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Des licornes et des hommes Je suis Amalthæ. Je suis auteurice et essayiste. J'écris sur les troubles dissociatifs, l'autisme, le TDAH, les identités trans, la construction identitaire, l'alter-humanité (otherkins, thérians, fictionkins...)

Frankenstein (Mary Shelley)

Lady-Amalthae

Ce livre fait partie de ma liste de lecture pour mon Alter Ego challenge.

Le récit que Mary Shelley fait de Frankenstein a été inspiré par une véritable personne. Frankenstein était un alchimiste. Pour rédiger son texte, l'autrice est partie d'un rêve qu'elle a fait, mais vous connaissez sans doute une autre histoire, inventée pour la 2e édition, censurée, du roman.

Pour ma part, j'ai lu la VO non censurée (celle de 1818) en anglais.

La structure du roman est que plusieurs récits sont imbriqués les uns dans les autres. Plusieurs personnages racontent leur partie de l'histoire à d'autres personnages, ou rapportent le récit fait par une tierce partie.

Le texte explore la valeur d'une personne, ce qui va être le propre de l'humain et ce qui va être monstrueux ou non humain. J'en ai également fait une lecture via le prisme de l'autisme.


 

Le premier volume de l'histoire nous fait rencontrer un premier narrateur, Robert Walton. Robert est un explorateur à la recherche de territoires plus ou moins magiques situés au-delà de la banquise du Pôle Nord. Il déplore l'absence d'amitié sincère durant son périple : en effet, il ne peut pas se lier d'amitié avec le reste de l'équipage, qui sont ses employés. Cette situation le prépare à se lier, plus tard, avec Frankenstein.

Au milieu de l'été, il voit passer un homme de très grande taille sur un traineau à chiens, glissant sur la banquise. Le lendemain, un second voyageur fait son apparition. Il est à la poursuite du premier, mais tous ses chiens sont morts, sauf un. Robert le prend sous on aile. Les deux se lient d'amitié instantanément. Ce second voyageur n'est autre que Frankenstein.

Celui-ci est lancé dans une quête désespérée, au péril de sa vie. « J'ai tout perdu et ne peux pas recommencer ma vie à nouveau », confie-t-il à Robert. Il plie sous le poids de ses traumatismes, de sa dépression, de son désespoir. À ses yeux, la connaissance est un serpent qui mord la main de qui le découvre. Il est tombé bien bas.

La hauteur de sa chute est mise en relief par sa situation sociale d'origine. Sa famille est distinguée, elle est honorable, a bonne réputation, porte des valeurs de respect et d'intégrité. Frankenstein est l'aîné de ses adelphes, ce qui fait de lui l'héritier des valeurs que son père lui a transmises. Il grandit en compagnie de sa cousine, à qui il est fiancé (ça se faisait beaucoup à cette époque de se marier entre cousins). Il aime prendre soin de cette jeune fille qui est destinée à partager sa vie.

Il en prend soin... « comme d'un animal ». Ce qui est beaucoup moins cool, d'un coup.

Son meilleur ami est Henry Clerval, le fils de l'ami de son père.

Frankenstein, durant ses études, se penche sur la lecture d'Agrippa (au passage, ESOTERICA a fait une série de vidéos se penchant sur le travail de cet occultiste, si ça vous botte). Comme le père Frankenstein trouve que cet auteur raconte n'importe quoi, le fils Frankenstein décide de le lire avec encore plus d'assiduité, ainsi que d'autres auteurs alchimistes, comme Paracelse ou Albert le grand.

Devenu adolescent, Frankenstein comprend que l'alchimie telle que conceptualisée dans ces manuscrits ne fonctionne pas, idem pour la nécromancie. Les paradigmes scientifiques des auteurs anciens étaient erronés. Il a pu penser, à une époque, qu'il suffisait d'essayer plus fort pour que ça marche – mais l'accumulation de connaissances lui a fait prendre conscience que ce serait une perte de temps. Néanmoins, la chimie moderne (pour lui) est incompréhensible à ses yeux, donc il la juge trop difficile pour l'étudier. J'ai un peu l'impression de voir en accéléré le parcours d'une personne à fond dans le New age et autres systèmes de croyances irrationnelles : la Science(TM) c'est crodur donc c'est faux et la Magie(TM) en vrai ça marche il faut juste essayer plus fort si on veut obtenir des résultats visibles.

