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Des licornes et des hommes Je suis Amalthæ. Je suis auteurice et essayiste. J'écris sur les troubles dissociatifs, l'autisme, le TDAH, les identités trans, la construction identitaire, l'alter-humanité (otherkins, thérians, fictionkins...)

Le Mineur (Natsume Soseki)

Lady-Amalthae

Voici le titre suivant de ma liste de lecture dans le cadre de mon Alter Ego challenge. Il s'agit du livre « Le Mineur » de Natsume Soseki. Comme d'autres romans du même auteur, ce récit aborde la période de transition du Japon vers l'ère industrielle. L'auteur fait partie des têtes de pont de l'ouverture de l'archipel nippon vers la culture Occidentale, grâce à ses études de littérature faites à Londres.

Le sous-titre du Mineur est « Un voyage nonchalant à travers l'Enfer ». Ce récit fait un peu figure d'OVNI par rapport au reste de la production de l'auteur.

Dans ce récit, il aborde la mine de cuivre d'Ashio, sans mentionner son nom, ni les problèmes de pollution, ni les conditions de travail liées à la mine qui ont entraîné des grèves et manifestations. Il se sert de la mine comme décor ou prétexte à l'histoire plutôt que comme sujet. L'introduction de mon édition insiste sur le fait que le récit n'est pas du tout socialement engagée, que le récit a été écrit spontanément pour être publié en feuilleton.

Voyons ça de plus près.

Content Warning pour des épisodes de déréalisation / dépersonnalisation et la mention d'idées suicidaires.

Le personnage principal, narrateur de l'histoire, raconte un événement qui lui est arrivé bien des années auparavant, lorsqu'il avait 19 ans. Cela permet une narration à deux étages : d'une part, la fois le récit des événements et d'autre part, les réflexions qu'il a développées avec le recul. Tout commence avec sa fuite de Tokyo : il cherche, par la fuite physique, à s'éloigner d'émotions douloureuses. En vain. Il exprime beaucoup de désespoir, d'anxiété, de crises dissociatives. Il tente de fuir physiquement à défaut de pouvoir fuir mentalement – par-dessus le marché, il a des idées suicidaires. Il a l'impression de ne pas être une « vraie personne » tellement sa DP/DR est intense.

Encore une fois les citations sont traduites par moi depuis l'anglais, pas de panique si vous ne les retrouvez pas telles quelles dans votre édition française.

« J'étais comme quelqu'un qui annonce son départ après avoir reçu l'ordre de partir. »

« Je marche parce que je ne peux pas rester en place. »

« Chaque fois que l'anxiété me fait faire un pas en avant, je m'enfonce d'un pas de plus dans l'anxiété. »

« Il est difficile de comprendre les vraies personnes. »

Il a beau vouloir fuir les liens sociaux – afin de fuir ses propres émotions douloureuses – il se retrouve malgré lui attiré lorsqu'un rabatteur lui propose du lien social. L'envie de fuir pour sa survie entre en conflit avec son besoin humain de créer du lien, ce dernier l'emporte.

Il explique la dissociation qu'il ressent vis-à-vis de son passé comme faisant partie de l'humanité de manière générale. De son point de vue, tous les humains considéreraient que le moi-du-passé serait un étranger, un autre, par rapport au moi-du-présent. Il ne parvient pas à concevoir de continuité temporelle dans son sens du moi, que ça soit chez lui ou chez les autres.

Affamé, il accepte de la nourriture qu'il aurait dédaignée dans une autre situation. Cela lui amène la réflexion qu'avoir des « sensibilités » est un désavantage en situation de survie.

L'introduction de mon édition part du principe que le texte ne peut pas être socialement engagé car le narrateur passe son temps à comparer les mineurs à des animaux, des moins que rien, les travailleurs les plus bas sur l'échelle sociale. De mon point de vue, cela dénonce plutôt à quel point certaines personnes sont obligées de « chuter » socialement pour pouvoir survivre, car c'est ce qui arrive au personnage. Né dans une couche aisée de la société, il se retrouve à accepter un poste de mineur, « passivement », simplement pour pouvoir payer de l'argent pour manger pour vivre. Son instinct de survie est en train de reprendre le dessus après une crise d'idées suicidaires. Ce tenaillement entre la survie et le désespoir va continuer tout au long du texte.

