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Des licornes et des hommes Je suis Amalthæ. Je suis auteurice et essayiste. J'écris sur les troubles dissociatifs, l'autisme, le TDAH, les identités trans, la construction identitaire, l'alter-humanité (otherkins, thérians, fictionkins...)

Les sirènes de Titan (Kurt Vonnegut)

Lady-Amalthae

Dans le cadre de mon challenge de lecture Alter Ego, voici « Les sirènes de Titan » de Kurt Vonnegut.

C'est un livre de science-fiction dont le thème principal est l'inéluctabilité du destin ainsi que la vacuité de l'existence humaine. Peu importent toutes les aventures ou plutôt tous les accidents de la vie, l'humanité n'existe que dans un seul but, à la fois immensément poétique et très futile : permettre à une espèce alien faite uniquement de machines, d'aller saluer une autre espèce d'aliens, à des milliers d'années-lumière de chez eux.

Malgré le vide et le creux que cela donne à la vie humaine, les personnages luttent contre les accidents de la vie et contre les manipulations de leur destin, pour continuer à rêver.

L'existence humaine, après tout, peut se résumer à une seule chose : faire de son mieux.

 

Trigger warnings : manipulations émotionnelles et psychologiques, génocide, lavage de cerveau, programmation mentale, suicide.

TW en rab si vous lisez le livre : agressions sexuelles /viol.

 

Les citations sont traduites par moi depuis l'anglais, elles ne seront pas exactement pareil que les citations trouvées dans des livres traduits en français par d'autres personnes.

L'ambiance du livre est posée comme étant quelque chose de réel. L'auteur précise qu'il n'a changé aucun nom « pour protéger les innocents, puisque Dieu Tout-Puissant protège les innocents dans le cadre de la routine de sa vie au Paradis ».

L'histoire commence à une époque où les gens ne savaient pas encore comment trouver le sens de la vie en eux-mêmes, où ils ne connaissaient pas les 53 portails de l'âme et où l'humanité explorait l'extérieur au lieu d'explorer l'intérieur.

Sur Terre a lieu un phénomène assez régulier : un homme (Winston Niles Rumfoord) et son chien (Kazak) apparaissent à une heure précise dans une maison – la maison où l'homme vivait auparavant avec son épouse (Béatrice Rumfoord) – puis ils disparaissent à nouveau, à heure précise. Le phénomène se produit tous les 59 jours depuis 9 ans.

Le vaisseau spatial de Winston et Kazak s'est perdu dans un infundibulum chrono synclastique et depuis, ils existent sous une forme d'onde, entre le Soleil et Bételgueuse. Ce qui leur permet de voir à la fois le passé et le futur, sur une grande étendue temporelle.

Malachi Constant est convoqué à assister à une matérialisation de Winston, sous le prétexte que les deux hommes se connaissent bien vu qu'ils se sont rencontrés sur Titan dans le futur. Il révèle également à Malachi Constant que celui-ci rencontrera Madame Rumfoord sur Mars et qu'ils auront un enfant ensemble, par décisions des Martiens. Il est également question d'un messager. Après tout, le nom de Malachi Constant signifie « messager fidèle ».

Winston continue de révéler que le fils de Malachi, nommé Chrono, emportera avec lui un morceau de métal trouvé sur Mars, et que ce morceau de métal ne doit surtout jamais quitter l'enfant. C'est d'une importance capitale.

Sur ce, Malachi est renvoyé à sa vie ordinaire. La foule, massée hors de la maison aux apparitions, « parce que rien ne lui avait été promis, avait l'impression qu'on l'avait trompée, puisqu'elle n'avait rien reçu ». Des paradoxes de ce genre, il y en a tout le long du récit.

Suite à ces révélations, toutes sortes d'aventures arrivent à Malachi. Il ne craint pas vraiment la mort, car il sait qu'il doit mourir sur Titan. Donc, tant qu'il ne s'y trouve pas, il peut être assuré de survivre à tout ce qui va lui arriver.

Mais il est également prisonnier de ce destin qui lui a été annoncé, tout comme Béatrice et leur futur enfant.

Ils sont ruinés, perdent leur emploi et leurs maisons, tandis que Winston ne leur montre aucune compassion. Au contraire, il tente de leur faire comprendre que la survie de l'humanité est plus importante et que c'est la raison pour laquelle il ne les a pas prévenus de leur ruine imminente. D'après Winston, à la fin, tout rentrera dans l'ordre, alors autant ne pas s'inquiéter du présent.

