité.

    Dans cette optique, certains non-humains tombent dans l'excès. Ils se referment. Seul leur propre monde existe, tous les autres autour ont tort. Seul leur propre personne a raison, tous les autres autour ne sont que du décor, des jouets, ou tout autre préjugé inaltérable ancré bien profond dans la mentalité.

    C'est le pire chemin que puisse emprunter un non-humain. C'est le chemin des terroristes, des extrémistes, des racistes, de toutes les personnes remplies de haine pour une autre catégorie de personnes qui soit disant ne mériteraient pas de vivre. Beaucoup d'otherkins font preuve de "racisme" envers la totalité des humains. Certains vont jusqu'à refuser de partager leur vie avec quelqu'un.e qui ne soit pas otherkin. Ils plongent dans l'élitisme, et décrètent que certaines catégories d'otherkin valent mieux que les autres. Ils rient et se moquent de ceux et celles qui incluent leurs TOCs et autres "maladies mentales" à leur identité non-humaine en leur disant d'aller voir un psy et d'arrêter de se prendre pour ce qu'ils ne sont pas. Je pense au contraire qu'une personne-animale qui a formé son identité autour de ses comportements non-humains déclenchés par une "maladie mentale" a plus de légitimité qu'un.e ado assurant être un dragon juste parce qu'il.elle a mauvais caractère, comme les dragons, et a fait un rêve à propos de dragons.

    L'otherkin peut avoir des soucis à se différencier des autres humains, au point d'avoir besoin de développer une identité non-humaine afin d'acquérir une identité personnelle, une personnalité, des frontières entre soi et les autres. Cela est notable en particulier chez les otherkins qui ont vécu un évènement stressant sur le long terme, les amenant à sursauter au moindre bruit, à chercher l'ennemi partout. Le stress constant, en acculant la mémoire, la force à se réorganiser, à reformuler une autre vue, un autre moi. Une réalité non-humaine.

    Lorsqu'on est prisonnier.e dans un monde insensé, la moindre logique est comme une bouée de sauvetage. L'important n'est pas que cela soit réel, mais que cela soit logique et que cela explique tout ce qui pourrait paraître inexplicable autrement. Une agression, un malheur, un stress constant, une maladie, une incapacité de s'accorder à l'ordre social, tout cela prend sens si on n'est pas humain.e à l'intérieur. Dissociations, dépersonnalisations, inhibitions émotionnelles, s'expliquent par les particularités de l'identité non-humaine. Problèmes neurologiques, membres fantômes, proviennent de cette forme non-humaine. Tout prend sens. Toutes les pièces s'accordent dans ce grand puzzle qui enfin offre une logique inespérée dans une existence chaotique et sans support.

    Parfois, c'est l'inverse. Une vie trop vide, creuse, attire aussi une identité non-humaine comme une transfiguration permettant finalement de mettre un sens à un avenir déjà tracé et sans goût. Le point commun reste la difficulté d'exister, sous le poids de trop de souffrance ou dans une vie trop vide et trop engourdie. L'otherkisme offre enfin une existence.

    Mais ce mécanisme de défense bascule dans la perversion lorsque l'otherkin n'existe plus que pour lui.elle-même. Lorsque l'otherkin est le seul "je" de son monde et que le reste autour se mélange dans un "on" impersonnel. Être otherkin n'est pas mauvais en soi, tant qu'un contact respectueux est gardé avec le reste du monde. Dès que l'otherkin bascule dans l'élitisme, se replie sur lui.elle-même en se plaçant comme seul point de référence pour lui.elle-même comme pour les autres, là l'otherkisme devient perversion. L'identité non-humaine devient destructrice et auto-destructrice. Elle coupe du monde au lieu de redonner la confiance nécessaire pour aller vers le monde.

    Dans la série des otherkismes négatifs se trouve celui qui a été développé dans le seul but de permettre d'affronter une situation donnée et répétée dans le temps, durant des années et des années. Dans ce cas l'otherkisme se rapproche du mécanisme d’hyper-adaptation, qui permet certes de vivre ou plutôt, survivre dans une situation donnée, mais rend complètement incapable, handicapé, dans des situations "normales" ou plutôt, habituelles au reste du monde. J'en suis un exemple : je suis hyper-adapté à faire face à des personnes en colère, à des personnes qu'il faut absolument servir, auxquelles il faut se soumettre sous peine de coups, et je suis devenu incapable de déchiffrer les autres émotions humaines comme l'attention, la perte d'attention, l'ennui, l'intérêt, la joie, la surprise... Et je suis incapable de réfléchir à développer des choses moi-même lorsque d'autres personnes sont touchées par mes décisions. Dans mon travail, je cherche absolument à déchiffrer ce que les autres attendent de moi au lieu de chercher à développer ma propre voie. Je suis hyper-adapté à servir et handicapé lorsque je dois improviser dans mon travail pour les autres. Ma licorne est faite pour survivre face à des situations de maltraitance ; elle ne sait pas (encore) lever la tête et frapper du pied pour faire entendre des idées originales.

    L'angoisse constante, le stress répété, ou post-traumatique, font se refermer comme une huître masochiste. Viennent ensuite la création d'un monde intérieur pour peupler le vide, les comportements animaux comme se lécher ou se balancer, les automutilations, les compulsions de toutes sortes. Ces comportements se retrouvent chez certains non-humains et sont intégrés en tant que composants de l'identité non-humaine. 

    La solitude est une des composantes qui mènent à l'apparition d'une identité non-humaine. La solitude est terrible. La solitude empêche d'avoir le soutien qui permettrait une ré-humanisation, une re-personnalisation. La solitude détruit, déshumanise, dépersonnifie. La solitude entraîne elle aussi un repliement sur soi-même, l'apparition de comportements compulsifs et auto-destructeurs, et la constitution d'un monde intérieur contrecarrant le vide autour. 

    C'est très important, d'avoir un monde intérieur, d'avoir une identité, une raison de vivre indépendant.e.s des circonstances extérieures. Ainsi on n'est plus tributaire des autres pour être heureux.se : on ne dépend plus que de soi-même. Dans ce monde réel où l'autre est source de souffrance, le soi devient la seule source de bonheur, de sens, de logique. Une source indépendante de l'extérieur. Une source qui peut exister dans n'importe quel environnement. Un point d'appui, un refuge, pour exister, peut-être vivre, sans avoir à souffrir de la présence de cet autre traumatisant et angoissant. Un être non-humain, qui n'a plus besoin des humains pour vivre. Un.e otherkin qui a son propre sens, son propre monde, sa propre vie, loin de ce quotidien de solitude et d'angoisse. Loin des terribles humains.

    L'otherkin, en étant non-humain.e, se protège ainsi d'une part de l'angoisse issue des autres, mais aussi du désespoir de la solitude, quand rien ne vient des autres. Muettement passif.ve à l'extérieur, mais incroyablement vivant.e à l'intérieur, l'otherkin affronte toutes les situations en se protégeant de son mieux contre la folie et le vide. Entre "la culpabilité de vivre et l'angoisse de rencontrer", l'otherkin se donne une nouvelle raison d'exister, et une carapace contre les autres. Mais cette carapace peut isoler les otherkins qui se replient sur eux-mêmes au point de devenir élitistes...

    Il y a de l'esprit de sacrifice dans l'otherkin qui n'est pas élitiste. Ce sont là les deux voies extrêmes possibles quand on affronte l'angoisse : se replier sur soi-même, ne penser qu'à soi, devenir narcissique et élitiste ; ou se sacrifier pour pouvoir être enfin aimé.e, devenir souffre-douleur de la meute, être l'envoyé.e sacrifié.e par son peuple pour remplir un but plus grand. Devenir une éternelle victime, afin d'avoir un rôle à jouer pour les autres, afin d'exister pour les autres.

    Ces deux lignes de conduite, le narcissisme et l'auto-victimisation masochiste, sont des mécanismes de "coping" face à un trauma, à une angoisse, mais elles ne permettent pas d'aller au-delà de l'angoisse, de transcender le trauma. De redevenir une personne humaine au sein d'une société humaine. La souffrance est une preuve d'existence, mais il n'est nullement nécessaire de souffrir pour exister. Tant que l'otherkin ne comprend pas cela, son otherkisme deviendra une seconde source de sa souffrance au lieu de l'aider à la surmonter.

    ...commentaire du prochain chapitre, au prochain épisode !


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  • Es-tu dans l'erreur ?

