Eklablog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Des licornes et des hommes Je suis Amalthæ. Je suis auteurice et essayiste. J'écris sur les troubles dissociatifs, l'autisme, le TDAH, les identités trans, la construction identitaire, l'alter-humanité (otherkins, thérians, fictionkins...)

Le Mythe de Sisyphe (Albert Camus)

Lady-Amalthae

Dans le cadre de mon Alter Ego challenge, voici ce que j'ai pensé de ma lecture de l'essai « Le Mythe de Sisyphe » d'Albert Camus.

Ce livre a permis à Camus de conceptualiser l'absurde philosophique. Ce texte est renommé, décrit comme la recherche vaine du sens de la vie humaine dans un monde qui n'a aucun sens, aucune vérité, aucune valeur éternelle. Plus encore, au cœur de cette réflexion, Camus place l'idée du suicide. Il cherche, par la réflexion, à montrer que le raisonnement logique devrait mener à un suicide systématique au moment de la prise de conscience. Son but est de se détacher des croyances et métaphysiques préexistantes. Puis il tente d'expliquer, toujours par cette même logique, pourquoi les gens continuent de vivre. La réponse qu'il donne, sans la développer, est la révolte.

J'ai beaucoup souffert en lisant ce texte. Je le trouve décousu, mal mené, je ne comprends pas les enchaînements d'idées. Il me donne l'impression de regarder ce qui se passe dans le cerveau d'une personne en dépression profonde ayant comme idée fixe de mettre fin à ses jours pour arrêter de souffrir – sans parvenir à passer à l'acte – et qui fait tout pour rationaliser sa pathologie.

TRIGGER WARNING : ça va parler de fantasmes suicidaires tout du long.

 

Un raisonnement absurde

Camus considère que le seul problème philosophique vraiment sérieux au monde, c'est l'idée du suicide. Pour lui, c'est « la question fondamentale de la philosophie » de savoir si la vie vaut la peine d'être vécue.

Dès cette introduction, je me suis interrogé' : est-ce que c'est vraiment une œuvre philosophique ? N'est-ce pas plutôt la pensée torturée d'un homme en dépression intense ? En effet, avec mes connaissances personnelles, j'interprète le déchirement « vivre vs mourir » comme la lutte entre, d'un côté, l'instinct de survie qui cherche à prolonger l'existence le plus possible, et, de l'autre, la maladie psy, qui amène à avoir des pensées suicidaires comme seule solution pour arrêter de souffrir.

De mon point de vue, il est possible de s'intéresser à l'absurde de la vie sans envisager de mettre fin à ses jours. La vacuité de l'existence n'est pas nécessairement synonyme de désespoir suicidaire.

Camus a observé que certaines personnes sont capables de renier leurs convictions afin de survivre, tandis que d'autres vont se laisser à mourir parce qu'elles estiment que leur vie ne vaut pas la peine d'être vécue, et que d'autres encore meurent pour leurs idées. N'ayant pas les connaissances en psychologie qui ont été construites durant ces 80 dernières années, il ne comprend pas les différentes motivations et les différents enjeux qui sont à l’œuvre. Il se focalise sur la question de « est-ce que ça en vaut la peine ? » alors que certains gestes sont motivés par « faire taire une douleur » plutôt que par une quête de sens.

Pour Camus, le geste suicidaire serait un aveu de culpabilité, que « ça ne vaut pas la peine de continuer ». C'est le genre de mentalité qu'on retrouve dans les troubles d'origine traumatique : il est moins douloureux de s'accuser soi-même et de se sentir coupable, que de reconnaître qu'on a été impuissant dans une situation douloureuse. S'autopersuader qu'on est coupable de ce qui nous est arrivé permet au moins de maintenir l'illusion de contrôle sur la situation. Plutôt que de reconnaître qu'il y a une tension entre une douleur psychologique et un instinct de survie, Camus affirme que la pensée suicidaire est un absolu humain auquel personne de sensé ne peut échapper. Encore une fois, c'est une manière de conserver l'illusion de contrôle sur la situation : admettre être impuissant face à ses symptômes dépressifs est trop douloureux, il préfère s'autopersuader qu'il a lui-même choisi rationnellement d'avoir ces idéations suicidaires.

Un peu plus loin, Camus met en lien le suicide, l'absurdité de l'existence et les expériences de dépersonnalisation et déréalisation (DP/DR). La DP/DR est centrale dans son livre « L'étranger », elle est le moteur qui fait tourner la tragédie de ce récit.

Revenons à Sisyphe.

Camus observe la contradiction entre sa pulsion de vie (instinct de survie), sa pulsion de mort (symptôme dépressif) et ses croyances en l'absurdité (ou pas) de la vie humaine. Il cherche à échapper à l'existence, soit par l'espoir, soit par le suicide. Il est vraiment catégorique : la vie est absurde. C'est le point de départ de son raisonnement, il ne le remettra jamais en question.