« Il y avait quelque chose d'obscène à voir un milliardaire être optimiste et agressif et rusé. »

On apprend au passage comment Noël Constant, le père de Malachi, est devenu riche. C'est à la fois très ingénieux et très stupide. Déjà à cette époque peut se retrouver la main de Winston, dirigeant la vie des gens pour que la pièce de métal de Mars arrive sur Titan.

Revenons à Malachi. Dans un bar, il croise la route de deux personnes très intéressées par leur montre et le temps qui passe. Des personnes envoyées par Mars pour glisser un amnésique dans la boisson de Malachi et le kidnapper. Comme de nombreuses victimes avant lui, Malachi subira un lavage de cerveau, il sera dépouillé de ses souvenirs, de son identité, et un contrôle radio sera implanté dans son cerveau afin d'en faire un soldat bien obéissant.

Béatrice subira le même sort.

Et les voilà catapultés sur Mars, amnésiques. J'ai beaucoup aimé la façon dont l'amnésie a été retranscrite. Nous faisons la rencontre de Unk, soldat martien.

La Mars de Vonnegut est originale. Pour compenser l'absence d'oxygène dans l'atmosphère, des pilules sont avalées toutes les six heures, remplaçant l'utilisation d'un scaphandre. Les gens y ont tous une antenne dans la tête, avec un système qui leur délivre de la douleur insupportable dès qu'ils essayent de penser à quelque chose d'interdit ou de faire quelque chose qui n'est pas autorisé. Y compris les hauts gradés de l'armée. L'antenne sert aussi à donner des ordres basiques, comme saluer, marcher en rang, présenter l'arme...

Au milieu du vide de son quotidien, au sortir d'une séance de lavage de cerveau, Unk sent dans ses tripes que quelque chose ne va pas. Qu'il ne devrait pas être sur Mars. Qu'il ne devrait pas obéir la tête vide. Qu'il ne devrait pas s'appeler Unk. Mais dès qu'il essaye de lutter, la douleur revient.

Unk reçoit l'ordre d'exécuter un prisonnier ; au moment où il s'apprête à obéir, celui-ci lui indique l'emplacement d'une lettre secrète, cachée quelque part.

La lettre révèle toutes sortes d'informations rassemblées péniblement, petit morceau par petit morceau, par une personne inconnue.

Les drapeaux qui flottent au-dessus des baraquements des soldats indiquent les pays que lesdits soldats attaqueront, lorsque l'ordre sera donné de détruire la Terre.

Parmi les membres de l'unité d'Unk se trouve Boaz. Son uniforme est de bien meilleure qualité que celui des autres soldats ou même des hauts gradés. Il pose des questions inquisitrices à tout le monde. Il cherche à savoir si Unk se rappelle de quoi que ce soit datant d'avant son dernier lavage de cerveau. Lorsque le Sergeant veut punir Boaz, il ressent la punition de la douleur et diminue la punition jusqu'à l'annuler.

Petit à petit, Unk réalise que Boaz est l'un des vrais commandeurs, que les hauts gradés ne sont que des pantins. Ainsi, toute rébellion au sein de l'armée est redirigée vers les pantins au lieu d'être redirigée vers les personnes qui sont vraiment au pouvoir. Mais même eux ignorent qui donne les ordres : les ordres passent comme des rumeurs lorsque les vrais commandeurs se rassemblent, apportés par personne ne sait qui.

Ce n'est pas la première fois que Unk rassemble les pièces du puzzle. Boaz l'a déjà renvoyé 7 fois se faire relaver le cerveau.

On apprend que le soldat exécuté au début du chapitre était Stony Stevenson, et que c'était l'ami proche de Unk.

Enfin, Unk s'échappe et peut lire la lettre secrète. Elle contient toutes sortes d'informations intéressantes, comme « le problème avec les cons c'est qu'ils sont trop cons pour savoir que l'intelligence existe ».

Et la signature, tout à la fin, est la signature de Unk.

L'attaque de la Terre est déclarée. Mais Unk ne rejoint pas ses camarades. Il part à la recherche de sa femme et de son fils.

