• Proposition de définition de la dysphorie d'espèce

    Durant les années 2012/2013 il y avait un site web appelé Theta (pour Thérianthropie Éducation et Thérapeutique Alliance). C'était un site web qui se focalisait en priorité sur le rassemblement de ressources pour les thérians désirant avoir de l'aide pour faire face à la dysphorie ou pour avoir des conseils afin de parler de leur identité à des professionnel's de la santé mentale. Son but était aussi de donner des ressources aux professionnel's de la santé mentale pour qu'iels sachent ce qu'est la thérianthropie (ou l'otherkinité en général) pour les personnes thérian (et otherkin en général).

    Une chose qu'avait ce site web (parmi bien d'autres documents) était un document cherchant à donner des critères non-officiels pour définir la dysphorie d'espèce dans un vocabulaire similaire à celui utilisé pour décrire la dysphorie de genre dans le DSM de l'époque.

    Bien entendu, le site web et le document ont disparu, mais simplement parce que c'est intéressant, j'aimerais vous copier ce que le document contenait à l'origine.

    Titre : « Proposition d'une définition pour un diagnostic de dysphorie d'espèce ».

    « A. Une incongruence marquée entre l'image de soi ou l'identité exprimée / ressentie et son propre corps, en particulier lorsque cela implique une composante de l'image de soi ou de l'identité qui est décrite par le patient comme non-humaine ou autre qu'humaine, pour une durée d'au moins 6 mois, et manifestée par 2 ou plus des indicateurs suivants :

    1. une incongruence marquée entre l'image de soi ou l'identité exprimé / ressentie et les caractéristiques / traits physiques d'un être humain ;

    2. un fort désir de se débarrasser de son corps humain, ou d'altérer drastiquement son corps humain, à cause de l'incongruence marquée entre l'image de soi ou l'identité exprimée / ressentie en tant qu'une autre espèce ;

    3. un fort désir d'avoir le corps, l'apparence ou des traits d'une autre espèce ;

    4. un fort désir d'être d'une espèce différente ;

    5. un fort désir d'être reconnu et accepté par la société comme étant d'une espèce différente ;

    6. une forte conviction d'avoir les ressentis et les réactions typiques d'une espèce différente ;

    7. un sentiment d' « avoir dû être né dans » le corps d'une autre espèce.

    B. La condition est associée avec une détresse cliniquement significative ou une diminution de la fonctionnalité en société, dans les loisirs ou d'autres domaines importants, ou avec une augmentation importante des risques de souffrance, comme la dépression ou le handicap.

    C. La condition n'est pas associée à un état psychotique ou hallucinatoire, et le patient conserve la conscience que son corps physique est humain (à l'exception de croyances spirituelles religieuses ou culturelles, comme la croyance culturelle de descendre d'ancêtres non-humains). »

    Source : http://liongoatsnake.tumblr.com/post/152291549825/back-in-20122013-there-was-a-website-called


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  • Canonmates et autres personnes de ton passé

    (Note : les expériences personnelles de l'auteurice de cet article ont une perspective spirituelle, donc l'auteurice approche le phénomène sous cet angle. Mais certaines de ces remarques peuvent aussi s'appliquer aux personnes dont les expériences sont psychologiques – ou en questionnement)

    (Note 2 : les conseils prodigués dans cet article sont aussi valables pour les alterhumains autres que fictionkin)

    J'ai vu quelques posts à propos des dangers de rechercher ses « canonmates » en particulier (NdT : personnes fictionkin issues de la même œuvre d'origine) et bien que je pense qu'il y a des arguments qui valent sincèrement la peine d'être discutés, j'ai aussi l'impression qu'il y a beaucoup de scepticisme dans la plupart de ces articles. Il semble y avoir un courant principal de « cette expérience est techniquement possible mais statistiquement peu probable donc garde cela en tête ». Et je pense que, bien que cela soit bien intentionné, ce ton peut être décourageant.

    Il est aussi trop facile de regarder un tel post et râler contre le scepticisme. Dire « et bien de toute façon tu ne me parle pas à moi parce que ce n'est pas ce dont je fais l'expérience ».

    Donc je voulais en parler, en tant que personne qui pense sincèrement et honnêtement que « trouver des gens » est possible, et en tant que personne qui croit sincèrement l'avoir fait.

    La première chose dont j'aimerais parler est le « statistiquement improbable ».