La mère de Frankenstein décède de la scarlatine alors qu'il n'a que 17 ans. Cela lui met un électrochoc qui le fait reprendre son éducation scientifique à partir de zéro, un peu à reculons parce qu'il reste accroché à ses rêves de grandeur et d'immortalité. À force de s'accrocher aux deux – à la chimie et au rêve d'immortalité – il comprend que la science peut être une façon d'atteindre son rêve. Il se lance alors corps et âme dans l'étude de la biochimie. Bon, c'est pas nommé biochimie dans le récit, mais le contexte permet de comprendre que c'est cette branche spécifique de la chimie qu'il étudie.

Frankenstein est aux anges : la méthode scientifique permet aux élèves d'avancer beaucoup plus loin que ce qu'enseignent les professeurs, au contraire de ses études en magie où il ne faisait que répéter ad nauseam ce que d'autres avaient fait avant. L'une des questions qui le taraudent, en matière de chimie, est la question de savoir ce qu'est la vie, chimiquement.

Pour des raisons internes au récit, il ne révèle pas la nature exacte de ses découvertes. Néanmoins, il révèle à Robert qu'il est parvenu à découvrir la méthode chimique permettant d'animer un corps inerte. Pour mener ses expériences et recherches jusqu'au bout, Frankenstein construit un corps de chair de 8 pieds de haut (2,44 m) afin de créer la vie. Son but, une fois qu'il aura concrétisé ses recherches en matière de création de la vie, est de se lancer dans la résurrection. Il veut réaliser les rêves des alchimistes, en utilisant, cette fois, la méthode qui marche : la science.

Le problème est qu'il perd de vue les considérations éthiques de ses recherches, en plus de s'isoler socialement. Il pousse le tout jusqu'à se couper de sa propre humanité, tellement il s'enferme dans son hyperfixation de construction d'un humain en kit. Avec le recul de l'âge et du moment où il confie son récit à Robert, Frankenstein considère que l'hyperfixation est par essence quelque chose de mauvais et que toute hyperfixation doit impérativement être abandonnée. Aux yeux de notre Frankie traumatisé, l'hyperfixation est nécessairement la cause de tous les maux de l'humanité : l'esclavage (envers son propre travail), la chute des empires, les génocides, bref, tous les trucs atroces de l'Histoire c'est à cause des hyperfixations.

Il revient à son récit et au moment où il a donné la vie à sa création. Il avait voulu que sa créature soit belle, mais, dès qu'elle s'anime, il panique. La créature tombe pile dans ce qu'on appellerait actuellement « uncanny valley » (vallée de l'étrange) et il la renie aussitôt.

Au passage, dans cette version de l'histoire, il utilise uniquement la chimie pour animer sa créature, pas l'électricité.

Donc, Frankie prend ses jambes à son cou et part à toute vitesse sans un mot pour sa créature. Plus la créature cherche à interagir avec lui, tel un nouveau-né cherchant son parent, plus Frankie le fuit et le repousse. J'ai fait un gros parallèle avec le sentiment de révulsion que des parents d'enfants handicapés, en particulier autistes, peuvent ressentir devant leur progéniture. Cette réaction est à l'origine des légendes autour des changelins, ainsi que de la haute proportion de maltraitances envers les enfants neuroatypiques. Cette révulsion est ressentie par les autres adultes (professeurs, nourrices...) ainsi que par les pairs (autres enfants), ce qui est à l'origine de maltraitances supplémentaires, d'aliénation constante, de harcèlement...

De la même façon que certains adultes peuvent ressentir de la honte en voyant que leur enfant tant désiré est autiste (ou handicapé de manière générale), Frankie a honte de sa créature et il refuse de la montrer à Henry. Lorsque la créature finit par s'en aller, Frankie est fou de joie. On croirait entendre cette femme qui s'est fait inviter sur tous les plateaux télé pour raconter comment elle avait tué son enfant handicapé pour s'en débarrasser, parce que, faut la comprendre, c'est trop dur de s'occuper d'un handicapé. (Vous sentez mon sarcasme ?) Ça me fait aussi penser à cette histoire de petit déjeuner aux œufs et au bacon. Tout le monde pleure avec la poule qui hurle qu'on lui a volé ses œufs, mais osef du cochon qui est mort pour donner son bacon. Là c'est un peu pareil. Pauvre Frankie qui est secoué par ses émotions et osef de la créature, vaudrait mieux qu'elle soit morte, pas pour son propre bien, mais pour celui de Frankie. Il n'y en a que pour le créateur – ou le parent de l'enfant handicapé – et la personne dont la vie est en jeu n'a pas son mot à dire.