Nous apprenons que les noms des mois sur Mars sont nommés d'après des mois de la Terre, mais aussi le nom complet de Winston, de son chien, des villes terrestres, une créature sur Titan nommée Salo, et bien entendu l'infundibulum. Salo est un messager venu de l'espace dont le vaisseau est tombé en panne sur Titan. Il attend la pièce de rechange, depuis 200 000 ans. Non, y'a pas des zéros en trop. Le carburant de ce vaisseau est la Volonté Universelle de s'Épanouir – ce qui fait que quelque chose existe dans l'univers, et que ce quelque chose insiste pour continuer à exister.

Sur les traces d'Unk, nous apprenons de nouvelles choses sur le fonctionnement de Mars, notamment l'importance de Winston dans tout ce qui s'y déroule.

Enfin, Unk retrouve Chrono, son fils, et Bee, la mère de son fils. Bee ne va évidemment pas bien, Chrono non plus. Mais Chrono a avec lui la pièce de métal si importante pour Winston, et c'est tout ce qui compte.

Mais ça ne dure pas longtemps. Toute la flotte martienne est envoyée sur Terre, sauf Unk. Winston lui révèle les conditions atroces de la conception de Chrono. Boaz les rejoint.

Au passage, Winston nous explique que c'est l'organisation d'un système qui lui permet de gagner lors d'un conflit, et que si les anges existent, il « espère qu'ils sont organisés de la même façon que la Mafia ». Un personnage vraiment charmant.

La guerre entre Mars et la Terre dure 67 jours terrestres. Mars est massacrée, très peu de terriens sont morts. Les vaisseaux martiens étaient tous en pilote automatique, pouvant partir de Mars, aller sur Terre à un endroit précis, et c'est tout. Aucune manœuvre n'était possible. Ce sacrifice de centaines de milliers de personnes a été orchestré point par point par Winston. La motivation derrière tout ça est encore et toujours Salo, l'ami de Winston sur Titan. Salo, qui avait besoin d'une pièce de rechange pour son vaisseau. Salo, coincé depuis 200 000 ans sur Titan. Salo, chargé d'un important message qu'il doit absolument livrer à destination, coûte que coûte. Et pour ça, il fallait que Chrono revienne sur Terre, emportant la pièce de rechange, afin de pouvoir, depuis la Terre, être renvoyé sur Titan.

Le sacrifice de Mars était orchestré par Winston pour une autre raison : faire du monde un endroit meilleur. Devant l'absurdité du massacre, les terriens allaient forcément se sentir coupables. Entretenir cette culpabilité allait maintenir la paix et la fraternité à long terme sur Terre.

Bee et Chrono atterrissent au milieu de la jungle amazonienne, ce qui leur permet de survivre. Unk et Boaz, de leur côté, sont envoyés sur Mercure. Car Winston a un autre projet, encore : créer une nouvelle religion dont Unk serait le prophète.

Winston déclare que les Martiens morts à la guerre étaient des saints, des terriens qui avaient choisi de se sacrifier afin d'encourager la Terre à développer une unité fraternelle et une religion universelle, l'Église du Dieu Terriblement Indifférent, dont le commandement est : « prenez soin des gens et Dieu prendra soin de Lui-même » et dont l'évangile est « rien de ce que les humains font ne peut plaire à ou offenser Dieu, et la chance n'est pas non plus entre les mains de Dieu ». Bien entendu, le dirigeant de la religion est Winston, parce qu'il a le pouvoir de prédire le futur.

Pendant ce temps sur Mercure, Boaz se rend compte qu'il ne peut plus télécommander Unk. Mais il se rend compte aussi qu'il a besoin d'un ami, alors lui et Unk font contre mauvaise fortune bon cœur et s'entraident.

Dans le sous-sol de Mercure, dans des cavernes lumineuses, vivent des créatures qui se nourrissent de son et se reproduisent par mitose. Elles sont plates et carrées. Ces créatures n'ont qu'une seule perception sensorielle, le toucher. Elles n'ont ni faim, ni jalousie, ni ambition, ni peur, ni indignation, ni religion, ni désir sexuel. Elles n'ont qu'un seul dialogue télépathique : « Je suis là – Je suis content que tu sois là ». Ces créatures sont les harmoniums.

Le vaisseau de Boaz et Unk, fait uniquement pour atterrir et pas pour décoller, est incapable de repartir de Mercure. Ils s'organisent pour vivre sur Mercure, motivés par un message qu'Unk trouve sur un mur, formé par la manière dont les harmoniums sont disposés : « ceci est un test d'intelligence ».