    Si je me mettais à marcher, il serait statistiquement improbable (voire même presque impossible) de rentrer au hasard dans la maison d'un de mes amis. Néanmoins, tout le monde visite les maisons de ses amis et sa famille tout le temps. Pourquoi ? Parce que nous avons leur adresse. Donc je regarde le phénomène de trouver quelqu'un du même canon ou de la même vie antérieure sous cet angle ? Ce n'est pas une question de statistiques. Si quelqu'un voulait venir te voir dans cette vie, iel viendrait à ton adresse (ou inversement).

    Mais quelques remarques à ce sujet :

    • On ne sait pas si cette personne voulait vivre cette vie avec nous là maintenant, ou inversement. Cela pourrait être ou pas pour des raisons personnelles. Peut-être que vous avez tous les deux besoin de, ou voulu, prendre un peu de distance. Juste parce que quelqu'un nous manque maintenant, ne veut pas dire que ce n'est pas le cas. Une vie entière loin d'un de l'autre ne semblait peut-être pas si long avant de se retrouver à le vivre.

    • Cette personne est différente à présent. Ce n'est plus exactement la personne qu'on connaissait avant, et on n'est plus la même personne non plus. On a tous vécu des vies très différentes. Juste parce qu'on a partagé une connexion à un moment, ne veut pas dire qu'on va la partager maintenant, ou que ça sera la même connexion.

    • Juste parce qu'on est là, ne veut pas dire que l'autre personne va avoir les mêmes souvenirs / bagages émotionnels dans cette vie que ce qu'on a. Cette personne pourrait très bien ne jamais s' « éveiller » parce qu'elle n'en a pas besoin. Donc elle n'a pas la même connexion ou les mêmes souvenirs que nous avons. C'est pas grave. Oui, ça peut être triste de ne pas pouvoir en discuter. Oui, cela peut vouloir dire qu'on ne va jamais vraiment se rendre compte qu'on a « trouvé » quelqu'un. Mais c'est une possibilité et il faut la garder en tête.

    Je sais que c'est un peu répétitif comme discours, mais je veux l'appuyer : aucune de ces choses n'est mauvaise. Je pense qu'on peut vraiment avoir un lien fort et riche avec les gens, qu'ils fassent partie de notre passé ou pas, et qu'en même temps toutes ces choses soient authentiques.

    (NdT : personnellement par « statistiquement improbable » j'entends que, si en effet il y a autant d'univers parallèles différents que d’œuvres de fiction que nous produisons, il est statistiquement improbable que plusieurs personnage d'une même œuvre se retrouvent catapultés au hasard dans le même monde à la même époque et dans des personnes ayant accès à Internet... Mais c'est un détail.)

    Mais qu'en est-il de l'acte de trouver ?

    Il y a plein de posts qui ont des listes de « à faire » mais pas beaucoup sur « comment faire ». Malheureusement je ne peux pas vraiment vous offrir cela moi non plus. Néanmoins j'ai quelques conseils.

    1. Ne soyez pas rigides. Je sais que ça peut être problématique pour les fictionkin : vous avez un canon qui est juste devant vous. Aussi loin que votre regard se porte, toutes vos relations importantes se trouvent à l'écran ou sur les pages. Mais ce n'est pas forcément le cas !

    a) Qui sait ce qui a été abandonné sur le sol dans la salle de montage. Qui sait quel personnage a été rayé du premier jet parce qu'il ne servait pas la « narration » ou le groupe principal. Même si l'auteur avait une vision parfaite de votre ligne temporelle, cela ne veut pas dire que cette vision est celle qui a atteint l'audience.

    b) Vous pouvez être plus à-côté du canon que vous le pensiez. Vous pouvez vous retrouver coincé dans des émotions causées par votre matériel-source, ce qui fait qu'il est difficile de se concentrer sur les petites différences qui peuvent signifier beaucoup de différences entre vous et vos relations.

    c) Vous pouvez confondre différentes vies ou différentes personnes, parce qu'elles ont des thématiques similaires, ou parce que c'est dans la nature des sentiments et souvenirs de vies passées, de se mélanger. Ce fut le cas pour moi. J'ai mis près de 10 ans à me rendre compte que la « personne » qui me manquait si désespérément était au moins trois personnes différentes. Mais à cause de leurs similarités communes, je les avais mélangées en une seule personne jusqu'à ce que finalement je sois capable de démêler tout ça.