Il restera dissocié toute sa vie, car incapable de concevoir que l'esprit humain puisse évoluer avec le temps ou concilier des points de vue opposés :

« La chose la plus constante chez les gens est leur corps. Et parce que notre corps reste le même, la plupart d'entre nous se contente de présumer que notre psyché l'est aussi – que nous restons toujours les mêmes, même si nous faisons aujourd'hui l'exact inverse de ce que nous faisions hier. »

Pour lui, la nature fluide et changeante de l'humanité signifie qu'il n'est pas possible de se fier aux gens. Ses crises de dépersonnalisation atteignent le point où il n'est pas certain d'exister lui-même. Cela entraîne un comportement extrêmement passif et soumis, il se laisse porter par les événements et par les suggestions qui lui sont faites. « Il n'y avait rien en moi qui souhaitait résister. »

Ses pulsions opposées trouvent un terrain d'entente dans la mine : s'y enfermer est assez proche de ses idées noires pour les satisfaire car cela lui permettrait de s'isoler socialement, de s'enterrer comme un mort – tout en restant vivant.

À ce point du récit, nous apprenons enfin ce qui l'a amené à fuir sa propre vie, ses propres émotions. Il s'agit de peines amoureuses, qui sont pour le moment décrite de façon assez abstraites par le narrateur. Abstraites pour moi, en tout cas. Pour le petit rappel, je suis alexithymique, ce qui complique ma compréhension des émotions ressenties, en plus d'être autiste, ce qui complique ma compréhension des interactions sociales. Peut-être que toute cette histoire serait plus compréhensible, plus logique, pour quelqu'un d'autre que moi. Par contre s'il y a bien un truc que j'ai compris dans cette histoire de cœur, c'est l'importance des points de vue arbitraires entre la société et l'individu. La morale est arbitraire, elle est différente de l'éthique qui se base sur les axiomes les plus universels possibles.

Sous l'intensité des émotions douloureuses et le poids de la moral, notre protagoniste (je vais l'appeler PP pour Protagoniste Principal, il est anonyme dans le récit) a eu de plus en plus d'idéations suicidaires, a fait au moins une TS, puis a opté pour la fugue dans laquelle nous le retrouvons au début du récit.

Le personnage principal a quelques réalisations intéressantes, telles que : « Comme je suis celui qui souffre, je suis le seul qui puisse y mettre un terme. »

Sa fuite a vraiment des allures de dissociation, de recherche de clivage de son propre esprit pour ne pas voir en face la souffrance : « Je ne voulais en parler [de mes problèmes] à aucun être humain – moi-même inclus, si possible. » Il recherche l'amnésie dissociative, à défaut de parvenir à intégrer les événements douloureux.

Élevé dans un milieu protégé, naïf, PP ne réalise pas tout de suite que l'homme qui l'accompagne à la mine est un rabatteur. Il ne réalise pas qu'il devra payer les transports en commun (train). Il est une proie facile, tellement il est déconnecté du monde physique et de la société. Sa dissociation le rend passif, vulnérable.

« Tout comme les maladies ont une période d'incubation, il y a une période d’incubation pour les pensées et les émotions. Bien que nous ayons ces pensées et soyons contrôlés par ces émotions durant la période d'incubation, elles restent hors de porté de notre conscience. » C'est une bonne constatation je trouve. En tout cas c'est valable a minima pour les personnes suffisamment dissociées pour avoir besoin de temps afin de conscientiser ce qui se passe dans leur esprit. Cette dissociation peut entraîner des envahissements par lesdites pensées et émotions, donner le sentiment d'être contrôlé par elles sans pouvoir agir contre, ou encore, permettre de tout bonnement nier leur existence. Quant les émotions et pensées sont niées, elles sont encore plus surprenantes lorsqu'elles remontent à la surface de la conscience ou deviennent visibles dans le comportement.

Notre PP considère que les émotions « du moment » sont un mensonge, que seule l'interprétation et l'analyse a posteriori des événements est « vraie ». Alors que plusieurs choses peuvent être vraies en même temps : il peut être vrai qu'on a ressenti X sur le moment, Y dans les jours qui ont suivi, Z au long terme.

Ses idéations suicidaires reprennent dans le récit : PP croit que la mort ou, à défaut, le sommeil, est la seule façon de résoudre les souffrances humaines. Dans une logique qui fait très TDI, il conclut que l'idéal serait de ne vivre que les bons moments, de mourir juste avant les moments difficiles pour revenir à la vie afin de profiter du prochain bon moment.