Boaz s'installe afin de vivre avec les harmoniums. Il les nourrit de musique, et du son de son cœur battant dans ses veines. Il lit, il écrit, il découvre qu'il peut vivre sans causer de mal à qui que ce soit. Les réserves de nourriture et d'eau du vaisseau sont suffisantes pour durer de très nombreuses années, alors il ne s'inquiète pas.

Unk part en exploration dans les cavernes et les tunnels, cherchant la sortie, cherchant le but de ce test d'intelligence.

Tous les quatorze jours, un nouveau message apparaît dans la manière dont les harmoniums sont disposés sur les murs, pendant trois longues années. Bien entendu, c'est Winston qui dispose les harmoniums de façon à écrire des messages. Qui d'autre ? C'est lui qui manipule tout depuis le début, dans le seul but d'apporter la pièce de rechange à Salo et de créer sa propre religion sur Terre.

Tandis que Boaz, au pic de sa forme, entretient sa routine et prend soin de lui, Unk, qui a douze ans de plus que Boaz, s'amaigrit, vieillit, se dégarnit sur le dessus, laisse sa barbe et ses poussées, les coupant grossièrement avec un couteau lorsqu'ils deviennent trop encombrants.

Lorsque Boaz et Unk se retrouvent, ils évitent autant que possible certains sujets. Unk ne dit rien au sujet des harmoniums et en échange, Boaz ne lui dit rien à propos de Stony. Unk est ainsi persuadé que Stony, son ami de Mars, est toujours vivant quelque part – alors qu'en réalité, il l'a exécuté de ses propres mains.

Les années passent, jusqu'à ce que Unk trouve, écrit sur un mur avec des harmoniums, la solution au problème de comment quitter Mercure. Il file le révéler à Boaz, qui lui explique que les harmoniums, de leur côté, lui ont laissé des messages le suppliant de rester.

Unk retourne le vaisseau la tête en bas, Boaz et lui se font leurs adieux.

Le vaisseau est programmé pour descendre. Unk appuie sur le bouton et le vaisseau « descend » vers la surface de Mercure, remontant le puits souterrain - « descend » vers l'espace - « descend » vers la Terre.

Sur Terre, la religion de Winston a apporté la paix et la prospérité. Tout le monde est humble et tout le monde est au même niveau. Cela se fait au prix de s'imposer des handicaps dès que quelqu'un montre une capacité supérieure à la moyenne. Les forts portent constamment des charges pour limiter leurs mouvements. Les gens qui ont une trop grande acuité visuelle se couvrent la vue. Les gens beaux s'habillent de manière disgracieuse ou portent du maquillage outrancier. Et ainsi de suite. Tout le monde s'égalise en s'écrasant au bas de l'échelle.

Unk atterrit donc sur Terre, avec un souhait : retrouver sa compagne Bee, leur fils Chrono, et son seul et meilleur ami Stony. Son vaisseau se pose près d'une église, l'Église du Voyageur Spatial Épuisé. Dans cette église se trouve un objet sacré, une combinaison spatiale. Un jour, dit la prophétie de Winston, un homme nu et épuisé, ne sachant pas qui il est, arrivera à l'église, la combinaison spatiale lui ira comme un gant, et le prêtre sonnera les cloches. Puis le Voyageur sera amené à Winston, qui lui révélera son nom et son futur.

Un autre objet sacré est lié à la religion de Winston : le Malachi, une poupée suspendue par le cou avec un nœud de pendu et accrochée dans les bâtiments. Le Malachi est un symbole de tous les aspects de la vie qui sont mauvais, dégoûtants, et qu'il faut abandonner.

Lorsque Unk est montré à la foule, après avoir reçu l'interdiction de remercier ou accuser Dieu de sa bonne ou mauvaise fortune, il finit par annoncer, faute de mieux : « J'ai été victime d'une série d'accidents – comme nous le sommes tous. » Comme ce sont les paroles prophétisées par Winston, la foule est en liesse. Il est amené, en grande pompe, jusqu'à la maison de Winston.

Pendant ce temps, devant la maison de Winston, Bee et Chrono tiennent un stand de vente de Malachi. C'est Winston qui leur a offert le stand, un point de vente très intéressant pour le commerce. Bee et Chrono ont survécu à leur aventure dans la jungle grâce à la pièce de métal de Chrono et, après de nombreuses aventures, ont fini par se retrouver ici ce jour-là, devant la maison de Winston, alors que la procession porte Unk en triomphe vers cette même maison.