    1. Concentrez-vous sur vous-même et votre propre chemin de vie en premier, pas sur l'acte de trouver. Je sais, je sais. C'est du conseil de vieux, une resucée, mais c'est un bon conseil. Si vous partez en recherche, vous risquez d'avoir des biais de confirmation. Vous vous sentez seul, vous voulez trouver cette personne, et vous allez avoir tendance à essayer trop afin de faire en sorte que ça se produise.
      Croyez-moi, je sais à quel point c'est chiant. Et j'en suis désolé . J'ai été à votre place très longtemps, et punaise j'avais l'impression que ça ne s'arrêterait jamais. Mais voyez : de mon point de vue, si cette personne et vous êtes arrivés dans cette vie ensemble d'une façon ou d'une autre, peut-être avez-vous décidé d'un point de rendez-vous, un lieu et un moment où vos vies vous amèneront. La meilleure façon de le découvrir ? Suivez votre propre chemin. Il vous amènera où vous essayez d'aller.

    OK j'ai trouvé quelqu'un ! (Ou je le pense). Et maintenant ?

    Les relations interpersonnelles sont complexes. Être alterhumain c'est complexe. Naviguer entre plusieurs vies c'est complexe. Des relations alterhumaines entre différentes lignes temporelles de différentes vies, c'est complexe au cube.

    Voilà quelque chose dont je veux parler tout de suite : l'idée de tester. C'est le cœur de la plupart des conseils que j'ai vus à propos de la « validation » de quelqu'un d'une vie antérieure. L'idée est de garder certains souvenirs ou certaines vérités pour soi, et soit attendre que l'autre personne les confirme, soit poser des questions pour voir si les souvenirs correspondent.

    Ayant grandi dans une famille abusive, et ayant traversé des relations abusives dans le passé, l'idée de tester les gens dans une relation me retourne l'estomac. Je suis donc complètement incapable de regarder sérieusement tout conseil à ce sujet à cause de ça.

    Voilà quels sont mes problèmes avec l'idée de tester :

    1. Les tests où on va réussir ou rater peuvent causer beaucoup de dommages émotionnels, non seulement à la personne qui est testé, mais à la relation elle-même. Beaucoup de personnes ont des traumas à propos des échecs, qu'ils soient publics ou pas. Cela peut aussi détruire dans l’œuf une relation, d'une façon qui peut être juste ou injuste (j'en reparlerai plus loin).

    2. La méthode utiliser est manipulatrice même de manière non-intentionnelle. Même les personnes qui ne veulent pas le faire peuvent tourner des phrases d'une façon qui peut les rendre impératives ou incompréhensibles. Une question accidentellement impérative peut créer un faux positif ou un faux négatif, ce qui va potentiellement affecter l'identité des deux personnes impliquées dans l'échange.

    a) Par exemple j'ai vu au moins une fois quelqu'un conseiller de dire quelque chose qu'on sait être faux, et voir si l'autre personne proteste ou corrige l'information. Cela peut être hautement dommageant. Cela équivaut à dire qu'une relation doit forcément être valide, ainsi que la rétention d'un événement / un instant / une idée / etc. très spécifique. Cela sous-entend également que votre souvenir est 100% correct.

    b) Le scénario ci-dessus peut également amener la personne qui est « testée » à croire cette idée fausse parce qu'elle n'a pas de souvenir du tout et maintenant vous lui avez implanté cette idée. Et maintenant ça va être encore plus dur pour elle de rassembler ses propres vraies idées et souvenirs.

    OK, je fais quoi à la place ?

    Tester c'est facile ; malheureusement, l'alternative l'est moins, et aussi moins tranchée.

    Créez un environnement propice à la découverte mutuelle. Soutenez tout le monde dans l'exploration de leur identité. Si quelque chose n'est pas identique entre les différentes personnes, encouragez les à l'explorer. Cela ne veut pas dire que tout le monde doit accepter chaque souvenir proposé ; au contraire, cela veut dire l'inverse.

    Après tout, les souvenirs sont flous et évolutifs. Les perspectives changent beaucoup. Combien de fois avez-vous discuté d'un événement que vous avez vécu avec un ami ou un membre de votre famille, et leur interprétation ou leur souvenir est différent du vôtre ? Et on ne peut pas nier que tous les deux étiez là quand ça s'est passé ! C'est exactement la raison pour laquelle je suis contre tester les gens ; dans cette vie c'est souvent une tactique d'abus et de manipulation. Ce n'est pas différent avec les relations alterhumaines.

    Juste parce que tous les membres de la relation n'ont pas les mêmes souvenirs ou sentiments ne veut pas dire que vous venez de différents canons ou lignes temporelles. Cela peut aussi simplement dire que tout le monde a un point de vue et une perspective différentes, ou que quelque part dans le « jeu du téléphone » des nombreuses incarnations, les choses se sont mélangées en cours de route.