Il n'a aucune connaissance moderne en ce qui concerne les mécanismes psychopathologiques derrière les idéations suicidaires et il s'aveugle par son idéologie de l'absurde. Il veut absolument démontrer que le suicide est uniquement une question de logique ou d'absence de logique. Il refuse de prendre en compte la douleur psychologique et émotionnelle qu'il ressent et qui, malgré tout, transparaît constamment dans ses textes.

Pour paraphraser une amie : il passe tellement de temps en salle de déni (à gauche, juste après l'ascenseur émotionnel) qu'il y a fondé une civilisation.

Mes propres petites connaissances en psycho m'indiquent que le système nerveux central est constamment en train de lutter pour sa propre préservation, quitte à dissocier pour ça. Le suicide est la marque d'un système nerveux qui se trouve face à une situation insoluble. Cette situation peut être interne, comme une émotion submergeante. Ça peut être la dépression, la honte, la culpabilité, la peur de l'avenir... Lorsque cette émotion est trop intense pour y faire face, la pulsion suicidaire peut prendre le dessus par rapport à tous les mécanismes de préservation, surtout lorsque le « fusible » de la dissociation ne suffit pas à éviter la surdose de stress. La situation insoluble peut aussi être culturelle ou idéologique. Par exemple, dans les cultures où l'honneur (la réputation) est très ancré, le suicide ritualisé pour sauver l'honneur est quelque chose qui existe, car préserver son honneur est plus important que préserver sa propre vie. Il en est de même pour les personnes considérant que leurs idéaux sont plus importants que leur survie.

Mais Camus ignore tout ça. Il fait encore mieux : il détourne et tord la réalité pour servir son propre discours.

Camus affirme que Galilée aurait renoncé à ses découvertes scientifiques afin de sauver sa peau. C'est faux. Galilée a été incarcéré en résidence surveillée jusqu'à sa mort. Ses idées ont été déclarées hérétiques, c'est-à-dire en opposition avec l'Église, mais il n'a pas été déclaré hérétique en tant que personne. L'abjuration de ses idées faisait partie de sa condamnation, ce n'est pas quelque chose qu'il a décrété tout seul. Même si l'Inquisition s'en est mêlée, Galilée n'a pas été menacé de mort. Ce n'est pas la science de Galilée qui était visée, mais le modèle héliocentrique du monde. Et le modèle héliocentrique du monde était visé par l'Église catholique... parce que c'était une idée jugée « protestante » donc « anticatholique ». Le débat autour de Galilée n'était pas un débat scientifique, mais un débat religieux, une guerre contre le protestantisme. Bref, Camus fait du « name dropping » outrancier, sans se préoccuper de savoir si ce qu'il affirme est vrai ou faux.

Accrochez vos ceintures, ça va être comme ça jusqu'à la fin.

Refermons la parenthèse Galilée et revenons à cette histoire de « l'idée est plus importante que la vie ». Quand ce n'est pas la culture qui considère, à l'échelle d'une population, qu'il vaut mieux sacrifier sa vie plutôt que de sacrifier une idée, la manipulation mentale à petite (ou grande) échelle permet d'obtenir ce résultat. Exemple : promettre à quelqu'un qu'après sa mort, il lui arrivera que des trucs trop cools top géniaux, si seulement il sacrifie sa vie pour telle ou telle idée. Avec ce genre de manipulation, on peut amener des gens à commettre des attentats-suicides ou des suicides collectifs. Les histoires de sectes sont pleines de ce genre de cas de figure.

Pour conclure ma petite analyse, reconnaître que la vie est absurde et n'a pas de sens supérieur métaphysique n'est en aucun cas une raison universelle de se suicider, ni même une raison logique. Quelque chose qui n'a aucune finalité métaphysique propre peut avoir d'autres valeurs, d'autres finalités. Le but de la vie est de se perpétuer. De durer le plus longtemps possible, que ça soit directement ou en se reproduisant. Passer à la postérité est une façon de prolonger son existence. Infecter le plus possible de cerveaux avec ses idées est une façon de se reproduire.

L'absurdité de l'existence n'est pas un frein à la perpétuation de l'existence. Si l'absurde était une question de suicide, l'humanité se serait éteinte dès l'apparition de sa capacité à réfléchir sur le sens de la vie. Or, la pulsion de survie a toujours été la plus forte : nous sommes plus de 8 milliards d'humains en 2024, contre 2,3 milliards d'humains en 1940 (première publication du Mythe de Sisyphe). Clairement, la vie a beau être absurde, avec des guerres, etc., les gens veulent quand même la vivre. C'est au-delà de la logique humaine, ou plutôt, de la logique de Camus. C'est une autre logique, une autre manière de réfléchir.

La vie cherche à se perpétuer, point. C'est son seul but, le seul sens de la vie : perdurer.

Camus cherchait-il à s'autopersuader que ça vaut la peine de vivre, malgré la dépression, le sentiment d'aliénation, la DP/DR... ?