Le PP décrit plusieurs expériences de DP/DR intenses durant sa vie. Puis, au moment où il sort du train, il décrit une grosse crise. Il est tellement dissocié qu'il a l'impression de vivre la vie d'une autre personne depuis l'intérieur de cette autre personne. Le rabatteur les traite pareil, donc c'est qu'ils sont la même personne, donc il l'impression d'être cette autre personne. Dans les communautés otherkin j'ai vu ça être appelé « shift de possession » mais c'est une crise dissociative avec suractivation des neurones-miroirs.

Le PP observe sa totale passivité (fawning) sur le chemin qui mène à la mine et comprend qu'il y a un lien avec son absence d'émotions. C'est un état de dissociation. Un peu d'espoir transparaît cependant : « Tant qu'on peut pleurer des larmes, on peut encore certainement rire. »

Il remarque qu'il n'est pas correct de demander aux gens d'être immuables ou de tenir leurs promesses, car tout le monde change avec le temps.

« Si j'avais grandi sans prendre conscience que mon cœur est constamment en mouvement, convaincu qu'il ne bouge pas, ne change pas... ne doit pas changer, que ça serait péché de changer... »

« Se forcer à devenir une créature qui ne se met jamais en colère et ne se rebelle jamais est équivalent au fait de s'entraîner joyeusement à devenir idiot. » Ou à dissocier, au choix.

Être humain, ce n'est pas être toujours identique et immuable. Être humain, c'est s'adapter à chaque situation et changer son comportement en fonction de la situation. La « normalité » est une convention sociale partagée plutôt qu'une règle immuable. Même certaines choses vues comme « indispensables » sont avant tout une question d'habitude.

La DP/DR continue.

« Étrangement, j'ai l'impression que je ne peux pas être certain d'être vraiment là, comme si je n'étais pas moi-même. »

Comme je l'ai déjà souligné, l'introduction de mon édition prétend qu'il n'y a pas de conscience de classe dans le récit, que le personnage principal n'évolue pas et qu'il est classiste. Je ne suis pas vraiment d'accord. Certes, le PP dit que les mineurs sont le fond du fond de la société, mais c'est d'un point de vue psychologique. Le récit, pour moi, indique à quel point il faut être psychologiquement au fond du trou pour aller travailler à la mine. C'est un travail tellement merdique que les seules personnes qui vont faire ce travail dans le récit sont : un riche suicidaire, un SDF et un gamin « sauvage », à la rue, sans famille. Et ce n'est même pas eux qui vont activement chercher ce travail de merde, c'est un rabatteur prédateur qui les ramène à la mine comme s'ils étaient des trophées ou des animaux. En fait, ce roman, c'est le récit dissocié d'un suicidaire qui va se faire broyer par le système de la mine comme du bétail qui est mené à l'abattoir.

Reprenons le récit.

Les futurs mineurs sont déposés à leurs futurs baraquements comme s'ils étaient des colis. Pas de papiers, pas de noms : ils sont déshumanisés, objectifiés.

Le supérieur de PP est Monsieur Hara, qui lui rappelle que la mine est un travail très difficile, qui paye très mal. Il lui propose même de le renvoyer chez lui. Mais PP proteste : il veut travailler à la mine, même si c'est le pire travail du monde. Avec le recul, le PP du présent remarque que c'était un peu con de sa part, mais que la jeunesse désespéré et suicidaire est, par définition, un peu con.

La paye est misérable. La majorité de ce qu'il va gagner partira en frais de bouche et de logement, lesquels services sont offerts par la compagnie des mines. Beaucoup de personnes meurent tous les jours.

À mon sens, il s'agit d'une dénonciation des conditions de travail à la mine. Ce n'est peut-être pas le propos du récit – qui reste quelque chose de personnel et intime – mais c'est quand même présent. Les mineurs sont tellement broyés par la mine que leurs visages ont perdu toute humanité : là encore, c'est une dénonciation, de mon point de vue.

Les travailleurs de la mine expriment beaucoup de ressentiment envers le reste de la société. Le PP se retrouve perdu entre deux mondes : il n'est pas encore mineur mais n'est plus un membre de la société.

Complètement déshumanisés et aliénés par leur travail, les mineurs semblent plus animaux qu'humains. Avec le recul de l'âge, le PP du présent s'est rendu compte que la différence est floue entre les deux – entre les gens et les animaux – mais son arrivée à la mine, c'était son premier vrai contact avec des humains déshumanisés.