    Oh, le nombre d'otherkins qui se laissent prendre par des quizz et des livres humoristiques, et qui y croient dur comme fer au lieu de s'ausculter par introspection !

    Oh, le nombre de licornes humaines anglophones avec lesquelles j'ai eu le malheur de discuter et qui se basent uniquement sur le livre de Peter Beagle La Dernière Licorne, ou sur le site unicornsunited.com, pour savoir si elles sont ou non une licorne ! En conséquence également, ces personnes se forcent à agir comme la licorne du site, ou remplissent leur blog de citations de Peter Beagle. De l'épique, des aventures, des livres vendus à tour de bras afin de se faire connaître. Mais de l'honnêteté envers soi-même ? Que nenni.

    Oh, regarde, tu te sens différent.e ? Ne cherche pas, j'ai la réponse à ta place ! Lis mon livre, consulte mon site Internet, voilà ce que tu es, à n'en point douter ! Et qu'importe si tes ressentis et tes comportements ne collent pas à ce que je dis car c'est toi qui es dans l'erreur, pas moi. Allez, vas-y, fais tout pour coller à ce que je te dis. Roule-toi dans les paillettes que je te donne et à ton tour, répand la fausseté.

    Je déteste les gens comme ça. Bon sang, ouvrez un peu les yeux ! Réveillez-vous ! Etudiez-vous ! Tenez un journal de vos sensations, sentiments, pensées, rêves ; étudiez-vous à fond ! Notez tout ! Et surtout, par pitié, ne cherchez pas à ressembler aux autres. Chaque personne est unique et différente. Chaque otherkin est unique et différent.e. Il y a autant de licornes différentes qu'il y a de licorne-kins, et plus encore. Si tu te forces à me ressembler sous prétexte que tu as peur de toi-même, peur d'être dans l'erreur, alors oui, tu ES dans l'erreur.

    Ne cherche à ressembler à personne. Ne cherche de points communs avec personne, surtout pas si tu n'es pas encore sûr.e de ce que tu es toi-même. Regarde comment les autres vont à la recherche d'eux-mêmes, et va à la recherche de toi-même, sans te comparer aux autres dans le fond, uniquement dans la forme. Essaye les techniques des un.e.s et des autres pour partir en quête de toi-même, en quête de ta vérité, mais détache-toi de la vérité des autres tant que tu n'as pas trouvé la tienne.

    Je ne sais pas si je suis clair ?

    Si je me fie au livre / site "Are you a unicorn?" je n'en suis pas une, car le livre / site prétend que les licornes aiment les enfants et moi, je les déteste. Mais je suis une licorne. Alors, qui a raison ? Qui a tort ?

    C'est moi qui ai tort.

    C'est moi qui ai tort de vouloir me fier, me comparer, aux affirmations d'une autre personne afin de me définir moi-même. Je n'ai pas à écouter les autres plus loin que d'avoir une vague idée du nom que la mythologie donne au type de créature à laquelle je m'identifie. Les détails, on s'en tamponne l'oreille avec une babouche. Car si on cherchait à vraiment, vraiment aller au fond des choses... Toutes ces licorne-kins que j'ai croisées et qui m'on dit qu'elles se sont "éveillées" après avoir lu "Are you a unicorn?", ces personnes ne correspondent PAS au profil décrit. il y a toujours un truc qui cloche. Mais elles s'évertuent à faire leur liste de qualités et de défauts en répétant docilement le contenu du livre / site, sans chercher à mieux se connaître.

    "Je ne mens jamais" affirment ces licorne-kins. "J'aime les enfants, les animaux, et tous les êtres humains." Il ne faut pas plus de cinq minutes pour que ces brebis perdues me donnent la preuve du contraire, en une phrase haineuse à l'égard des enfants, animaux, ou humains, la preuve que quelque part il y a du mensonge. Moi qui croyais que les licornes disaient toujours la vérité... Damned, si on en crois ces licorne-kins, ce ne sont pas eux qui ont fait une erreur ou ont menti, c'est moi qui leur fait dire ce qu'ils n'ont pas dit.

    Pathétique.

    Ne faites pas ça, par pitié. Ne vous fiez pas aux listes de caractère de créatures fantastiques pour savoir si vous êtes ceci ou cela. N'écoutez personne. Enfin, je veux dire, n'écoutez pas les gens qui vous affirment "vous êtes ça". Ecoutez ceux qui vous encouragent à vous chercher, à vous étudier, à discuter. Ecoutez ceux qui vous poussent dans vos derniers retranchements afin de faire sortir de votre coeur les vérités que vous y avez caché. Mais par pitié, n'écoutez jamais les gens qui prétendent vous affirmer ce que vous êtes.

    Même si c'est moi.

    Parce que la seul personne à savoir qui vous êtes vraiment, c'est VOUS.


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  • Autobiographie d'un épouvantail 4

    (note : ma réflexion tourne principalement autour des copingkin)

    Je continue ma lecture du livre de Boris Cyrulnik.

    Les autres. Qu'on le veuille ou non, on a besoin des autres pour vivre. Qu'on le veuille ou non, pour vivre avec les autres, il faut savoir obéir aux règles. Savoir obéir aux autres. Et surtout, faire la différence entre obéissance et soumission. Car si on se soumet par peur, on obéit aux règles par choix. Or, dans une situation de trauma, nous avons tendance à nous soumettre pour survivre, au lieu de choisir - ou pas - d'obéir. Cette soumission est mauvaise, destructrice, déshumanisante. 

    L'attachement aux autres est nécessaire pour faire l'apprentissage de la sécurité. Or les otherkins bien souvent, ne se sentent pas attachés aux humains, sécurisés en présence d'humains. Nombreux sont les otherkins qui, sur les forums, se répandent en discours misanthropes. On ne peut les blâmer, car ne se sentent-ils pas en danger en présence d'humains ? S'ils n'ont pas fait l'apprentissage de l'humanité et de la sécurité en présence de l'humanité, s'ils n'ont fait l'expérience aux mains des humains que de traumas, de souffrance, de mise à l'écart, d'insécurité, cela n'est guère étonnant de constater qu'ils n'éprouvent pour les autres personnes, aucun attachement. Chez certains otherkins anglophones avec lesquels j'ai discuté, cela atteint un niveau tel qu'ils refusent d'avoir des interactions sociales (en-dehors du travail) avec des non-otherkins. Un niveau tel qu'ils encouragent leurs propres enfants à éveiller et conserver une identité non-humaine ou au moins, se persuadent que les jeux de rôle de leurs enfants sont la preuve d'une identité otherkin qui s'éveille.

    Voilà où le manque de sécurité, le manque de lien avec les autres, peut mener. Un bon gros narcissisme frisant au racisme, un comportement de coping totalement mal placé et malsain. Une ségrégation irrationnelle. Sans base se sécurité, soumis au monde, l'otherkin se replie sur lui-même et va jusqu'à chercher dans des souvenirs de vie.s antérieure.s, le sentiment de sécurité et de maîtrise de son destin, du monde, qui lui manque dans la vie présente.

    Sans bases de sécurité, toute dépendance est considérée comme mauvaise et s'accompagne de sentiments de soumission. Sans bases de sécurité, l'angoisse étreint la gorge et rempli chaque seconde de mal-être, de sentiment de ne pas être à sa place. Sans bases de sécurité, certains otherkins vont se tourner vers la magie, afin de pouvoir enfin maîtriser et influencer leur vie, leur destin.

    L'influence de l'entourage est également énorme, surtout pendant les plus jeunes années. Comment donc ne pas devenir non-humain quand tout autour de soi, on s'entend être traité d'anormal.e, d'handicapé.e, de victime, de peste, d'ingrat.e, de godiche, de malpropre, d'incapable, d'abruti.e, j'en passe et des pires ? Et pour échapper à tout ça, on s'isole, on coupe les liens avec les autres, ce qui n'aide pas à se sentir en sécurité auprès des humains.

    Rajoutons à cela qu'il est commun de comparer les gens "indignes" à des animaux. Dans ce cas, puisque l'otherkin, comme le souligne son entourage, est lui.elle-même "indigne" de l'humanité, c'est que l'otherkin est non-humain.e, animal.e. C'est la fuite en avant, ou dans le présent, renforcée par les comportements "animaux" que les humains développent en cas de stress : balancements, couinements, léchage, phobie des humains, cerveau qui disjoncte, membres fantômes, sentiments de ne pas être à sa place, sensations de ne pas être dans le bon corps.