Dans la sous-partie suivante (« les murs absurdes »), Camus confirme mes soupçons au sujet de son éventuelle dissociation. En effet, il considère que chaque émotion a son propre univers, sa propre métaphysique, sa propre logique. Bien entendu, cela pourrait également traduire une haute conscience des différentes modes de fonctionnement de l'esprit humain. Mais dans le contexte général de ce que Camus a écrit, j'interprète plutôt ça comme une description de son mode de fonctionnement dissocié.

Encore une fois, la définition qu'il fait de l'absurde veut tout dire et rien dire. Ici, cela semble décrire l'irrationnel ?

L'auteur considère que les émotions sont identifiables par les actes qu'elles causent plutôt que par les ressentis associés. Je ne sais pas si cela traduit plutôt son alexithymie ou sa dépersonnalisation.

Il affirme que la vraie connaissance est impossible. Est-ce à cause de sa dissociation, de sa dépersonnalisation, de son manque d'ancrage ? Ou de son manque de culture concernant la méthode scientifique ? Impossible à dire, car il ne développe pas, il se contente d'affirmer.

Il affirme que l'absurde apparaît dans les détails et dans les futilités, confondant ainsi les triggers traumatiques avec des causes universelles. Il affirme que les gens se suicident par lassitude de la routine sans but perceptible, utilisant la métaphore de Sisyphe coincé dans une répétition sans conclusion. C'est peut-être vrai pour certaines personnes coincées dans le cycle de la répétition traumatique, mais ce n'est pas le cas pour tout le monde – et d'autres personnes peuvent rester longtemps coincées dans ce cycle sans attenter à leurs jours.

L'absurde de Camus prend encore un autre visage, celui de la panique devant le temps qui passe, le sentiment de perdre son temps à force de courir vers le futur (ce que j'appellerais une fuite en avant), sans aucun ancrage dans l'ici et maintenant. De la phobie de l'ancrage, en quelque sorte. De la phobie de l'expérience interne du soi du présent.

Nouveaux visages de l'absurde : une crise de dépersonnalisation et déréalisation ; le sentiment d'aliénation vis-à-vis de soi et vis-à-vis de l'humanité ; la perte de son sentiment identitaire ; la parte du lien social à la suite du décès d'une figure d'attachement ; la confusion devant la mort. Bref, tout ce qui le plonge dans un état de « oskour, je dissocie », c'est l'absurde.

Il s'interroge sur ce qu'il conviendrait de faire dans ce genre de situation : se suicider ou faire comme si de rien n'était (se dissocier encore plus et nier/refouler les parties blessées de soi). Camus est dans un tel état de déconnexion de soi, dans un tel état de détresse, qu'il est incapable de concevoir l'intégration, l'acceptation ou le fait de se confronter sainement à ses émotions, sans les dissocier ni être submergé.

Il explique enfin pourquoi il est impossible, selon lui, de différencier le vrai du faux. Roulement de tambour...

Aristote. C'est ça, son explication. Du name dropping. Quid de la méthode scientifique ? Osef, ça ne va pas dans son sens, donc ça n'existe pas.

Pour lui, comprendre c'est pareil que penser donc c'est forcément biaisé par l'humanité donc c'est forcément faux donc il est impossible de comprendre quoi que ce soit. Ça explique peut-être son absence d'explication ou de raisonnement clairs : pourquoi se donner cette peine si, de toute façon, comprendre son propos est impossible ?

Camus élude tout raisonnement, il se contente de citer des noms et de sauter aux conclusions, qu'il affirme être désespérés ou non concluantes. J'ai un fort sentiment de dissociation et d'incohérence en lisant son texte. Il affirme que ce sont des « évidences », ben, excusez-moi, mais non, ce n’est pas « évident ». C'est pénible à lire, j'ai l'impression de voir le discours décousu à dérive sectaire qu'on retrouve dans certains milieux « ésotériques » complètement dissociés, perchés et à la limite du délirant.

Ne comprenant pas ce qu'est la science, Camus la qualifie de poésie et d'hypothèses changeantes.

Il crée des hommes de paille dans le seul but de parvenir à son idéologie : l'absurdité du monde. Il n'en aurait pas eu besoin s'il avait osé se confronter au réel : IL ne comprend pas, IL ne trouve aucun sens à la vie, IL est angoissé parce que le monde est vide de tout but supérieur ultime.

Camus passe son temps à affirmer sans raisonner, sans poser de prémisses. Il va du coq à l'âne en un discours dissocié et désespéré, en évitant toute confrontation réelle à son sujet. C'est pénible. Il part dans tous les sens sans vrai fil rouge. Il ne définit rien, ne pose rien, et en même temps, il affirme des généralités qui veulent en même temps tout dire et rien dire. Voire, qui sont complètement fausses. (J'arrête mes notes détaillées pour cette sous-partie, c'est juste répétitif.)

Il me donne l'impression qu'il manque toute la partie introduction, analyse... de son texte. On n'est pas dans ta tête, Camus ! On sait pas ce que tu veux dire, d'où tu pars et où tu vas ! Tu ne fais que tourner en rond comme une poule sans tête !

