• Purification de l'eau

    Purification de l'eau

    Origines probables

    La légende de la purification de l'eau par la corne de licorne est, pour Jeannie Thomas Parker, d'origine chinoise et date de l'âge de Bronze. Elle est dérivée de l'utilisation de la corne de rhinocéros comme antipoison. Le poison spécifiquement ciblé par la corne de rhinocéros est fait à partir des plumes d'un oiseau nommé zhen ou, en français moderne, serpentaire bacha. Néanmoins la validité du poison de ses plumes, et de l'effet de la corne de rhinocéros sur ce poison, reste inconnu pour le moment. La corne de rhinocéros était aussi utilisée pour faire des cuillers à touiller la boisson pour en détecter le poison : si une écume se forme, c'est empoisonné. Une chanson de la dynastie Song (960-1280 après JC) insiste sur le fait que le zhen (serpentaire) et le rhinocéros boivent aux mêmes points d'eau : le zhen l'empoisonne et le rhinocéros utilise sa corne pour purifier à nouveau les eaux. [Jeannie Thomas Parker, 2007]

    Le récit de la licorne purifiant l'eau peut se retrouver par exemple dans les textes de Pline, où le cerf se baigne dans l'eau pour se débarrasser des serpents mordant son échine. Lorsque le cerf, ayant consommé des serpents, se retrouve plein de poison, il se plonge dans l'eau et pleure des larmes de poison condensé sous forme de pierres rondes, des bézoars. [Odell Shepard, 1930]

    Pour Laurens Catelan, la licorne empoisonne sa corne en buvant à une rivière empoisonnée, et n'a d'autre moyen pour apaiser ses douleurs que de plonger sa corne dans l'eau à nouveau. [Odell Shepard, 1930]

    Le Plhysiologus du Moyen-Âge (XIIème siècle) décrit : « Mais avant qu'ils ne soient rassemblés, le serpent vient et lance son poison dans l'eau. Alors les animaux remarquent bien le poison et n'osent pas boire, et ils attendent la licorne. Elle vient et elle se dirige immédiatement vers le lac et, faisant avec sa corne le signe de la croix, elle rend le poison inoffensif. Et tous les autres animaux boivent alors. » [Bruno Faidutti, 1996]

    Purification de l'eau

    Descriptions des récits

    1489. Jean de Hèse, du diocèse d'Utrecht, a été à Jérusalem au mois de mai, visitant les lieux saints. Voici ce qu'il en écrit : « Du mont Sinaï, on arrive en quatre jours au camp d'Helym, duquel les animaux venimeux ne peuvent approcher. Dans le voisinage est la rivière Marath, dont les eaux ayant été frappées par la baguette de Moïse devinrent douces, de très-amères qu'elles étaient. Et aujourd'hui, tous les matins, après le lever du jour, vient une licorne (unicornus) qui exprime dans l'eau le poison que sa corne contient; ce que j'ai vu moi-même. » [Jacques-Albin-Simon Collin de Plancy, 1846] autre version : « Auprès du champ d'Hélyon, en la Terre Sainte, est le fleuve appelé Marath, Très-amer, sur lequel Moïse frappa de sa verge. Il lui communiqua ainsi la douceur, et les enfants d'Israël en burent. De nos jours encore, dit-on, après le coucher du soleil, les animaux venimeux empoisonnent cette eau, de telle sorte que dès lors on n'en peut plus boire de bonne. Mais le matin, aussitôt après le soleil levé, la licorne vient de la mer ; elle plonge sa corne dans ledit fleuve et en chasse le venin, afin que les autres animaux puissent y boire pendant le reste du jour. J'ai, moi-même, été témoin du fait que je rapporte. » [La Gazette des Beaux-Arts, 1857]

    Sans doute y a-t-il un parallèle à effectuer entre la scène de Moïse frappant les eaux salées pour les rendre potables, et celle où la licorne purifie l'eau en y trempant sa corne, car le lieu et le geste sont les mêmes.

    1625 : un ouvrage cite un Évêque selon lequel la corne de licorne est excellente contre les venins, c'est pourquoi la licorne « la met dans les ruisseaux où elle va boire, afin d'enchasser le venin que quelque beste venimeuse y pourroit avoir laissé en y beuvant. » [Jacques Doublet, 1625] Ce même ouvrage cite encore l'épisode des bêtes venimeuses empoisonnant l'eau que purifie ensuite la licorne.

    1669 : « Les Naturalistes qui ont parél de cét animal, disent que les autres animaux qui habitent le mesme païs, lorsqu'ils veulent aller boire dans la fontaine où ils ont accoûtumé de se désaltérer, s'y assemblent tous, & de la crainte qu'ils ont que l'eau ne soit infectée de quelque venin, ou autrement corrompuë, ils attendent que la Licorne ait plongé sa corne dans l'eau, & ensuite beû la premiére, aprés quoy ils n'appréhendent aucune corruption, & boivent de bon cœur, aprés que la créance a esté faite de la sorte. » [Marc de Vulson de La Combière, 1669]

    1727 : « Les Anciens ont cru que la corne de licorne sert de contrepoison ; & qu'elle la trempe dans l'eau pour l'épurer, quand elle veut boire. » [Antoine Furetière, 1727]

    1865 : la licorne purifie l'eau de sa corne afin d'y boire « the unicorn [lives] in the desert, among all kinds of loathome beasts and poisonous reptiles, whose touch was death and whose look was contamination. The springs and pools at which such monsters quenched their thirst were saturated with poison by their contact, and would pour a fiery death through the veins of any animal that partook of the same water. But the unicorn, by dipping the tip of its horn into the pool, neutralized the venom, and rendered the deadly waters harmless. » Cette légende est répétée dans d'autres ouvrages encore. [John Timbs, 1869] Le Dictionnaire des la conversation et de la lecture (1860) indique que la licorne trempe sa corne dans l'eau en y buvant.

    Cette légende peut provenir de l'observation d'animaux attendant prudemment après un rhinocéros pour aller boire au point d'eau. Le rhinocéros, ayant sa corne sur le nez, la trempe en buvant. Mais si les animaux ne boivent qu'après le rhinocéros, c'est pour éviter la colère de ce dernier.


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