Les traumatismes
Définition
Un trauma ou traumatisme cela ne désigne pas du tout ce que la majorité des gens s'imaginent que ça désigne.
La majorité des gens s'imaginent que ça veut dire : "Un événement violent et choquant, de la sorte que je m'imagine que moi adulte je dois vivre pour être choqué et traumatisé."
Alors qu'en réalité cela n'a absolument rien à voir avec la violence vécue.
Un trauma, c'est une blessure psychologique. Ni plus, ni moins. Il n'y a pas de standard de l'événement "vraiment traumatisant" en-dehors du niveau de stress et de détresse que cela cause à la personne. Ce qui va traumatiser un enfant ne va pas être la même chose que ce qui va traumatiser un adulte. Ce qui va choquer une personne autiste n'est pas la même chose que ce qui va choquer une personne neurotypique. Et ainsi de suite.
Vouloir définir le trauma en fonction de la volonté derrière l'acte, ou en fonction de l'acte lui-même, c'est comme si vous arriviez aux urgences avec une profonde blessure à la main et qu'on vous disait "Si vous vous êtes fait ça vous-même en essayant d'ouvrir une huître, c'est pas une vraie blessure, vous n'avez pas vraiment mal, arrêtez de faire exprès." Vous auriez raison de vous indigner dans une pareille situation.
Les personnes traumatisées, avec un trouble du stress post traumatique (TSPT) simple ou complexe, ou d'autres troubles traumatiques comme l'ATDS, l'ATDNS, le TDI etc. ont vraiment vécu de vrais traumas. Elles ont vécu des choses très douloureuses pour elles, qui ont dépassé leur capacité de gestion au moment où ça leur arrivait. Peu importe ce que c'est, leurs traumas sont réels et valides.
"Juste" un attachement désorganisé (forme de trouble de l'attachement) peut suffire à causer des traumas profonds toute la vie. "Juste" des négligences infantiles peuvent suffire. "Juste" des violences éducatives ordinaires peuvent suffire.
Il suffit "juste" d'un banal accident de la vie, pour traumatiser durablement quelqu'un, surtout si c'est un enfant.
Facteurs aggravants
CW : mention de violences de toutes sortes.
Ce qui fait un trauma ou traumatisme psychologique ce sont entre autres, les facteurs aggravants. Cela veut dire que, certains facteurs, certaines circonstances, vont être plus "efficaces" que d'autres pour traumatiser quelqu'un.
Voici une liste non-exhaustive :
- la victime est un enfant
- l'événement est une violence interpersonnelle : agression physique, viol ou tentative, violences médicales...
- la victime est hypersensible au trauma : autisme, TDAH, naissance prématurée, souffre déjà de SSPT etc.
- l'agresseur est une personne dont la victime dépend pour sa survie : tuteur, parent, professeur...
- il s'agit d'une négligence grave : négligences infantiles, émotionnelles, psychologiques, entraînant un attachement désorganisé chez la victime
- les violences sont entourée de déni, de minimisation, de gaslighting (détournement cognitif), de culpabilisation de la victime
- les violences sont constantes, répétitives
- il est impossible d'anticiper quand la violence se produira
- la personne a cru que sa vie était en danger (que cette croyance soit basée ou non sur la réalité)
- être témoin de violences est traumatique (exemple : enfant témoin de violences conjugales ou des maltraitances infantiles de ses adelphes, être forcé de regarder un film violent)
- l'agresseur met en place un "double lien" (pile je gagne, face tu perds)
- la maltraitance est justifiée comme "méritée" ou "cherchée" par la victime
- la victime est forcée à perpétrer de la violence sur elle-même ou quelqu'un d'autre
Enormément de ces éléments se retrouvent dans les violences éducatives ordinaires ou VEO, c'est l'une des raisons pour lesquelles cette méthode "pédagogique" est inefficace : au lieu d'enseigner à l'enfant à bien se comporter, elles traumatisent l'enfant et lui enseignent à se soumettre par peur à tout ce que les adultes lui demanderont. Cela prépare le terrain au grooming et à la revictimisation.
Facteurs de résilience
Avec Boris Cyrulnik, la résilience est devenue quelque chose de populaire dont tout le monde parle sans comprendre. C'est à croire que "il suffit d'être résilient" est le nouveau "il suffit de ne pas être stressé" ou encore "il suffit d'arrêter de déprimer". Pourtant, le vouloir ne suffit pas. Pour que la victime d'un traumatisme s'en remette, elle va avoir besoin de soins appropriés à ses besoins. C'est CA qui va permettre la résilience.
Liste non-exhaustive :
- une écoute sans jugement
- un attachement sécure avec plusieurs personnes
- la possibilité de s'exprimer que ça soit par la parole, l'écriture, le dessin etc.
- une thérapie pour augmenter les ressources internes de gestion du quotidien
- des thérapies orientées trauma et dissociation afin de ne PAS dissocier l'événement (dissocier entraîne un TSPT et autres troubles traumatiques)
- une situation quotidienne permettant le maintien et la reconstruction de l'estime de soi
- être au quotidien dans une situation de sécurité (on ne peut pas guérir dans l'environnement qui nous a rendu malade)
- la résilience passe par l'intégration du trauma : réalisation que l'événement est bien arrivé à soi (personnification du trauma), qu'il est terminé (présentification de l'événement), et synthèse de la ligne de vie complète (voir en quoi le passé ressemble au présent tout en étant différent du présent, remise en ordre chronologique des événements de vie).
La résilience n'est PAS la capacité de continuer à vivre en mode "yolo". C'est la capacité d'accepter les événements difficiles comme faisant partie de la vie, de se maintenir en sécurité malgré tout, et de continuer à avancer en se disant avec fierté "J'ai survécu". C'est la capacité d'extirper toutes les parts de l'esprit du temps du trauma pour les ramener en contact avec l'ici et maintenant. Cela demande de l'aide, des ressources, des soins. C'est un effort constant, une activité à temps plein.
Ce n'est pas "juste être résilient".