    Utilisez les moments où vous ne vous souvenez pas de quelque chose, ou que vous sentez que quelque chose s'est passé différemment, pour explorer ces différences. Encouragez les autres personnes à faire de même. Utilisez ces opportunités pour mieux vous comprendre vous-mêmes.

    Soyez ouverts aux changements de compréhension. Quelque chose que les autres disent peuvent avoir l'air très vrai de prime abord, mais avec plus d'introspection finalement ce n'est pas correct. Ne balayez pas les incertitudes, utilisez-les comme des outils. Ce peuvent être des tremplins pour des discussions – pas de la validation, de la discussion.

    Utilisez un langage qui laisse clairement voir que vous racontez les choses de votre perspective et que ce ne sont pas nécessairement des faits bruts. Ayez conscience que vous ne pouvez pas vous fier totalement à votre mémoire. Expliquez clairement aux autres personnes que vous acceptez qui ils sont et ce que sont leurs expériences, même si vous n'avez pas les mêmes. Attendez-vous au même en retour.

    Parfois on a pas raison. Et vous savez quoi ?

    C'est acceptable d'avoir tort. C'est acceptable de changer d'opinion. C'est acceptable d'avoir différents points de vue.

    Et c'est acceptable de ne pas partager la même vie antérieur ou le même canon que nos amis.

    Ce qui est vraiment important c'est la relation que vous avez maintenant, et que vous êtes à l'aise de partager vos expériences et votre alterhumanité avec ces gens. Vous avez un socle commun, et vous pouvez l'utiliser pour vous soutenir les uns les autres et en découvrir plus sur vous-mêmes.

    Source

    http://vagabondwyrm.tumblr.com/post/159908222462/a-discussion-regarding-canonmates (contient également une liste de liens en anglais à propos des relations abusives, particulièrement dans les communautés alterhumaines)


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  • La nature de l'identité otherkin

    Ce n'est pas une religion. Ce n'est pas toujours une croyance spirituelle ou même une partie d'une croyance spirituelle. La majeure partie des communautés ne considèrent pas non plus que c'est purement quelque chose de psychologique. Alors comment pourrait-il la décrire ?

    Et bien, l'otherkinité est un phénomène qui concerne l'interprétation qu'une personne fait de sa propre humanité. On ne peut pas s'y convertir ni la répudier, comme on peut le faire d'une religion. Si on est otherkin, on est otherkin ; si on n'est pas otherkin, on n'est pas otherkin ; c'est ainsi que la communauté le définit. Je considère que c'est d'abord et avant tout un phénomène ontologique [NdT : qui relève des propriétés internes et générales d'un être ; c'est simultanément général, abstrait, essentiel et singulier, concret, existentiel ; bref, c'est ce qui fait qu'une personne est elle-même et pas quelqu'un d'autre] et j'aime tirer des comparaisons entre l'otherkinité et le déterminisme [NdT : doctrine d'après laquelle les actions des humains sont, comme les phénomènes de la nature, soumises à un ensemble de causes extérieures], aussi différents puissent-ils sembler.

    « Otherkin » et « déterminisme » sont deux identités que l'on choisit en se basant sur des observations. Une personne otherkin peut observer des membres fantômes surnuméraires fréquents ainsi que des pulsions de se comporter de manière qui sont généralement considérées comme non-humaines. Une personne déterministe peut observer que tout ce qui se passe semble être causé par quelque chose d'autre. Toutes les deux personnes ont une forme de croyance, mais ces croyances sont basées sur une forme de preuve. Plus que des croyances, ce sont des aspects fondamentaux de la manière dont on perçoit le monde et soi-même. Les otherkin et les déterministes vont tous à la fin se retrouver à chercher un nom pour désigner ce qui correspond le plus à ce qu'ils ont observé, et l'ajouter à leur liste, toujours en évolution, d'identités.

    Mais comment passe-t-on d'une nature empirique à une nature ontologique ? Je dirais, quand on commence à spéculer sur les causes de l'otherkinité. Certains vont affirmer que nous sommes vraiment non-humains, d'autres vont plutôt argumenter que nous avons seulement des comportements qui sont en-dehors des expériences humaines habituelles. Certains vont dire que c'est spirituel, d'autres que c'est psychologique, et d'autres encore que c'est un mix des deux. Certains disent que l'otherkinité est forcément là pour une raison tandis que d'autres vont dire que c'est le hasard.