    La blessure qu'on porte est angoissante et obsédante. On sait qu'on n'est pas comme les autres, qu'on n'est pas "normal", ou simplement pas "digne" d'être humain.e. Tout devient compliqué. "On ne devient pas normal impunément" nous dit Cyrulnik. La blessure, l' "anormalité", est difficilement acceptable et par les autres et par soi-même. Elle est source de honte. On la cache. Le seul moyen de parvenir à partager la souffrance, c'est de l'embellir, la transfigurer. Passer de "non-humain.e" à "otherkin" par exemple. Trouver une étiquette jolie pour envelopper tout ce décalage, tous ces comportements "anormaux" et toutes ces sensations "indignes des humains". Tout ce qui dérange sans qu'on sache pourquoi, toute cette honte, se transfigure en quelque chose de "normal" voire même de "fantastique" : un animal, une créature mythologique.

    En cas de trauma, "il est indécent de parler et impossible de se taire" nous dit Cyrulnik. Tenir un journal ou un blog, partager sur des forums, permet de trouver un juste milieu. Reconstruire de par les souvenirs de vie.s antérieure.s des évènements faisant écho au trauma principal - solitude, conflits, agression, comportement causé par le stress etc. - permet d'enfin exprimer ce qui ne va pas. Se trouver un peu de repos pour son âme tourmentée. Redonner de la cohérence à une histoire en lambeaux. Retrouver une ligne narrative complète, aussi chimérique soit-elle. Retrouver une continuité temporelle. Retrouver une existence. Être à nouveau.

    C'est important, pour pouvoir se reconstruire après un trauma, quel qu'il soit, de pouvoir l'exprimer, le narrer, le réintégrer dans sa propre histoire. La solitude est le pire ennemi dans ces situations. Le silence est le second pire. Même quand on a du "soutien" après un évènement choquant ou stressant, si on ne peut pas s'exprimer, on ne peut pas s'en remettre. Ces adultes ou "amis" qui nous demandent de nous taire, qui ne veulent rien entendre, qui ne veulent pas savoir, qui nous répètent que moins on en parle plus vite ça passera, il faut les fuir comme la peste. Ce n'est qu'en racontant, racontant, racontant, jusqu'à parvenir à intégrer entièrement les évènements sous une forme ou une autre, qu'on parvient à se reconstruire, à vivre à nouveau, à réintégrer son humanité. Être réduit.e au silence, ou pire, traité.e de menteur.se, ne fait que renforcer la déshumanisation et la douleur du trauma.

    On n'est plus humain.e on est un monstre, un animal, un truc, une bestiole. On a quelque chose que les autres ne veulent pas voir, quelque chose de dégoûtant. On n'est pas humain.e quand on est réduit.e au silence ou rejeté.e. La mémoire des évènements désagréables est insupportable, mais ne pas se souvenir, ne se souvenir de rien, ce n'est plus vivre. Se retrouver coincé.e entre ces deux feux est une torture qui ne peut s'achever que si on parvient à réécrire l'histoire d'une manière cohérente et compréhensible. Quitte à adopter une identité non-humaine pour trouver une logique à tout ça.

    Être otherkin est une arme à double tranchant. C'est un mécanisme de coping, de survie, qui peut mener au repli sur soi-même et à l'exclusion des autres. Mais c'est aussi semble-t-il un moyen de parvenir à réintégrer sa propre histoire personnelle de manière cohérente. Le prix à payer pourtant n'est pas anodin : il s'agit de se soumettre à la répulsion de son entourage et de repousser son humanité... Est-il possible dans ces conditions de réapprendre les valeurs humaines, la confiance dans les autres, le sentiment de sécurité et de maîtrise de sa propre vie ?

    La suite au prochain chapitre.


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  • J'ai une paraphilie, donc je suis otherkin

    Avant que je me mette à râler, voici la définition d'une paraphilie et une liste de paraphilies, pour que vous sachiez de quoi je vais parler.

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Paraphilie

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_de_paraphilies

    Vous y êtes ? Je commence.

    C'est un sujet dont j'ai entendu parler il y a quelques jours et que j'ai décidé de fouiller un chouilla. La relation entre les paraphilies et l'otherkisme. En effet, de nombreux otherkins ont des paraphilies, c'est-à-dire, des goûts sexuels peu communs : attirance pour des entités non-humaines, par exemple. C'est sur cet exemple que j'aimerais particulièrement insister.

    Remettons nous dans le contexte psychologique qui entoure les otherkins : le sentiment de ne pas être à sa place chez les humains, de ne pas être en sécurité avec les humains, de ne pouvoir recevoir des humains que de la souffrance. Même si tous les otherkins partagent ces sentiments, ils ne leur sont pas exclusifs. Et ça, c'est très important de le noter.

    Le sentiment de ne pas pouvoir se lier aux autres êtres humains n'est pas un sentiment exclusivement otherkin.

    Maintenant que j'ai bien souligné ce premier point, j'arrive au coeur de mon coup de gueule psychologique. Car certaines personnes, avides sans doute de se coller une étiquette "cool" et de faire des trucs "cool" (confiturekin, quelqu'un ?) ont le raisonnement suivant : parce que j'ai une paraphilie d'attirance pour des entités non-humaines, c'est que je suis forcément otherkin du type de l'entité non-humaine qui m'attire.

    Non, non et encore non. C'est aussi absurde que de dire "oh le pauvre pédophile, on va pas lui en vouloir, c'est juste un otherkin de type satyre, c'est normal qu'il saute sur les enfants pré-pubères, c'est son kintype qui veut ça". Non, la sexualité ne définit pas l'identité des gens. Les paraphilies ne définissent pas l'identité des gens. Une personne ayant une paraphilie BDSM n'est pas nécessairement un démon-type ou un Klingon de Star Trek ou que sais-je encore. Non, être attiré.e par des dragons ne fait pas de soi un dragon-type.

    C'est le fait de ne pas réussir à se lier aux autres humains qui fait qu'on est attiré physiquement par des non-humains ; c'est une question de goûts et.ou d'histoire personnelle qui fait qu'on apprécie des activités physiques marginales. Voire, de perversion lorsqu'il s'agit de pulsions d'agression incontrôlée. Pas le fait d'avoir telle ou telle identité.

    Si les otherkins ont très souvent des paraphilies, ce n'est pas parce qu'ils sont otherkins mais c'est une autre conséquence de l'ensemble des phénomènes qui ont amené l'éveil. Une conséquence bien plus commune que l'éveil d'une identité otherkin.

    Il ne faut pas prendre le lien de cause à effet dans le mauvais sens, voulez-vous bien ?

    Les évènements traumatiques* pouvant mener à l'éveil d'une identité otherkin, peuvent aussi causer : des troubles du comportement (balancements, couinements, phobies, comportement asocial...) ; du stress chronique (causant problèmes de digestion, troubles du sommeil, hallucinations, problèmes immunitaires...) ; une image déformée des autres humains ; une conception inhabituelle de la sexualité (une paraphilie) ; un manque de confiance en soi ; une dépersonnalisation ; un dédoublement de la personnalité ; etc. Le tout en fonction du niveau de trauma ressenti.

    Comme on peut le voir, l'éveil d'une identification non-humaine n'est qu'une conséquence parmi d'autres d'un évènement ou série d'évènements qui imprègnent fortement la psyché. Et elle est certainement la moins commune de toutes. Statistiquement, il y a de grandes chances qu'un.e otherkin ait également une ou plusieurs paraphilie.s, trouble.s du comportement, et ainsi de suite. Alors qu'il n'y a statistiquement que peu de personnes ayant une paraphilie, qui sont aussi otherkin.

    Le fait d'avoir une paraphilie ne fait pas de quelqu'un, une personne à identification non-humaine. Et si, vous qui me lisez, avez toujours envie d'afficher partout sur votre blog "je fantasme sur la voix et le port altier d'Aslan le lion dans les films de Narnia, je suis forcément lion-kin, c'est trop COOL", allez prendre une douche froide, et lisez mes autres articles (je vous épargne ceux taggés EMC) notamment celui intitulé "j'aime pas la confiture"

    Vous vous rendrez alors compte, j'espère, qu'être otherkin est un profond sentiment de décalage identitaire, et pas simplement un goût prononcé pour le yiff. (c'est quoi le yiff ? c'est ça : http://fr.wikipedia.org/wiki/Fandom_furry#Aspects_sexuels)

    ====

    * alors au cas où vous ne l'auriez pas compris, par "évènement traumatique" je n'entend pas nécessairement un viol, meurtre, ou autre ; suivant la sensibilité de chacun.e, le fait d'être constamment insulté.e, repoussé.e, d'avoir une maladie mentale ou de recevoir une révélation choquante sur soi-même ou sa famille, peut aussi constituer un évènement traumatisant


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  • A propos de la culture otherkin

    Après un week-end loin de la civilisation et d'Internet, me voilà de retour avec une réflexion au sujet de la "culture" otherkin. Je vais tenter de trancher si otherkin est une culture, une sous-culture, ou une communauté.