Comme tout ce qui concerne les droits humains, en fait. Le droit à l'avortement qui disparaît, les droits des personnes transgenres qui fondent comme neige au soleil, bref, la victime on s'en bat les steaks elle est coupable jusqu'à preuve du contraire, par contre son agresseur le pauvre petit chou il faut surtout le ménager il est innocent jusqu'à preuve du contraire, et même avec la preuve du contraire, on va pas détruire sa vie en le punissant voyons. Quoi, aider la victime ? Quelle victime ? Elle l'a bien cherché.

(c'était du sarcasme, là encore)

Bref, Frankie développe un trouble du stress post-traumatique suite à tout ça. Il refuse de s'approcher de toute activité scientifique en laboratoire, en particulier la chimie. Il fait de l'évitement et s'imagine que ça va résoudre tous ses problèmes.

Ça ne résout rien. Le petit frère de Frankie est assassiné par la créature, qui a été attirée par le portrait de la mère décédée que l'enfant portait autour du cou. En découvrant que c'est la créature qui a tué son frère, Frankie l'appelle « dæmon », affirmant lui avoir donné naissance dans la folie. J'y ai vu un parallèle intéressant avec la part d'ombre de la psyché humaine et la difficulté qu'on peut trouver à s'y confronter. Or, moins on s'y confronte, plus on la repousse, plus elle gagne en puissance et en pouvoir. Ce qui est exactement ce que la créature va faire. Au passage, la part d'ombre de Frankie contient ses obsessions dévorantes, son matérialisme scientifique, sa jalousie fraternelle. C'est ce « côté sombre » de lui-même, à la fois beau et intimidant, qu'il fuit et qui est symbolisé par la créature. C'est ce côté sombre de lui-même qui, par jalousie, a tué son frère. La créature est vraiment le dæmon de Frankenstein, au sens jungien du terme. La culpabilité est transférée sur les épaules d'une amie proche de Frankenstein, qui se retrouve condamnée à sa place pour la mort de son frère.

Le même scénario que Frankenstein pourrait être appliqué à une situation de type Jeckyll et Hyde, avec une personne en proie à ses propres démons intérieurs qui, ne sachant comment les intégrer et les sublimer, finit par se laisser diriger par eux.


 

Dans le second volume de l'histoire, nous retrouvons Frankenstein en train de se noyer dans son deuil et dans son désespoir. Son père essaye d'argumenter au sujet de son devoir en tant qu'être humain de s'améliorer, d'apprendre, de passer du bon temps, d'être utile aux autres au quotidien, de s'insérer dans la société. Frankie n'est pas convaincu et il contemple le suicide. Malgré tout, il refuse de laisser sa famille seule à la merci de la créature. Ce qui est ironique, car si la créature s'en prend à sa famille, c'est uniquement dans le but de faire souffrir Frankie.

Ledit Frankie se noie dans sa culpabilité et dans son sentiment d'impuissance. Il désespère. Il considère que si les besoins humains étaient au même niveau que ceux des animaux, les humains souffriraient moins qu'avec le niveau de compréhension humain. On retrouve le même genre de mentalité chez les thérians ainsi que chez les alters animaux dans les troubles dissociatifs complexes. C'est à mettre en lien avec les mécanismes de traumatisme et de dissociation. Plus un cerveau est traumatisé, donc dissocié, moins il peut mettre en lien de ressources internes, plus il perd en capacité à faire face aux situations, plus il est débordé par ses émotions. Pour mieux comprendre les tentants et aboutissants du lien entre l'efficacité mentale, l'intégration, la dissociation et tout le reste, lisez « Le soi hanté ».

Nous arrivons enfin au premier vrai face-à-face entre la créature et son créateur. Forcément, Frankie repousse la créature en le traitant de démon. La créature, pourtant, lui parle civilement et poliment. Elle se considère elle-même comme un ange déchu suppliant son créateur de lui pardonner et de l'aimer. De son côté, Frankenstein ne lui laisse pas la moindre chance. Il n'a aucune pitié. Le chimiste a créé son propre dæmon, et au lieu d'embrasser cette obscurité comme faisant partie de lui, il la repousse et s'en dissocie – ce qui a pour effet de rendre ce dæmon plus puissant et plus agressif.

La créature a une bonne analyse de la situation. Il affirme : « J'étais bienveillant et bon ; le malheur m'a changé en criminel. Rends-moi heureux et je serai à nouveau vertueux. » Persécuté, détesté de tous, il demande : « Ne devrais-je pas haïr ceux qui me détestent ? » C'est une réaction normale et bien humaine de réagir ainsi pour se protéger. Mais ses supplications et ses confidences tombent dans l'oreille d'un sourd. La créature doit presque supplier Frankenstein pour être écoutée. Elle finit par plaider que même les criminels ont le droit de se défendre. Enfin, la créature peut raconter l'histoire de sa courte vie.