Dans le jardin de la maison se trouve, depuis... et bien, depuis le tout début de cette histoire, au sommet d'une colonne, une sorte de soucoupe volante ou de vaisseau spatial. On ne sait toujours pas pourquoi. Mais étant donné que Winston ne fait rien par hasard et tout pour apporter sa pièce de rechange à Salo, on se doute qu'elle va finir par être utilisée, cette soucoupe volante.

Enfin, Unk se retrouve devant Winston, qui vient de se matérialiser. Winston affirme que, même si Unk pense que tout est allé mal, en réalité tout est allé pour le mieux. Il fait venir Bee et Chrono, les présente à Unk comme étant sa compagne et son fils. Tous les trois sont déçus, dégoûtés, voire très en colère, de la situation.

Winston continue d'annoncer que la chance n'est pas entre les mains de Dieu, et qu'il faut détester Malachi Constant – c'est-à-dire Unk – c'est-à-dire la personne qu'il manipule depuis des années afin d'apporter la pièce de rechange à son ami sur Titan.

La foule reste silencieuse.

Winston demande à ce que Malachi aille volontairement grimper dans la soucoupe volante, avec Bee (Béatrice, en fait) et Chrono, direction Titan, pour que son église de l'indifférence de dieu puisse faire de lui le bouc émissaire emportant loin de la Terre les péchés de l'humanité. De toute façon, c'est pas comme si Malachi pouvait faire autre chose, avec toute la propagande faite par Winston à son sujet.

Malachi ne comprend toujours pas ce qu'il lui arrive, mais il va obéir. Il ne sait rien faire d'autre que se soumettre au destin tracé pour lui par Winston. Il n'a jamais rien fait d'autre de toute sa vie. Il est pratiquement né pour ça. Pour avoir un enfant et pour emmener sa famille avec lui sur Titan, avec la pièce de rechange.

Pour ajouter l'insulte à l'injure, Winston lui révèle que l'homme que Malachi a exécuté sur Mars n'est autre que son ami Stony, celui que Malachi cherche désespérément.

Pour motiver Béatrice et Chrono à suivre Malachi, Winston les insulte et les charge, eux aussi, du péché des gens de la Terre. Sa propre épouse était elle aussi un rouage dans la machine, rien de plus. Montant à bord de la soucoupe volante, Béatrice rétorque à Winston que « La race humaine c'est de la merde, et la Terre aussi, et toi aussi. »

La soucoupe volante aurait pu au moins être confortable, mais de toute évidence, elle a servi de lieu de squat. C'est au milieu des déchets et de la saleté que la petite famille est envoyé sur Titan.

Titan, le seul lieu où Winston et Kazak sont matérialisés en permanence, et où ils vivent dans une copie du Taj Mahal construite par des esclaves de Mars.

Nous découvrons enfin Salo, l'extraterrestre robotique âgé de onze millions d'années terrestres, qui attend désespérément sa pièce de rechange. Il a un message à transmettre, un message secret, et il doit absolument mener à bien sa mission.

Il sait qu'il va recevoir sa pièce. Les civilisations de la Terre ont construit des monuments, sous l'influence des gens de sa planète, afin de lui passer le message. Stonehenge disait que la pièce de rechange arriverait au plus tôt. La Grande Muraille de Chine signifiait que les siens pensaient à lui. La maison de l'empereur Néron, qu'ils faisaient au mieux. Le Kremlin, que tout allait bientôt se terminer. Et le Palais des Nations Unies à Genève, qu'il devait faire ses bagages, car il allait bientôt pouvoir repartir.

Mais la transmission des messages n'était pas facile et il y avait eu plusieurs tentatives de communication avortées. Toutes les civilisations qui s'effondraient alors qu'elles étaient au milieu de travaux phénoménaux étaient des messages perdus en cours de route à l'attention de Salo.

L'humanité a été créée par le peuple de Salo dans le seul but de communiquer avec lui, de créer la pièce de rechange et de lui apporter. Winston, le grand manipulateur de l'histoire, n'est qu'un rouage dans cette gigantesque machine.

Malachi, Béatrice et Chrono atterrissent sur Titan, près d'un champ de statues d'humains créées par Salo en s'inspirant de ce qu'il voyait sur Terre. Il y a donc un résumé de toute l'histoire de l'humanité version statues, puisque ça fait 200 000 ans que Salo est coincé sur Titan.

Quant aux sirènes de Titan, promises par Winston à Malachi il y a de cela si longtemps, ce sont trois statues sexy au fond d'une piscine. Même ça, c'est du flan.