     

    Une culture collective, d'après sa définition, est un ensemble d'identités, de valeurs liées à une histoire, un art particulier inséré dans une collectivité ; elle évolue lentement car elle dépend de l'Histoire. Une culture se définit par des normes, des valeurs, des institutions, des artefacts.

    Les valeurs ou croyances de la communauté otherkin sont diverses et variées. Certains sont païens, d'autres de confession chrétienne, juive, musulmane, bouddhiste... On peut affirmer sans trop se tromper que tous les systèmes de croyances religieuses sont présentes chez les otherkins. D'un point de vue strictement otherkin, on retrouve certains dénominateurs communs comme la magie, les voyages astraux, l'existence de dimensions parallèles, la réincarnation, la transmigration des âmes. Mais là encore, ces croyances ne sont pas partagées par tous les otherkins, de même qu'il n'est pas nécessaire d'y adhérer pour être otherkin.

    La "culture" otherkin n'a pas de système de valeurs ou de croyances qui lui soit propre, exclusif, nécessaire et/ou suffisant.

    La communauté otherkin n'a pas de normes ou de règles particulières. En effet, les normes et règles dépendent des forums et autres sites d'hébergement de contenu, des pays où vivent les otherkins, etc. Il n'y a pas de norme ou de règle particulière pour les otherkins. Chacun.e vit à sa manière en respectant les règles et normes de sa culture d'origine.

    La "culture" otherkin n'a pas de norme ou de règle qui lui soit propre, exclusive, nécessaire et/ou suffisante.

    La communauté otherkin n'a pas d'institution ou de structure qui lui soit propre. Il n'y a pas de police, pas d'administration, pas de chef. Tout au plus y a-t-il des figures marquantes comme des auteurs, des membres très actifs, des modérateurs de forums. Mais il n'y a pas de structure sociale particulière, pas de rangs. Il y a certes des "cases" comme les walk-ins, les therians, les psychologiques, les spirituels, les multiples... Mais pour entrer dans une de ces "cases", il n'y a ni élection ni nomination ni héritage. Ce sont juste des termes descriptifs pour mieux expliquer qui est la personne.

    La "culture" otherkin n'a ni administration ni institution qui lui soit propre, exclusive, nécessaire et/ou suffisante.

    La "culture" otherkin a produit quelques livres et beaucoup de créations artistiques. Ces créations artistiques sont de divers courants et écoles, en fonction des origines de chacun. Il y a eu des tentatives de créer des symboles communs comme l'étoile à sept branches, mais ils ne sont que rarement, voire pas du tout, utilisés. En fait, quand on creuse un peu, on découvre qu'il n'y a aucun art, aucune musique, aucun courant de littérature, qui soit propre aux otherkins.

    La "culture" otherkin n'a produit aucun artefact qui lui soit propre, exclusif, nécessaire et/ou suffisant.

    Quelques dizaines d'années d' "Histoire" otherkin ont été rassemblées par certains auteurs. Cette "Histoire" ne comporte ni décisions militaires, ni décisions stratégiques, ni changement sociétaux. Il s'agit simplement du suivi des différentes personnalités et sites internet de toutes sortes, à propos des otherkins. Il n'y a pas à proprement parler de civilisation otherkin, de politique otherkin, de société otherkin, de pays otherkin... Et il n'y a pas non plus d' "Histoire" otherkin mais plutôt une chronologie.

    La "culture" otherkin n'a pas d'Histoire propre, exclusive, nécessaire et/ou suffisante.

    Otherkin n'est pas une culture.

     

    D'après Ken Gelder les six clés de la sous-culture sont :

    des relations négatives avec le travail (elles dérangent, parasitent…)

    des relations négatives ou ambiguës avec la société des classes (sans forcément comporter une "conscience de classe" ou un désaccord affirmé)

    une référence davantage à des territoires, des espaces publics (rue, forêt, club…) qu'à des propriétés

    une appartenance des individus en dehors de la famille ou du foyer domestique

    une démarcation par des styles excentriques ou exagérés (avec des exceptions, néanmoins)

    un refus de la banalité de la vie ordinaire et de la massification (refus d'être une culture de masse)

    Or, être otherkin n'empêche pas de travailler. Ce n'est pas comme une autre sous-culture dans laquelle il y aurait un esthétisme particulier, des coiffures excentriques, des vêtements particuliers ou marginaux. Otherkin ne se détermine pas au premier coup d'oeil. Otherkin passe plus inaperçu que des phobies ou des handicaps, plus inaperçu qu'une religion.

    L'otherkin n'a pas de relation ambigüe ou négative avec la société des classes. Pas de manière générale en tout cas. On peut être otherkin et respecter la société des classes tout comme on peut être otherkin et ne pas supporter la société des classes. Etre otherkin, ce n'est pas comme être "gangsta" par exemple. Un "gangsta" qui soutient sa société dans sa structure actuelle, n'est pas vraiment "gangsta". Alors qu'un otherkin peut tout autant soutenir ou mépriser sa société dans sa structure actuelle, sans être plus ou moins otherkin que ceux qui ont le comportement opposé.

    Il n'y a pas de clubs otherkins, de rues où trainent les otherkins, de lieux physiques de rencontre. Tout au plus trouve-t-on quelques sites ou forums internet, mais ils ne sont pas exclusivement réservés aux otherkins. N'importe qui peut venir y faire un tour. Il n'y a pas de territoire "marqué" au contraire d'autres sous-cultures qui ont leurs propres boutiques, leurs propres bars de rencontre, ou qui vont jusqu'à se disputer des "territoires" dans la ville. On ne trouve rien de tout ça chez les otherkins.

    On peut être otherkin si aucun autre membre de la famille ou du foyer est otherkin. D'ailleurs, il est beaucoup plus commun de trouver un.e otherkin dans une famille de non-otherkins, plutôt que de trouver des foyers composés de plusieurs otherkins (parents, enfants etc.)

    Il n'y a aucun style vestimentaire associé au fait d'être otherkin. Ainsi, une personne otherkin passe inaperçue dans la rue par rapport à d'autres personnes du même background culturel ou de ses autres groupes sous-culturels (ethnique, gangsta, gothique etc.) Rien visuellement ne permet de différencier l'otherkin du non-otherkin.

    Les otherkins ne refusent pas la vie "ordinaire". Ils ont du mal à s'y intégrer ou ne la comprennent pas, mais ils ne la refusent pas. Certains la critiquent ou tentent de la changer, d'autres au contraire essayent de s'y adapter et de se fondre dedans. Il n'y a pas de comportement type des otherkins face à la vie "ordinaire" et à la "culture de masse".

    Ainsi les otherkins ne répondent qu'à un des six critères de la sous-culture.

    Otherkin n'est pas une sous-culture.

     

    Si les otherkins ne sont ni une culture, ni une sous-culture, répondent-ils à la définition de communauté ?

    La définition d'une communauté est un ensemble de personnes ayant quelque chose en commun et faisant preuve de solidarité. On peut donc parler de communauté homosexuelle, ou de communautés de personnes atteintes d'une certaine maladie et se soutenant les unes les autres dans cette épreuve. Par abus de langage, on parle aussi de communauté pour des gens ayant un intérêt commun : une communauté de scientifiques, par exemple.

    Le seul et unique point commun qui rassemble tous les otherkins, c'est leur identité non-humaine. Les sites et forums d'échanges entre otherkins ont été créés pour permettre de tisser des liens de solidarité entre otherkins, au-delà de toutes les autres différences.

    Un seul terme pour rassembler des gens très différents les uns des autres, qui n'ont pas grand chose en commun à part une identité non-humaine. Tous les autres centres d'intérêt partagés, ne sont jamais partagés totalement en commun et ne sont jamais exclusifs aux otherkins.

     

    En conclusion, parler de "culture" ou de "sous-culture" otherkin est un abus de langage. Nous venons de le voir, les otherkins ne répondent ni à la définition de culture ni à la définition de sous-culture. Mais les otherkins répondent à la définition de communauté.