Il décrit ses premiers instants comme étant dominés par des sensations « animales », de la tristesse et de la peur. Dès le début de son récit, on peut voir que Frankenstein a vraiment merdé en repoussant et haïssant sa créature. Un peu de compassion en aurait fait quelqu'un de bien et la tragédie de Frankenstein n'aurait jamais eu lieu.

La créature a dû apprendre seule à se nourrir, à se protéger du froid... Il était chassé à vue où qu'il aille – de la même façon que les personnes neuroatypiques, surtout les autistes, sont aliénées où qu'ils aillent et quoi qu'ils fassent, à vue. La créature n'a qu'un seul souhait : pouvoir vivre tranquillement. Il n'y a pas droit.

Là où Frankie appelait les mots articulés une malédiction, de par le pouvoir qu'ils peuvent avoir sur les gens, la créature les nomme « une science quasi divine », car ils permettent la communication.

Nous découvrons une créature aimable, aidante, travailleuse, qui n'a que trop conscience d'être effrayante pour les gens. J'ai vraiment retrouvé les mêmes types de vécus que chez les autistes.

La prise de conscience de son inhumanité, de son aliénation, amène la créature à se sentir désespérée – à mettre en parallèle avec la culpabilité et l'horreur que ressent Frankie.

Plus la créature apprend, observe, lit, plus elle prend conscience de sa condition de créature aliénée et rejetée. Il se met à s'identifier à la figure de Satan dans « Paradis perdu » de Milton. Il espérait pouvoir gagner sa place dans l'humanité avec ses manières douces, son travail, en se mettant au service des gens – lorsque les personnes avec qui il entretenait une relation parasociale le rejettent, cela lui brise le cœur. Le parallèle est toujours poignant entre ce que vit la créature et ce que j'ai vécu en tant qu'autiste.

Le désespoir rend la créature agressive. Il se met à chercher la vengeance envers son créateur, qui est responsable de sa condition. En cela, il fait preuve de sagesse, de vertu et d'autres valeurs profondément humaines. Il ne veut pas punir la totalité de l'humanité pour les crimes d'un seul homme. Au contraire, il a encore plus d'humanité que les gens qui l'agressent à vue.

Tout ce que la créature demande, c'est une autre créature pour l'aimer et en être aimée, faire l'expérience d'un attachement sécure, apaiser sa souffrance et pouvoir se retirer loin du monde, en paix. Frankenstein refuse. Pourquoi ? Parce que c'est un gros trouduc qui fait passer ses propres angoisses et projections avant les besoins et la réalité des autres. Un peu comme les neurotypiques devant les autistes.

La créature est bien patiente. Il fait remarquer à Frankie que celui-ci demande que la créature ait de la pitié envers ses agresseurs. Comme la société le demande envers toutes les victimes, en particulier les handicapés, les femmes, les enfants. Il faut avoir pitié des agresseurs, les comprendre, ne pas se défendre, ne pas demander justice... les conséquences pour les victimes ? On s'en fout.

À force d'être traitée de monstre par tout le monde, la créature finit par s'identifier à cette image que ses agresseurs lui renvoient. Frankenstein prétend ressentir de la compassion pour sa créature, il refuse quand même de lui apporter la solution à ses soucis. Il est trop horrifié par l'apparence, la puissance, la supériorité de sa créature sur lui. Sa peur de perdre son statut de dominant social lui fait refuser des droits humains à une minorité. Ce qui est le mécanisme qui amène, actuellement, les « conservateurs » à vouloir retirer des droits humains à certaines personnes ou les leur retirer. De plus, en refusant à sa créature la « pair aidance » de la compagnie d'une autre créature, Frankie se fait miroir ou prédicteur des gens qui affirment que seule une personne qui n'est pas concernée peut « sauver » les gens concernés. La pair-aidance, ça existe et c'est un outil très puissant de militantisme et de libération face à l'oppression. C'est bien pour ça que les oppresseurs ne veulent pas qu'elle se mette trop en place...

La créature finit par faire plier Frankie, qui accepte de lui créer une partenaire. La culpabilité ronge le pauvre petit chimiste. Mais est-ce vraiment de la culpabilité, ou de la peur de perdre sa place sociale de dominant ?