Il est vraiment obsédé par l'idée de suicide. D'ailleurs, la troisième sous-partie de ce chapitre s'intitule « suicide philosophique ». C'est joyeux tout ça. (sarcasme)

Il reste toujours aussi vague dans ses explications, il parle comme pour ne rien dire, tourne autour du pot. Beaucoup de métaphores, rien de direct. Il essaye de définir l'absurde par la manière dont le mot est utilisé en français, au lieu de décrire un concept en tant que concept.

Beaucoup de name dropping, pas de plan. Il écrit comme penserait un TDAH dissocié, déprimé et suicidaire.

L'absurde, c'est tout et rien en même temps. Il y a une sorte d'opposition, de décalage, entre deux sujets, entre l'humain et le monde, c'est l'absence ou l'opposé de l'espoir. Bref, l'absurde de Camus, c'est la pensée suicidaire et le désespoir, tout simplement.

« L'absurde est le péché sans Dieu. » nous dit-il. OK Camus, si tu veux.

Il continue de citer des auteurs, affirme que ce qu'ils disent c'est pareil de son point de vue même si ça ne l'est pas pour eux. En fait, il fait dire ce qu'il veut à n'importe qui, et surtout ce qui l'arrange. Il définit l'absurde comme tout et son contraire. Son texte tient du « discours hypnotique » dissociatif. Il détourne les paroles des autres auteurs afin de soutenir son propre discours, sa propre idéologie. Il n'a même pas l'honnêteté de dire que c'est sa manière d'interpréter le texte : il affirme que c'est ce que les auteurs veulent dire.

Il est prisonnier de sa propre pensée et de son propre point de vue, incapable de prendre du recul ou d'essayer de comprendre le point de vue d'autres personnes.

Sa sous-partie suivante parle de la « liberté absurde ». Il l'introduit en affirmant pouvoir nier et ne pas pouvoir nier tout et son contraire.

Son raisonnement n'a ni queue, ni tête, ni prémisse. Ce ne sont que des réorientations ad hoc. Il est dans une posture d'autoaliénation par rapport au monde, et il cherche à résoudre cette absence de problème. En fait, il est lui-même le problème qu'il cherche à résoudre par un raisonnement qui ne peut pas aboutir, vu qu'il refuse d'en voir la véritable source. J'interprète ça comme un évitement dissociatif de la réalité du monde.

Il refuse de revoir son raisonnement, il refuse de se remettre en question. C'est trop inconcevable pour lui de s'imaginer qu'il peut avoir tort.

Soudain, il affirme que la vie est mieux vécue si elle n'a pas de sens. Il veut faire de la vie une confrontation perpétuelle de l'absurde. Il est incapable de juste accepter, intégrer et continuer : soit il meurt, soit il reste perpétuellement coincé dans l'instant traumatisant de la crise existentielle face à l'absurde.

Il redéfinit l'absurde comme l'absence d'espoir et d'avenir, ce qui est, dit-il, la liberté humaine par excellence. Il part également du principe que le Dieu chrétien existe forcément.

Comme la mort existe, il ne peut pas y avoir de liberté d'être, dit-il. WTF ?

Puis il affirme que la liberté, c'est l'éternité, c'est un but à atteindre, donc c'est l'esclavage. WTF bis ?

Il est prisonnier des préjugés et des conventions sociales.

Puis il affirme que l'absence de lendemain est une liberté profonde. On croirait lire les Marchombres décrits par Bottero : c'est la liberté en tant qu'absence de responsabilité et de conséquence. La liberté de dissocier, de nier, de s'autoaliéner – et de chouiner quand les limites et les conséquences de la réalité pointent le bout de leur nez.

D'après Camus, la vraie libération, c'est de se tourner vers la mort. C'est le fantasme de la fuite ultime qu'on trouve chez certaines personnes traumatisées ou profondément dépressives.

Plus loin, il écrit un truc qui m'a juste fait hurler dans mon oreiller. J'ai trouvé ça complètement indécent. Il dit, je cite, « les esclaves […] connaissaient cette liberté qui consiste à ne point se sentir responsable ». Vous avez bien lu : Camus trouve que les Noirs qui ont été réduits en esclavage étaient « libres » grâce à leur situation d'esclave, et en prime, il fantasme qu'ils n'étaient tenus à aucune responsabilité.

Je ne ferai à personne l'affront de prétendre parler à la place des personnes concernées. Mais je peux vous assurer qu'on peut totalement être tenu pour responsable des conneries de la personne qui a donné les ordres. Souvent, c'est la personne qui a donné les ordres qui tient ses sous-fifres pour responsables des conséquences de ses propres ordres. Pas besoin d'aller chercher des esclaves ou des enfants maltraités, suffit de regarder les entreprises au climat toxique.

J'interprète le point de vue de Camus comme le point de vue d'une personne très dissociée, au point que son efficacité mentale soit au niveau des pâquerettes et qu'elle n'ait quasiment aucune capacité de prise de décision ou de prise de responsabilités. Pour les détails, voyez le livre « Le soi hanté ».