    Je me permets de rajouter une dernière remarque : alors qu'on peut apprendre une culture ou une sous-culture, on ne peut pas apprendre à être otherkin, tout comme on ne peut pas apprendre à être malade ou à être homosexuel ou à avoir le corps que l'on a. Otherkin est un caractère inhérent à la personne, pas un caractère qui est apporté par l'extérieur.

    Otherkin n'est pas une culture.


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  • Autobiographie d'un épouvantail 5 et fin

     

    (note : ma réflexion tourne principalement autour des copingkins)

    Je termine ma lecture du livre de Boris Cyrulnik.

    Quand on a été fortement blessé, la blessure devient la nouvelle base d'organisation. C'est ce qu'on observe chez les otherkins : le non-humain, le blessé, le rejeté, le stigmatisé, se définit par ce stigmate, par cette différence, par ce non-humain. Mais d'un autre côté, cet "anormal" ne peut pas être exprimé. En effet, exprimer cet "anormal" est la meilleure façon d'attirer les regards mesquins et désapprobateurs, sans compter les remarques et les moqueries. Ne pas le dire, ne pas l'exprimer, le cacher, voire, se considérer soi-même comme "anormal.e" et "fou.lle" devient nécessaire pour se faire accepter.

    L'otherkin s'animalise, se déshumanise, se non-humanise, parce qu'il.elle doit vivre dans le silence, porter le poids à la fois de la blessure et de l'identification non-humaine. Le tout est empreint de culpabilité et de honte. La culpabilité que portent toutes les victimes, et la honte dont celles-ci sont chargées par un environnement mal adapté voire complètement malsain.

    Rares sont les personnes capables de parler avec des personnes blessées, de parler de la blessure ou d'écouter la blessure, en toute honnêteté, sans mettre tout le monde mal à l'aise, sans faire taire la personne qui parle. En effet les blessé.e.s de la vie inspirent une certaine horreur, un certain dégoût, un certain mépris, une certaine peur. Un peu comme si les blessé.e.s avaient été initié.e.s à un genre de maléfice, à un culte de secrets et de mystères, à un truc occulte et dangereux. Comme s'il.elle.s étaient contagieux.ses. 

    Et puis il y a le fameux "comment peux-tu en parler de cette façon ?". Quel que soit le ton que l'on prend pour exprimer sa blessure, il y a toujours quelqu'un.e pour affirmer que ce n'est pas le bon ton et que donc tout ça est un mensonge, ou du drama, quelque chose uniquement pour attirer l'attention, pour faire son cinéma. 

    Alors l'otherkin se tait. Toutes les personnes blessées se taisent. Et le secret devient lourd à porter.

    Le seul moyen de permettre de se relever d'une blessure, quelle qu'elle soit, c'est de lui chercher un sens, de lui donner un sens. Croyances spirituelles, identifications métaphoriques, voici les sens donnés par les otherkins à leurs blessures. La recherche otherkin du sens de soi et de son existence entraîne un laborieux travail quotidien de recherche, d'étude de soi, d'exploration. C'est un moteur qui pousse en avant, qui entraîne certain.e.s à écrire, d'autres à peindre, d'autres encore à se lancer dans des études spirituelles ou psychologiques. C'est un engrenage qui tire dans la direction de la résilience, qui permet au long terme de soigner sa blessure, son trauma.

    Plus encore, cela permet de se retrouver, de se rencontrer, non pas autour de la blessure reçue mais autour des moyens mis en oeuvre pour surmonter cette blessure. Cela donne l'occasion d'exprimer la blessure, de la réintégrer dans son histoire personnelle, de redonner un sens et une globalité à sa vie. Les otherkins entre eux sont à mille lieues de l'entourage qui force au silence, des "arrête d'en parler c'est fini maintenant". L'otherkin seul.e, même, a l'occasion de reconstruire sa propre histoire de manière plus ou moins symbolique, autant de fois que nécessaire, par des pratiques spirituelles ou des introspections. 

    Conclusion

    La resocialisation, la possibilité de pouvoir enfin raconter ce qui s'est passé, l'intégration de la blessure à son histoire personnelle, la recherche d'un sens, une étiquette partagée avec d'autres personnes, le sentiment d'enfin ne plus être à l'écart, voilà tous les bénéfices psychologiques de l'identification non-humaine. Même si pour certain.e.s cela devient un mécanisme de coping isolateur, élitiste et donc malsain, pour la plupart des otherkins, l'identification non-humaine est un tremplin pour la résilience et la reconstruction de soi. Un moyen de redevenir vivant, et à terme, qui sait, redevenir humain.e.


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  • Pourquoi humanimal ?

    (note : cet article traite principalement des copingkins)

    Beaucoup, beaucoup de non-humains tiennent des blogs dans lesquels ils explorent leur humanimalité.

    La première étape est toujours de faire la liste des comportements et pensées animaux et de les lier à l'animal d'identification. Il y a des dizaines d'articles expliquant en quoi et pourquoi ces personnes se sentent identifiées à tel ou tel animal, d'après des ressentis, pensées, comportements, membres fantômes.

    La seconde étape est de trouver une explication. Celle ci est tantôt spirituelle, tantôt psychologique. Du côté psychologique, cette explication s'arrête toujours à "particularités neurobiologiques" ou "c'est comme ça j'y peux rien".

    Moi, je cherche à creuser plus profond. J'aurais pu m'arrêter aussi à "je me sens licorne parce que j'ai un truc cassé dans le cerveau" mais j'ai préféré creuser encore plus profond et affronter les maltraitances quotidiennes en face, les paroles me répétant que je suis une chose un animal, que je n'existe pas, que je n'ai pas le droit d'exister, et le besoin de sens derrière tout ça, mélangé avec la dépression et l'écho trouvé dans La Dernière Licorne, lequel film donne une explication à la dépression de Lady Amalthea : elle est en dépression parce qu'en vrai, c'est une licorne. Voilà pourquoi, la licorne. Voilà pourquoi, à force de temps, mon animalité s'est orientée dans cette direction. Voilà pourquoi je peux dire actuellement : mes particularités neurobiologiques font que j'ai des envies de manger de l'herbe, de ruminer, de regarder partout autour de moi, que j'ai des membres fantômes comme des pattes de cerf ou des cornes.

    Il y a, j'en suis convaincu, toujours une blessure quelque part qui fait que la personne devient humanimale plutôt qu'humaine.

    Mon premier exemple est un oiseau qui affirme sans détour que son animalité provient d'une agression durant l'enfance, agression qui a causé nombreux désordres du comportement ainsi que des envies de mordre et de griffer pour se défendre.

    Mon deuxième exemple est un animal agressé durant son enfance. Cette personne affirme que l'animal n'a rien à voir avec l'agression. Cette personne affirme que l'animal est lié à divers comportements et pulsions, uniquement. Mais ces comportements et pulsions sont typiques du stress post-traumatique lié à ce type d'agression. Mais ces désirs de corps sans forme prennent leurs racines dans l'agression.

    Mon troisième exemple est un oiseau dont la famille ne cesse de se disputer - une famille dysfonctionnelle de laquelle seul un oiseau peut s'échapper.

    Mon quatrième exemple est un mélange de créatures qui a besoin de se sentir en phase avec la nature, en particulier avec la nature de son pays natal qui lui manque terriblement.

    Mon cinquième exemple est un loup subissant des maltraitances ordinaires et qui est incapable à force de se débrouiller sans un groupe de soutien moral tout autour. Ce loup s'occupe d'animaux pour des associations, et les animaux lui apportent toute l'affection que les humains ne lui apportent pas. Pour ce loup les humains sont des ennemis, des étrangers, des "pas moi".

    Creusez un peu plus et vous verrez qu'il y a toujours une blessure derrière, une blessure que l'environnement n'a pas su panser, une blessure qui a déshumanisé, directement ou par le biais du comportement d'autrui.

    Oh, je vous vois venir : vous voulez insister sur la "simple particularité neurobiologique". Ce à quoi je vous répond : mais pourquoi ANIMAL.E au lieu d'humain.e malade ? Que l'explication soit spirituelle ou psychologique, l'animal reste au coeur du problème. L'animal est vécu au quotidien. L'animal fait partie de l'identité. Malgré le corps humain, malgré l'environnement humain, malgré l'éducation humaine, malgré un contact bref ou inexistant avec l'animal auquel on s'identifie. Malgré parfois une identification non-animale : elfe, fae, et autres créatures humanoïdes. Parce que le besoin primaire, tout au fond, est de trouver quelque chose d'autre que l'humanité à quoi se raccrocher. Le problème à la base, est l'absence ou la perte d'identification humaine, et la recherche de sens.