Malgré leur situation, les mineurs conservent un certain sens moral. Par exemple, ils s'imaginent que PP a perdu tout son argent en allant voire les putes, seule explication logique pour eux à la présence d'un jeune homme si bien habillé dans un baraquement de mineurs. De leur point de vue moral, c'est pas bien de faire ça. Ils font bien des choses immorales aux yeux de la société tout en conservant une certaine moralité, un certain jugement sur la différence entre le bien et le mal. Ils expriment aussi une certaine pitié pour le PP : il est trop faible, trop jeune, pour travailler à la mine, il devrait retourner dans sa famille. Les mineurs n'ont pas d'autre choix que la mine, c'était leur dernier recours. Ils insistent auprès de PP : lui, il peut encore retourner dans la société, il a d'autres solutions que la mine.

Mais le PP du récit est piqué dans son orgueil. Il s'imagine que les mineurs le rejettent pour des raisons de classe sociale. Avec le recul de l'âge, le PP du présent a conscience que ces hommes bourrus voulaient le protéger.

En observant leur vie dans le village minier, PP réalise que la religion et l'espoir de l'au-delà aident les mineurs à tenir le coup. Sans cet espoir, aussi vain et creux semble-t-il, les travailleurs succomberaient au désespoir.

Quelques épisodes dissociatifs supplémentaires sont décrits.

PP remarque que l'humain s'habitue à tout, même à se faire dévorer par des punaises de lit toutes les nuits.

Nous arrivons aux 3/5 du récit et PP met enfin, enfiiiiiin !!! le pied dans la mine.

L'environnement souterrain fait rapidement prendre conscience à PP de la différence entre l'idéation suicidaire et le risque réel de mort.

Encore une fois, les mineurs qu'il croise insistent lourdement : ce métier paye très mal, les conditions de travail sont désastreuses, souvent mortelles. Rien n'est épargné au lecteur des conditions inhumaines du travail à la mine. Si ça c'est pas un récit engagé pour dénoncer tout ça, je sais pas ce qu'il faut au type qui a rédigé l'introduction de mon édition. Mais je digresse.

Au fond de la mine, misérable, épuisé, dans le froid et dans l'obscurité, PP dissocie jusqu'à un état qu'il considère assez proche de la mort. Il s'en réjouit. Jusqu'au moment où une part dissociée de son esprit le tire de sa transe en lui hurlant qu'il va mourir s'il reste immobile. PP se « réveille ». Mais l'épuisement de simplement se déplacer dans la mine est tel que, peu de temps après, les idéations suicidaires reviennent avec force.

Mais, là encore, une part dissociée trouve le moyen de le sauver en jouant avec sa vanité : ce serait beaucoup mieux d'aller mourir aux Chutes Kegon plutôt qu'au fond de la mine. C'est plus poétique, plus spectaculaire.

L'atmosphère de la mine est oppressante, claustrophobe.

Yasu, un mineur âgé donc sage, donne quelques conseils de vie au PP : on fait forcément des erreurs quand on est jeune, et la société ne le pardonne que si on arrive à le cacher. Les gens honnêtes et ouverts sont repoussés, aliénés. Même une fois le délai de prescription passé, les faits sont là et il faut vivre avec. Lui-même préfère, alors, rester planqué au fond de la mine, enterré vivant, oublié.

« Là-bas dans la société – cet endroit où brille le soleil – il y a des choses bien plus douloureuses que ce que j'ai ici [dans la mine]. »

La mine ne fait pourtant aucune concession : il lui suffit de quelques jours pour siphonner toute vie, tout espoir.

« [la mine] est un lieu pour les déchets humains. Un cimetière. Un endroit où des êtres humains sont enterrés vivants. Un piège. Et une fois que tu es tombé dedans, tu n'en sors plus jamais. »

J'appelle ça une dénonciation des conditions de travail inhumaines façon « Victor Hugo ». Mais bon, ça, c'est juste mon petit point de vue personnel.

PP prend conscience que tous les mineurs ne sont pas des bêtes, que certains sont encore humains.

Yasu propose d'offrir à PP la somme nécessaire pour qu'il fasse le trajet retour jusque chez ses parents mais PP refuse : son éthique, sa morale, sa vertu, ne lui permettent pas d'accepter. Il envisage néanmoins de rentrer dans sa famille au lieu de mourir.

PP s'interroge sur les raisons qui ont pu pousser Yasu à se cacher dans la mine. Il s'interroge sur ce qu'est la société. Pourquoi la société voudrait faire du mal à Yasu. Il a pitié de cet homme qui n'a aucun foyer vers lequel rentrer.