    C'est un sujet assez embêtant à discuter si on recherche une conclusion définitive, comme (je le suppose) ces choses-là n'existent pas vraiment. C'est juste un tas d'opinions personnelles qui se basent sur des expériences vaguement similaires de « non-humanité ». Donc en conclusion, la meilleure façon de décrire le concept d'otherkin, que nous ayons trouvée jusqu'à présent, c'est que c'est un phénomène ontologique.

    Source : http://aestherians.tumblr.com/post/158781340424/the-nature-of-otherkinity


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  • L'aliénation parmi les otherkin

    Melanie Getzler, Otherking among otherkin : the discursive negociation of the face-threat of exclusionnary othering in a demarginalizing Internet community. Présentation de Master des Arts, présentée en avril 2013, Université de l'Indiana.

    Des personnes marginalisées par la société, comme par exemple les otherkin, peuvent trouver une oreille attentive sur Internet, en se regroupant avec leurs pairs. Néanmoins, l'aliénation est possible dans ces communautés. Souvent, elle est motivée par une recherche de sécurité. En effet, les otherkin sont souvent discriminés par la plupart de leurs relations sociales hors-Internet. Pour éviter de se faire discriminer également sur Internet, certains développent une stratégie de mise à l'écart, afin de rester entre otherkin autant que possible, pour leur propre sécurité et se protéger du harcèlement.

    De plus, rester entre otherkin, permet d'avoir principalement du soutien de la part des autres membres du réseau de communication, ce qui permet de maintenir ou reconstruire une estime de soi qui, autrement, risquerait d'être brisée par un surplus d'interactions négatives.

    La discrimination sociale des otherkin en-dehors d'Internet n'est pas facile à estimer. En effet, l'identité otherkin est quelque chose de facile à dissimuler, permettant à la personne de se mettre socialement à l'abri des discriminations directes. Mais le poids émotionnel de devoir s'auto-surveiller en permanence et de devoir se cacher, reste bien présent, et lourd à porter. La rareté des otherkin dans la population amplifie les sensations de dégoût de soi-même. Pour les otherkin, faire bonne figure est donc très important.

    On pourrait croire que, étant rejetés un peu partout, les otherkin allaient essayer de rejeter le moins possible de personnes de leur communauté. Or, séparer le non-soi du soi est un élément important de la formation identitaire chez les humains. Les otherkin étant biologiquement humains, n'échappent pas au fonctionnement neurologique du cerveau humain. Plus les otherkin vont être rejetés socialement, plus ils vont insister sur ce qui les différencie des autres humains afin de renforcer leur sentiment d'appartenance sociale au groupe des otherkin et ainsi renforcer leur identité.

    La nécessité du sentiment d'appartenance à un groupe et de l'aliénation des non-membres est telle, qu'en séparant des gens aléatoirement en deux groupes, des expérimentateurs ont créé un système où les membres d'un groupe favorisaient systématiquement les autres membres du même groupe, et ce, même si ces personnes ne s'étaient jamais rencontrées en face-à-face et restaient anonymes les unes pour les autres. Le simple fait de savoir que telle peinture a été faite par un membre du même groupe d'expérimentation, menait les « cobayes » à lui donner des critiques plus positives.

    Le même phénomène s'applique à tous les groupes sociaux humains, les otherkin n'y faisant pas exception, bien au contraire.

    De plus, la nécessité sociale humaine de se rapprocher d'autres personnes avec qui on partage des traits communs, et la difficulté de rencontrer d'autres otherkin, renforce le phénomène d'adhésion au groupe et de rejet du non-groupe. Mais également, renforce l'idée d'une nécessité de silence, car le groupe est plus soudé si l'identité partagée est secrète et ne peut être discutée qu'avec les membres du groupe.

    Ce genre de groupe offre l'avantage de présenter beaucoup de soutien moral et psychologique aux individus qui en font partie, ainsi que des ressources mieux recherchées et des retours d'expérience, ce qui peut éviter à certaines personnes des effets négatifs sur leur santé (en rassemblant par exemple des personnes ayant les même handicap et donc, des besoins médicaux particuliers difficiles à explorer par soi-même).

    L'aliénation par rapport à un groupe ne signifie pas nécessairement que les non-membres sont considérés comme inférieurs. C'est simplement un moyen de catégoriser les gens en fonction de points communs. Mais elle peut aussi être dénigrante, comme en rejetant un membre du groupe comme « faux » afin d'assurer que le reste du groupe est « vrai ».