    Je suis têtu. Je le sais.


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  • Mais aussi, construction identitaire atypique

    Dans mes articles précédents, j'ai développé jusqu'au bout l'identité non-humaine en tant que mécanisme de résilience et.ou de coping face ou suite à un trauma. Mes errances sur la toile m'ont également mené à rencontrer des personnes ayant éveillé une identification non-humaine, pour des raisons qui n'ont rien à voir avec la dureté de leur vie. Ces personnes ont d'ailleurs vécu une enfance très heureuse.

    Cela m'amène à réfléchir à l'étape de construction identitaire chez l'être humain, et m'amène également à me poser des questions sur des choses comme l'influence de la culture dans le développement de l'identité. En effet, actuellement les enfants sont beaucoup au contact de personnages (histoires, dessins animés) qui sont des animaux capables de raisonner et de communiquer comme des personnes. Cela pourrait avoir une influence facilitant la possibilité de développer une identification non-humaine, puisque le gouffre entre l'humain et l'animal n'est plus aussi marqué pour les enfants de nos jours, que pour les générations précédentes, lesquelles n'ont jamais été confrontées quotidiennement, en grandissant, à des animaux qui parlent.

    Et puis, l'influence de la culture n'est pas à écarter, dans le sens où les -types les plus fréquents et leur forme ont une grande influence culturelle. Beaucoup de loups, de dragons, de vampires ; les licornes sont plus souvent des chevaux cornus qu'autre chose ; les dragons se catégorisent en "façon Donjons&Dragons" ou "façon asiatique", il y a très peu de vouivres, wyvernes, tarrasques ; les vampires suivent tous ou presque l'archétype développé par Brahms Stocker alors que les créatures vampiriques sont très diverses et variées à-travers les cultures non-occidentales. Mais sur le web auquel j'ai accès de par les langues que je parle, je suis confiné à des gens ayant en majorité une culture "occidentale" et donc, les -types que je rencontre sont fortement influencés par cette culture.

    Attention, je ne veux pas dire que le fait d'être nonhumain.e est un phénomène culturel : c'est bel et bien un phénomène identitaire, quelle qu'en soit l'origine. Je veux simplement dire que dans la perception que nous avons de nous-même et la traduction que nous faisons de cette identité, il y a une forte influence culturelle.

    On peut aussi observer une influence sociale, sans doute. La chronologie de l'existence de la communauté otherkin commence dans les années 1970, c'est-à-dire, à peu de choses près, à la période où l'identification des personnes commence à se détacher du strict cadre du corps. C'est l'époque des débuts des opérations de changement de sexe, c'est le début d'une plus grande tolérance publique en "occident" à l’écart des homosexuel.le.s et des trans*, la mutation de la société et de la position et du rôle des femmes avec la contraception, par exemple. C'est le début du melting-pot culturel amenant en "occident" des idées comme la méditation et la réincarnation.

    Je le répète, ça ne veut pas dire que l'identité non-humaine est un strict phénomène culturel ; c'est bien un phénomène identitaire. C'est juste qu'il est "sorti du placard", qu'il a pu se développer librement, à partir du moment où le contexte culturel l'a permis, en fournissant un terreau fertile.

    Tout comme d'autres identifications "atypiques" de genre ou de sexualité, je suis persuadé que l'identification nonhumaine a toujours existé. Peut-être que la lycanthropie clinique en est un aspect extrême et mal encadré à cause du contexte médiéval de la chasse aux sorcières et aux démons, qui sait ? C'est une hypothèse, une idée comme ça en passant.

    Donc il y aurait plusieurs phénomènes en cause dans l'identification nonhumaine : le mécanisme de coping.résilience, la continuité de la mémoire (souvenirs de vie.s antérieure.s), une construction identitaire atypique, une faible identification aux humains, le tout encadré par un contexte socio-culturel favorisant l'émergence et le développement d'une identité qui ne soit pas liée au corps biologique, avec en option un système de croyances associé (voyage astral, réincarnation, totémisme, etc.)

    Donc en ce joli mois d'août qui s'approche à grands pas, je vais sortir de ma zone de confort et plonger dans le monde étrange des "nonhumains-pas-comme-moi".


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  • Revue rapide des études réalisées par des pros

    Rapidement, j'ai jeté un oeil (ou plutôt, Google Scholar a jeté un oeil pour moi...) sur les études réalisées par des professionnels, c'est-à-dire des universitaires, sur les otherkins.

    J'ai trouvé à peu près 200 articles différents.

    D. Kirby écrit depuis une vingtaine d'années sur le sujet et se concentre plutôt sur l'aspect social de la chose. Comment les otherkins interagissent entre eux, quelle est l'importance des réseaux sociaux pour eux, le rôle des communautés et des forums dans le développement ou plutôt le "coming-out" concernant l'identité nonhumaine, ce genre de choses. Kirby étudie aussi le côté métaphysique des otherkins, et pense que cela se rapproche d'une sorte de "religion personnelle" dans le sens où il y a des éléments de croyance partagés par la plupart des otherkins (réincarnation par exemple).

    JP Laycock aussi a écrit sur l'aspect de la croyance métaphysique dans la communauté otherkin. Pour lui.elle, otherkin est une sous-culture. CM Cusack a aussi orienté ses écrits dans ce sens, ainsi que M. Alioff.

    Getzler s'intéresse à la marginalisation, des personnes otherkin face à la société, et des personnes otherkin entre elles. VLD Robertson a aussi écrit sur cet aspect.

    Shane s'intéresse à la connectivité des otherkins.

    Ce ne sont là que les résultats des deux premières pages - il y en a bien d'autres qui se concentrent principalement sur l'importance d'Internet et des communautés pour les otherkins, d'une part, et sur les systèmes de croyances partagés par les otherkins spirituels d'autre part.

    Quant à ceux qui considèrent que leur identification est un phénomène psychologique ou neurobiologiques, il y a peut-être le livre de Belanger qui en parle vaguement, ou un texte par ES Altman, mais c'est tout.

    Il y a donc un manque cruel d'études au sujet des personnes qui considèrent que leur identification nonhumaine est d'origine psycho- neuro- bio-logique. Pour explorer cet aspect, il faudra que je me tourne vers des études sur la construction identitaire chez l'humain, les mécanismes de résilience et de coping, et autres études généralistes.

    Avec tout ça j'en oublie presque le côté historique des licornes... Mais j'y reviendrai, ne vous en faites pas.


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  • Le bonheur d'être soi

    Le bonheur d'être soi est un livre de Moussa Nabati, primé par Psychologies Magazine. Et malgré tous les bons commentaires qu'il a reçu, je l'ai trouvé tout simplement… honteux.

    Tout commence de manière à ferrer le lecteur : des considérations justes au sujet de la dépression précoce qui commence dans l'enfance, et ses répercussions à l'âge adulte. Mais ce n'est qu'une accroche et ça ne dure que durant l'introduction. Pas besoin de lire plus car le reste n'est qu'une répétition ad nauseam des quelques passages intéressants, le tout teinté d'homophobie et de misogynie allant de pire en pire au fur et à mesure du livre. D'un autre côté, l'auteur a écrit entre autres "la Bible sur le divan" et "la Bible, une parole moderne" donc, à quoi vous attendiez-vous ?

    Les antidépresseurs sont taxés de "publicité et médecine commerciale", et tous les médicaments psychotropes sont diabolisés, sans aucun égard envers les vies qu'ils ont sauvées ou stabilisées tandis que les "rituels mélancoliformes" servant à rendre les gens malheureux en masse, ont pour fonction de "sauver l'esprit" ! C'est le monde à l'envers ! Mais le lecteur a été happé par une introduction bien tournée et il continue d'avaler tout ce que l'auteur lui sert, acquiesçant joyeusement, ouiouioui, le masochisme religieux va me sauver et m'apporter le bonheur ! Puisqu'il est religieux ce masochisme est forcément salvateur !

