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Des licornes et des hommes Je suis Amalthæ. Je suis auteurice et essayiste. J'écris sur les troubles dissociatifs, l'autisme, le TDAH, les identités trans, la construction identitaire, l'alter-humanité (otherkins, thérians, fictionkins...)

Le Petit Prince (Antoine de Saint Exupéry)

Lady-Amalthae

Dans le cadre de mon challenge de lecture Alter Ego, voici mon analyse de « Le Petit Prince » d'Antoine de Saint Exupéry.

Ce livre est un conte allégorique au langage dépouillé. Il est écrit d'une façon qui le rende compréhensible par les enfants. Les thèmes qu'il aborde sont, entre autres, l'absurdité du monde des « grandes personnes ». Il s'agit, d'une certaine façon, d'une invitation à retrouver son enfant intérieur.

L'histoire est à la fois poétique et philosophique. C'est également, d'une certaine façon, un écrit spirituel, dans le sens où l'histoire est émotionnellement enrichissante. Le Petit Prince est une histoire à propos de la manière dont nos interactions avec les gens et le monde donnent de la valeur à tout ce qui nous entoure et changent pour toujours les personnes que nous rencontrons.

Il est possible, comme pour les autres livres de cette série, de lui trouver des points d'analyse en rapport avec l'autisme, la dissociation et les comportements d'origine traumatique.


 

Je m'excuse à l'avance si mes notes sont un peu décousues, je les ai prises durant une période de convalescence durant l'été 2024 et je reprends mes notes en janvier 2025 donc je suis un peu dans le flou de tout ça.


 

Dès les premières pages, Antoine est un vrai mood. « Les grandes personnes ne comprennent jamais rien toutes seules, et c'est fatigant, pour les enfants, de toujours et toujours leur donner des explications. »

Il décrit le sentiment, qu'ont beaucoup de personnes neuroAtypiques, de devoir « performer » le fait d'être adulte. En même temps, il rappelle la capacité qu'ont les enfants neurotypiques et les adultes neuroAtypiques de s'émerveiller, d'imaginer, de jouer. « dessine-moi un mouton ! » Il est important de prendre soin de son âme même dans les moments où le corps est en danger. Il est important de continuer à dessiner des moutons, même au milieu d'un désert, à mille milles de toute terre habitée.

Plus loin, St-Ex critique le fait que « les grandes personnes aiment les chiffres » au point d'en oublier les choses « importantes », qui nourrissent l'âme. Il critique également la tendance des gens (neurotypiques) à juger le sérieux des autres d'après leurs vêtements. Ce qui devrait être une simple convention sociale sert de base, malheureusement, à juger l'intelligence des gens. C'est un mécanisme similaire qu'on retrouve dans des comportements racistes, islamophobes, queerphobes... dans lesquels une personne qui fait visiblement partie d'une minorité est prise moins au sérieux qu'une personne qui a le « passing » d'un groupe dominant. Ça va d'un salaire plus bas à des refus de soins entraînant une espérance de vie réduite de vingt ans (source réduction de l'espérance de vie chez les autistes : https://doi.org/10.1016/j.lanepe.2023.100776 ).

L'histoire met en lumière le fait que différentes personnes ont différentes priorités et que, malgré tout, toutes les émotions de tout le monde doivent être gérées et prises en charge, pas niées. Si St-Ex a pour priorité le boulon de son avion qu'il doit réparer afin de sauver sa vie, les priorités du Prince sont le mouton qui risque de manger sa Rose et les épines des fleurs qui ne servent peut-être pas à grand-chose pour se défendre contre les dents des moutons. Devant la détresse de l'enfant, les priorités de St-Ex changent. Consoler l'enfant devient prioritaire sur tout. Même sur le risque de la mort. Ce qui est cohérent avec les connaissances contemporaines en termes d'évolution psychologique et émotionnelle des enfants.

On voit également qu'il est difficile, voire impossible, pour un enfant, de gérer les besoins émotionnels des adultes. Même lorsque cet adulte est une fleur. Le Prince ne sait pas comment gérer la Rose, car elle est adulte avec des besoins d'adultes, et il est enfant avec des capacités d'enfant.