    Il est également noté que les communautés les plus marginalisées ont tendance à affirmer que les insultes ne doivent pas être protégées par la « liberté d'expression » tandis que les groupes les moins marginalisés soutiennent que les insultes sont une « liberté d'expression ».

    Concernant la liberté d'expression, la déclaration des Droits Humains parle d'elle-même : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses » donc, à partir du moment où on insulte ou harcèle une personne à cause de ses opinions, ce n'est plus de la liberté d'expression, mais une entrave à la liberté d'expression. L'insulte est l'exacte contraire de la liberté d'expression.

    Ce qui fait que beaucoup d'otherkin forment une minorité silencieuse, c'est parce que la majorité bruyante les insultes sous couvert de « liberté d'expression ».

    Dans les communautés otherkin étudiées, l'aliénation est faite principalement (à environ la moitié) en évaluant les membres par rapport aux définitions des termes. Si la personne évaluée correspond à la définition, elle est otherkin. Si elle ne correspond pas à la définition, elle ne l'est pas. Les techniques d’aliénation observées durant l'étude n'impliquaient jamais de considérer l' « autre » comme inférieur. Par contre, l'impolitesse est de mise dans la plupart des comportements d'aliénation.

    Une meilleure compréhension des mécanismes d'aliénation pourra, dans le futur, permettre une meilleure inclusivité des différentes communautés.


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  • Thérianthropie et petplay

    Attention, ce qui suit va contenir des références à des activités BDSM.

    Le petplay est une sous-catégorie de la plus large communauté BDSM/kink, qui implique une relation consensuelle basée sur un jeu de rôle animal. Dans le petplay, il y a typiquement une personne qui se comporte comme un « pet » (un animal) en jouant le rôle de l'animal de son choix et en se comportant d'une façon habituelle pour cet animal (jouer à la balle, se promener, courir, manger dans une gamelle, apprendre des tours, etc.) Il y a aussi souvent un Dominant (ou au moins le désir d'avoir un Dominant) qui se comporte comme le « maître », le « dresseur », etc. et qui facilite le jeu de rôle animal en organisant des activités pour le « pet ». La distinction entre le jeu de rôle animal et le petplay est la présence d'une dynamique Dominant / soumis dans le petplay. LE PETPLAY N'EST PAS SEXUEL PAR DEFINITION. Néanmoins, comme pour presque tout, il existe des gens pour qui cela prend un aspect sexuel. LE PETPLAY N'EST PAS DE LA ZOOPHILIE, et aucun vrai animal ne prend part à une scène de petplay (une scène est un scénario dans lequel interviennent des activités de nature BDSM, et qui peut être aussi simple qu'une rapide punition ou aussi complexe qu'une journée entière planifiée pour l'occasion). Certes, comme pour tout ce qui touche aux kinks il y a un important tabou autour de l'activité du petplay, mais aussi longtemps que la relation se base sur le consentement éclairé de toutes les parties en présence, il n'y a rien à craindre !

    Alors, en quoi est-ce que ça a un lien avec la thérianthropie ? Et bien pour commencer il y a un recoupement des deux communautés. Certains thérians font aussi du petplay, et ces deux aspects de leur vie peuvent être complètement séparés, complètement entremêlés, ou toute combinaison entre les deux. Ce qui est important c'est la distinction entre les deux communautés, LE PETPLAY N'EST PAS DE LA THERIANTHROPIE. LA THERIANTHROPIE CE N'EST PAS DU PETPLAY. Il y a une grande différence entre les deux communautés. Le petplay implique la présence d'une relation Dominant / soumis et le « pet » choisit quel genre d'animal jouer, alors que la thérianthropie est une identité personnelle qui n'est pas choisie, et il n'y a aucune particularité dans la relation entre le thérian et d'autres personnes. Néanmoins, ces deux aspects peuvent exister conjointement pour certains individus spécifiques, comme dans le fandom furry.

    Pour beaucoup d'entre vous, je suis certain que le petplay n'est pas votre tasse de thé, et c'est pas grave. Garder la thérianthropie et le petplay séparés est important car les deux communautés sont très différentes, et la désinformation peut amener de nombreux problèmes dans les deux communautés. Néanmoins, il est important de les respecter toutes les deux, peu importe vos préférences, parce que vous voudriez recevoir le même respect de la part de quelqu'un d'autre.

    Source : https://naali-thearcticfox.tumblr.com/post/159102502453/therians-and-petplay


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