    Le Mal est salvateur, d'après l'auteur. "prendre conscience de ces forces négatives dans le but non pas de s'acharner à les éliminer [...] mais de les respecter". La liberté est réprimée au nom de la sacralisation des lois, non pas des lois sociales qui permettent de vivre en société et sont jugées trop laxistes, mais des lois religieuses réglementant chaque aspect de la vie de manière codifiée, étroite, programmée, comme des rails desquels il ne faut pas s'écarter. "en intégrant la loi [religieuse] je parviens à me désaliéner".

    Les douleurs de la dépression sont minimisées en une phrase absolument inadmissible indiquant que seule "une douleur qui n'est pas supportée devient insupportable". Et donc, il suffit de supporter sa douleur pour aussitôt se sentir mieux. Après tout, on se plaint pour pas grand-chose, n'est-ce pas ? C'est ce que le livre soutient à-travers ses exemples de "dépression" à cause de "je n'ai pas eu assez de jouets" ou de "mes parents ont divorcé". Aucun regard pour les enfants maltraités, violés, témoins de meurtres, issus de familles toxicomanes ou alcooliques. Non, la seule dépression du livre, c'est celle causée par le "j'ai pas eu ce qu'il y a dans la pub". Et oui, ces frustrations normales sont nommées dépression. Je ne sais pas ce qu'on appelle ce que vivent les enfants maltraités qui tentent de se suicider avant la puberté. Dépression au carré ? Dépression au cube ? Mensonge de la télé ? Sans doute cette dernière proposition, à en juger par la suite du livre.

    Après tout, "lutter contre sa dépression infantile précoce" c'est "investir une grande part de son énergie pour supprimer le décalage entre son rêve et la réalité". Fichtre, l'auteur va finir par réussir à me faire croire que pour devenir heureux, je dois volontairement me rendre malheureux en suivant les lois masochistes de la religion ! Mais juste après l'auteur dit qu'il faut "se laisser porter par le désir et non pas par le besoin". Sur quel pied doit-on danser, au final ? Et bien, c'est simple : "le but de la vie n'est pas de trouver le bonheur".

    L'identité est développée dans un chapitre entier, chapitre qui explique que l'identité doit se restreindre au corps. Interdiction d'être transgenre, pas hétéro, ou tout simplement d'avoir une identification différente de l'aspect de son propre corps. Le corps devient une prison de laquelle nous n'avons pas le droit de nous échapper, une prison qui nous définit dès notre naissance. Né.e handicapé.e, tu resteras handicapé.e et devras te considérer comme tel.le toute ta vie. Né.e homme ou femme, interdiction de te ressentir différemment. Ta peau est blanche ? Le reggae t'es interdit. Ta peau est noire ? Tu es forcé.e au contraire d'aimer le reggae. Tu es fertile ? Tu auras des enfants, c'est obligatoire. Interdiction de choisir. Saint Moussa Nabati te l'ordonne, sans doute de par le Saint pouvoir de la Bible.

    "Le bonheur c'est [de] la paille" Etrange, dans un livre prétendant expliquer aux gens comment trouver le bonheur !

    D'une société qui à l'heure actuelle demande de plus en plus aux gens d'être indépendants et différenciés des autres, à l'heure du mariage pour tous, de la reconnaissance des communautés trans* et LGBT, à l'heure de l'émergence de nombreuses sous-cultures comme le steampunk ou le furry, voilà ce que Moussa Nabati dit de notre société : "Tous les pans quotidiens de notre existence se voient gangrenés insidieusement par le virus de l'homogénéité, de l'uniformité, de la mêmeté, qu'il s'agisse des sexes, des âges, des corps, des vêtements, des voitures, des maisons, des objets, des aliments, mais aussi, [...] des façons de désirer et des pensées"

    Voilà le coeur du problème. La société actuelle prône l'égalité des droits et des valeurs entre les individus, mais aussi, que tout le monde a le droit d'avoir le même potentiel d'accéder aux conforts matériels, que la mode ne sépare plus strictement les genres et les âges, qu'il est possible de se procurer non seulement des produits alimentaires locaux mais aussi des produits exotiques, voilà, voilà ce qui dérange Moussa Nabati. Voilà la misogynie et l'homophobie qui pointent le bout de leur nez. Oh là là, méchante société actuelle qui donne le droit de vote aux femmes, méchante société actuelle qui ne force plus les veuves à se vêtir strictement de noir, méchante société actuelle qui nous offre des conforts à tous et non pas seulement aux 1% les plus riches, des dirigeants bien entendu de droit divin.

    Les lois sociales évidentes interdisant le vol, le meurtre, l'inceste, ces lois qui perdurent dans nos sociétés modernes, sont toujours en vogue dans nos sociétés "modernes" et le seront toujours. Mais pour appuyer son discours, Moussa Nabati prétend que ces lois n'existent plus ! Je trouve cela immonde. Il n'y a jamais eu autant de lois protégeant les enfants de l'inceste, pour ne citer que cela, et l'auteur ose, ose, prétendre que la société moderne cherche à dissiper cet interdit ! L'auteur ose prétendre que la religion est la seule loi permettant cet interdit ! Alors que dans les siècles passés, cette même religion en dirigeant nos sociétés mettait les enfants à la merci de leurs parents, alors qu'à l'heure actuelle les prêtres catholiques, sous couvert de l'église, continuent de violer des enfants, l'auteur prétend que la société actuelle favorise et encourage l'inceste et que seule la religion peut l'empêcher. Moi je crie, HYPOCRISIE ! Moi je crie, MENSONGE ! Moi je crie, DIFFAMATION !

    "Les sociétés industrialisées [...] ne sont pas les mieux placées pour soutenir et promouvoir la fonction nécessaire de la différenciation" Moi qui suis une licorne - on ne peut pas faire plus différent d'un être humain - je rigole en lisant ça. Je suis un pur produit d'une société industrialisée. Je suis un pur produit d'une société moderne. Je suis un pur produit de cette société d' "homogénéisation de sexe" comme dit Moussa Nabati. Et je sais à quel point je suis différent. Je sais où commence moi et où commencent les autres. Je sais pourquoi je suis ce que je suis. Cette société industrialisée, diabolisée par l'auteur, a fait de moi un être différencié. Et c'est entre autres sous couvert de religion que l'indifférenciation a essayé de m'être imposée. Cherchez l'erreur…

    Encore une fois les psychotropes sont diabolisés, mais maintenant que le lecteur est bien ferré, l'auteur peut s'en donner à coeur joie. Les psychotropes "anesthésient la pensée" "empêchent de se poser des questions" et étouffent "la souffrance qu'on refuse de prendre en charge". L'auteur sait-il seulement ce que c'est que d'être en dépression ? De ne pas réussir à penser à autre chose, à ressentir autre chose, que la souffrance ? L'auteur sait-il le soulagement de faire taire cette putain de dépression pour pouvoir enfin réfléchir et tenter de s'en sortir, enfin comprendre ce qui cloche et comment y remédier. Bien dosés, les psychotropes sont la béquille qui permet de se relever. Les diaboliser, c'est condamner des centaines de personnes dépressives au suicide. Bel esprit, Moussa Nabati.

    Les schizophrènes sont traités d' "aliénés", ni plus ni moins, à cause de l' "absence d'une image de son corps". Encore une fois, Moussa Nabati réduit l'identité au corps physique et foule aux pieds la dignité des gens. Les jeux actuels entre enfants comme le "jeu du foulard" sont définis comme une recherche de risque, alors qu'au contraire, les études montrent que ces jeux se développent parce que les enfants n'ont PAS conscience du risque associé ! L'auteur a-t-il seulement fait des études de psychologique ? Non, les jeunes d'aujourd'hui ne brisent pas plus les règles que les jeunes d'hier. Non, la société actuelle n'est pas mauvaise, elle est juste différente de celle d'hier. Son seul "péché" est de communiquer.

    Voilà, le poisson a avalé l'hameçon. L'auteur peut commencer à insulter ouvertement les homosexuels et les femmes, condamnant les premiers à l'hétérosexualité et les secondes, au rôle de reproductrices laveuses de vaisselle. Page 176 (édition Le Livre de Poche), la "fête" commence. Page 203, on atteint le paroxysme. L'euthanasie en prend un coup ainsi que l'avortement, les piercings, les tatouages, le don d'organe, la "sexualité marginale" (vu le contexte du reste du livre ça veut dire 'tout ce qui n'est PAS pénis dans vagin') et la contraception. Je ne vous ferai pas l'audace de citations entières, ou plutôt, je ne me ferai pas la torture de relire ces passages qui m'ont fait vomir la première fois que j'ai posé les yeux dessus.