Camus continue sur ses fantasmes d'un monde dans lequel il peut être complètement anesthésié, non-existant, sans responsabilités, sans prise de décision : « La divine disponibilité du condamné à mort devant qui s'ouvrent les portes de la prison. » J'ai de la peine pour Camus, vraiment. Pour qu'il fantasme que c'est trop bien et libérateur d'être condamné à mort, c'est qu'il était vraiment dans un état psychologique terrible.

Il enchaîne avec : « la mort et l'absurde sont […] les principes de la seule liberté raisonnable. » Il n'arrive à conceptualiser la liberté que par l'absence de tout lien, de toute émotion, de toute pensée. Le néant, l'anesthésie, la dépersonnalisation/déréalisation, la dissociation. L'aliénation totale par rapport à soi-même et au monde.

Pour Camus, il faut vivre « le plus » en accumulant un maximum d'expériences et en refusant de se plier aux règles sociales. Là encore, on voit qu'il refuse tout lien, toute connexion, toute responsabilité. C'est l'égoïsme pur, sociopathe.

Il considère que choisir la vie plutôt que le suicide est un acte de révolte. C'est du pur esprit de contradiction, en fait. C'est comme s'il décidait de vivre juste pour faire chier le monde et faire l'inverse de ce que le monde lui dit de faire. Je vois ça comme une réaction traumatique.

 

L'homme absurde

On arrive enfin à la deuxième partie.

C'est reparti pour affirmer tout et son contraire. Il prend également l'existence de Dieu pour un acquis, mais il ne se donne pas la peine de prévenir que ça fait partie des prémices de son raisonnement.

Il nie toute règle sociale, puisque la seule règle, c'est Dieu, et l'homme n'est pas Dieu, donc les règles humaines ne valent rien. Donc ça ne sert à rien de regretter ses mauvais actes puisqu'ils ne peuvent pas être mauvais puisque le bien et le mal sont décidés par les humains. Donc personne n'est coupable et tout le monde est innocent.

Perso, je vois ça comme une personne traumatisée qui se culpabilise pour tout et pour rien à cause de ses traumas, et qui préfère déclarer que personne n'est vraiment coupable plutôt que de se confronter au fait que sa culpabilité est auto-infligée, qu'elle est le résultat de l'introjection de l'image de soi renvoyée par l'agresseur. Parce que c'est très difficile d'accepter qu'on ait été victime sans raison, qu'on était totalement impuissant. C'est plus facile d'aller dans le sens de l'agresseur et de se plier aux fantasmes de l'agresseur que « la victime le mérite, elle l'a demandé, elle a provoqué ». Je vais fermer la digression en disant que c'est vraiment triste et tragique de constater que c'est la victime qui porte la culpabilité de l'acte de l'agresseur : c'est comme si l'agresseur agressait deux fois, par ses actes et en faisant porter la conséquence de ses actes (culpabilité) à sa victime. La double peine de la victime. Triple, même, quand on regarde la façon dont la société traite les victimes...

Revenons à Camus. Pour lui, toute pensée féconde est nécessairement mensongère, donc les seules choses de valeur sont les choses stériles.

Plus je creuse la pensée de Camus, mieux je comprends pourquoi Sartre arrivait à pécho bien mieux que Camus alors que c'était Camus le « beau gosse ». D'ailleurs, en parlant de pécho, transition premier chapitre de cette partie, qui parle du « don juanisme ». (Je fais trop bien les transitions.)

Camus considère qu'on peut aimer totalement, pleinement, en enchaînant les plans cul. Il trouve qu'on en retire beaucoup plus d'amour que dans une relation suivie dans le temps. Perso, j'appelle ça, faire de l'auto-enfumage mental pour s'autopersuader qu'on est heureux en n’ayant aucun attachement sécure fort. Camus, va voir un psy, chaton, tes troubles de l'attachement débordent sur ton travail philosophique.

Pour Camus, Don Juan est forcément heureux, parce qu'il rit et qu'il a conscience de la désillusion du monde. Coucou l'attachement évitant !

L'auteur défend vraiment une posture de collection de liens superficiels, de refus de liens profonds et sécures – au nom de l'absurde. Parce que, pour lui, l'amour total irait forcément de pair avec … le suicide.

Forcément. Pourquoi je suis encore surpris à ce niveau ?

Camus considère que les gens qui aiment intensément ont « le cœur sec » et que c'est « libérateur » de courir d'une relation à une autre. Il considère que l'amour vraiment généreux est l'amour passager. Que ce n'est pas du tout égoïste, non non, c'est gé-né-reux.

[Hurle dans mon oreiller en mode « attachement évitant »]

Je vais pas polémiquer cent ans et je vais passer à la partie suivante, intitulée « la comédie ». Dans cette partie, on découvre encore des indices montrant que Camus ne comprend rien à la vie.

Il affirme que la gloire des acteurs est la plus périssable, donc les acteurs sont absurdes. Je... source ?

Source please ?

Ah voilà, j'ai une source !

« On le sait. »

Une autre ?

« On le dit. »

Qui est « on » ? Qu'est-ce qui nous permet de savoir si « on » a raison ou tort ? Tagl c'est absurde.