À présent, mourir est hors de question pour PP : ce serait trahir Yasu qui essaye de le sauver de lui-même. Il est déterminer à prouver qu'il peut être assez résistant pour supporter la mine, l'épuisement, les punaises de lit, le riz qui a un goût de plâtre... tant que Yasu est vivant et travaille, PP aura la force de continuer. Il annonce à Yasu qu'il souhaite vraiment travailler à la mine, le vieil homme est dépité en voyant que PP veut vraiment devenir un dégénéré de la société.

Au soir, les punaises de lit replongent PP dans ses idéations suicidaires.

Le lendemain, PP est envoyé voir le médecin pour vérifier son aptitude médicale au travail. PP se voit diagnostiqué d'une bronchite : il ne pourra pas travailler à la mine.

Entre temps, le point de vue de PP sur les mineurs aura bien évolué. « J'avais toujours pensé qu'un mineur était la chose la plus sale au monde, mais si on regarde les choses comme une suite de couleurs toujours changeantes, a question de savoir si quelque chose est sale ou pas n'entre plus en compte. »

Malade, PP abandonne ses idées suicidaires, puisque la maladie l'emportera bien sans qu'il ait besoin de lever le petit doigt.

En regardant les mineurs, il commence à les voir comme des humains. Ni plus ni moins que des humains. Comme la plus belle femme du Japon n'est ni plus ni moins qu'une humaine. Plus rien n'a d'importance pour lui. Il se sent vide.

Finalement, PP décroche un poste de secrétaire comptable qu'il occupe pendant cinq mois avant de rentrer à Tokyo. Fin.

J'ai trouvé que ça se terminait un peu en queue de poisson. J'aurais aimé avoir des réflexions supplémentaires au sujet de la vie quotidienne dans la communauté de la mine. Ça ressemble un peu au premier tome d'une série dont le second n'aurait jamais été écrit.

 

Notes du traducteur

Ce livre est une expérimentation par l'auteur, nous dit le traducteur. L'auteur a défendu le droit d'avoir une profession littéraire dans le domaine de la fiction ce qui, à son époque, était mal vu.

« Le mineur » est très différent de la première œuvre de l'auteur, quasiment son exacte opposé en termes de style, syntaxe, types de personnages, ressorts scénaristiques...

Le PP de « le mineur » n'a pas de nom, il est anonyme. On le connaît par le moi/je de la narration et c'est tout. C'est une œuvre moderne et abstraite. Un trajet psychologique plutôt que physique.

À partir du Mineur, l'auteur explore la face sombre de sa psyché – trahison, culpabilité, solitude, anxiété devant le changement. Il développe l'importance pour ses personnages de faire face aux aspects « mauvais » d'eux-mêmes, qu'ils méprisent et rejettent chez les autres.

Ainsi, « le mineur » jette les fondations du reste de l’œuvre de Soseki. C'est une charnière entre ses écrits comiques et ses écrits plus matures.

L'histoire se base sur le récit autobiographique d'un véritable mineur, qui a raconté à Soseki les conditions de travail et de recrutement dans la mine. Les réflexions et auto-analyses du PP ont été très critiquées par les contemporains de l'auteur.

« Le mineur » c'est un peu l'enfant mal-aimé de Soseki. Peu de gens parlent de ce roman. C'est pourtant un point charnière dans les thèmes abordés par l'auteur : l'humain de base cesse d'être un « autre » démoniaque pour devenir un « moi » faillible.

Quelques chercheurs ont remarqué que l'auteur cherche à attirer l'attention sur les conditions inhumaines du travail à la mine. Le traducteur indique que Yasu est censé avoir sauvé le PP, d'autres commentateurs pensent que l'aliénation continue puisque « un visage n'est qu'un visage » (ce que j'avais transposé en « ni plus ni moins que des humains »). De mon point de vue, cela transcrit plutôt un équilibre. À force d'être ballotté d'un extrême à l'autre, de la perdition au salut, du suicide à la survie... le PP finit par intégrer ces expériences en un tout cohérent qui est l'humanité. Plus encore, il reconnaît que tous les gens qu'il a croisés, les meilleurs comme les pires, sont tous des humains, comme lui.

Le PP n'est pas un archétype de personnage. Il est libre de tout archétype, ce qui lui permet de réagir de façon souple aux situations, en fonction de ses propres expériences passées. Il est libre de tout moule, il devient un non-personnage, c'est-à-dire une personne à part entière.

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