 

Volume 3 ! Comme Frankie n'a pas dit oui de manière convaincue, il procrastine son travail et culpabilise. Néanmoins, il a quand même envie d'avoir l'esprit tranquille pour épouser sa cousine. Il décide de partir en Angleterre pour y travailler en solitaire. Là, il hésite à tenir sa promesse. Il craint que sa seconde créature soit encore plus « maléfique » que la première et, pire encore, les deux pourraient se reproduire ! Ou se détester ! Donc, plutôt que de laisser la première créature gérer la seconde et, au pire, s'assurer de leur stérilité, Frankie préfère... détruire la seconde créature. J'ai vu à cela un parallèle avec l'eugénisme et l'envie de détruire les enfants potentiellement handicapés avant leur naissance ou juste après leur naissance, de crainte qu'ils ne soient pas comme on voudrait qu'ils soient. Dans le cas de maladies ou handicap empêchant de vivre longtemps ou causant une détresse, des douleurs... ingérables, je comprends – mais pour des situations où la personne aura juste besoin d'aide au quotidien, mais pourra quand même vivre une vie heureuse et épanouissante, ça devient égoïste de vouloir l'empêcher de vivre. À ce tarif, on arrête de faire des enfants tout court, car on ne sait jamais, à leur naissance, ce qu'ils deviendront étant adulte. Autant l'empêcher de vivre plutôt que risquer de donner naissance au prochain tueur en série cruel et sadique.

Donc, Frankie brise sa promesse, et ça lui retombe dessus : la créature se venge. Plutôt que d'accepter les conséquences logiques et prévisibles de ses actes, Frankie se victimise, déprime, culpabilise... Son meilleur ami est retrouvé mort (tué par la créature), Frankie est accusé, il fait sa meilleure Pikachu Face comme si la créature ne l'avait pas prévenu qu'il y aurait des conséquences s'il brise sa promesse.

Donc on a Frankenstein, qui brise les promesses, agresse sa créature, et chouine que sa créature est maléfique lorsque celle-ci se défend après l'avoir bien prévenu que c'était ce qui allait arriver. J'ai l'impression de voir des prédateurs sexuels pleurer sur Twitter « cancel culture ouin ouin » lorsqu'ils doivent faire face aux conséquences de leurs actes – c'est-à-dire, le fait que les gens n'aient pas envie d'interagir avec eux ou de leur donner de l'argent à cause des atrocités qu'ils ont faites.

Frankenstein pète une dernière durite, il veut poursuivre la créature jusqu'au bout du monde. La créature, tristement, accepte cette haine que son créateur lui jette à la figure. C'est la seule interaction possible entre eux. La créature fuit, laissant une piste très facile à suivre, apportant même à son poursuivant la nourriture, les vêtements... dont il pourrait avoir besoin pour continuer la traque. Mais Frankie est trop obtus pour admettre que c'est sa créature qui prend soin de lui comme ça.

Notre petit chimiste continue de se victimiser ouin ouin : il s'identifie à l'archange déchu parce qu'il a créé quelque chose qui l'emprisonne éternellement selon lui. Pourtant il ne fait qu'affronter la conséquence logique de ses actes ! C'est lui-même qui est responsable de la tournure des événements ! Il ne tenait qu'à lui de mettre un terme à cette tragédie ! J'ai l'impression de voir un « estranged parent » qui pleure que l'enfant qu'il a maltraité refuse de lui adresser la parole.

Frankenstein décède (bien fait pour sa gueule), mais notre Robert du début n'est pas aussi woke que moi. Tout ce qu'il a compris, c'est que la créature est trop méchante de vouloir être aimée. Alors, lorsqu'il se retrouve nez à nez avec ladite créature, il la couvre d'insultes. Pourtant, la créature reste calme et polie. Elle explique être triste que Frankie soit mort sans comprendre que tout ce qu'elle demandait, c'était un peu d'amour. Avec le recul de l'expérience de vie, elle reconnaît que sa vengeance n'a servi à rien puisqu'elle ne lui a pas donné accès à ce dont elle avait besoin. Mais Robie est un mec cishet blanc valide, il part du principe que la créature ment vu qu'elle a une apparence effrayante. De nouveau ça fait écho aux expériences autistiques : la parole de la personne autiste qui dit la vérité est niée, sous prétexte qu'elle a, et bien, une tête d'autiste. Les enfants maltraités subissent eux aussi ce genre de déni, parce que la société préfère nier leur souffrance plutôt que de se confronter à l'horreur de la réalité des maltraitances.


 

« Pollué par le crime et déchiré par les plus amers regrets, où puis-je trouver le repos en dehors de la mort ? »

SVP, donnez un plaid et un chocolat chaud à cette créature, elle en a bien besoin.

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