Constatant que des acteurs peuvent faire les mêmes gestes sur scène et dans la vraie vie, Camus en déduit que pour tout le monde, qui on est et qui on veut être c'est pareil. Jouer un rôle c'est la même chose qu'être le personnage. Donc, quand un acteur joue un rôle pendant 3 heures sur scène, ça veut dire qu'il comprime la vie complète du personnage dans un espace de 3 heures et qu'il meurt en quittant la scène. Donc c'est absurde.

J'ai très envie d'assommer Camus avec l'essai « La mort de l'auteur » de Roland Barthes. Ce n’est pas exactement pareil, mais le principe est le même : l’œuvre, le personnage, existe bien au-delà des limites imposées par son écriture – ou son interprétation sur scène.

Camus est tellement incapable de séparer le rôle de l'être qu'il en arrive à affirmer qu'un acteur vit plusieurs vies – au lieu d'obéir à la règle de l’Église qui déclare qu'on n'a qu'une seule vie et qu'elle est éternelle. Donc les acteurs, qui sont absurdes, sont les pires ennemis de l’Église.

Pour moi, c'est une justification claquée au sol de la haine de l'Église pour les acteurs. De mémoire, la véritable raison est que les acteurs « trompent » les gens en jouant un rôle, donc ils sont des trompeurs et des menteurs, comme Satan (qui est le « père du mensonge »), et Satan est l'Ennemi donc les acteurs sont des Ennemis.

Voilà, je sais mieux que Camus comment faire ses raisonnements et arriver au même résultat. Ah non, oups, manque « absurde » dans la phrase.

Mettez-le où vous voulez, comme ça, on fait de la philosophie participative.

Chapitre suivant, « la conquête ». Camus nous affirme que ce qui nous rend humains, c'est ce qu'on ne dit pas. Encore un raisonnement traumatique, qui réduit la souffrance au silence, qui impose le déni aux victimes, encourage à la dissociation, et prend le parti de l'oppresseur. Camus a vraiment intégré les injonctions des agresseurs. (Je parle de manière générale, je ne prétends pas connaître la vie personnelle de Camus, mais c'est typique des injonctions que les agresseurs en général imposent à leurs victimes en particulier, qu'il s'agisse d'agresseurs primaires ou secondaires.) (J'appelle « agresseurs primaires » les personnes qui causent la violence à l'origine du trauma, et « agresseurs secondaires » les gens qui vont renforcer ce trauma en repoussant, en réduisant au silence ou en humiliant la victime lorsque celle-ci demande de l'aide et du soutien.)

En bon traumatisé dissocié, Camus affirme qu’avant c'était mieux, mais en même temps c'était pire.

Il a décidé de souffrir, de s'engager dans des causes perdues, de se plonger dans ses angoisses, de laisser des forces extérieures l'écraser. J'interprète ça comme une recherche d'illusion de contrôle. N'ayant pas de contrôle sur ce qui lui arrive, il se persuade qu'il a choisi ces choses-là, pour avoir le sentiment de contrôler ce qui lui arrive et échapper à la souffrance de l'impuissance.

Incapable de voir les nuances du monde, Camus passe son temps à coincer son raisonnement dans de faux dilemmes. De plus, il tord et détourne tout afin de faire dire aux choses ce qu'il a envie qu'elles disent. Il est incapable d'accepter le monde tel qu'il est.

Par exemple, il affirme que « la revendication du pauvre n'est qu'un prétexte » c'est-à-dire que les pauvres ne veulent pas vraiment sortir de la misère, ils aiment bien être dans la misère, en vrai ils n'ont pas envie d'avoir des soins, un abri, de la nourriture... Ils chouinent pour rien, ils font semblant de souffrir, c'est juste pour faire du bruit, en vrai il faut les laisser dans leur merde parce que la vie c'est comme ça, c'est absurde.

Camus trouve que les cimetières sont « hideux » et que ça veut dire qu'en Occident on a le courage de détester la mort – contrairement aux autres cultures, qui font de jolis cimetières, parce qu'elles aiment la mort, parce qu'elles trouvent que c'est cool de mourir, parce qu'elles ont peur. (Mentalité coloniale...)

Revenant à son fantasme de suicide, il affirme que choisir de mourir par le suicide, ça revient à surmonter la mort.

 

Création absurde

Troisième partie c'est parti. Premier chapitre, « philosophie et roman ». Toujours pas de fil rouge ou de structure, d'ailleurs. Ou alors ce n’est pas assez explicite pour mon cerveau autiste qui aime bien les trucs zouliment rangés.

Camus est toujours aussi paradoxal, affirmant « il y a ainsi un bonheur métaphysique à soutenir l'absurdité du monde ». Peut-être que ça le fait kiffer de dire que le monde est absurde et que ça explique pourquoi il a envie de mourir et qu'il souffre non-stop, mais ce n’est pas le cas de tout le monde.

Encore un faux dilemme : la guerre, « il faut en mourir ou en vivre » comme s'il était impossible de vivre en dehors de la guerre.