L'amitié entre Salo et Winston, ça aussi c'était du flan. Maintenant que Malachi arrive sur Titan, Winston repousse les amitiés de Salo. La mission arrive à sa fin, Winston aussi arrive en fin de vie. L'infundibulum chrono synclastique se défait progressivement. Le peuple de Salo n'a plus besoin de lui et peut le laisser mourir.

La dernière chose que Winston demande à Salo, c'est de savoir quel est le contenu de ce message si important qu'il fallait créer et sacrifier l'humanité afin de permettre son acheminement. Mais Salo ne peut pas ouvrir le message, il doit attendre d'être arrivé à destination.

Il va donc aller récupérer la pièce de rechange des mains de Chrono, vu qu'il n'a plus rien d'autre à faire. Et annoncer à Béatrice que Winston, son ex-mari, est en train d'agoniser. Les trois Terriens / Martiens se précipitent au chevet de Winston, qui leur révèle la vérité sur l'histoire de l'humanité et l'importance de la pièce de rechange.

Salo arrive à ce moment. Il a changé d'avis, il a ouvert le message, il va en révéler le contenu à son ami !

Mais il est trop tard. Winston a disparu.

Le message pour lequel toute l'humanité a été sacrifiée tient en un seul mot : « Salutations »

De désespoir, Salo se suicide.

Chrono abandonne la pièce de rechange au milieu des restes de la machine extraterrestre.

La famille vieillit sur Titan. Malachi répare le vaisseau de Salo et tente de réparer Salo. Chrono vit avec les oiseaux géants de Titan, créant des sortes d'autels représentant Saturne et ses lunes, lançant des appels dans la nuit. De temps en temps il rejoint sa mère, s'habille d'un costume, passe la journée à se comporter comme un bourgeois, avant de repartir dans la nature. Béatrice vit dans le Taj Mahal. Lorsqu'elle a envie de la compagnie de Malachi, elle le signale avec un drapeau blanc et il la rejoint.

Malachi est indépendant pour trouver sa subsistance, Béatrice a largement de quoi faire avec les stocks empilés par Winston dans le Taj Mahal.

Béatrice développe une philosophie étrange comme mécanisme de coping face à l'absurdité de son existence. Elle considère que la pire chose qu'il puisse arriver à un être humain, c'est de ne jamais être utilisé par qui que ce soit pour faire quoi que ce soit. Le point de vue de Malachi est que le sens de la vie humaine, peu importe qui la contrôle, est d'aimer toutes les personnes qu'on a autour de soi et qui peuvent être aimées.

Béatrice décède. Chrono fait ses adieux définitifs à ses parents. Salo, réparé, décide d'accomplir sa mission, aussi absurde soit-elle. Malachi se fait déposer sur Terre au passage, à Indianapolis, dans l'Indiana. Avant de le déposer, Salo l'hypnotise, afin que ses derniers instants de vie soient remplis d'hallucinations merveilleuses.

L'hallucination que son ami Stony Stevenson descend du ciel dans un vaisseau spatial, pour l'emmener avec lui au Paradis.

 

Bon ben c'était pas le genre de livre que j'aurais lu comme ça pour le plaisir. C'est vraiment particulier, de lire une histoire où tout est déterminé d'avance et où les personnages souffrent sans rien pouvoir y faire. L'absurdité de la raison derrière tout le scénario est elle aussi douloureuse. En tant qu'être humain, j'aime que les événements aient un sens, un but – et que ce but soit vraiment important à mes yeux. Alors, un scénario dans lequel le but, le sens de l'existence et de la souffrance de toute l'humanité, se résume à réparer le vaisseau d'un extraterrestre en mission de dire « bonjour » à quelqu'un, c'est vraiment vide.

Et c'est là le génie du livre. Faire un scénario complexe dont le point culminant, la raison d'être, c'est d'aller dire bonjour à une civilisation lointaine.

Tous ces efforts parce que le peuple de Salo a envie d'aller saluer des gens de l'autre côté de la galaxie. Tous ces efforts dans cette main tendue vers l'inconnu dans un geste de fraternité.

Toutes ces vies sacrifiées juste pour ça.

C'est à la fois très poétique et très absurde, ça me laisse des émotions compliquées et inconfortables. Je n'aime pas ça, mais je dois reconnaître que l'idée est géniale.

Avec en rab, ce que j'ai dit dans l'intro et que j'ai la flemme de répéter.

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