La scène des adieux entre le Prince et la Rose souligne l'importance, pour une relation équilibrée, de savoir s'excuser lorsque c'est nécessaire.

Puis le Prince rencontre différents adultes sur différentes planètes.

Le Roi illustre le besoin compulsif de contrôle, ou du moins de l'illusion de contrôle. Il n'ordonne que ce qui est de l'ordre du possible, voire, ce qui se produit tout seul comme le coucher du soleil. Cela montre bien à quel point le Roi entretient une illusion de contrôle sur son monde plutôt que d'avoir un véritable contrôle.

Le Vaniteux est égocentrique. Son estime de lui-même dépend du comportement d'autrui. Il n'a aucun sentiment de sécurité intérieure.

Le Buveur est dans le déni et l'entretien de ce déni. Il présente également une impuissance apprise.

Le Businessman a perdu la capacité d'entrer directement en relation avec le monde. Il fuit par le travail. Il a également besoin de tout posséder au point d'avoir des comportements d'accumulation compulsive. A-t-il peur de manquer ou besoin de tout contrôler ? Il n'a aucun lien direct avec ce qu'il « possède » donc je pense plutôt un besoin de contrôle. Accumuler des chiffres dans un carnet ne sert à rien qu'à se donner une illusion de contrôle.

L'Allumeur de réverbères, dans le regard du Prince, a une utilité simplement parce que son travail est joli. Malgré tout, cet adulte n'est ni libre ni heureux. Il est prisonnier d'une consigne rigide qui, dans le contexte d'une planète où le jour et la nuit durent quelques instants seulement, devient absurde. Son comportement rigide et hors contexte rappelle certains comportements d'origine traumatique qui, lorsqu'ils sont dissociés des autres systèmes d'action du cerveau, deviennent maladaptés.

Le Géographe est absurde, car, comme le Businessman, il n'a aucun lien direct avec le monde. Il ne va pas voir les choses par lui-même. Il ne vit pas. Il est déconnecté, dissocié, du monde.

De son côté, le Prince prend conscience de l'existence de la mort : sa fleur est « éphémère ». La mort est la force la plus puissante du monde. Celle qui emporte le plus loin. Elle sera symbolisée par le serpent qui emportera le Prince vers son astéroïde à la fin du livre.

Enfin, nous arrivons à l'épisode ultra célèbre du renard, qui illustre comment le lien entre les gens donne de la valeur aux gens. « Si tu m'apprivoises, nous aurons besoin l'un de l'autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde. »

Ce lien permet également de se connaître. « On ne connaît que les choses que l'on apprivoise. » Il faut tisser du lien pour connaître le monde. Il faut prendre le risque de la séparation si on veut pouvoir profiter de ce que la relation apporte.

Ce lien, ce temps engagé dans la relation, donne de la valeur aux choses et aux gens. « Les enfants seuls savent ce qu'ils cherchent […] ils perdent du temps pour une poupée de chiffons, et elle devient très importante, et si on leur enlève, ils pleurent. »

Partis à la recherche d'eau, St-Ex et le Prince trouvent un puits. L'épisode du puits met en lumière l'importance du contexte dans lequel un geste est produit, du rituel qui entoure le geste, pour donner du poids et du sens à ce qui est fait. L'eau tirée du puits avec des gestes rituels au milieu du désert nourrit l'âme à travers le contexte et le rituel du geste. Elle ne fait pas qu'abreuver le corps. Le geste prend une dimension sacrée.

Pour finir, afin de rentrer chez lui, le Prince accepte qu'un serpent venimeux le morde pour que son âme puisse retourner sur son astéroïde, laissant son corps vide sur Terre. La mort est un événement à sens unique. Mais le monde n'est pas triste après la mort : la personne disparue a chargé de sens le monde de ses proches. Les étoiles sont comme des grelots parce que le Petit Prince a existé. Les morts ne sont vraiment morts que quand on les a oubliés.

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