Camus considère que collectionner des choses ou créer des choses (artistiques) est une manière de vivre doublement et de repousser l'angoisse de la mort, de ne pas y penser, de « mimer sa propre réalité ». C'est peut-être vrai pour lui, mais ce n'est pas vrai pour tout le monde ! Quand on n'est pas en dépression profonde, quand on ne souffre pas d'anhédonie, on peut faire des tonnes de trucs juste pour le kiffe de faire les trucs – pas dans une optique d'anesthésie de la douleur.

Comme j'ai souvent vu des personnes très dissociées le faire, Camus utilise des métaphores sans les expliquer, avec un niveau de symbolisme tellement décalé et étagé que j'ai beaucoup de mal à les décrypter – voire, je me retrouve incapable de les décrypter. Alors que ça fait partie de mes grands kiffs personnels et de mes intérêts spé, les récits symboliques. Si ça peut vous donner une idée de l'intensité de dissociation véhiculée par le texte.

Je ne suis même pas sûr que Camus lui-même ait compris ses propres métaphores. Ça arrive, quand on est dissocié, d'utiliser des métaphores qui semblent profondes quand on les dit, juste parce qu'elles sont associées à un déclenchement de certains états dissociatifs et au ressenti de certaines émotions. Ça ne les rend ni vraies, ni sages, ni profondes, ça n'en fait pas des révélations métaphysiques, c'est juste un symptôme dissociatif parmi tant d'autres.

Pour Camus, la dernière ambition absurde est la description – parce que c'est ce que fait la science « arrivée au terme de ses paradoxes ». On n'a pas la même définition de la science, lui et moi...

Il affirme que l’œuvre d'art « marque à la fois la mort d'une expérience et sa multiplication ». Mais en même temps, il affirme, au sujet de l'art, que « on aurait tort d'y voir un symbole », car l’œuvre d'art « est en elle-même un phénomène absurde ». Conclusion : il ne comprend pas non plus l'art, le Camus.

Pour lui, l'art est uniquement le symptôme de la souffrance humaine, un doigt pointé vers « la voie sans issue où tous sont engagés ». Bref, comme tout ce qu'il regarde, c'est forcément un truc en lien avec l'envie de se suicider.

Allez Camus, un Lexomil, une tisane et au lit. Ça ira mieux demain.

Pour Camus, l'art et la philosophie, c'est pareil, avec un même but : se confronter à ou embrasser l'absurde. Comme pour toutes les occupations humaines, en fait. Tout ce qui contredit Camus est « secondaire », ce n'est valable que dans certains cas particuliers et ça ne vaut pas la peine de s'y arrêter. Pour lui, tout l'humain commence, termine et n'existe que dans le système de pensée absurde et angoissé qu'il s'est construit.

Puis il discourt sur l'art en disant vraiment n'importe quoi alors je passe. Je n’ai pas la force de dépiauter. Il dénigre la musique, il affirme que les bibliothèques enseignent moins que les sculptures grecques classiques des temples. C'était un peu dans l'air du temps, de mettre sur un piédestal la sculpture grecque classique – en particulier sa version décolorée, privée de sa peinture flashy super kitch qu'elle avait durant l'Antiquité, la version toute blanche que les nationalistes d'extrême droite aimaient bien, en particulier ceux vivant outre-Rhin, qui aimaient aussi un petit nerveux moustachu nourri aux haricots... Le Mythe de Sisyphe a été publié en 1942, si ça peut vous aider, niveau contexte sociopolitique. Ce qui est assez paradoxal quand on sait que Camus était un Résistant.

Mais je m'égare.

Niveau écriture, seuls certains romanciers trouvent grâce aux yeux de Camus. Tous des contemporains ou presque contemporains, qui décrivent les drames humains dramatiquement dramatiques : Balzac, Kafka, Dostoïevski... Que des gens qui abordent les sujets très sombres, qui rentrent dans les obsessions dépressives et suicidaires de Camus. Il est vraiment incapable de concevoir autre chose, il juge tout à cette aune biaisée. Il appelle ça... « amour ». Obsédé par le suicide, il est aussi obsédé par les auteurs et autres artistes morts par le suicide.

Pour lui, un artiste absurde crée des œuvres vides qui n'ont aucun sens, qui sont désespérées et désespérantes, qui signifient que la vie humaine est inutile. S'il y a le moindre espoir, la moindre révolte, l'absurde cesse d'être.

Pour lui, l'espoir est une illusion. Il refuse de guérir de la dépression et de ses envies suicidaires. J'interprète ça comme une phobie de la guérison et de la vie normale, qui est l'un des symptômes des troubles dissociatifs complexes.

On arrive dans une partie très méta de ce commentaire, parce que je vais commenter le commentaire que Camus fait du livre Kirilov de Dostoïevski.

Pour Camus, ce livre est l’œuvre absurde par excellence. Les héros de Dostoïevski s'interrogent sur le sens de la vie, donc ils sont modernes. Parce que, affirme Camus, les œuvres « classiques » ne s'interrogent pas sur la morale, elles s'interrogent sur la métaphysique. Source ? Tagl c'est Camus.