    Oui, vous avez bien lu, Moussa Nabati est contre le don d'organe, après avoir été contre les médicaments psychotropes. Moussa Nabati prône l'arrêt de la procréation médicalement assistée, de la contraception et de l'avortement. Et ce même Moussa Nabati, pour ce texte exact, il a reçu un prix de Psychologie Magazine. Oui, page 214, le "psychologue" Moussa Nabati prétend que l'homme et la femme diffèrent dans leur comportement non pas de par leur éducation culturelle, mais de par leur biologie. Pour Moussa Nabati, les femmes et les hommes sont génétiquement programmés, les premiers pour faire la guerre et les secondes pour faire la vaisselle, et toute tentative de briser ce schéma est contraire à l'ordre de Dieu !

    Page 221, les femmes en quête d'égalité de droits avec les hommes sont traitées de "perverses". Page 222 et 223, les féministes s'en prennent dans les dents dans leur lutte contre la domination patriarcale (mise entre guillemets par l'auteur car… illusoire d'après lui !) et sont renvoyées froidement à la cuisine et aux couches. Les divorces sont retirés du contexte actuel qui les a légalisés, et mis sur le dos des féministes, diabolisées au passage. "L'émancipation économique et sociale de la femme a cultivé, comme effet pervers, le rétrécissement du champ de son autonomie psychique". Sous-entendu, quand les femmes étaient soumises à leur mari, elles étaient libres, les bougresses ! Mais pourquoi diable ont-elles demandé le droit de vote ?

    …Peut être simplement parce que NON, elles n'étaient PAS libres avant ! Mais après tout, "L'amour et la sexualité ne suffisent pas à bâtir un couple" alors, pourquoi s'en faire ? On n'est plus à une humiliation près, à un mensonge près. Puisque, page 224, les jeux sexuels comme l'échangisme et le sadomasochisme, la pornographie qui existe depuis la nuit des temps, sont mis au même niveau que le viol, l'inceste et la pédophilie. Oui monsieur, oui madame, une fessée au lit pour jouer, c'est aussi grave que de violer votre propre enfant, Moussa Nabati l'a dit. Et puis la violence conjugale est une conséquence de l'absence de religion dans le couple (page 225) et uniquement ça. C'est pas comme si pendant des siècles de "bonne religion" les femmes ont été battues comme plâtre par leurs maris, hein ! Moussa Nabati n'est pas historien, il est mieux que ça, il est le nouveau prophète. S'il dit que c'est l'absence de religion qui cause la violence conjugale, c'est qu'il a forcément raison.

    Page 243, l'homophobie quitte les sous-entendus. Il est nécessaire pour être heureux "d'accéder à la maturité [...] en habitant un corps d'homme ou de femme, désirant l'autre sexe et désiré par lui". Page 254, l'égalité de droit entre homme est femme est traité de "toute-puissance matriarcale". Ca sent le complexe d'infériorité, non ? N'y aurait-il pas en Moussa Nabati un petit garçon castré et homosexuel refoulé ?

    Page 278-279, les femmes ayant une vie professionnelle sont méprisée comme "idéalisant la réussite sociale" au détriment du "tiers symbolique" c'est à dire des lois de la Bible les confinant aux fourneaux Les sectes, QUI ONT TOUJOURS EXISTE (mais quand on s'appelle Moussa Nabati on crache sur l'Histoire n'est-ce pas ?) montreraient soit-disant que nos sociétés actuelles manquent de sacré et de religion. Il oublie au passage qu'à ses débuts, le christianisme était… UNE SECTE ! Mais de toute façon (fin de page) pour être adulte il faut obligatoirement avoir des enfants. Ne PAS en avoir est péché.

    Conclusion

    Ce livre, c'est de la merde, un étron, un gros doigt levé à toute l'humanité dans toute sa diversité, en particulier à l'égard des femmes et des homosexuels. Il faut l'éviter à tout prix. Ou, si vous pouvez, volez les quelques pages d'introduction dans votre librairie, et déposez gentiment le reste aux WC en guise de papier-toilette. C'est tout ce que mérite ce ramassis de conneries. Bon, sauf les premières pages ; c'est un appât délicieux, savourez-le sans toucher à l'hameçon !


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  • Mondes alternatifs

    Parmi les articles publiés par des scientifiques sur les otherkins, le premier que je vais lire pour vous et commenter est Alternative worlds: metaphysical questing and virtual community amongst the otherkin, de Danielle Kirby. Ou si vous préférez en bon français : la quête métaphysique et les communautés virtuelles chez les otherkins. C'est-à-dire, comment les recherches de sens et les rassemblements sur Internet interagissent les uns avec les autres chez les non-humain.e.s.

    C'est un article publié en 2008 dans la revue Sydney Studies in Religion, et vous pouvez le télécharger légalement et gratuitement en suivant ce lien : http://ojs-prod.library.usyd.edu.au/index.php/SSR/article/download/259/238

    Pour Kirby, l'identification otherkin se rapproche d'une sorte de religiosité à cause de son côté parfois spirituel. Mais c'est une spiritualité particulière car les croyances sont discutées et rassemblées presqu'exclusivement sur Internet. 

    Les otherkins sont ainsi abordés par leur aspect spirituel ; leur ouverture d'esprit et leur diversité est examinée, des therians aux multiples en passant par les walk-ins, starseeds et autres fae. Quant aux croyances les plus largement partagées et aux pratiques associées, l'auteur les assimile à du néo-paganisme. Mais les otherkins ne se rapprochent pas des pagans de par leurs rites ou croyances, mais plutôt de par le corpus de bases sur lesquelles ces croyances se fondent. Ainsi on retrouve pêle-mêle le voyage astral, les réalités alternatives, la réincarnation, pour ne citer que les principales croyances les plus partagées.

    Rappelons qu'il n'est pas nécessaire de croire à ces concepts pour être otherkin, c'est-à-dire, nonhumain, et que le fait d'être nonhumain n'implique pas de devoir participer à des rites ou de devoir adhérer à ces concepts. Il est juste noté que ces concepts sont parmi les plus largement partagés. En effet la communauté otherkin met l'accent sur les ressentis et les expériences personnels plutôt que sur l'enseignement de "maîtres".

    En effet, si on observe attentivement le contenu des articles écrits par les otherkins au sujet des otherkins, on peut observer que les centres d'intérêts sont extrêmement divers et variés, voir parfois diamétralement opposés (psychologie vs magie) d'un.e otherkin à l'autre ! Cela traduit la diversité des individus otherkins ainsi que la largesse d'esprit de ces communautés en général. Cette diversité d'esprit et ce désir d'englober toute la communauté mène à une vision cosmogonique du monde dans lequel tous les univers possibles et imaginables, toutes les réalités parallèles, existent, et sont peuplés d'un cortège de créatures diverses et variées et d'esprits de toutes sortes.

    Parmi les particularités de la communauté otherkin on peut trouver les otakukin ou fictionkin, qui s'identifient à un être de fiction (les elfes du Seigneur des Anneaux ou le peuple d'Acorna ou encore un Pokémon par exemple). Un autre concept très développé est celui des âmes soeurs (entité nonhumaine servant de guide, âme auprès de laquelle on se réincarne sans cesse, les définitions varient).

    Tout comme les esprits sont censés pouvoir se retrouver dans l'astral, les otherkins se retrouvent et se rassemblent sur Internet, détruisant les barrières de géographie, d'aspect physique, de culture. La participation à des discussions online est un aspect important de la vie des otherkins. La culture moderne encourage ces pratiques de communication désincarnée de par les emails, achats en ligne, etc. La distinction "géographique" entre les individus change et passe des villes aux webrings. Des groupes plus petits se forment, développant leur propre discours.

    En conclusion si les croyances partagées par les otherkins ne relèvent pas de la religion organisée, elles montrent quand même l'existence de questionnements métaphysiques et de la constitution d'une spiritualité personnelle et personnalisée. Ces croyances se rapprochent du néo-paganisme et à l'ésotérisme auto-construit, basé sur la réflexion personnelle et l'expérience. Le nouvel espace (internet) dans lequel évoluent les otherkins offre une nouvelle géographie, décorporée, ainsi que la possibilité de pouvoir échanger autour de l'identification nonhumaine.

    Mon avis personnel est que cet article permet d'avoir une idée globale du côté spirituel des communautés nonhumaines, mais qu'il ne rentre pas assez dans les détails et ne souligne pas suffisamment l'existence du volet psychologique de la communauté.


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