Dans un journal de 1876, Dostoïevski s'interroge sur le « suicide logique » – c'est ce qui a piqué l'intérêt de Camus. En effet, le personnage, désespéré et aliéné, a décidé de mettre fin à son abonnement à la Vie fin de punir la nature qui le fait souffrir. (C'est très borderline comme manière de penser, je trouve. Passons.)

Dans le roman Kirilov, même rengaine, le personnage choisit de mourir par caprice, par « pettyness » (je ne trouve pas vraiment d'équivalent français ; c'est un mélange d'égoïsme, de méchanceté, de vengeance pour des choses sans importance, d'esprit de contradiction) et Camus appelle ça le « suicide supérieur ».

Camus affirme que le personnage du roman se suicide pour être un dieu, parce que Dieu n'existe pas. Il refuse l'hypothèse que le personnage soit délirant, puisque son comportement sert le propos de Camus. Il appelle ça un « suicide pédagogique ».

Camus en profite pour glisser que, si Nietzsche a eu des problèmes de santé mentale, c'est parce qu'il aurait tenté l'aventure de l'absurde. Et pas du tout parce qu'il avait des troubles psy d'une autre origine.

Il soutient que l'immoralité est l'état normal de l'humanité et de son âme. Mais, comme certains personnages de Dostoïevski ont de l'espoir, ça veut dire que l'humanité n'est pas encore prête pour le suicide et pour l'absurde.

Je suis juste pantoixe devant cette obsession suicidaire et l'ampleur que ça prend. Affirmer à demi-mot que tout le monde devrait se suicider, faut vraiment avoir des balloches en titane. Ou être dissocié au point de planer à l'altitude de l'orbite de Pluton.

Chapitre suivant, « création sans lendemain ». Pour Camus, l'espoir, c'est pas bien, il revient « assaillir ceux-là mêmes qui s'en voulaient délivrés ». C'est dire la profondeur du désespoir de Camus et à quel point il est persuadé que c'est impossible d'aller mieux un jour.

Il justifie encore une fois les oppressions : écraser un opposant permet d'être plus forte et de se développer mieux, donc l'absurde doit, pour être plus fort, écraser l'espoir. L'art a besoin d'une « pensée négative » à son service. L'artiste absurde doit nier sa création, ne lui voir aucune valeur, ne pas s'y attacher.

Je commence à me demander si l'engagement de Camus dans la Résistance était un engagement idéologique ou une tentative de suicide déguisée. Les spécialistes de la biographie de Camus, faites-moi signe si vous avez la réponse.

Pour Camus, « la seule dignité de l'homme » c'est la création, qu'il décrit comme « la révolte tenace contre sa condition, la persévérance dans un effort tenu pour stérile ». Merci le point de vue condescendant sur les artistes dont le travail est « stérile » et auquel il retire toute autre signification que l'absurdité.

Il appelle « philosophes honteux » les gens qui ne pensent pas comme lui, qui sont satisfaits de la vie, « au contraire des penseurs lucides ». Pour lui, la seule pensée libératrice est l'idée de la mort. La vie humaine est une douleur sans lendemain et le savoir est libérateur. Il glorifie la dépression, quoi.

 

Le mythe de Sisyphe

Ouf, ça y est, on y arrive, délivrance, l'explication du titre, la révélation finale, sortez le pop-corn !

À l'origine, Sisyphe pousse sans fin son rocher vers le sommet d'une colline, en punition de n'avoir pas voulu mourir (dans certains mythes, ça change d'un auteur Antique à l'autre). Pour Camus, il représente l'effort sans espoir plutôt qu'une punition. Il s'en fiche un peu que Sisyphe ait été, dans les mythes d'origine, puni pour une raison ou une autre.

Camus fait dire au mythe ce qu'il veut qu'il dise, comme avec tout ce qu'il cite. Il affirme que le tragique de l'absurde est dans la conscience, il affirme que Sisyphe est conscient de son châtiment, que ça fait partie du châtiment, et que ça fait de lui quelqu'un d'absurde. Camus décrit Sisyphe comme « impuissant et révolté » – à mon avis, il projette sur le personnage ses propres émotions d'origine traumatique. Je n'ai pas trouvé (j'ai peut-être mal cherché) chez les auteurs Antiques d'explication au sujet des émotions de Sisyphe vis-à-vis de son châtiment.

Pour Camus, Sisyphe est conscient et cette clairvoyance, cette conscience de l'absurde, rend Sisyphe victorieux par son mépris des dieux.

Camus considère que le bonheur absurde réside dans le fait de se saisir de sa souffrance et de choisir comment souffrir. C'est une logique de dissocié traumatisé, une tentative de reprendre le contrôle sur sa vie par l'auto sabotage.

Camus veut imaginer Sisyphe heureux. Moi, je vois Camus comme un anti-Sisyphe : quelqu'un qui se force à revenir sans cesse vers son rocher-souffrance chaque fois qu'il lui échappe, de peur de devoir apprendre à vivre sans.

De peur de guérir.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commentaires